Elena Ferrante

Elena Ferrante

Elena Ferrante est le pseudonyme d’un auteur qui souhaite absolument rester dans l’ombre : aucune interview en face à face n’est accordée par cet auteur, qui accepte à de rares occasions de s’exprimer dans les médias par écrit. C’est dans une interview écrite qu’Elena Ferrante a avoué être une mè...

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Elena Ferrante est le pseudonyme d’un auteur qui souhaite absolument rester dans l’ombre : aucune interview en face à face n’est accordée par cet auteur, qui accepte à de rares occasions de s’exprimer dans les médias par écrit. C’est dans une interview écrite qu’Elena Ferrante a avoué être une mère de famille écrivant des récits inspirés par sa propre vie. Il semblerait que quelques indications disséminées dans La frantumaglia puissent être considérées comme révélatrices : Elena Ferrante serait alors née à Naples en 1943, d’une mère couturière. Certains journalistes évoquent la possibilité que l’auteur soit en réalité Anita Raja, la femme de l’écrivain Domenico Starnone.

Traduits dans une quarantaine de langues, les livres d’Elena Ferrante sont particulièrement appréciés en Europe et en Amérique du Nord. La saga L’Amie prodigieuse, notamment, fait l’objet d’un véritable engouement. Elle plonge le lecteur dans la périphérie de Naples dans les années 1950 et raconte l’histoire de deux amies.

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Avis (146)

  • Couverture du livre « L'amie prodigieuse t.4 ; l'enfant perdue » de Elena Ferrante aux éditions Gallimard

    Florence Lelivred'après sur L'amie prodigieuse t.4 ; l'enfant perdue de Elena Ferrante

    Pour rappel, Elena et Lila sont deux amies d’enfance, nées en 1944 dans un quartier populaire de Naples. Au début de « L’amie prodigieuse », le premier tome, Lila, âgée de soixante-six ans, a disparu. Nous sommes en 2010 et Elena commence à raconter l’amitié naissante entre les deux petites...
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    Pour rappel, Elena et Lila sont deux amies d’enfance, nées en 1944 dans un quartier populaire de Naples. Au début de « L’amie prodigieuse », le premier tome, Lila, âgée de soixante-six ans, a disparu. Nous sommes en 2010 et Elena commence à raconter l’amitié naissante entre les deux petites filles. Elle cherche une explication à la disparition de son amie et poursuit sa narration au cours des trois volumes suivants.

    Dans « Le nouveau nom », puis « Celle qui fuit et celle qui reste », Elena parvient, grâce à sa brillante scolarité, à s’extraire de son milieu modeste et à intégrer la prestigieuse école normale de Pise. Elle devient écrivain, vit dans le nord de l’Italie puis épouse Pietro, un universitaire, et s’installe avec lui à Florence, où ils ont deux filles, Dede et Elsa. Quant à Lila, elle abandonne très vite l’école et, après un mariage raté avec Stefano, dont elle a un fils, elle travaille durement dans une fabrique de mortadelle où elle est exploitée, mais arrive à s’en sortir grâce à son caractère combatif. Elle s’installe ensuite avec Enzo et monte avec lui une entreprise informatique florissante et n’hésite pas à refuser de céder à la mafia contre sa protection.

    Ce quatrième volume enfin traduit en français sous le titre de « L’enfant perdue » débute dans les années soixante-dix. Elena, qui vient de quitter Pietro, part à Montpellier avec Nino, son grand amour de toujours, pour participer à un colloque universitaire… je ne vous en dévoilerai pas davantage puisque le roman vient de paraître !


    De ce dernier tome, j’ai retenu une citation qui me paraît emblématique :

    « Solo nei romanzi brutti la gente pensa sempre la cosa giusta, dice sempre la cosa giusta, ogni effetto ha la sua causa, ci sono quelli simpatici e quelli antipatici, quelli buoni e quelli cattivi, tutto alla fine ti consola ». (Storia della bambina perduta, p. 429 edizione originale).

    « Ce n’est que dans les mauvais romans que les gens pensent toujours la bonne chose, disent toujours la bonne chose, chaque effet a sa cause, il y a les gentils et les désagréables, les bons et les méchants, tout cela finit par te réconforter ». (L’enfant perdue p.429 édition originale.)


    Là se trouve la clé de toute la narration. Les personnages évoluent, ils ne sont jamais blancs ni noirs, et le lecteur évolue également au rythme de l’auteur : avez-vous toujours aimé l’une des deux amies et détesté l’autre ? C’est possible, mais moi non. Au contraire, mes sentiments ont beaucoup évolué au fil de la narration ; c’est en tout cas ce que j’ai ressenti (vous me direz ce que vous en pensez).

    Ainsi, Elena, qui me plaisait beaucoup au cours des deux premiers volumes, m’est-elle apparue comme davantage égoïste par la suite. Elle néglige souvent ses enfants, et les fait systématiquement passer après l’amour et après son travail. Inversement, Lila, qui j’avais d’abord perçue comme dure, jalouse, souvent centrée sur elle-même, m’est apparue sous un jour complètement différent dans ce quatrième tome. En réalité, chacune fait de son mieux, et selon les périodes de sa vie, y parvient plus ou moins bien. Le point commun étant qu’elles s’en sortent, sont fortes et indépendantes et que l’auteur ne porte jamais de jugement de valeur sur leurs erreurs.

    Ainsi, l’amitié n’est ni décriée, ni sur-valorisée. Elle est centrale, tout simplement :

    « Ogni rapporto intenso tra essere umani è pieno di tagliole e se si vuole che duri, bisogna imparare a schivarle ; »

    « Chaque relation intense entre êtres humains est pleine de pièges et si vous voulez qu’elle dure, vous devez apprendre à les éviter ; «


    Au-delà du récit de l’amitié de Lila et Elena, toute l’histoire de l’Italie contemporaine défile dans ce quatrième tome, de l’enlèvement d’Aldo Moro à la période berlusconienne, en passant par l’opération « mains propres » du début des années quatre-vingt-dix, et par la faillite du communisme et du socialisme italiens. Chacun des personnages se trouve impliqué politiquement, d’une façon ou d’une autre.

    On apprend beaucoup aussi sur la culture politique italienne, qui paraît proche de la nôtre mais qui peut être très différente ; c’est le cas du communisme à l’italienne, très différent du communisme français que nous avons connu dans les années soixante-dix et quatre-vingt. En Italie, les communistes étaient alors des intellectuels de haut niveau, engagés pour les travailleurs, mais restant toutefois entre eux : la famille Airota en est un bon exemple. Ils n’accepteront jamais totalement Elena. Fille du peuple, c’est un peu une « nouvelle intellectuelle », elle ne peut rivaliser, puisqu’elle n’a pas hérité des codes intellectuels de cette classe supérieure d’une façon traditionnelle, c’est-à-dire par transmission directe.

    Dans « L’enfant perdue », j’ai aussi beaucoup aimé la passion studieuse de Lila pour Naples, que j’ai vue comme un regret d’Elena pour ce qu’elle n’avait pas fait elle-même. Je me suis demandé longtemps, dans la dernière partie, comment Elena Ferrante allait mettre un terme à son récit. J’étais tellement prise dans l’histoire, habituée à vivre aux côtés des personnages, que j’aurais aimé qu’elle ne se termine jamais. Je me suis même demandée si Lila avait vraiment existé ou si elle n’était qu’une métaphore de ce que la vie d’Elena aurait pu être si elle n’avait pas étudié, si elle n’avait pas poursuivi ce destin intellectuel qui était le sien…

    La saga d’Elena Ferrante est aussi une réflexion sur le livre et la littérature. Elena se penche sur ses propres écrits. Elle mesure la distance entre elle-même et le monde qui l’entoure et le doute l’assaille inévitablement : la littérature est-elle vraiment en mesure de raconter le monde ?

  • Couverture du livre « L'amie prodigieuse t.4 ; l'enfant perdue » de Elena Ferrante aux éditions Gallimard

    Stéphanie Drouette sur L'amie prodigieuse t.4 ; l'enfant perdue de Elena Ferrante

    Une véritable addiction : on se laisse guider, entraîner, perdre dans la vie d'Elena Greco. Et pourtant il ne se passe pas grand chose de neuf par rapport aux autres tomes : elle travaille beaucoup, doute toujours autant, tente de vivre une relation amoureuse, élève ses enfants. Mais on la suit,...
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    Une véritable addiction : on se laisse guider, entraîner, perdre dans la vie d'Elena Greco. Et pourtant il ne se passe pas grand chose de neuf par rapport aux autres tomes : elle travaille beaucoup, doute toujours autant, tente de vivre une relation amoureuse, élève ses enfants. Mais on la suit, on veut connaître la suite : on la voit se débattre avec ses origines : origine de sa vie, de sa passion , de ses amours et amitiés et surtout de son retour au quartier. Malgré ses pérégrinations, j'ai trouvé que ce roman s'articulait plus que les autres autour d' épisodes importants( le tremblement de terre, la disparition de Tina, la mort de sa mère..) qui permettent à la narratrice de faire la lumière sur ce qu'elle est, même si elle persiste dans ses doutes.
    L'accent est de nouveau mis sur sa relation compliquée avec Lila , compliquée parce que le mystère perdure . Ce qui est sur, c'est qu'elles vont me manquer, elles et l'ambiance de Naples, de l'Italie de cette époque qu'on voit défiler .
    Une écriture fleuve dont la narratrice elle-même évoque les rouages notamment dans la fin .Bref j'ignore à quoi tient ce charme du roman : à l'écriture attrayante , au mystère des personnages , à la psychologie dont fait preuve la narratrice qui dissèque les faits et gestes des autres et tente d'expliquer leur sentiment...je n'ai pas trouvé la clef de ce mystère mais je me suis laissée porter avec plaisir.

  • Couverture du livre « L'amie prodigieuse t.2 ; le nouveau nom » de Elena Ferrante aux éditions Gallimard

    Sandrine Fernandez sur L'amie prodigieuse t.2 ; le nouveau nom de Elena Ferrante

    Le soir même de ses noces, Lila découvre que son mari l'a trahie en s'associant aux camorristes Marcello et Michele Solara. Désormais elle n'éprouve que mépris pour Stefano mais le jeune homme compte bien profiter de ses prérogatives d'époux. Le cauchemar commence pour l'adolescente de 16 ans à...
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    Le soir même de ses noces, Lila découvre que son mari l'a trahie en s'associant aux camorristes Marcello et Michele Solara. Désormais elle n'éprouve que mépris pour Stefano mais le jeune homme compte bien profiter de ses prérogatives d'époux. Le cauchemar commence pour l'adolescente de 16 ans à peine, prisonnière d'un mariage sans amour et d'une vie sans saveur. De son côté, Elena poursuit ses études au lycée et son amourette avec Antonio. Studieuse et persévérante, elle s'accroche malgré les difficultés et le sentiment oppressant de ne pas être à sa place. Les deux amies voient leurs chemins se séparer. Elles se retrouvent pourtant le temps d'un été, sur l'île d'Ischia, Lila pour prendre des forces et enfin tomber enceinte et Elena pour se rapprocher de Nino dont elle est secrètement amoureuse depuis l'enfance. Les choses vont prendre un tour différent et, les vacances terminées, Lila retourne à sa vie de femme mariée tandis qu'Elena quitte Naples pour Pise et l'Ecole normale. Toujours amies, toujours rivales, les deux jeunes femmes ne cessent de se quitter, se retrouver, se jalouser, s'aimer, se détester, unies par leur soif de reconnaissance et leur besoin de s'accomplir.

    Quel plaisir de retrouver l'Italie, Naples, Lila et Elena ! C'est cette dernière qui continue de raconter cette amitié hors du commun, ce lien indéfectible qui se tend et se distend mais reste solide malgré la rivalité, la jalousie et les séparations. Car l'entrée dans l'âge adulte les éloigne l'une de l'autre. Lila, privée de lycée par un père traditionaliste, a choisi le confort du mariage pour sortir de la misère. Mais si l'argent semble couler à flots pour son épicier de mari, le bonheur conjugal n'est pas au rendez-vous. Lila, toujours rebelle, rejette un mari qu'elle méprise et encaisse les coups dont il n'est pas avare pour soumettre cette épouse qu'il ne comprend pas. Loin de ces soucis domestiques, Elena se débat avec sa difficile intégration dans un monde qui n'est pas le sien. Elle travaille sans relâche pour améliorer son italien, perdre son accent napolitain, faire semblant de maîtriser des sujets auxquels elle n'entend rien. Ce faisant elle s'éloigne de son quartier, de ses amis, de sa famille, de ses racines.
    Dans ce deuxième tome, Lila semble perdre pied. Elle reste obstinée et combative mais se flétrit dans un mariage fait de haine et de violence. Son chemin de vie est chaotique, scandaleux, dangereux. A l'inverse, la trajectoire d'Elena suit une ligne droite et semble tracé vers le succès. Pourtant, toutes deux ont en commun les doutes, la peur de l'échec, la certitude qu'elles sont capables de beaucoup mêlée au sentiment qu'elles resteront toujours les filles misérables de leur quartier d'origine. En cela, le roman d'Elena Ferrante est terriblement moderne. On pourrait sans problème le transposer de nos jours dans une banlieue quelconque et aborder les mêmes thématiques : milieu violent et machiste, pauvreté, désir de s'en échapper, peur de trahir ses origines, etc.
    Le coup de cœur se confirme et on brûle maintenant de connaître la suite du parcours des deux jeunes femmes et de leur amitié si particulière.

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