Alain Jaspard

Alain Jaspard
Né en 1940, Alain Jaspard est réalisateur. Il a signé plusieurs adaptations de livres jeunesse en séries animées, notamment Tom-Tom et Nana de Jacqueline Cohen et Bernadette Després, Le Proverbe de Marcel Aymé, ainsi que Les Contes de la rue Broca de Pierre Gripari. Pleurer des rivières est s...
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Né en 1940, Alain Jaspard est réalisateur. Il a signé plusieurs adaptations de livres jeunesse en séries animées, notamment Tom-Tom et Nana de Jacqueline Cohen et Bernadette Després, Le Proverbe de Marcel Aymé, ainsi que Les Contes de la rue Broca de Pierre Gripari. Pleurer des rivières est son premier roman.
 
Portrait de Alain Jaspard © Philippe Matsas/Leemag

Avis (5)

  • Couverture du livre « Pleurer des rivières » de Alain Jaspard aux éditions Heloise D'ormesson

    Henri-Charles Dahlem sur Pleurer des rivières de Alain Jaspard

    C’est lors du pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer que Franck rencontre Mériem. Les deux adolescents découvrent l’amour à la plage, la force du désir et le plaisir sous les caresses du soleil, le chant des oiseaux et ceux de leur grande famille, celle des gitans rassemblés autour du feu au...
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    C’est lors du pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer que Franck rencontre Mériem. Les deux adolescents découvrent l’amour à la plage, la force du désir et le plaisir sous les caresses du soleil, le chant des oiseaux et ceux de leur grande famille, celle des gitans rassemblés autour du feu au milieu des caravanes. Sans autre forme de procès, le jour de ses quinze ans Mériem épouse Franck, qui n’est guère plus âgé, dans une petite église de Marseille. Quelques semaines plus tard, elle met au monde son premier enfant.
    Le jeune couple reprend la route et rejoint la banlieue parisienne où Franck travaille dans le bâtiment, se faisant embaucher sur les chantiers, même s’il préfère récupérer la ferraille avec ses amis. Ce n’est pas de tout repos, mais cela permet de nourrir la famille qui ne cesse de s’agrandir. Car si Franck est un chaud lapin, Mériem n’est pas en reste. N’ayant recours à aucun moyen de contraception et ne voulant pas entendre parler d’IVG, elle va mettre au monde sept enfants.
    « Nourrir toutes ces bouches était devenu harassant, Franck s'épuisait au boulot, sans râler, du courage à revendre, quand fallait y aller il y allait, avec Sammy ou sans Sammy, le campement le trouvait aussi vaillant au plumard qu'au boulot, on le respectait. Quant à Mériem, elle se serait bien passée de toutes ces grossesses, ces vergetures, ces hanches en cruche, ce ventre flasque, mais elle aimait ses mômes, louve en furie pour qui lèverait une main sur eux… »
    Aussi, et même si c’est à contrecœur, il accepte de suivre Sammy qui lui propose un «coup sûr», voler plusieurs tonnes de cuivre sous la forme de câbles servant à alimenter le plateau de tournage d’un film. L’opération va être un fiasco et ils vont se retrouver en prison.
    C’est là que Franck va croiser la route de Julien, avocat commis d’office. Ce dernier va réussir à obtenir la relaxe de Franck et à faire condamner ses acolytes en sursis à des peines mineures. Leur relation pourrait s’arrêter là. Sauf que Séverine, l’épouse de Julien, n’arrive pas à avoir d’enfant. Ils ont pourtant tout essayé. Mériem, quant à elle, est plutôt gênée d’annoncer qu’elle est à nouveau enceinte…
    Et si Mériem donnait son fils à Séverine, cela arrangerait tout le monde.
    Alain Jaspard construit très subtilement son roman, faisant de cette proposition une sorte d’évidence qui va finir à s’imposer à tous. Séverine et Mériem se lient d’amitié, Julien ôtera une grande épine du pied à Franck en lui offrant un nouveau camion, le scénario de l’échange se construit un peu comme les livres pour enfants que dessine Séverine, avec l’idée de rendre sympathiques les animaux qui ne le sont pas à priori.
    Mériem tente de cacher son ventre qui grossit tandis que Séverine fait grossir artificiellement le sien. Tous les protagonistes étant d’accord sur les termes de l’échange, il n’y a aucun souci à se faire. Sauf que…
    L’épilogue de ce premier roman, qui ferait sans doute un excellent film, vous réserve encore quelques rebondissements. Mais il va surtout vous plonger dans des abîmes de réflexion sur ce qui fait une famille, combien sont intangibles les liens du sang ou encore sur le destin offert aux enfants «bien nés» par rapport à ceux dont les parents sont marginaux. L’auteur laisse à chacun d’entre nous la liberté de s’indigner ou de se féliciter. C’est aussi en cela qu’il est grand.
    http://urlz.fr/7Llc

  • Couverture du livre « Pleurer des rivières » de Alain Jaspard aux éditions Heloise D'ormesson

    Henri-Charles Dahlem sur Pleurer des rivières de Alain Jaspard

    La mère, l’enfant et la loi

    En racontant l’histoire d’un couple de gitans qui échange son enfant contre un camion, Alain Jaspard relate bien plus qu’un fait divers. Il explore la famille, la filiation, les liens du sang et du cœur. Vertigineux!

    C’est lors du pèlerinage aux...
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    La mère, l’enfant et la loi

    En racontant l’histoire d’un couple de gitans qui échange son enfant contre un camion, Alain Jaspard relate bien plus qu’un fait divers. Il explore la famille, la filiation, les liens du sang et du cœur. Vertigineux!

    C’est lors du pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer que Franck rencontre Mériem. Les deux adolescents découvrent l’amour à la plage, la force du désir et le plaisir sous les caresses du soleil, le chant des oiseaux et ceux de leur grande famille, celle des gitans rassemblés autour du feu au milieu des caravanes. Sans autre forme de procès, le jour de ses quinze ans Mériem épouse Franck, qui n’est guère plus âgé, dans une petite église de Marseille. Quelques semaines plus tard, elle met au monde son premier enfant.
    Le jeune couple reprend la route et rejoint la banlieue parisienne où Franck travaille dans le bâtiment, se faisant embaucher sur les chantiers, même s’il préfère récupérer la ferraille avec ses amis. Ce n’est pas de tout repos, mais cela permet de nourrir la famille qui ne cesse de s’agrandir. Car si Franck est un chaud lapin, Mériem n’est pas en reste. N’ayant recours à aucun moyen de contraception et ne voulant pas entendre parler d’IVG, elle va mettre au monde sept enfants.
    « Nourrir toutes ces bouches était devenu harassant, Franck s'épuisait au boulot, sans râler, du courage à revendre, quand fallait y aller il y allait, avec Sammy ou sans Sammy, le campement le trouvait aussi vaillant au plumard qu'au boulot, on le respectait. Quant à Mériem, elle se serait bien passée de toutes ces grossesses, ces vergetures, ces hanches en cruche, ce ventre flasque, mais elle aimait ses mômes, louve en furie pour qui lèverait une main sur eux… »
    Aussi, et même si c’est à contrecœur, il accepte de suivre Sammy qui lui propose un «coup sûr», voler plusieurs tonnes de cuivre sous la forme de câbles servant à alimenter le plateau de tournage d’un film. L’opération va être un fiasco et ils vont se retrouver en prison.
    C’est là que Franck va croiser la route de Julien, avocat commis d’office. Ce dernier va réussir à obtenir la relaxe de Franck et à faire condamner ses acolytes en sursis à des peines mineures. Leur relation pourrait s’arrêter là. Sauf que Séverine, l’épouse de Julien, n’arrive pas à avoir d’enfant. Ils ont pourtant tout essayé. Mériem, quant à elle, est plutôt gênée d’annoncer qu’elle est à nouveau enceinte…
    Et si Mériem donnait son fils à Séverine, cela arrangerait tout le monde.
    Alain Jaspard construit très subtilement son roman, faisant de cette proposition une sorte d’évidence qui va finir à s’imposer à tous. Séverine et Mériem se lient d’amitié, Julien ôtera une grande épine du pied à Franck en lui offrant un nouveau camion, le scénario de l’échange se construit un peu comme les livres pour enfants que dessine Séverine, avec l’idée de rendre sympathiques les animaux qui ne le sont pas à priori.
    Mériem tente de cacher son ventre qui grossit tandis que Séverine fait grossir artificiellement le sien. Tous les protagonistes étant d’accord sur les termes de l’échange, il n’y a aucun souci à se faire. Sauf que…
    L’épilogue de ce premier roman, qui ferait sans doute un excellent film, vous réserve encore quelques rebondissements. Mais il va surtout vous plonger dans des abîmes de réflexion sur ce qui fait une famille, combien sont intangibles les liens du sang ou encore sur le destin offert aux enfants «bien nés» par rapport à ceux dont les parents sont marginaux. L’auteur laisse à chacun d’entre nous la liberté de s’indigner ou de se féliciter. C’est aussi en cela qu’il est grand.
    https://collectiondelivres.wordpress.com/2018/09/14/pleurer-des-rivieres/

  • Couverture du livre « Pleurer des rivières » de Alain Jaspard aux éditions Heloise D'ormesson

    Isabelle Anne sur Pleurer des rivières de Alain Jaspard

    Je tiens vivement à remercier Lecteurs.com et ma marraine de l'opération « Explorateurs de la rentrée littéraire », Nathalie Bullat.

    C'est avec beaucoup d'impatience et de fébrilité que j'ai décacheté l'enveloppe matelassée des éditions Héloïse d'Ormesson, cadeau de Noël avant l'heure déposé...
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    Je tiens vivement à remercier Lecteurs.com et ma marraine de l'opération « Explorateurs de la rentrée littéraire », Nathalie Bullat.

    C'est avec beaucoup d'impatience et de fébrilité que j'ai décacheté l'enveloppe matelassée des éditions Héloïse d'Ormesson, cadeau de Noël avant l'heure déposé dans ma boîte aux lettres.

    J'ai toujours eu beaucoup de mal à expliquer pourquoi j'avais été attirée par un livre. Que dire d'ailleurs ? « Parce que c'était lui. Parce que c'était moi » ? Trop facile de se cacher derrière des aphorismes.

    Avec « Pleurer des rivières », livre imposé de la rentrée littéraire, je n'ai pas été maîtresse du jeu. C'est l'ouvrage qui m'a choisie, qui m'a happée, m'envoyant des signaux de reconnaissance.

    Le titre tout d'abord a résonné en moi « Pleurer des rivières », il me semblait le connaître. En trois mots, Alain Jaspard m'avait déjà lié à son roman. Avant même d'ouvrir le livre j'ai effectué une recherche sur Internet. « Pleurer des rivières » estune chanson interprétée par Viktor Lazlo qui donne d'emblée sa coloration et son rythme au roman. Assez bref (moins de 200 pages), tel une chanson, il est orchestré en courts chapitres comme autant de strophes.

    Et l'auteur.... Alain JASPARD ? Même s'il nous donne ici à lire son premier romant, il n'en est pas à son premier coup d'essai en littérature. Je me disais aussi que je l'avais déjà croisé au détour d'un écran lorsque mes enfants étaient petits. « Mon Dieu mais c'est bien sûr... » Alain Jaspard l'adaptateur en dessins animés des « Contes de la rue Broca » et des non moins célèbres « Tom Tom et Nana », livres destinés à la jeunesse.

    Mais vous y croyez vous aussi à ces signes, non ? A cette vie autonome du livre et des personnages qui nous appellent par delà les pages ?

    Alors j'ai ouvert ce premier roman comme on se rend à un premier rendez-vous, avec des étoiles plein les yeux et des papillons qui dansent dans le ventre.



    L'histoire s'articule autour de quatre personnages, deux couples aux horizons diamétralement opposés et dont les mondes vont pourtants entrer en collision, (et même en collusion).
    D'un côté Franck et Mériem, couple de gitans, vivent à Argenteuil sur l' « aire de nos amis lesgens du voyage » ; ils sont parents de sept enfants et Mériem est enceinte du huitième. Franck, qui ressemble par sa gouaille à « Louis la Brocante » est un ferrailleur philosophe à ses heures , un brin poète aussi quand il parle de sa femme.
    De l'autre il y a Séverine, qui écrit des livres animaliers pour la jeunesse ; elle qui ne peut pas avoir d'enfants, raconte des histoires à ceux des autres faute de pouvoir les raconter aux siens. Il y a aussi Julien, son compagnon, avocat brillant et retors qui plaidera, commis d'office, le dossier de Franck mis sur le banc des accusés pour avoir perpétré un énième « coup foireux ».

    Jaspard présente un peu ses personnages comme des archétypes, ce qui les rend vivants et leur confère de l'épaisseur. Julien c'est l'avocat des romans de John Grisham et Séverine un peu la sœur de Marlène Jobert ou un Antoon Krings féminin.
    Tout semble opposer les deux couples : la culture, le milieu social, le mode de vie : l'une a de l'argent et est en mal d'enfant et l'autre a du mal à en élever tant. Et pourtant lorsque le destin (ou le diable s'en mêle), un pacte se conclut sous le manteau. : Séverine et Mériem se ressemblent telleement...

    J'ai beaucoup aimé la peinture de Mériem et du peuple yéniche faite par Alain Jaspard. On sent presque bouillonner les couleurs sous les mots qui parlent de ces hommes et de ces femmes pétris d'une foi simple et candide,, qui aiment la vie de toutes les fibres de leurs êtres, qui aiment l'amour et le font sans complexe ni pudeur, prompts au coup de poing, un couteau dans une main et un chapelet dans l'autre, d'une générosité évangélique primitive.
    Ce monde, Alain Jaspard nous le présente en miroir de celui, policé, politiquement correct, quoique parfois bourgeoisement encanaillé, de Julien et Séverine.

    Le talent d'Alain Jaspard est de raconter un drame avec une apparente simplicité, de le dépeindre avec un style accessible, presque relâché, en des mots qui relèvent davantage de l'oralité que de la forme écrite. Il adopte souvent un style indirect libre qui plonge le lecteur dans la « vraie vie » avec ce qu'elle a de cru voire de truculent. J'ai aussi beaucoup aimé l'élision de certains dialogues dans l'emploi du style direct. Jaspard se focalise ainsi sur les paroles d'un personnage unique qu'il met en lumière, sur le devant de la scène : les répliques font alors écho à un texte perçu en filigranne On ne »lit » pas, on « écoute » les personnages nous dire, nous confier, nous parler, témoigner, penser.
    Et comment ne pas aimer la verve, la gouaille de certains dialogues qui semblent tout droits sortis d'un film d'Audiard.

    Chez Jaspard le drame n'est jamais foncièrement noir, au plus profond de l'orage il y a des éclaircies, des éclairs (des éclats?) d'humour.Les larmes ne sont jamais loin sous la dérision et le sarcasme.Le ton se fait même joyeux, allègre, corrosif quand Jaspard met le doigt sur les petits travers de notre société.

    Le roman s'articule en quatorze chapitres numérotés encadrés en début et fin d'ouvrage par deux chapitres servant d'introduction et d'épilogue qui ne sont pas numérotés mais portent un titre : « Naissances » en début de roman et « mélancolie » à la fin.
    A eux seuls ces deux substantifs tissent la trame de « Pleurer des rivières », ils en sont les pôles.

    Avec « naissances » et le pluriel n'est pas anodin, nous assistons à la naissance du couple formé par Mériem et Franck, fous d'amour, de jeunesse, de désir.
    C'est sur une scène de désir que s'ouvre le livre. Le style est donné d'emblée, plus proche de Rabelais que du Cantique des Cantiques, Jaspard nous parle de « bite », de « cul » de « chatte » de fellation, réservant la poésie et les métaphores au décor champêtre qui abrite les ébats du couple « des bouffées de guitare parvenaient du campement, des oiseaux sifflaient dans le marais »
    Naissances au pluriel ce sont aussi les naissances multiples qui jalonnent la vie de couple de Franck et de Mériem. Et comme le dit si bien Franck avec fatalisme et truculence « quand un enfant arrive on va pas le renvoyer à l'expéditeur ».p11
    Naissance ou plutôt son absence c'est la détresse vécue par les autres protagonistes de cette histoire : Julien, brillant avocat, et sa compagne, ne peuvent concevoir et cette stérilité les ronge.
    Naissances c'est la rencontre de ces deux couples et l'élaboration d'un plan fou, aussi fou que l'amour et la détresse.
    Un plan forgé pour ne pas sombrerdans la « mélancolie » et pourtant.... le désespoir (ou bien est-ce l'amour?) peut ouvrir la porte à toutes les folies.
    Rien n'est jamais tout blanc ou tout noir, le monde, selon Jaspard serait-il un kaléidoscope de gris ?

    Ent tout état de cause l'auteur descend au plus intime de l'humain sans pathos ni manichéisme. Avec beaucoup de délicatesse et d'indulgence il se penche sur nos douleurs les plus vives, les plus secrètes, celles qui nous font « verser des torrents de larmes, pleurer des rivières ».

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