Javier Cercas

Javier Cercas
Javier Cercas est né en 1962 à Cáceres et enseigne la littérature à l’université de Gérone. Il est l’auteur de quatre romans et de recueils de chroniques et de récits.
La Vitesse de la lumière connaît un succès phénoménal en Espagne (le tirage initial de 110 000 exemplaires a été écoulé en cinq j... Voir plus
Javier Cercas est né en 1962 à Cáceres et enseigne la littérature à l’université de Gérone. Il est l’auteur de quatre romans et de recueils de chroniques et de récits.
La Vitesse de la lumière connaît un succès phénoménal en Espagne (le tirage initial de 110 000 exemplaires a été écoulé en cinq jours) et, à l’instar des Soldats de Salamine, l’engouement international est constant. Le livre est en cours de traduction dans une vingtaine de langues.
Du même auteur, Actes Sud a publié Les Soldats de Salamine (2002 et Babel n° 621) et A petites foulées (2004).

Articles en lien avec Javier Cercas (3)

Avis sur cet auteur (20)

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    Couverture du livre « Le monarque des ombres » de Javier Cercas aux éditions Actes Sud

    Mélissa sur Le monarque des ombres de Javier Cercas

    L’histoire dans l’Histoire…

    Javier CERCAS nous livre ici à la fois un autre grand chef-d’œuvre (après Les soldats de Salamine) et une partie de lui-même, à travers son histoire personnelle et l’histoire d’un grand-oncle Manuel MENA, qu’il n’a jamais connu car mort bien avant sa naissance...
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    L’histoire dans l’Histoire…

    Javier CERCAS nous livre ici à la fois un autre grand chef-d’œuvre (après Les soldats de Salamine) et une partie de lui-même, à travers son histoire personnelle et l’histoire d’un grand-oncle Manuel MENA, qu’il n’a jamais connu car mort bien avant sa naissance pendant la Guerre Civile Espagnole. L’auteur traite encore une fois ce sujet toujours tabou en Espagne mais, d’une manière très différente.

    Même si le style est parfois un peu brouillon et les chapitres un peu longs, l’alternance entre passé et présent oblige, on s’attache vite à l’intrigue et aux personnages.

    Au fil du roman, CERCAS tente de ne pas inventer les morceaux manquants de l’histoire de Manuel MENA, il essaye de prendre ses distances. Il veut traiter le sujet en journaliste/historien plutôt qu’en romancier. Il explique même qu’il ne voulait pas écrire sur son grand-oncle. Mais, tout au long et surtout à la fin, on comprend que c’est impossible, que ce grand-oncle fait bien trop parti de son histoire personnelle pour qu’il s’en détache.

    Il nous décrit aussi certains aspects de la Guerre Civile Espagnole et nous montre le terrible qu’a été cette guerre et ce pour les deux camps.

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    Couverture du livre « Le monarque des ombres » de Javier Cercas aux éditions Actes Sud

    Catherine L sur Le monarque des ombres de Javier Cercas

    Cela faisait des années que l’auteur espagnol Javier Cercas tournait autour de ce héros de la famille, jeune homme mort à vingt ans sur les bords de l’Ebre, mais le fait que rétrospectivement il ait été du mauvais côté, à savoir du côté du franquisme, était très certainement un frein à cette...
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    Cela faisait des années que l’auteur espagnol Javier Cercas tournait autour de ce héros de la famille, jeune homme mort à vingt ans sur les bords de l’Ebre, mais le fait que rétrospectivement il ait été du mauvais côté, à savoir du côté du franquisme, était très certainement un frein à cette entreprise. Cela et aussi la mémoire des contemporains de Manuel Mena qui commençait à s’effacer… Pourtant, grâce à la proposition de son ami le cinéaste David Trueba qui lui propose de l’accompagner dans son village d’Estrémadure pour interroger et filmer ceux qui ont connu le jeune phalangiste, un projet de livre se dessine.
    C’est avec plaisir que je retrouve Javier Cercas, dont j’avais lu avec un très grand intérêt L’imposteur. Le présent livre relate scrupuleusement les recherches, les rencontres, en quête de la personnalité de Manuel Mena, mais curieusement, l’auteur parle de lui tantôt à la première personne, tantôt, notamment pour les membres de sa famille, en les nommant « le grand-père de Javier Cercas » ou « l’oncle maternel de Javier Cercas », un curieux dédoublement qui surprend, mais ne soulève aucun doute quand à la sincérité du propos.
    Les dialogues entre l’auteur et David Trueba rendent très vivante cette quête, près de quatre-vingts ans après les faits, ainsi que le retour au village natal qui m’a rappelé le très beau livre de Carine Fernandez, Mille ans après la guerre. Impossible de ne pas se passionner pour tous les doutes et les questionnements soulevés par l’enquête de l’auteur, et ils sont nombreux, car il n’est pas forcément facile d’évoquer un ancêtre franquiste dans l’Espagne actuelle. Tous les moments où il réussit à faire remonter des réminiscences de la part de proches parents ou de voisins de son village s’avèrent également très émouvants, et j’ai vraiment été emballée par le style. La traduction me semble d’ailleurs parfaite pour mettre en valeur ce texte.

    Pour un avis complet
    https://lettresexpres.wordpress.com/2018/12/11/javier-cercas-le-monarque-des-ombres/

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    Couverture du livre « Les soldats de Salamine » de Javier Cercas aux éditions Actes Sud

    Dominique JOUANNE sur Les soldats de Salamine de Javier Cercas

    Aux derniers jours de la guerre civile espagnole, lors de la débâcle des républicains vers la frontière française, le poète Rafael Sanchez Mazas, un des principaux fondateurs de la phalange, est retenu prisonnier au sanctuaire de Santa Maria du Collel avec 2000 autres franquistes. Il fait partie...
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    Aux derniers jours de la guerre civile espagnole, lors de la débâcle des républicains vers la frontière française, le poète Rafael Sanchez Mazas, un des principaux fondateurs de la phalange, est retenu prisonnier au sanctuaire de Santa Maria du Collel avec 2000 autres franquistes. Il fait partie d’un groupe d’acteurs majeurs de la dictature qui vont être fusillés mais lui, Mazas, va arriver à échapper à son exécution. Il se réfugie dans une forêt. Les hommes de Lister qui commande le 5eme corps de l’armée de l’Ebre, sont à sa recherche. Mazas se cache dans un fossé mais un des soldats le débusque. Plus tard, il racontera en se vantant que, avant de l’épargner, le soldat et lui échangèrent un long regard silencieux. La vie sauve, il errera plusieurs jours dans la forêt et la campagne environnante.

    Javier Cercas va enquêter. Pourquoi un soldat vaincu, épuisé et amer va-t-il laisser son pire ennemi en vie.
    Le livre se décline en 3 tableaux.

    1/ Cercas lui-même se met en scène dans l’Espagne d’aujourd’hui alors qu’il sort à peine d’une dépression avec le sentiment d’une vie de journaliste ratée entre la page blanche et le départ de son épouse jusqu’à ce qu’il reprenne goût à la vie grâce à une aventure amoureuse avec une jeune femme extravertie et pétillante et reprend pied en décidant de mener une enquête sur J. Mazas et le soldat inconnu qui a épargné le phalangiste et envisager d’en faire un livre. Au fil des pages, Cercas dévoile son travail d’écrivain, avec ses doutes, ses inquiétudes et ses certitudes.

    2/ L’histoire de Rafael Sanchez Mazas, pas un grand écrivain mais plutôt un ‘bon écrivain mineur’. Mazas avait dit qu’il écrirait l’histoire de sa détention et évasion de Collel et l’intitulerait « Les soldats de Salamine » en référence aux Grecs vainqueurs de l’armée perse… Là est encore un trait marquant de la grossièreté et de l’immodestie de Mazas. In fine, il n’a jamais écrit le livre. Il a hérité d’une grosse fortune et a paradé sans action comme ministre sans portefeuille auprès de Franco qui a fini par le destituer de son siège. De surcroît, il n’a jamais remercié les gens qui l’ont caché et nourri dans leur ferme lors de sa cavale. Mazas est un personnage qui a vraiment existé, fervent admirateur de Mussolini et d’Hitler pour lesquels il a écrit des articles dans El Fascio, un journal fasciste qu’il a créé. Il deviendra le principal idéologue et leader emblématique de la Phalange espagnole.
    J. Cercas va marcher dans les pas de Mazas et retrouver des personnes qui ont alors rencontré le phalangiste à cette époque. Ainsi l’auteur nous livre son enquête mais aussi révèle la guerre civile dans tous ces états…

    3/ Et enfin 3ème tableau : le soldat inconnu. Cercas enquête et retrouve les traces d’un des combattants antifasciste présent au Collel lors de la détention de Mazas. Il va le retrouver en France, dans une maison de retraite à Dijon, mais si tout porte à croire qu’il serait, pourrait être, le bienfaiteur de Mazas rien ne le confirmera.
    Miralles, on a envie de prendre dans ses bras ce vieux combattant couvert de cicatrices que personne n’a jamais remercié pour avoir offert sa vie entière au service de la liberté.

    Javier Cercas nous offre à nouveau un plongeon dans cette blessure de l’Espagne toujours pas cicatrisée à tel point que le roman-document a connu un immense succès et a été le livre qui a révélé J. Cercas en tant qu’écrivain majeur espagnol.

    Il nous donne à réfléchir sur le nationalisme, les extrêmes, les guerres, la reconnaissance, l’héroïsme et les failles humaines.

    « Il ne s’agit pas de demander des comptes à qui que ce soit mais uniquement essayer de comprendre.»

    En essayant de comprendre, on apprend et surtout cela débouche sur une foule de questions sur la politique, la société et nos propres vies.

    « —Pourquoi vouliez-vous rencontrer le soldat qui a sauvé Sanchez Mazas ? Je réponds sans hésiter : —Pour lui demander ce qu’il a pensé, là, dans la forêt, après l’exécution, quand il l’a reconnu et l’a regardé dans les yeux. Pourquoi il l’a sauvé, pourquoi il ne l’a pas dénoncé, pourquoi il ne l’a pas tué. »

    C’est un roman puissant, généreux et courageux, profondément humain et humaniste. Le succès international rencontré confirme le talent de cet excellent écrivain.

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    Couverture du livre « Les soldats de Salamine » de Javier Cercas aux éditions Actes Sud

    GeorgesSmiley sur Les soldats de Salamine de Javier Cercas

    _ « Toutes les guerres sont pleines d’histoires romanesques, n’est-ce pas ?
    _ Seulement pour celui qui ne les vit pas. Seulement pour celui qui les raconte. Pour celui qui va à la guerre pour la raconter, et non pour la faire. Comment s’appelle ce romancier américain qui est entré dans Paris…...
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    _ « Toutes les guerres sont pleines d’histoires romanesques, n’est-ce pas ?
    _ Seulement pour celui qui ne les vit pas. Seulement pour celui qui les raconte. Pour celui qui va à la guerre pour la raconter, et non pour la faire. Comment s’appelle ce romancier américain qui est entré dans Paris… ?
    _ Hemingway.
    _Hemingway, oui. Quel clown ! »
    Ce livre, et c’est là qu’est sa force, sa puissance, raconte le lien fugace d’un regard échangé par un vilain matin pluvieux de fin janvier 1939 entre un des fondateurs de la Phalange ayant échappé au peloton d’exécution et le soldat anonyme qui, l’ayant retrouvé dans la forêt, aurait dû l’abattre mais ne l’a pas fait. Pendant la débâcle de l’armée républicaine, une cinquantaine de prisonniers est passée par les armes. Parmi eux, le plus illustre est l’un des fondateurs et idéologue de la Phalange, l’écrivain Rafael Sanchez Mazas. Il s’échappe, se terre dans la forêt, on le poursuit et… « C’est alors qu’il le voit. Debout, tout près du fossé…il empoigne de ses grosses mains son fusil. En proie à l’absurde résignation de celui qui sait que son heure a sonné, Sanchez Mazas regarde à travers ses lunettes de myope voilées d’eau le soldat qui va le tuer…C’est ainsi, la tête enflammée, affolée et confuse, que Rafael Sanchez Mazas –poète exquis, idéologue fasciste, futur ministre de Franco – attend la décharge qui doit en finir avec lui…Au moment même où le soldat atteint le bord du fossé, un cri proche traverse le bruissement végétal de la pluie :
    _ Il y a quelqu’un par là ?
    Le soldat regarde Sanchez Mazas ; celui-ci fait de même…
    _ Par ici, il n’y a personne !
    Il fait ensuite demi-tour et s’en va.
    Avouez que vous aimeriez bien savoir pourquoi, car si le miraculé a eu le temps de raconter son histoire, l’auteur de cet acte inouï de clémence est resté anonyme et sa décision inexpliquée. Ce livre-enquête en deux parties (l’écrivain d’abord, le soldat républicain ensuite) tutoie la réponse et révèle un personnage plus romanesque que possible qui répond à sa guise à quelques questions vertigineuses :
    Qu’est-ce qu’un héros ? Comment le devient-on ? Le veut-on vraiment ? Les héros sont-ils tous morts ? Les morts subissent-ils une seconde mort lorsque plus aucun vivant ne se souvient d’eux ? Il fustige l’ingratitude des descendants qui ont la chance de vivre en paix (nous), l’anonymat scandaleux dans lequel sont maintenus ses jeunes compagnons qui n’auront pas eu de vie et donne crédit et consistance à cette idée très dérangeante qui prétend que : "C'est toujours un peloton de soldats qui, au dernier moment, sauve la civilisation ». A l’heure où fleurissent commentateurs, comptables, et autres rapporteurs, le titre, emprunté à un roman jamais écrit de Sanchez Mazas, est un hommage aux Soldats de Salamine, entendons par là les modestes et anonymes qui font l’Histoire avec leur sang, qu’elle se soit déroulée 500 ans avant JC à Salamine ou en janvier 39 près de Gérone.
    Un livre fort, émouvant, une histoire fascinante qu’on n’oublie pas !