Tanguy Viel

Tanguy Viel
Tanguy Viel est né à Brest en 1973. La Disparition de Jim Sullivan, son sixième roman, est paru en 2013.

Articles en lien avec Tanguy Viel (1)

Avis sur cet auteur (96)

  • add_box
    Couverture du livre « Boîte noire » de Tanguy Viel aux éditions Imec

    Dominique JOUANNE sur Boîte noire de Tanguy Viel

    Lors d’un ‘Diaporama’ qui a d’abord été présenté à l’Abbaye d’Ardenne, en Normandie, l’IMEC invite Tanguy Viel à parler de lui en regardant ailleurs.

    « Je sais que c’est pour cela, contre l’éparpillement ou l’ouverture à tous vents de l’esprit, que j’ai choisi de faire du roman, parce que le...
    Voir plus

    Lors d’un ‘Diaporama’ qui a d’abord été présenté à l’Abbaye d’Ardenne, en Normandie, l’IMEC invite Tanguy Viel à parler de lui en regardant ailleurs.

    « Je sais que c’est pour cela, contre l’éparpillement ou l’ouverture à tous vents de l’esprit, que j’ai choisi de faire du roman, parce que le roman m’est apparu comme la forme tisserande par excellence, capable d’agréger la plus hétérogène des matières et même, plus que de seulement couturer, la cimenter assez pour qu’elle ne s’écroule pas. Car, à choisir entre les deux métaphores, celles du tissu ou de la pierre, je sais que ma pente naturelle bascule vers la seconde. Mais chacun négocie selon l’outillage qui lui revient, qui plus tisserand qui plus maçon. Marcel Proust lui-même a longtemps hésité, pour qualifier son livre, entre la robe et la cathédrale. Et quoique le mot cathédrale revienne exactement, selon Google, trente-neuf fois dans ‘A la recherche du temps perdu’, Proust a fini par préférer la robe, étant parvenu quant à lui à recouvrir d’un tissu unifiant et sans trop de coutures visibles le tremblement souterrain de sa vision, de cette manière quasi arachnéenne qui laisse l’impression d’avoir été tissée d’un seul fil. (…) il faudrait prendre un temps pour entrevoir, chez chaque écrivain, chaque artiste, ce qu’il a de drap et ce qu’il a de pierre.

    A cette aune en tous cas, je me suis souvent représenté mon propre travail, non comme le recueillement tisserand d’un murmure venu du monde extérieur mais plutôt comme la lente construction d’une maison toute mentale dans laquelle un jour enfin me reposer, ayant pour ainsi dire architecturé mon désordre intérieur. »

  • add_box
    Couverture du livre « Article 353 du code pénal » de Tanguy Viel aux éditions Minuit

    Phil Balzac sur Article 353 du code pénal de Tanguy Viel

    lu en juillet 2019.
    J'avais déjà lu Paris-Brest de cet auteur.
    J'ai vraiment bien aimé cet ouvrage de par sa construction qui nous met dans la tête du principal protagoniste via un long monologue.
    Petit à petit on découvre pourquoi et comment il s'est retrouvé dans le bureau de ce juge....
    Voir plus

    lu en juillet 2019.
    J'avais déjà lu Paris-Brest de cet auteur.
    J'ai vraiment bien aimé cet ouvrage de par sa construction qui nous met dans la tête du principal protagoniste via un long monologue.
    Petit à petit on découvre pourquoi et comment il s'est retrouvé dans le bureau de ce juge. Derrière la construction littéraire, on est amené à réfléchir sur la nature humaine et l'évolution du monde actuel.
    rien à dire , c'est super.

  • add_box
    Couverture du livre « Travelling » de Tanguy Viel et Christian Garcin aux éditions Lattes

    Dominique JOUANNE sur Travelling de Tanguy Viel - Christian Garcin

    Enchantement d’un récit de voyage écrit à quatre mains, absolument délicieux ! Original, érudit, captivant et attrayant.

    En 2018 à l’époque du championnat du monde de football, Christian Garcin, écrivain voyageur de renom convainc Tanguy Viel, (Paris Brest ; Article 353 du code pénal, etc.),...
    Voir plus

    Enchantement d’un récit de voyage écrit à quatre mains, absolument délicieux ! Original, érudit, captivant et attrayant.

    En 2018 à l’époque du championnat du monde de football, Christian Garcin, écrivain voyageur de renom convainc Tanguy Viel, (Paris Brest ; Article 353 du code pénal, etc.), écrivain plutôt sédentaire, à le sortir de sa zone de confort pour faire un tour du monde ensemble au ras du globe, soit sans prendre l’avion.

    Il ne s’agit pas d’une économie de Co2 car véhicules routiers et porte-containers restent de gros pollueurs, (7500 tonnes de fuel pour acheminer une moyenne de 10620 containers plein de Smartphones, de marchandises de grande consommation en tous genres) mais d’une formidable expérience dans l’espace-temps que les deux romanciers vont superbement bien traduire à l’aide de leurs plumes talentueuses.

    Dans leur rapport au voyage, l’un sera plus attaché à l’écriture, la lecture, aux références littéraires et cinématographiques dans la découverte des pays quand l’autre saura nous parler d’une géographie, de l’Histoire mondiale, de traditions, et du goût du voyage à proprement dit.

    « Nous avons voyagé en cargo, en train, en voiture, en bus, mais pas en avion. (…) d’est en ouest en partant de Marseille, traversant l’Atlantique puis les Etats-Unis, le pacifique et le Japon, la Chine et la Russie puis l’Europe jusqu’à Paris. (…) Ce voyage ne fut pas non plus celui de deux aventuriers. Il fut effectué dans des conditions très confortables (…) par quoi l’on peut réserver depuis chez soi une voiture à Chicago et une maison d’hôte en Sibérie, qu’une agence de voyage s’occupe de vos billets de cargo et une autre prendre vos visas. »

    « … prix du voyage en cargo, à savoir : environ 120 euros par 24 heures, soit 1700 euros pour la traversée du Pacifique, logés nourris, s’entend, et même blanchis par la compagnie marseillaise qui possède le navire, la déjà nommée CMA-CGM— ce qui n’empêche pas le bateau d’appartenir à quelque société immatriculée dans une discrète île du Pacifique, ni de naviguer sous pavillon maltais, ni d’avoir à sa tête un capitaine bulgare. »

    « (…) j’ai écrit des livres autour de mes voyages, mais je ne suis pas ce qu’on appelle un « écrivain voyageur ». Je n’ai rien contre ceux que l’on désigne sous ce terme, mais il me semble qu’il s’agit d’écrivains qui pour l’essentiel n’écriraient pas, ou n’auraient pas écrit, s’ils n’avaient pas voyagé. Ce qui n’est pas mon cas : mes livres sont nombreux qui n’entretiennent aucune espèce de relation avec le déplacement géographique. Je suis encore moins un « écrivain baroudeur » (forme supérieure de l’écrivain-voyageur) qui étalerait ici et là les rudes et viriles galères de ses expériences extrêmes. Mais je ne suis pas non plus un non-voyageur absolu, voire militant, une sorte de citadin (ou rural) sédentaire et fier de l’être qui sourit d’un air entendu à la fameuse phrase de Beckett : ‘On est cons, mais pas au point de voyager pour le plaisir.’ — au demeurant ce n’est pas Beckett qui a dit cela mais un de ses personnages dans Mercier et Camier, ce qui n’est pas exactement la même chose (sans compter que tout ce que dit Beckett n’est pas non plus parole d’Evangile.
    Et puis après tout, pourquoi ne voyagerait-on pas pour le plaisir. Stevenson ne disait pas autre chose : ‘Je voyage pour le plaisir de voyager.’ »

    « Traverser les neuf mille kilomètres qui séparent Pékin de Moscou en transsibérien, les sept mille de l’Atlantique et les neuf mille du Pacifique en bateau, voilà de quoi éprouver physiquement, intimement, l’étendue de ces vastitudes. (…) La grande affaire de ce voyage, notamment et surtout pendant le tiers consacré aux traversées transsibériennes et transocéaniques, sera double : l’espace qui nous pénétrera et que nous mesurerons du dedans, en arpenteurs amateurs, et le temps annihilé dans lequel nous nous engluerons, l’un s’éprouvant de manière accumulative, quand l’autre lentement se diluera dans le rituel des lectures, d’écriture, de repas, de siestes, de films du soir et de contemplation parfois béate du dehors (…) Déjà nous ne savons même plus quel jour nous sommes.
    Ce matin l’océan s’est un peu calmé. Nous sommes enveloppés d’une ouate de coton grisâtre. »

    « Ce soir dans le bus Cracovie-Paris, tandis que depuis plus de trois mois nous filons plein ouest, encore et toujours plein ouest, embrassant d’un regard mental la rotondité de la terre, la boucle en train de se boucler, toujours courant à faible allure, dans la certitude de son inaccessibilité, derrière ce soleil qui cent fois aura devant nous plongé dans les mers, les océans, derrière les montagnes, les lacs et les forêts, et cent fois sera réapparu dans notre dos, pour nous dépasser et nous entrainer à sa suite— ce soir, dans le bus Cracovie-Paris, pour peu qu’on ferme les yeux, quelques images finissent par ressurgir : la nageoire caudale d’une baleine qui s’enfonce dans les eaux atlantiques ; la terrasse chez Tom et Valérie qui ouvre sur Jersey City, Hoboken, le sud de Manhattan et l’embouchure de l’Hudson River ; nous deux à vélo dans Madison Avenue ; les canyons du Colorado avec Warren et Marie ; les roches spectaculaires de Monument Valley ; une scène du Sunchaser de Cimino vue sur un téléphone, ; une bière au soleil couchant sur le pont du Tigris, quelque part sur le pacifique ; l’arrivée à l’aube dans la baie de Yokohama aux collines ourlées de brume ; les dîners préparés à Tokyo par Akira et Michèle ; un cimetière perdu dans les Alpes japonaises ; le dur musée d’Hiroshima ; l’île fantôme de Gunkenshima ; les platanes de Shangaï, une vendeuse de souvenirs au point le plus haut de la Grande Muraille ; les fleuves, les lacs, les forêts, les belles immensités russes après la frontière chinoise ; la lumière sur les crêtes des vagues du Baïkal à Oust-Bargouzine ; le bateau sur le lac, l’eau que nous y avons bue et l’œil noir des nerpas ; les isbas enfoncées dans les rues d’Irkoutsk ; les bouleaux blanchâtres du transsibérien ; les escaliers et les collines de Nijni-Novgorod ; un arc-en-ciel sur la Volga et des familles en goguette ; les fresques du monastère Makarievski ; les soirées avec Christel et Natacha à Moscou, les églises de Cracovie, les barbelés d’Auschwitz ; le bus nommé Sinbad. (…) toute cette horizontalité qu’il nous fut donné d’éprouver, cette démocratie désormais des heures et des souvenirs, ne fut aussi rendue possible que par le mouvement continu et comme flottant, sur terre et sur mer, qui semble nous avoir porté cent jours durant, en cette sorte d’arpentage contemplatif, sans lieu ni frontière véritable, et qui a fini par nous rendre cette partie de la Terre presque familière. »

    Le soleil, les nuits, les heures, le vent, la nourriture, les gens, les oiseaux, les baleines et dauphins, les cabines, les hébergements, les repas, les livres, le Haïku, Conrad et Proust, les immeubles, les villages, les champs, les forêts, les montagnes et collines, les déserts, les rivières, les fleuves, les lacs, les océans, les grandes villes, les autoroutes et les sentiers, les trains, les bus et porte-containers, les gares, les ports et leurs grues, l’agenda des matchs de foot vus sur écran dans des bistros accompagné de leur journal de bord, la liste de leurs proverbes et les circonstances dans lesquelles ils ont été cités, l’énumération des animaux rencontrés, mainates, hirondelles et pétrels, les photos souvenirs, leur regard sur leurs vies d’écrivains, leur ressenti du quotidien et du voyage, une note de fin nous invitant à garder en mémoire les erreurs du passé pour préserver la bonne entente humaine puisque nous habitons tous une même planète et sommes donc voisins les uns des autres, bon sang, je n’avais pas envie de voir ces deux-là rentrer au bercail de sitôt.

    Les lire a été un pur régal. En ce qui me concerne, c’est un des meilleurs crus 2019.

    Pour ceux qui me suivent, ils savent mon goût pour les récits de voyage mais à "photosynthèse", le dernier mot du livre, j’avais une envie grandissante de fermer les volets et les compteurs eau et EDF, faire un sac et me barrer!

  • add_box
    Couverture du livre « Article 353 du code pénal » de Tanguy Viel aux éditions Minuit

    Philippe DUVAL sur Article 353 du code pénal de Tanguy Viel

    Le septième ouvrage de Tanguy Viel se déroule dans le Finistère . Antoine Lazenec, promoteur immobilier véreux, est jeté en mer par Martial Kermeur au cours d'une partie de pêche. Pour quelles raisons ? Confronté à un juge, le meurtrier va essayer d'expliquer son geste en racontant ...
    Voir plus

    Le septième ouvrage de Tanguy Viel se déroule dans le Finistère . Antoine Lazenec, promoteur immobilier véreux, est jeté en mer par Martial Kermeur au cours d'une partie de pêche. Pour quelles raisons ? Confronté à un juge, le meurtrier va essayer d'expliquer son geste en racontant chronologiquement toute l'histoire depuis ses origines. Divorce, garde de son fils Erwan, désillusions du socialisme des années Mitterand , licenciement économique par l'arsenal de Brest. Un enchaînement infernal dans une région sinistrée. Enfin arrive un sauveur séduisant portant un projet de complexe immobilier à vocation touristique. Beaucoup vont le suivre aveuglément en investissant leurs économies. Roman noir, social, psychologique au style fluide et précis, mais sans emphase. L'auteur, usant de plans et de références cinématographiques, s'inspire aussi de Simenon et de Dostoievski et nous livre une réflexion profonde et humaniste sur le mal.