Javier Cercas

Javier Cercas
Javier Cercas est né en 1962 à Cáceres et enseigne la littérature à l’université de Gérone. Il est l’auteur de quatre romans et de recueils de chroniques et de récits.
La Vitesse de la lumière connaît un succès phénoménal en Espagne (le tirage initial de 110 000 exemplaires a été écoulé en cinq j... Voir plus
Javier Cercas est né en 1962 à Cáceres et enseigne la littérature à l’université de Gérone. Il est l’auteur de quatre romans et de recueils de chroniques et de récits.
La Vitesse de la lumière connaît un succès phénoménal en Espagne (le tirage initial de 110 000 exemplaires a été écoulé en cinq jours) et, à l’instar des Soldats de Salamine, l’engouement international est constant. Le livre est en cours de traduction dans une vingtaine de langues.
Du même auteur, Actes Sud a publié Les Soldats de Salamine (2002 et Babel n° 621) et A petites foulées (2004).

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Avis (19)

  • Couverture du livre « Les soldats de Salamine » de Javier Cercas aux éditions Actes Sud

    Dominique Lemasson sur Les soldats de Salamine de Javier Cercas

    _ « Toutes les guerres sont pleines d’histoires romanesques, n’est-ce pas ?
    _ Seulement pour celui qui ne les vit pas. Seulement pour celui qui les raconte. Pour celui qui va à la guerre pour la raconter, et non pour la faire. Comment s’appelle ce romancier américain qui est entré dans Paris…...
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    _ « Toutes les guerres sont pleines d’histoires romanesques, n’est-ce pas ?
    _ Seulement pour celui qui ne les vit pas. Seulement pour celui qui les raconte. Pour celui qui va à la guerre pour la raconter, et non pour la faire. Comment s’appelle ce romancier américain qui est entré dans Paris… ?
    _ Hemingway.
    _Hemingway, oui. Quel clown ! »
    Ce livre, et c’est là qu’est sa force, sa puissance, raconte le lien fugace d’un regard échangé par un vilain matin pluvieux de fin janvier 1939 entre un des fondateurs de la Phalange ayant échappé au peloton d’exécution et le soldat anonyme qui, l’ayant retrouvé dans la forêt, aurait dû l’abattre mais ne l’a pas fait. Pendant la débâcle de l’armée républicaine, une cinquantaine de prisonniers est passée par les armes. Parmi eux, le plus illustre est l’un des fondateurs et idéologue de la Phalange, l’écrivain Rafael Sanchez Mazas. Il s’échappe, se terre dans la forêt, on le poursuit et… « C’est alors qu’il le voit. Debout, tout près du fossé…il empoigne de ses grosses mains son fusil. En proie à l’absurde résignation de celui qui sait que son heure a sonné, Sanchez Mazas regarde à travers ses lunettes de myope voilées d’eau le soldat qui va le tuer…C’est ainsi, la tête enflammée, affolée et confuse, que Rafael Sanchez Mazas –poète exquis, idéologue fasciste, futur ministre de Franco – attend la décharge qui doit en finir avec lui…Au moment même où le soldat atteint le bord du fossé, un cri proche traverse le bruissement végétal de la pluie :
    _ Il y a quelqu’un par là ?
    Le soldat regarde Sanchez Mazas ; celui-ci fait de même…
    _ Par ici, il n’y a personne !
    Il fait ensuite demi-tour et s’en va.
    Avouez que vous aimeriez bien savoir pourquoi, car si le miraculé a eu le temps de raconter son histoire, l’auteur de cet acte inouï de clémence est resté anonyme et sa décision inexpliquée. Ce livre-enquête en deux parties (l’écrivain d’abord, le soldat républicain ensuite) tutoie la réponse et révèle un personnage plus romanesque que possible qui répond à sa guise à quelques questions vertigineuses :
    Qu’est-ce qu’un héros ? Comment le devient-on ? Le veut-on vraiment ? Les héros sont-ils tous morts ? Les morts subissent-ils une seconde mort lorsque plus aucun vivant ne se souvient d’eux ? Il fustige l’ingratitude des descendants qui ont la chance de vivre en paix (nous), l’anonymat scandaleux dans lequel sont maintenus ses jeunes compagnons qui n’auront pas eu de vie et donne crédit et consistance à cette idée très dérangeante qui prétend que : "C'est toujours un peloton de soldats qui, au dernier moment, sauve la civilisation ». A l’heure où fleurissent commentateurs, comptables, et autres rapporteurs, le titre, emprunté à un roman jamais écrit de Sanchez Mazas, est un hommage aux Soldats de Salamine, entendons par là les modestes et anonymes qui font l’Histoire avec leur sang, qu’elle se soit déroulée 500 ans avant JC à Salamine ou en janvier 39 près de Gérone.
    Un livre fort, émouvant, une histoire fascinante qu’on n’oublie pas !

  • Couverture du livre « Le monarque des ombres » de Javier Cercas aux éditions Actes Sud

    Dominique JOUANNE sur Le monarque des ombres de Javier Cercas

    Javier Cercas a beaucoup écrit sur la guerre civile en Espagne jusqu’à ce livre où le cercle semble se resserrer autour de lui car il vit avec un fardeau qui le taraude, celui de sa famille franquiste dont il a honte. Il veut comprendre et il va nous embarquer dans son enquête à la recherche de...
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    Javier Cercas a beaucoup écrit sur la guerre civile en Espagne jusqu’à ce livre où le cercle semble se resserrer autour de lui car il vit avec un fardeau qui le taraude, celui de sa famille franquiste dont il a honte. Il veut comprendre et il va nous embarquer dans son enquête à la recherche de la vérité, du pourquoi et du comment.

    « … dans les Soldats de Salamine, tu as inventé un héros républicain pour cacher que le héros de ta famille était franquiste. —Phalangiste plutôt. (…) —Alors il est temps que tu affrontes la réalité, non ? Comme ça tu pourras boucler la boucle. Et comme ça, tu pourras enfin arrêter d’écrire sur cette putain de guerre et le franquisme, et sur toutes ces merdes qui te bouffent le cerveau. »

    « Tu te sens coupable d’avoir eu un oncle facho ? (…) —Un oncle non, précisai-je. La famille au grand complet. (…) Quoi qu’on en dise (…) pendant la plus grande partie du franquisme presque tout le monde a été franquiste, par action ou par omission. (…) — Hannah Arendt dirait que je ne devrais pas me sentir coupable mais responsable. »

    Dans une recherche de la vérité, Javier Cercas va nous raconter encore une fois, cette période de la guerre civile espagnole d’une façon plus rapprochée, plus concernée, plus intime en écrivant l’histoire et la légende de Manuel Mena, l’oncle paternel de sa mère, soit son grand-oncle qui fut « le héros officiel de ma famille ».

    « C’était l’oncle paternel de ma mère, laquelle, depuis mon enfance, m’a d’innombrables fois raconté son histoire, ou plutôt son histoire et sa légende, de sorte qu’avant de devenir écrivain je me disais qu’un jour il me faudrait écrire un livre sur lui. J’écartai cette idée précisément quand je devins écrivain. Pour une simple raison : je sentais que Manuel Mena était le paradigme de l’héritage le plus accablant de ma famille et que raconter son histoire ne voulait pas seulement dire que je prenais en charge son passé politique mais aussi le passé politique de toute ma famille, ce passé qui me faisait rougir de honte ; je ne voulais pas prendre cela en charge, je ne voyais pas la nécessité de le faire et encore moins de l’ébruiter dans un livre : apprendre à vivre avec me paraissait déjà suffisamment compliqué. (…) Fallait-il mêler réalité et fiction, afin de pouvoir colmater avec celle-ci les trous laissés par celle-là ? »

    Une longue enquête sur les pas de ce grand-oncle phalangiste dévoué à la cause franquiste et qui se fera tuer au combat à l’âge de 19 ans… Pour rien…

    « Je compris alors que la mort de Manuel Mena avait marqué au fer rouge l’imagination de ma mère comme s’il s’agissait de ce que les anciens Grecs appelaient ‘kalos thanatos’, une belle mort. Pour eux c’était la mort parfaite, la mort d’un jeune homme noble et pur, tel Achille dans l’Iliade, fait montre de sa noblesse et de sa pureté en jouant son va-tout tandis qu’il lutte en première ligne pour des valeurs qui le dépassent ou qu’il croit le dépasser, qui tombe au combat et abandonne le monde des vivants au faîte de sa beauté et de sa vigueur et échappe ainsi à l’usure du temps et à la décrépitude qui corrompt les humains ; ce jeune homme noble qui, au profit d’un idéal, renonce aux valeurs du monde et à sa propre vie constitue un modèle héroïque pour les Grecs et représente l’apogée de leur éthique et par là même la seule forme d’immortalité accessible aux hommes dans ce monde sans Dieu, laquelle consiste à vivre à jamais dans la mémoire précaire et volatile des hommes, comme cela arrive à Achille (…) Pour ma mère, Manuel Mena était Achille. »

    Javier Cercas va mettre le projecteur sur le panorama espagnol où se sont déroulés les combats avec force informations historiques. Déserts de pierres, massifs escarpés, chaleurs torrides ou gel à pierre fendre. Hôpitaux de fortune… Combats acharnés.

    Il va grignoter, dépiauter de la joie juvénile à la conviction jusqu’au sang, aux blessures, à la mort in fine, toutes les étapes qui ont fait que ce jeune adolescent habitant un petit village de campagne va devenir un fanatique engagé prêt à donner sa vie pour un parti fasciste. Misère et réformes incomprises de la part des socialistes. Coup d’état suivi de violences gratuites et crétines parmi une population qui se divise en deux et s'oppose. Déclaration de la guerre en 36 qui débouchera sur la propagation de la haine jusque dans les villages et s’ensuivra de 40 ans de dictature féroce. Fierté de l’uniforme, montée en grade, honneur de la patrie, idéalisme, se libérer du joug de l’oppresseur… Reconnaissance puis, obligation d’aller se battre. Plus le choix. La terrible bataille de l’Ebre dans tous ses états…

    « Il est mort pour rien, parce qu’on l’a trompé en lui faisant croire qu’il défendait ses intérêts alors qu’en réalité il défendait les intérêts des autres, et qu’il mettait sa vie en péril pour les siens alors qu’en réalité il le faisait pour les autres. Il est mort à cause d’une bande de salopards qui empoisonnaient le cerveau des jeunes et les envoyaient à l’abattoir. Les derniers jours (…) il s’en est douté ou il l’a entrevu, mais c’était déjà trop tard et c’est pourquoi il ne voulait plus faire la guerre (…) et s’était replié sur lui-même pour devenir un solitaire plongé dans la mélancolie. Il voulait être Achille, l’Achille de l’Iliade, et à sa façon il l’a été, (…), mais en réalité il est l’Achille de l’Odyssée et il se trouve dans le royaume des ombres en train de maudire sa condition de roi des morts dans la mort au lieu d’être le serf d’un serf dans la vie. Sa mort a été absurde. »

    Références à l’Iliade et l’Odyssée, à Ulysse et Achille, que Javier Cercas lit tout au long de l’enquête.. Imaginant ce qu’il aurait dit à Mena sur son lit de mort, il offre de magnifiques pages d’écriture plein cœur, pleine peau. « Qu’il était l’Achille de l’Iliade, non l’Achille de l’Odyssée. Que dans le royaume des morts, il ne se dirait pas qu’il vaut mieux connaître la vieillesse, fût-ce en étant le serf d’un serf, que de ne pas la connaître et être le monarque des ombres. »

    Le retour du corps du jeune homme dans son village marquera la mémoire des habitants et d’un soldat lambda, Manuel Mena y deviendra un héros.

    Mais nos morts nous hantent… Leur sang est le nôtre… « …j’étais tous les ancêtres qui affluent dans mon présent telle une foule ou une légion innombrable de morts ou une forêt de fantômes, comme tous les sangs qui se jettent dans mon sang, provenant du puits insondable de notre ignorance infinie du passé. (…) Manuel Mena vivait en moi comme vivaient en moi tous mes ancêtres (…) même s’il est vrai que les vainqueurs écrivent l’histoire et le peuple tisse les légendes et les littérateurs affabulent, même la mort n’est pas indéniable (…) Ça n’a jamais de fin. »

    Javier Cercas a refoulé ce secret de famille pendant des années mais fort du succès de ses livres et sa notoriété d’écrivain immense au talent reconnu internationalement, il décide de se libérer de son fardeau et de déposer sa mémoire dans ce livre plein d’émotion, d’attention, de sentiments à l’écriture simple, pure, forte et juste, partagée par deux narrateur le Cercas historien et le Cercas qui raconte l’histoire de son grand-oncle mais du coup de sa famille et de lui-même. Il inclut dans le texte des références littéraires intéressantes dont la nouvelle ‘Il est glorieux de mourir pour la patrie ‘ de Danilo Kis ou encore ‘Le désert des tartares’ de Dino Buzatti par lequel le lieutenant Drogo qui comme Mena a fait ses classes d’officier en urgence. Lobotomisé, il est persuadé de la beauté de la guerre…

    Le jeune Mena et son village d’Iberhando sont une représentation universelle de la montée du fascisme, de l’embrigadement dans un parti extrême, de la violence populaire, de la guerre bien entendu, mécanique qui (Cercas ne le dis pas mais on le déduit aisément), semblerait se répéter de nos jours dans de nombreux pays d’Europe, de façon préoccupante… Cercas avec ce livre, fait aussi une piqûre de rappel concernant l’horreur des dictatures et la honte laissée en héritage et ainsi appelle de façon taiseuse, à la vigilance.

    Dans la présentation de son livre lors d’une dédicace, Javier Cercas a souligné qu’il devait écrire ce livre sans tarder pour encore pouvoir rencontrer des témoins vivants.

    C’est un roman puissant. Manuel Mena était moralement honnête et a eu le courage d’aller au combat mais il avait politiquement tort.

    Et qu’aurait fait l’auteur en 1936 ? A 17 ans ? Petit serf misérable face à l’oppression des propriétaires terriens ? Et nous, qu’allons-nous faire face à des réformes incomprises et un fossé social qui n’a de cesse d’aggraver la misère ?...

    Je suis contente de voir que son livre navigue en tête de gondole dans toutes les librairies car Javier Cercas est peu connu du public français alors qu’il est un immense écrivain, un auteur d’exception, salué par le monde littéraire international.

    « J’écris pour ne pas être écrit. » J. Cercas

  • Couverture du livre « Les soldats de Salamine » de Javier Cercas aux éditions Actes Sud

    fabienne balcon sur Les soldats de Salamine de Javier Cercas

    Très beau livre érudit sur une période de la guerre d'Espagne avec une enquête minutieuse sur un écrivain entrainé dans la guerre mais pas du bon côté.
    Récit très juste sans jugement.

    Très beau livre érudit sur une période de la guerre d'Espagne avec une enquête minutieuse sur un écrivain entrainé dans la guerre mais pas du bon côté.
    Récit très juste sans jugement.

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