Elif Shafak

Elif Shafak
Elif Shafak est née en 1971 à Strasbourg. Fille de parents turcs, elle est une écrivaine primée et best-seller en Turquie, écrivant ses romans aussi bien en turc qu'en anglais. Féministe et humaniste engagé, ses romans portent souvent sur la xénophobie et le machisme, mélangeant des références or... Voir plus
Elif Shafak est née en 1971 à Strasbourg. Fille de parents turcs, elle est une écrivaine primée et best-seller en Turquie, écrivant ses romans aussi bien en turc qu'en anglais. Féministe et humaniste engagé, ses romans portent souvent sur la xénophobie et le machisme, mélangeant des références orientales et occidentales. Diplômée en relations internationales par la Middle East Technical University d'Ankara, elle est aussi titulaire d'un master en genre et études féminines. En 1998, elle obtient le Prix Mevlana et, en 2000, le Prix des écrivains turcs. Son roman Bonbon palace (Phébus, 2008) est devenu un best-seller en Turquie. En français, ont été traduits également les titres La bâtarde d'Istanbul (Phébus, 2007), Lait noir (Phébus, 2009), Soufi, mon amour (Phébus, 2010) et Crime d'honneur (Phébus, 2013), qui a remporté le Prix Relay 2013.

Avis sur cet auteur (26)

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    Couverture du livre « 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange » de Elif Shafak aux éditions Flammarion

    Marie Kirzy sur 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange de Elif Shafak

    10 minutes et 38 secondes ... c'est le temps au cours duquel le cerveau humain peut encore fonctionner alors que le coeur a cessé de battre, en l'occurence celui de Tequila Leïla, prostituée assassinée dont le corps a été retrouvé dans une benne à ordures d'un faubourg d'Istanbul. Qui...
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    10 minutes et 38 secondes ... c'est le temps au cours duquel le cerveau humain peut encore fonctionner alors que le coeur a cessé de battre, en l'occurence celui de Tequila Leïla, prostituée assassinée dont le corps a été retrouvé dans une benne à ordures d'un faubourg d'Istanbul. Qui était-elle? Qui l'a tuée? Qui se souviendra d'elle après son départ?

    La première partie, la plus longue « l'esprit » est éblouissante et dresse le portrait nuancée couche après couche d'une femme forte car libre malgré les épreuves qu'elle a traversées. La narration est brillante, alternant les dernières pensées de Leïla, son passé, son enfance, son adolescence, mais aussi la présentation de ses cinq amis à la vie à la mort.

    Il y a de la rage à décrire les violences faites aux femmes dans le cadre d'un patriarcat étouffant ; une scène est particulièrement époustouflante, relatant un incident odieux qui sera un des pivots du parcours de Leïla, lors d'un pique-nique familial alors qu'elle n'a que six ans. Ce n'est pas un hasard si le roman s'achève en 1990, date à laquelle la mobilisation des femmes turques a empêché la mise en place d'un projet de loi terrible qui aurait exempté de sanctions un violeur du moment que la victime aurait été une prostituée. Cette rage s'empare du lecteur dont le coeur s'emballe d'empathie pour Leïla.

    De la rage mais aussi beaucoup de mélancolie à dire une Turquie que l'auteure a quitté depuis une dizaine d'années, elle, la femme de combat, la féministe engagée en faveur des droits humains, qui défie le gouvernement Erdogan et toutes formes d'hypocrisie, de censure, de bigoterie. Après un procès pour insulte à l'identité turque ( suite à la parution de la Bâtarde d'Istanbul qui évoquait le génocide arménien ), là-voilà sous le coup d'une nouvelle enquête pour obscénité. Ce roman est jugée obscène, alors qu'il ne fait que donner une voix aux parias, aux invisibles, aux exclus, qui comme Leïla et ses amis se sont réfugiés à Istanbul pour vivre leur vie loin des tabous.

    Si la première partie m'a emportée, j'ai nettement moins aimé les suivantes « le corps » et « l'âme ». Cette fois, j'ai été gênée par le procédé forcément artificiel qui consiste à faire parler un mort. le magnifique romanesque se transforme en une multitude de péripéties très rocambolesques. Trop à mon goût, à la limite du grotesque préjudiciable pour l'émotion et d'un mysticisme auquel je suis naturellement peu sensible, alors que jusqu'à présent, le style de l'auteur m'avait comblée.

    Reste un très beau portrait de femme écrit par une écrivaine d'une sacrée trempe.

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    Couverture du livre « 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange » de Elif Shafak aux éditions Flammarion

    Aya sur 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange de Elif Shafak

    Des études récentes auraient montré que lorsqu'une personne décède, son cerveau reste en activité 10 minutes et 38 secondes après l'arrêt de son cœur.
    Voici le postulat de départ que choisit Elif Shafak, autrice turque incontournable, dans son dernier roman, une ode bouleversante à la...
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    Des études récentes auraient montré que lorsqu'une personne décède, son cerveau reste en activité 10 minutes et 38 secondes après l'arrêt de son cœur.
    Voici le postulat de départ que choisit Elif Shafak, autrice turque incontournable, dans son dernier roman, une ode bouleversante à la différence et à l'amitié.

    Tequila Leila est une prostituée stambouliote à qui la vie n'a vraiment pas fait de cadeaux. Enfin était, car lorsqu'on la rencontre au début roman on apprend qu'elle vient de décéder, et l'on plonge avec elle dans les moments forts de son existence par des souvenirs épars de dates, de sensations, et d'odeurs. On découvre ainsi la vie à Van, dans la province turque pour une jeune fille au milieu du XXe siècle, car Leyla de son vrai prénom ne correspond pas à ce que sa famille attend d'elle, et s'enfuit donc adolescente pour la grande ville moderne d'Istanbul, où un piège sordide aura vite de se refermer sur elle. Entourée d'un de son "club des Cinq", ses cinq amis les plus proches, on suit son combat pour s'émanciper, ses déboires, ses grandes peines mais aussi ses petites joies.


    Ce roman est un bijou dans lequel on plonge en apnée, tour à tour roman social, d'aventures, policier, et historique. Elif Shafak confirme encore son talent d'autrice pour décrire la condition des femmes en Turquie, leurs luttes, leurs souffrances, et pour nous dépeindre dans un festival de sens ce pays comme personne d'autre.

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    Couverture du livre « 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange » de Elif Shafak aux éditions Flammarion

    Charlène Cherbonnel sur 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange de Elif Shafak

    Ce roman est aussi beau qu’il est triste. Il est empli de sagesse et de poésie.
    Magnifiquement écrit, on ne peut que se laisser porter par Tequila Leila et ses amis.
    Comment ne pas être sensible aux personnages décrits avec justesse. La douceur et la vulnérabilité de chacun nous transporte et...
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    Ce roman est aussi beau qu’il est triste. Il est empli de sagesse et de poésie.
    Magnifiquement écrit, on ne peut que se laisser porter par Tequila Leila et ses amis.
    Comment ne pas être sensible aux personnages décrits avec justesse. La douceur et la vulnérabilité de chacun nous transporte et nous transperce au plus profond.
    La condition des femmes en Turquie est abordée, celle des prostituées et des gens en marges de la société. Le regard qu’ils portent ainsi que celui que la société porte sur eux.
    Entre croyance et religion, entre passé et présent, nous voyageons dans un autre monde.
    Amour, amitié, humanité.
    Partage, entraide, soutien.
    Beauté, joie, rencontre.
    Ce roman est un véritable coup de coeur.

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    Couverture du livre « 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange » de Elif Shafak aux éditions Flammarion

    Musemania sur 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange de Elif Shafak

    Avant de vous parler de ce livre, je dois vous faire un aveu : je ne m’étais jamais plongée dans la littérature turque. Je n’étais même pas capable de vous citer un auteur en particulier, je n’avais jamais parcouru de bouquins quel que soit son genre : policier, roman,… Honte sur moi!

    C’est...
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    Avant de vous parler de ce livre, je dois vous faire un aveu : je ne m’étais jamais plongée dans la littérature turque. Je n’étais même pas capable de vous citer un auteur en particulier, je n’avais jamais parcouru de bouquins quel que soit son genre : policier, roman,… Honte sur moi!

    C’est l’une des raisons qui fait que j’aime tant participer à des jurys littéraires. Oui, les lectures nous sont imposées. Et parfois, c’est vrai que cela semble rude, du fait que les livres peuvent être si éloignés de ceux qu’on lit habituellement. Par contre, parfois, c’est la surprise et encore mieux la très bonne surprise ! Et voilà c’est le cas pour moi avec ce livre « 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange ».

    Quel bonheur de faire une si belle découverte avec ce roman si sensible, touchant et poignant. Il sera définitivement l’un de mes coups de coeur de l’aventure du Grand Prix des Lectrices Elle. Même une fois terminé, il me hantera encore longtemps !

    Plusieurs de mes copines collègues du jury du mois de mars connaissaient déjà l’auteure, Elif Shafak et étaient ravies d’avoir dans notre sélection « Roman » sa nouvelle oeuvre. Pour ma part, je n’ai pas osé le leur dire mais je ne la connaissais absolument pas. Par contre, une fois parcouru la quatrième de couverture de ce livre, elle a su titiller ma curiosité par son côté assez énigmatique mais aussi distiller l’envie de le lire.

    Leila, prostituée à Istanbul, est tuée et son corps est balancé dans une benne à ordures. Alors que son coeur s’est arrêté, son esprit et son âme vivront encore durant 10 minutes et 38 secondes. Cela sera le temps mais aussi la dernière occasion de revenir sur quelques moments qui ont émaillé la vie de Leila, de comprendre ce qui l’a amenée là et finalement, de faire un petit bout de chemin en sa compagnie.

    Selon moi, c’est un livre qui peut plaire à de nombreux lecteurs du fait qu’il s’apparente à divers genres littéraires. Pour les amateurs de polars, il peut se lire comme une enquête menée pour découvrir qui est l’assassin de Leila. Pour les fans de voyages, c’est l’occasion de se rendre en Turquie et surtout à Istanbul, ville à cheval sur l’Occident et l’Orient. Pour les historiens, ils ne seront pas laissés pour compte puisqu’il fera découvrir ou redécouvrir des événements réels et forts du 20ème siècle.

    Ode aux femmes, à l’amitié mais aussi aux personnes laissées pour compte, le style d’écriture de l’auteure est élégant et le travail de traduction a été merveilleusement accompli rendant la lecture aisée et attrayante.

    Il est très difficile de ne pas s’attacher au personnage de Leila, souvent maltraitée par la vie mais pourtant dotée d’une très grande force d’esprit et d’une obstination à toute épreuve. Il en est de même pour sa bande d’amis, personnages secondaires et pourtant, ô combien importants.

    Vous l’aurez compris, c’est mon petit coup de coeur du mois. Je n’ai pas trouvé de points négatifs à relever, son héroïne Leila restant gravée longtemps en moi.

    Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2020, sélection « Roman », pour le jury du mois de mars.