Francois Cheng

Francois Cheng
François Cheng est un écrivain, poète, calligraphe chinois, naturalisé français. Élu à l'Académie française en 2002, son oeuvre est couronnée de nombreux prix littéraires, au croisement de la pensée, l'art et la spiritualité.

Articles (1)

  • Portrait de François Cheng, voyages d’un Immortel en harmonie
    Portrait de François Cheng, voyages d’un Immortel en harmonie

    « Quand je trace le mot « harmonie », je rentre dans l’harmonie », écrit François Cheng dans son ouvrage de calligraphie chinoise, « Et le souffle devient signe », réédité treize ans après sa première parution. Le « poète-romancier-essayiste », selon la formule qui lui est régulièrement attribuée, reconnaît calligraphier tous les matins pour « plonger en soi, se mettre en quête de vérité et de beauté […] ces créations dessinent en quelque sorte le portrait de mon âme. ».

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Avis (17)

  • Couverture du livre « De l'âme » de Francois Cheng aux éditions Albin Michel

    zenzibar sur De l'âme de Francois Cheng

    « A l’intérieur des murs et au-dehors des haies
    Le printemps déchainé ne nous protège plus.
    Au fin fond de la terre en exil, nos mains nues
    Font sortir de l’oubli toutes nos roseraies »

    (FC « Enfin le royaume » p.12)

    François Cheng confie dans cette œuvre « De l’âme » être transporté...
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    « A l’intérieur des murs et au-dehors des haies
    Le printemps déchainé ne nous protège plus.
    Au fin fond de la terre en exil, nos mains nues
    Font sortir de l’oubli toutes nos roseraies »

    (FC « Enfin le royaume » p.12)

    François Cheng confie dans cette œuvre « De l’âme » être transporté par la Beauté de certaines œuvres de musique classique.
    Il est de fait que le lecteur peut éprouver au fil de la parution des livres de cet auteur (en particulier « Cinq méditations sur la Beauté », « Cinq méditations sur la Mort » et « Oeil ouvert et coeur battant : Comment envisager et dévisager la beauté ») une sensation proche de celle que l’on ressent à l’écoute de certaines suites pour instrument de J. S. Bach, des variations identiques déclinées mais qui, dans leur nouvel écrin de beauté et de pureté, malgré tout surprennent, charment et subjuguent.
    On retrouve en particulier cette étonnante synthèse entre le taoïsme et le message christique, l’eau et le feu en une alchimie (p.152 et 153 septième lettre)

    Pour la forme, le texte se veut épistolaire, des lettres à une amie très chère, retrouvée incidemment et qui l’interpelle sur la nature de l’âme. Un peu comme pour Sénèque et ses « lettres à Lucilius », ces lettres unilatérales semblent être mises en scène dans un vrai faux dialogue, mais cela ne retire rien à leurs qualités.

    Notre académicien disserte par conséquent sur l’âme en la distinguant de l’esprit. L’esprit est le centre névralgique qui régule la pensée, la raison (p.40 à 42 troisième lettre) tandis que l’âme est désir de vie, désir de beau (p.16 seconde lettre), élan pour s’élever même au plus profond de la nuit, de la souffrance (p.26 et 27 seconde lettre, p.96 et 97 cinquième lettre). L’âme est révélation suprême, de la Vie, de la Voie, la vibration originelle AUM (p.149 septième lettre)
    L’homme « moderne » ne sait plus accéder à la voix, la voie de l’âme, asservi par sa quête infinie de puissance matérielle, de pouvoir de l’ego (p. 130 et 131 sixième lettre).

    Quelle que soit la singularité de François Cheng, difficile de ne pas avoir présent à l’esprit d’autres œuvres comme « L’âme et la vie » de Jung, « Ecoute petit homme » de Reich, plus récemment « Les irremplaçables » de Cynthia Fleury. De même, le concept de l’âme comme source privilégiée d’accès à l’intériorité (p. 115 cinquième lettre) n’est pas sans rappeler Platon et son mythe de la réminiscence.
    Le rythme du livre renvoie aussi aux méditations métaphysiques de Descartes, séquencées en six essais qui permettent au philosophe de conclure en l’existence d’un Dieu (parfait). La septième lettre de l’académicien rassemble tous ses éléments de réflexion et les consolide dans cette foi vibrante.
    Mais dans cet essai, l’auteur exprime aussi à petites touches de pinceau avec pudeur mais non sans une émotion sismique intense, des séquences très personnelles des souffrances vécues dans sa vie, en particulier lors de son enfance dans la tourmente de la guerre sino japonaise que peut-être un jour l’histoire officielle occidentale reconnaitra comme événement majeur de la guerre mondiale qui a ensanglanté le monde entre 1914 et 1945. Le Mal absolu existe, François Cheng l’a éprouvé dans son corps et son âme, mais en dépit de cela il ne retient que les élans de vie, élans vers la Beauté.

    La Voie universelle.

    Dans cette sensibilité il consacre des développements vibrants à Simone Weil notamment à son « Enracinement ».

    Un livre magnifique, un livre de François Cheng

    « Des mots projetés dans la nuit
    Pour traverser à gué la Voie.
    Pour retrouver, jadis entrevue
    Depuis longtemps perdue, l’Etoile »

    (« Enfin le royaume » p.42)

  • Couverture du livre « Le Dit de Tianyi » de Francois Cheng aux éditions Lgf

    Anna D'ANTONIO sur Le Dit de Tianyi de Francois Cheng

    Lors d’un voyage en Chine, François Cheng retrouve le peintre Tian-Yi. Celui-ci lui remet ses confessions écrites, celles de toute une vie.

    L’homme est né en Chine et a vécu dans les années 30-40 en plein bouleversement. Il a étudié aux Beaux-Arts. Il y a appris la peinture. Il a eu...
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    Lors d’un voyage en Chine, François Cheng retrouve le peintre Tian-Yi. Celui-ci lui remet ses confessions écrites, celles de toute une vie.

    L’homme est né en Chine et a vécu dans les années 30-40 en plein bouleversement. Il a étudié aux Beaux-Arts. Il y a appris la peinture. Il a eu l’opportunité de partir à Paris pour parfaire ses connaissances. Il découvre alors une autre vision de l’art et de la vie. Il va vivre des expériences exceptionnelles dans la ville lumière. Malheureusement, il y connaîtra, aussi, la misère et la maladie.

    A son retour en Chine, soumis aux soubresauts de la révolution culturelle initiée par Mao Zedong, il sera interné dans un camp de travail et de rééducation. Le « grand timonier » fait régner la terreur sur son pays. Nous sommes à l’apogée du communisme.

    « Devenus bêtes de somme, on a vite fait de s’habituer à la saleté ; on accepte la crasse qui colle à la peau comme la gale, qui attire les puces et alimente les poux. A côté de la crasse, il est un avilissement autrement plus dur à supporter : avoir à courber l’échine devant la bêtise des chefs. » (page 327).

    Il cherchera, aussi, ses amis les plus chers : Yumei, l’amante et Haolang, l’ami fraternel.

    François Cheng nous livre un texte d’une sensibilité peu commune. Echappant à tous les genres, « Le dit de Tian-Yi » est à la fois un roman d’apprentissage, un témoignage personnel avec en toile de fonds l’Histoire. Il nous livre aussi une vision singulière de l’Occident des années 50.
    Un roman qui est au confluent des cultures chinoise et occidentale.

    « Me voici devant le même dilemme qu’en Italie. Je vois que les Chinois anciens évitaient de représenter la figure humaine, confiant au paysage - ou aux éléments composant un paysage : arbre, rocher, source, etc. - la tâche de signifier leur monde intérieur, leur élan spirituel comme leur poussée charnelle. Peindre un être isolé, a fortiori, une femme, comme ça, leur paraissait toujours un peu factice, dénué de sens profond. L’Occident ne semble pas se poser tant de questions à ce sujet, avec une si longue tradition dans la représentation de la femme, notamment celle de la Vierge avec toute sa charge symbolique. » (page 404).

    Il s’agit, aussi, de l’itinéraire d’une génération chinoise sacrifiée au nom d’idéologies communistes aberrantes et dévastatrices.

    Le roman est construit en trois parties autour de trois personnages centraux, selon le rythme ternaire de la pensée taoïste : le yin, le yang et le dynamisme vide médian.
    Ce dynamisme vide médian intervient chaque fois que le yin et le yang sont en présence, drainant la meilleure partie des deux. Il est ce troisième souffle qui élèvent l’un et l’autre vers une transformation créatrice et leur permet de se dépasser.

    L’histoire de Tian-Yi relève, à sa manière, d’une épopée : un départ à l’autre bout de la Terre, une rencontre avec un autre monde, un retour au pays natal.
    Cette histoire est l’entrelacement d’un drame personnel et d’un drame collectif.

  • Couverture du livre « Le Dit de Tianyi » de Francois Cheng aux éditions Lgf

    NADIA D'ANTONIO sur Le Dit de Tianyi de Francois Cheng

    Que de poésie dans ce livre de François Cheng : « Le Dit de Tian-yi », qu a reçu le Prix Femina en 1998.
    François Cheng est un écrivain, un poète et un calligraphe né en Chine, naturalisé Français en 1971. A présent, il est membre de l’Académie Française et ses ouvrages sont nombreux (j’ai...
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    Que de poésie dans ce livre de François Cheng : « Le Dit de Tian-yi », qu a reçu le Prix Femina en 1998.
    François Cheng est un écrivain, un poète et un calligraphe né en Chine, naturalisé Français en 1971. A présent, il est membre de l’Académie Française et ses ouvrages sont nombreux (j’ai d’ailleurs fait une liste récemment pour une quarantaine d’entre eux mais je n’avais pas pu tout publier).

    Pour cette lecture proposée par mon club de lecture, j’ai commencé par relever en page 7 :
    « Durant la première moitié des années cinquante, j’avais eu, à plusieurs reprises, l’occasion de rencontrer Tian-yi. J’avais été frappé par son visage « anxieusement ouvert » et par sa peinture. (…) C’est presque un quart de siècle après, en 1979, que je reçus de façon totalement inattendue une brève lettre de Tian-yi, me demandant de reprendre contact avec lui … La Chine venait de sortir de la Révolution culturelle et tentait, tant mal que bien, de panser ses plaies. On assistait à une période de « repentance » et d’ »ouverture ».

    Ce Dit de Tian-yi peut-être lu comme une biographie puisque l’auteur, dans les pages 441 à 442, écrit :
    « Enfin je vois Tian-yi transporté par camion militaire jusqu’à une immense bâtisse, genre d’asile pour malades mentaux et handicapés physiques, dans la ville de S. A partir de là, il devient anonyme. (…) Je le vois s’accrocher, comme à une planche de salut, à de gros rouleaux de papier qui servent à tous les usages. Sur ces papiers grossiers, qui sentent la terre et l’herbe, il se met à écrire nuit et jour, laissant le rouleau se dérouler indéfiniment sous sa main pareil à un long fleuve qui n’en finit plus de s’écouler, à une de ces peintures anciennes sur rouleaux qui portent le titre : Le Fleuve Yangzi sur dix mille li. Il consigne par écrit tout ce qu’il a vécu sur terre, une terre inouïe de dénuement, inouïe de richesse. (…) En restituant morceau par morceau les événements d’une existence, cet être nommé Tian-yi, si banal, si singulier, finit par permettre au courant d’une eau vive de retirer ses parties séparées, lesquelles étaient en réalité d’un seul tenant ».

    Je reconnais que cette explication peut paraître un peu longue mais je l’ai trouvée nécessaire car, pour moi, c’est ce que signifie le mot « Dit » qui m’importait. En genre littéraire médiéval il était celui de « Poésie » mais ce n’est pas facilement définissable. Dans cet ouvrage, apparemment, il veut dire plus clairement « Récit ».

    A présent, il me reste à écrire quelques mots sur ce livre d’un genre à part. L’auteur se fait donc le porte-parole de Tian-yi pour ce roman très poétique mais qui comporte aussi une grande philosophie. D’un côté c’est la vie de Tian-yi vue par lui-même et d’un autre, ce sont les événements politiques qui ont fait bouger la Chine et le monde également au XXème siècle.
    Mais c’est aussi l’histoire d’un amour mêlé de passion et d’amitié. Les trois personnages concernés sont Yumei dont Tian-yi est amoureux mais une idylle se noue avec le troisième, Haolong que Yumei va d’ailleurs préférer tout en gardant aussi son amour pour Tian-yi : affaire bien compliquée et qui plonge ce dernier dans le plus grand désarroi si bien qu’il préfère partir.

    On assiste aussi à toute une série d’événements importants : le régime communiste – les souffrances endurées ainsi que les pires humiliations. L’amour fou de Tian-yi pour Yumei est d’une grande intensité : « « Dès notre première rencontre, en mon for intérieur j’appelle Yumei « l’Amante ». J’éprouve l’étrange sensation que j’ai toujours vécu en sa compagnie, qu’elle m’est consubstantielle, plus intime que mon propre corps » -
    C’est une formidable fresque que nous livre François Cheng, mêlant la passion dévorante - les descriptions de vie avilissantes – l’amitié - l’art (avec la peinture occidentale) – les Gardes Rouges qui régissent les camps de détention – la douleur… En fait, c’est l’existence d’un être particulier et l’Histoire avec un grand « H ».
    On retient peut-être surtout cette étonnante histoire d’amour, ce que Tian-yi appelle « notre destin à trois ». On découvre les fondements de l’enseignement taoïste, la Voie…

    L’écrivain a voulu donner une version romanesque mais certains faits ne peuvent pas être cachés. Ainsi, dans sa vie d’homme terrestre, Tian-yi ne peut pas connaître la plénitude, mais il démontre dans son récit qu’on peut l’atteindre sur le plan de la fresque, ce qu’il fait avec « l’œuvre de sa vie ».

    Le style de l’ouvrage est agréable à lire malgré les complexités de certaines réflexions. J’ai eu un peu de mal à « entrer » dans ce livre mais une fois chose faite, je n’ai pu qu’être intéressée par tous les développements qui en découlent dans cette Chine de Mao alors que grondent la guerre sino-japonaise et la Révolution culturelle. C’est une œuvre très riche et complète mais qui demande beaucoup d’attention. Tout est important. Il ne faut pas seulement s’attacher à la grande histoire d’amour qui règne dans toute la lecture mais il faut aussi faire attention à l’Histoire : la grande et la petite sont étroitement liées.

    Je préfère ne pas en raconter plus pour laisser place à tout ce mystère et je laisse la conclusion à l’auteur avec les dernières lignes qui donnent une excellente leçon :

    « En attendant, il suffit au témoin qui n’a plus rien à perdre, toutes larmes ravalées, de ne pas lâcher la plume, de ne pas interrompre le cours du fleuve. L’invisible souffle, s’il est de vie, ne saurait oublier ce qu’il a connu sur cette terre, fureurs et saveurs confondues. Il porte en lui assez de nostalgie pour qu’il n’effectue pas, lui aussi, sa marche du retour, quand il voudra, où il voudra ». (page 443).

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