"Où passe l’aiguille", un très beau roman plein d’humour et de délicatesse

mercredi 20 juin 2018

"Un roman riche, foisonnant, un roman où passe la vie, en ombres et en lumières"

"Où passe l’aiguille", un très beau roman plein d’humour et de délicatesse

Cette semaine, deux lectrices vous donnent leurs  avis sur Où passe l’aiguille, de Véronique Mougin. Ce roman était dans la sélection des trente romans en lice pour le Prix Orange du Livre 2018.

 

L’avis de Magali :

Elle est très forte Véronique Mougin, très forte et très gonflée, car d’un sujet épineux, douloureux et, surtout, mille fois traité, elle ose faire un roman riche, foisonnant, un roman où passe la vie, en ombres et en lumières, et toutes les émotions chamarrées qui font la trame d’une existence.

Puisant dans la genèse de sa propre famille, elle fait résonner la voix du jeune Tomas Kiss, 15 ans, qui emprunte son ADN à l’un des cousins de l’auteure, jeune Juif Hongrois de Beregszasz où son père exerce avec talent, fierté et amour la noble profession de tailleur pour hommes.

Tomas a l’âge où l’on dit non, l’âge où l’on ne se reconnaît de rien, d’aucune autorité, ni école, ni religion et surtout pas de son père et de son fichu métier qu’il voudrait tant lui transmettre mais qui ne l’intéresse en aucun cas. Lui, son truc, c’est la plomberie, point barre. Mais, en ce printemps 1944, c’est l’Histoire elle-même qui va se charger sans ménagements de son apprentissage.

De la douleur, de la cruauté, de la faim, de la peur au quotidien, Véronique Mougin n’omet rien, mais la force, la très grande force de ce roman, celle qui fait que l’on vibre à chaque page d’une émotion sans cesse renouvelée c’est précisément la voix de Tomas, cette voix qui semble faire écho à celle d’Anne Frank en son temps, une voix où, par-delà les questions de vie et de mort, ne cessent d’ affleurer les préoccupations, les doutes, les élans d’un adolescent de 15 ans.

C’est par cette voix, par ses inflexions, le témoignage, les sensations, les émotions qu’elle partage avec nous que l’on verra se dessiner, de manière très subtile, le cheminement de Tomas de la fin de l’enfance à la maturité. C’est par elle que l’on verra évoluer de lien de Tomas au monde, aux autres et, surtout, à son père ; c’est à elle que feront écho les pensées chuchotées çà et là des autres protagonistes de qui tissent cette toile sensible de l’histoire d’un homme.

Dans ce roman qui ose bousculer l’horreur ritualisée et évoquer un après possible, on passe ainsi avec Tomas, au fil des pages, de la toile rêche, inconfortable et mal taillée de l’adolescence au soyeux chatoyant et souple du shantung sur-mesure et de l’âge adulte. Véronique Mougin, y interroge, avec subtilité et une très grande sensibilité, la notion de filiation et de transmission.  C’est sobre, sans fioritures ni lourdeurs, même si le tombé impeccable ne laisse jamais oublier le poids de la matière première. C’est sans doute ce que l’on appelle l’élégance.

Si vous deviez le conseiller : Je conseillerais volontiers ce très beau roman aux passionnés d'Histoire qui croient avoir tout lu sur le sujet et qui découvriront un aspect rarement évoqué de la vie et de "l'après-vie"des camps, mais aussi à tous les lecteurs sensibles à la notion de filiation, de transmission, et à ce moment si fragile où tout se joue et se noue qu'est l’adolescence

© Magali Bertrand

 

 

L’avis de Lilia Tak-tak :

"… Tomi se moque du fil, des aiguilles et des proverbes. La plomberie c’est son choix. C’était ça ou acteur.  Acteur ! comme dans ses westerns ! Au moins la plomberie est un métier. Il se fout des tuyaux comme des aiguilles, c’est la salopette qui lui plaît. Elle en impose, d’après lui avec toutes les poches, les doubles coutures, et ce bleu, la belle affaire !".

Hermann Kiss, couturier juif hongrois ne rêve que de la Pfaff 130 et de transmettre à son fils adolescent, Tomi, l’art de la couture. Mais ce dernier a bien d’autres rêves. Il cherche sa voix qui pour lui ne passera pas par l’aiguille. Mais c’est sans compter les surprises que lui réserve l’aiguille !

Où passe l’aiguille est un très beau roman plein d’humour et de délicatesse où nous découvrons avec émotion la vie peu ordinaire de Tomas Kiss, surnommé Tomi, un jeune garçon juif hongrois qui connut le camp de Dora-Mittelbau en Allemagne et aussi par la suite le monde du luxe.

Véronique Mougin transmet très joliment et avec beaucoup de tendresse, le témoignage de son cousin qui n’a jamais voulu avant ses 88 ans raconter son histoire. Elle manie superbement des alternances entre la parole donnée à Tomi et les autres personnes qui l’entourent, notamment les confidences de son père à sa mère par lettre. Et rend ainsi ce roman très vivant.

Une histoire durant la seconde guerre mondiale qui ne manque pas d’originalité face aux nombreux ouvrages sur le sujet !

Un très joli coup de cœur que je recommande vivement !

 

© Lilia Tak-Tak

 

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