Alexis Ragougneau

Alexis Ragougneau

Alexis Ragougneau, né en 1973, est auteur de théâtre. Nombre des pièces qu’il a écrites ont été créées en Suisse et en France.

Articles en lien avec Alexis Ragougneau (5)

Avis sur cet auteur (36)

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    Couverture du livre « Opus 77 » de Alexis Ragougneau aux éditions Viviane Hamy

    jml38 sur Opus 77 de Alexis Ragougneau

    Ariane Claessens est une pianiste concertiste virtuose dont la renommée est grandissante. En début de récit elle s'apprête à jouer pour les funérailles de son père. Elle est la petite dernière d'une famille de musiciens, avec un père pianiste reconverti dans la direction d'orchestre, une mère...
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    Ariane Claessens est une pianiste concertiste virtuose dont la renommée est grandissante. En début de récit elle s'apprête à jouer pour les funérailles de son père. Elle est la petite dernière d'une famille de musiciens, avec un père pianiste reconverti dans la direction d'orchestre, une mère cantatrice et un frère, David, violoniste surdoué mais fragile. Au dernier moment, constatant l'absence de ce frère aîné, elle décide, à la surprise de l'assemblée essentiellement composée des musiciens de l'Orchestre de la Suisse romande que son père a dirigé, de jouer au piano le concerto pour violon opus 77 de Chostakovitch. L'occasion pour elle, à travers ce morceau qui a joué un rôle particulier dans son histoire familiale, de livrer ses souvenirs au lecteur.

    La narration est nerveuse à l'image de cette jeune femme plongée depuis son adolescence dans une quête de la perfection lui permettant de se démarquer de la foule de pianistes du même niveau technique qu'elle, du petit plus dans le jeu où la personnalité qui fait passer d'une vie de musicienne professionnelle lambda à celle de concertiste adulée. Les bonds dans le temps sont nombreux. L'évocation de son enfance auprès de son frère, lorsqu'elle se glissait sous le piano pour écouter son père accompagner la voix de velours de sa mère Yaël, avant que celle-ci ne se fasse de plus en plus rare au fil de la carrière prématurément avortée de la cantatrice. Celle des périodes d'apprentissage auprès d'un père perfectionniste, avec qui David se trouvait plus en conflit que sa sœur, comme si son choix de jouer du violon avait quelque peu contrarié l'illustre pianiste. Celle enfin, difficile, de la fin de vie du grand chef d'orchestre.

    La musique est bien sûr omniprésente tout au long du roman, et plus particulièrement cet opus 77 de Chostakovitch, que le compositeur a composé alors qu'il se trouvait confronté au harcèlement d'un régime stalinien qui n'appréciait pas sa musique. Il revient régulièrement dans l'histoire, associé à un événement musical marquant de l'histoire familiale concernant plus particulièrement David, dont on n'a le fin mot qu'en fin de récit dans une envolée lyrique de toute beauté. Car c'est ce qui m'a le plus marqué dans la belle écriture d'Alexis Ragougneau, sa justesse de ton lorsqu'il parle de musique, de ce qu'elle représente pour ces artistes, de la passion qui les anime, de ce qu'il procure comme sensations aux personnes qui ont la chance de les écouter. L'émotion qu'il fait passer à travers ses mots est superbe et intense.

    Je suis resté un tout petit plus en retrait en ce qui concerne les personnages que j'ai trouvé un peu froids, à l'exception de Krikorian, le lumineux professeur arménien à la carrière de soliste brisée dans une autre vie par amour de la liberté, qui prend en charge la formation de David, n'hésitant pas à lui offrir son violon d'Odessa pour lui donner les meilleures chances d'affirmer son talent.

    Un bien beau roman qui donne envie d'écouter l'opus 77.

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    Couverture du livre « Opus 77 » de Alexis Ragougneau aux éditions Viviane Hamy

    Mimosa sur Opus 77 de Alexis Ragougneau

    Loin d'être une mélomane,ai été bouleversée par ce roman beau,intense!Cette famille de musiciens,les Claessens, nous bouleverse ;d'abord,par sa conception de l'artistique,et,l'amour filial qui les unit,les désunit.La narratrice,Ariane,la fille pianiste,nous passionne:quelle force et quelle...
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    Loin d'être une mélomane,ai été bouleversée par ce roman beau,intense!Cette famille de musiciens,les Claessens, nous bouleverse ;d'abord,par sa conception de l'artistique,et,l'amour filial qui les unit,les désunit.La narratrice,Ariane,la fille pianiste,nous passionne:quelle force et quelle fragilité à la fois.David,le violoniste,s'oppose à son père,chef d'orchestre désormais.Une écriture quasi poétique nous emporte,rythmée,précise,imagée.
    "Le vrai virtuose mondial,c'est celui qui a peur à s'en pisser dessus et qui s'avance seul devant trois mille spectateurs pour jouer Ravel,Chopin,Rachmaninov,sans ciller."
    Ai appris beaucoup dans ce roman exceptionnel qui vous émeut totalement même si la musique dite "classique"vous est étrangère.

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    Couverture du livre « Opus 77 » de Alexis Ragougneau aux éditions Viviane Hamy

    nathalie vanhauwaert sur Opus 77 de Alexis Ragougneau

    C'est la musique qui est l'héroïne de ce magnifique roman, plus précisément le concerto pour violon "Opus 77" de Chostakovitch. Le roman est rythmé par ce concerto, il comprend cinq parties : Nocturne, Schenzo, Passacaille, Cadence et Burlesque.

    Cette pièce de musique a cadencé la vie de la...
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    C'est la musique qui est l'héroïne de ce magnifique roman, plus précisément le concerto pour violon "Opus 77" de Chostakovitch. Le roman est rythmé par ce concerto, il comprend cinq parties : Nocturne, Schenzo, Passacaille, Cadence et Burlesque.

    Cette pièce de musique a cadencé la vie de la famille Claessens.

    Dans cette famille, il y a le père dont on retrace ici sa vie. Tout commence le jour de son enterrement et sa fille Ariane s'apprête à entamer non pas "La marche funèbre" attendue au piano mais "Opus 77".

    Ce chef illustre fut pianiste au départ, c'est comme ça qu'il rencontra à Tel Aviv, Yaël, sa femme , 17 ans plus jeune que lui, une soprano qu'il ramena en France et accompagnera longtemps avant de passer de l'autre côté du pupitre et de devenir un des plus grands chefs d'orchestre. De leur union naquirent deux enfants, David l'aîné de deux ans d'Ariane. David choisira le violon, Ariane le piano.
    Une famille de musiciens mais pas toujours rose la vie à la maison !

    Yaël perdra sa voix et deviendra dépressive alors que David et Ariane n'avaient toujours pas quitté l'enfance.

    Pour ses 13 ans, Claessens emmènera son fils David à une vente aux enchères pour lui acquérir son violon, un Wuillaume de 1867 hors de prix, un très beau cadeau certes mais ce père froid, exigeant, distant et absent n'apportera pas l'essentiel à son fils, l'amour, l'écoute.

    Un incident au Victoria Hall empêchera David de jouer "Opus 77" avec son père. David s'éloignera alors avec sa soeur Ariane comme accompagnatrice, c'est Krikorian qui le prendra sous son aile et l'inscrira au plus prestigieux concours au Monde, Le Reine Elisabeth de Bruxelles.

    On sait depuis le début qu'un incident éclatera en finale mais lequel ?

    C'est petit à petit, adagietto que l'on le découvrira.

    On fait des aller-retours dans le temps, ce qui m'a un peu perturbée au début mais très vite l'écriture captive, elle est magnifique. La tension monte crescendo, molto crescendo, on ressent très fortement cette tension, un rythme de plus en plus intense, fortissimo qui nous fait ressentir la pression liée aux concours d'excellence.

    La solitude, la pression pour un final époustouflant.

    C'est le lien frère et soeur, cet amour pour la musique qui les projettera tous les deux sur le devant de la scène. La relation difficile au père est mise en avant ainsi que la difficulté et la beauté du plus beau concours musical au monde.

    A lire, c'est splendide.

    Ce roman fut finaliste dans le cadre du Prix Femina 2019

    Ma note : 9/10

    Les jolies phrases

    La haine n'empêche pas la soumission bien au contraire.

    Le violoniste et son violon sont censés ne faire qu'un, et le prestige de l'un déteint assurément sur l'autre. A tel point que l'on se demande parfois si ce n'est pas l'instrument qui fait le champion.

    Le piano, c'est ma vie. Si je ne joue pas, je me désaccorde, je deviens cacophonie.

    Rebâtir ? ... La confiance, bien sûr. En musique comme dans la vie, on ne peut s'en passer. C'est comme jouer en sourdine. Sans confiance, comprenez-vous, impossible de se faire entendre.

    Dans la vie, il faut profiter du moindre atome d'oxygène, du moindre pouce de liberté, du moindre centimètre d'archet. C'est la leçon du jour.

    La main est un drôle d'animal. Elle prend, touche, pince, caresse ou frappe. Elle appuie sur la partie du corps qui fait mal - ventre, poitrine, tête. Elle ausculte, elle apaise. C'est elle aussi qui serre la main de l'autre, perçoit sa chaleur ou sa nervosité. Une porte vers le monde extérieur, voilà ce qu'est la main. C'est elle encore qui vient se poser sur l'être aimé, l'homme, la femme, l'enfant. La solitude absolue est celle du toucher. Vous aurez beau jouir d'une vie sociale et professionnelle frénétique, si vous ne touchez jamais personne alors vous serez plus seul qu'une pierre. Et les pianistes, alors ? Pour eux, c'est encore pire. C'est une question de vie ou de mort. La main est leur unique moyen d'expression. La courroie de transmission qui permet d'exprimer sa sensibilité, ses sentiments, son trop-plein ou son vide abyssal, tout ce qui se passe à l'intérieur. Quand la main du pianiste est en souffrance, alors c'est le monde entier qu'il faut repeindre en noir.

    Vous me suivez toujours, n'est-ce-pas ? - moi je n'y peux rien si le Reine Elisabeth est aux musiciens classiques ce que le décathlon est aux dieux du stade : une compétition de force et d'endurance où chaque note, chaque démanché, chaque coup d'archet peut vous faire trébucher.

    La p 119 est magnifique lien entre le musicien et son instrument

    https://nathavh49.blogspot.com/2019/12/opus-77-alexis-ragougneau.html

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    Couverture du livre « Opus 77 » de Alexis Ragougneau aux éditions Viviane Hamy

    Henri-Charles Dahlem sur Opus 77 de Alexis Ragougneau

    « Nous commencerons par un silence. Mais les minutes de silence, vous savez bien, ne durent jamais soixante secondes pleines, y compris dans le recueillement d’une basilique genevoise, un jour de funérailles.»
    Ces funérailles, qui se déroulent à Genève et qui sont à la hauteur de la réputation...
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    « Nous commencerons par un silence. Mais les minutes de silence, vous savez bien, ne durent jamais soixante secondes pleines, y compris dans le recueillement d’une basilique genevoise, un jour de funérailles.»
    Ces funérailles, qui se déroulent à Genève et qui sont à la hauteur de la réputation du chef de l’OSR (L’orchestre de la Suisse Romande), c’est-à-dire grandioses, sont l’occasion de revenir sur le parcours de cet homme et sur la vie d'Ariane et David, ses enfants.
    C’est à la fois un roman sur la famille, sur les relations entre un mari et son épouse, sur un père et ses enfants et un roman sur la passion, sur la musique autant qu’un hommage à Chostakovitch et à son Concerto pour violon n°1 en La mineur opus 77 que nous offre l’auteur de Niels. Mais disant cela, je me rends bien compte que j’oublie l’essentiel, l’intensité et la violence qui sourd de ce récit, la force et l’envie qui vont bousculer Ariane et David.
    C’est Ariane qui prend la parole pour nous livrer sa version, car c’est elle qui a tout retenu: «Il ne faut pas s’étonner que je me fasse chroniqueuse du passé familial. C’est une habitude chez moi, tout s’ancre, tout pèse, tout macère, les dièses, les bémols et les souvenirs. Je retiens avec facilité.»
    En déroulant les étapes d’une ascension rapide, elle ne va pas tarder à débusquer quelques fausses notes. Comme quand Yaël, sa mère, a été contrainte de mettre une carrière prometteuse entre parenthèses pour rester dans l’ombre de son mari ou quand son frère a renoncé à suivre les injonctions paternelles pour tenter de se construire en dehors de cette lumière trop aveuglante: «Mon frère, lui, en choisissant l’exil intérieur, a décidé de voyager léger. Dans le temps, il ramassait mes partitions quand elles tombaient par terre; désormais il vit retiré dans un bunker, sur les hauteurs valaisannes au-dessus de Sion. Il s’y est enfermé voilà onze ans, faisant table rase du passé. Ou bien, tout au contraire, dans l’incapacité totale de Ie digérer»

    Une souffrance, des incompréhensions et un roman construit dans le tempo du concerto, en quatre parties. Le premier mouvement – Nocturne – est celui de ce père, virtuose, le second – Scherzo – est une danse démoniaque, celle des traumatismes infligés aux membres de la famille. Le troisième – Passacaglia – est le mouvement des enfants qui se rebellent. Enfin le quatrième – Burlesque – est celui du dénouement, dont on ne dira rien ici. Car Alexis Ragougneau n’oublie pas qu’il est entré en littérature avec des romans policiers et teinte cet épilogue d’un voile de mystère. En conclusion, je vous propose une petite expérience: lorsque vous aurez lu le livre, je vous propose d’écouter le concerto. Fermez les yeux et vous retrouverez la petite musique d’Alexis Ragougneau!
    https://urlz.fr/bs4H