Joann Sfar, le Niçois en colère

samedi 07 avril 2018

Farniente - Le Niçois : Un roman qui claque - Quais du Polar

Joann Sfar, le Niçois en colère

Bande dessinée ? Roman graphique ? Farniente ; le Niçois, le dernier roman de Joann Sfar, n’est en fait ni l'un ni l'autre.

Pour en savoir plus, nous avons rencontré l'écrivain-dessinateur lors du Festival Quais du Polar 2018, dont lecteurs.com est partenaire.

 

Original et marquant, Farniente ; le Niçois fait suite au roman de Joan Sfar Le niçois, dans lequel son personnage principal, Jacques Merenda, était troublant de réalisme dans son rôle fictif de maire de Nice. Dans ce nouveau livre, les Niçois sont toujours là, mais l'ambiance est tout autre : l'auteur réagit en effet au regard du terrible événement survenu le 14 juillet 2016 dans sa ville natale de Nice. Avec pour armes celles qu’il manie avec brio : les mots, les émotions, et toujours ce formidable humour, Joann Sfar réagit, et lance un véritable coup de gueule qui ne peut pas laisser le lecteur insensible.

 

Le livre débute sur la vision de Merenda qui revient dans sa ville. Avec son fils, il aimerait vivre des instants privilégiés père-fils. Mais son rejeton étant bien trop occupé par ses fonctions à la métropole, l'ancien maire de Nice décline la proposition de se rendre aux festivités du 14 juillet et le suit à un dîner qui le plonge au cœur du tragique.

 

Réagir ? Devenir un héros ? Merenda ne sait pas vraiment quelle position adopter, si bien que la situation le rend atone et l'amène à une forme de lassitude. Voir sa ville ainsi déchirée le laisse sans voix.

 

Découvrez la vidéo puis l'interview complète ci-dessous.

 

« Parfois quand un événement comme ça a lieu je crois qu’il vaut mieux mettre sa rage dans un livre »

 

« Parce que mon fils s’en foutait un peu du feu d’artifice, nous ne sommes pas morts. » 

Il s’agit de la première phrase de votre livre, en un sens très brutale, qui nous jette sans préavis dans l’univers de votre ouvrage. A quel moment, et surtout pourquoi avez-vous ressenti le besoin d’écrire cette histoire 

 

Je devais démarrer à Nice l’écriture de mon nouveau livre. Je venais d’arriver avec mon petit garçon, il était question qu’on aille voir ce feu d’artifice ensemble et on a finalement regardé « Strangers Things » à la télé. L’attentat s’est produit et s’en sont suivi des centaines de coups de téléphone dans la nuit. Cette connexion entre le gens a perduré le mois qui a suivi. J’étais là pour écrire un livre insouciant sur la ville de Nice, mais ça n’avait plus aucun sens. Une part de moi souhaitait parler ce qui c’était passé sans usurper la parole des victimes, juste en mettant en scène un personnage qui était présent cette nuit-là. Une autre partie de moi voulait sans doute purger tout ce que j’avais comme colère et comme rage.

 

- Ce livre est particulièrement surprenant parce qu’on jongle entre les émotions : on passe du rire aux larmes et de l’absurde à l’hyperréalisme. Par exemple, Jacques Merenda promène un bébé dans une poussette au milieu du décor apocalyptique de la promenade des anglais ! Pourquoi ce parti-pris ?

 

Quand on voit de l’absurde, c’est qu’il y a de l’hyperréalisme parce qu’on est allé voir de près réellement tout ce qui s’est passé. Comme j’étais à Nice, j’ai recueilli beaucoup de témoignages. Par exemple, un bébé a été retrouvé en parfaite santé seul dans sa poussette au beau milieu du carnage. J’ai cherché à transformer ces histoires en récit pour être le plus réaliste possible. 

Dans son registre, Frédéric Dar est, selon moi, un auteur hyper réaliste. J’en suis raide dingue !

Après la parution du « Niçois », tout le monde m’a dit : « c’est du Frederic Dar », mais je ne connaissais pas. Je me suis jeté dedans et j’ai adoré. Il va dans l’hyper détail, dans le porno. 

A ce propos, l’un de mes personnages, Loulou Cristal, est une ex-actrice de porno. Jaques Merenda rencontre l’amour avec elle et ce personnage prendra un nouvelle fonction dans mon prochaine livre « Farniente ».

 

- Plusieurs scènes de votre livre nous envoient vers des références. On ne peut s’empêcher de se demander comment vous vous-y prenez pour construire vos personnages ?

 

A chaque fois, je prends un évènement du vrai monde et je crée une histoire autour. Le premier livre s’était les souvenirs de Jacques Médecin et la politique niçoise, le deuxième c’est l’attentat de Nice et le troisième vous verrez… Je me documente énormément et ensuite j’écris en essayant de m’identifier aux personnages. J’écris beaucoup et ensuite je fais des choix.

 

 

- Ce livre pose beaucoup la question du héros et des actes héroïques. Pouvez-vous nous en dire plus?

 

On l’a vu récemment avec la tuerie dans le supermarché dans le sud, tout le monde s’est accroché à cette figure du gendarme qui a donné sa vie. Pendant l’attentat de Nice, c’était le « héros au scooter ». On ne parlait que de lui parce qu’il avait bien agi. 

J’ai l’impression que, dans certaines cultures, le héros, c’est celui qui va massacrer le plus de monde (je ne parle pas seulement de l’Islam mais également des Etats-Unis) et que dans d’autres cultures, c’est celui qui sauvent des gens.

 

Dans « Farniente » (qui signifie ne rien faire), mon personnage principal est, quant à lui, un héros occidental qui se demande à quoi il sert. Face au terrorisme, il se bat contre sa propre rage, sa propre inaction.

 

«Mon personnage se sauve par le cinéma, par le sexe et par la blague »

 

– Jacques Merenda, pourtant héros de votre livre, pense à mettre fin à ces jours. Par désespoir ? par colère ? comment peut-il se sauver ?

 

C’est la thèse la plus simple du monde, il se sauve par le cinéma, par le sexe et par la blague. Il y a un moment où il trouve encore plus cruel de faire une blague, de faire l’amour et finalement il se ré-approprie le monde.

 

"Un roman c’est un peu comme un scénario de film, je suis beaucoup plus libre"

"Mon métier c’est de raconter des histoires et à chaque fois qu’il y a une nouvelle façon de raconter des histoires, j’essaye."

 

- La question que vous attendez forcément, mais que l’on brûle trop de vous poser pour s’en passer : pourquoi ce passage à l’acte de l’écriture de roman, un besoin, une envie ou s’agit-il juste de varier les plaisirs ? Qu’est-ce le roman vous apporte de plus et/ou de différent que le roman graphique ?

 

Mon métier c’est de raconter des histoires et à chaque fois qu’il y a une nouvelle façon de raconter des histoires, j’essaye.

Je ne mets pas les romans plus haut que les BD. C’est une autre technique d’écriture. Ça me permet d’aller à d’autres endroits. Je suis beaucoup plus dans la tête des personnages. En BD, je suis obligé de montrer tout le monde en train d’agir,  alors que dans un roman, je me choisis un véhicule : un seul personnage et j’agis avec lui. Un roman, c’est un peu comme un scénario de film, on ne m’oblige pas à penser au budget. On peut couper, je suis beaucoup plus libre.

 

On aime, on vous fait gagner !

En partenariat avec les éditions Michel Lafon, nous vous proposons de gagner l’un des exemplaires de Farniente ; le Niçois mis en jeu.

En quelques mots, racontez-nous dans la partie commentaires ci-dessous ce qui vous attire dans ce roman. Est-ce l’intrigue, l’amour des polars en général, ou l'atmosphère des romans de cet auteur ? Soyez original ! 

N'oubliez pas que pour participer, vous devez être connecté avec votre profil, et que vous devez avoir complété ce dernier avec vos 10 livres préférés et au moins 3 ou 4 avis. Vous avez jusqu’au 22 avril.

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