John Le Carre

John Le Carre
John le Carré est né en 1931. Après avoir étudié à Oxford, il enseigne à Eton, puis travaille pendant cinq ans pour le Foreign Office. L'Espion qui venait du froid, lui vaut la célébrité. La consécration vient avec la trilogie : La Taupe, Comme un collégien et Les Gens de Smiley. John le Carré vi... Voir plus
John le Carré est né en 1931. Après avoir étudié à Oxford, il enseigne à Eton, puis travaille pendant cinq ans pour le Foreign Office. L'Espion qui venait du froid, lui vaut la célébrité. La consécration vient avec la trilogie : La Taupe, Comme un collégien et Les Gens de Smiley. John le Carré vit en Cornouailles.

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Avis sur cet auteur (34)

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    Couverture du livre « Le directeur de nuit » de John Le Carre aux éditions Points

    GeorgesSmiley sur Le directeur de nuit de John Le Carre

    Quand John Le Carré vous raconte le trafic d’armes, il y a toujours du suspens, des coups tordus à n’en plus finir, des organisations criminelles sans scrupules et quelques hommes dignes pour faire ce qu’ils peuvent. Dans la lutte entre le Bien et le Mal, le mal a bien des atouts, la technologie...
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    Quand John Le Carré vous raconte le trafic d’armes, il y a toujours du suspens, des coups tordus à n’en plus finir, des organisations criminelles sans scrupules et quelques hommes dignes pour faire ce qu’ils peuvent. Dans la lutte entre le Bien et le Mal, le mal a bien des atouts, la technologie et l’argent principalement. L’argent qui corrompt et qui gangrène, celui qui transforme en ennemi sournois l’ami de trente ans sur lequel vous pensiez pouvoir compter. Et dans le monde post Guerre froide, où se fait l’argent ? Dans deux trafics aussi lucratifs que mortifères : les armes et la drogue. Lorsque les deux convergent pour s’associer, comme ici, la fortune se déverse à grands flots comme autrefois dans le fleuve légendaire qu’on appelait Pactole. Toutes les bonnes volontés sont emportées et lorsque le fleuve se retire, bien à l’abri dans les paradis fiscaux dont le citoyen lambda ne comprend pas pourquoi ils existent (il suffirait pourtant de poser la question pour avoir une idée précise de la réponse), il ne reste plus que la boue et la honte.
    Le Carré a ce talent exceptionnel de décrire méthodiquement et subtilement les rouages et les engrenages qui permettent à la boue de s’insinuer au plus profond des services gouvernementaux, des agences de renseignements et de lutte contre la criminalité, tout en vous présentant quelques héros poignardés dans le dos par ceux qu’ils croyaient occupés à servir l’intérêt général des démocraties. Il est des moments du roman où, ce qui se trame dans les bureaux feutrés des « services » britanniques ou américains, fait penser immanquablement à la pointe émergée de l’iceberg fangeux de notre pas si beau pays (frégates de Taïwan, affaire Dumas, Clearstream, affaire Karachi) où d’obscurs intermédiaires côtoient curieusement les plus hautes autorités de l’Etat, vous savez, celles qui donnent des leçons au monde entier.
    De ce cloaque, surgit un des héros les plus extraordinaires de Le Carré, un homme désintéressé offrant sa vie simplement pour expier une faute qui n’était pas la sienne, uniquement mû par l’amour et le désir de vengeance. Sera-t-il écrasé comme un insecte ou réussira-t-il à mettre à bas la pieuvre ?
    "N'oubliez pas, monsieur Pyne, vous avez un avenir. N'y renoncez plus jamais. Ni pour moi ni pour personne. Promettez-le moi."
    Il l'avait fait. On promet n'importe quoi quand on est amoureux. »
    On a là un des thèmes récurrents de l’œuvre, le moment où l’un des pions habituellement manipulé, souvent sacrifié, décide de jouer sa propre partition par loyauté, par vengeance ou simplement par amour. Le grain de sable qui change le cours des choses s’est introduit dans la mécanique sophistiquée et il n’y a plus qu’à suivre l’auteur dans son récit et son héros dans son chemin de croix.
    Il lui faut bien un peu de soutien, alors, au milieu des affairistes, des « achetés ou des vendus », des minables de la haute administration britannique ou américaine, des politicards sans scrupule, Le Carré vous dégotte une poignée de « has been » un peu sur la touche parce que trop purs, et qui, cette fois, décident de brûler leurs vaisseaux et de se révolter contre leur hiérarchie qu’ils savent corrompue. Ils jouent leur dernière partie, sans trop d’espoir de la gagner, juste pour continuer à pouvoir se regarder dignement dans leur glace. On fait appel ici à l’intelligence, au courage, au respect de la parole donnée et à l’amour pour lutter contre l’argent sale, les tortionnaires, les trafiquants et leurs protecteurs, les paradis fiscaux, les milices privées, les fonctionnaires qui ferment les yeux et ouvrent leurs poches, la boue et la nausée. On ment aux menteurs, on triche avec les tricheurs et on monte un bluff gigantesque. Amour et suspens, réflexion profonde et documentée sur l’envers du décor de nos soi-disant démocraties, composent l’un des meilleurs Le Carré (je le reconnais, je dis ça pour la grande majorité de son œuvre). Si vous n’avez pas lu ce roman, allez-y vite et ensuite précipitez-vous sur la série éponyme de la BBC (The Night Manager) où Tom Hiddleston rend magnifiquement justice à Jonathan Pyne (le héros de Le Carré) face à un Hugh Laurie (le méchant Roper de l’histoire) qu’on a vraiment envie de détester. Et puis, ne manquez surtout pas, dans la scène du restaurant (épisode 4), ce modeste figurant aux cheveux blancs qui n’est autre que le créateur de Jonathan Pyne et de toute une galerie de personnages magnifiques.
    https://www.babelio.com/auteur/John-Le-Carre/18797/videos

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    Couverture du livre « Le Voyageur Secret » de John Le Carre aux éditions Robert Laffont

    GeorgesSmiley sur Le Voyageur Secret de John Le Carre

    J’adore les soirées de remises de diplôme. L’atmosphère y est jeune et joyeuse, on y fait d’agréables rencontres après avoir vérifié d’un œil léger mais attentif l’entourage de son rejeton. On s’attarde devant le buffet assez généreux pour vous faire oublier quelques instants les lourdes...
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    J’adore les soirées de remises de diplôme. L’atmosphère y est jeune et joyeuse, on y fait d’agréables rencontres après avoir vérifié d’un œil léger mais attentif l’entourage de son rejeton. On s’attarde devant le buffet assez généreux pour vous faire oublier quelques instants les lourdes dépenses que vous avez engagées avec une constance résignée pour permettre à la prunelle de vos yeux de décrocher le précieux sésame… enfin, c’est comme ça qu’on vous l’a vendu. C’est, d’expérience, beaucoup plus agréable que les pots de départ à la retraite.
    Chez les espions du MI6, il y a aussi des étudiants qui travaillent très dur. On les envoie à la « nursery » de Sarratt où de féroces instructeurs leur apprennent le métier, de la simple filature jusqu’au mode d’emploi de leur pilule de cyanure en passant par tout ce qu’il faut savoir pour rester discret et en vie le plus longtemps possible. On comprend aisément qu’aucun diplôme ne soit délivré et qu’aucun parent ne soit invité à une soirée qui n’est pas censée exister. Mais la soirée existe. On reste entre soi et on invite un conférencier chargé, à base d’anecdotes truculentes ou instructives, de parrainer la nouvelle promotion. Et si, cette année, on réussissait à sortir de sa retraite de Cornouailles le légendaire Smiley ? Ca aurait de la gueule, se dit Ned l’ancien patron de la Maison Russie, lui aussi arrivé non loin du précipice de la retraite.
    « Et aux pieds de Smiley, était installée ma dernière promotion d’étudiants, les jeunes filles en robe du soir tel un parterre de fleurs, les garçons, fringants et enthousiastes après leur épuisant entraînement physique de fin de stage dans l’Argyll »
    « Puis la légende se mit à parler… Son aisance souveraine à cet exercice me frappa donc avant même la profondeur de ses remarques. Je vis dès les premières phrases les visages de mes étudiants s'éclairer d'une sereine admiration, et ce public d'ordinaire difficile lui accorder progressivement son attention, sa confiance et son appui. »
    Ned a réussi son coup, ses étudiants sont ravis et Smiley s’épanouit à évoquer les talents gâchés, la qualité typiquement anglaise de dissimulation, la difficulté pour un enquêteur à prendre un menteur en défaut et celle encore plus considérable à reconnaître la vérité. Il aborde le moment où l’officier traitant qu’ils vont devenir cesse de collecter les informations fournies par ses agents pour risquer lui-même sa vie ; il leur fait partager la frustration du vieil agent qui connaît toutes les ficelles mais ne peut que regarder les jeunes opérer car sa couverture est grillée et il leur conseille de rester humains : « si jamais la tentation d’agir avec humanité vous assaille, j’espère que vous n’y verrez pas une faiblesse. Donnez-lui sa chance. »
    Et pendant que la légende parle, Ned laisse ses pensées vagabonder. Ce que dit Smiley fait écho à sa carrière : agents, collègues, adversaires et situations défilent. Ned est Le Voyageur Secret, il voyage dans sa mémoire, revisitant ses amours, ses espoirs, ses succès et ses échecs. De ses débuts où il échappe à une gaffe monumentale à l’interrogatoire-confession de Cyril, l’espion qui voulait simplement parler à quelqu’un, en passant par Ben l’étourdi et Stefanie l’éconduite, le capitaine Brandt et Bella la jeune lettonne. Il revit sa discussion avec le tueur qu’on avait envoyé au professeur Teodor sans doute parce qu’il fournissait tant de précieux renseignements, et celle avec le colonel Jerzy au cours de laquelle il crut sa dernière heure venue. Il croit entendre à nouveau la confession de Hansen le jésuite défroqué chez les Khmers rouges et repense enfin à Smiley et à tout le bien qu’on peut faire avec une simple paire de boutons de manchette.
    Beau et fort.

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    Couverture du livre « La constance du jardinier » de John Le Carre aux éditions Points

    Fantomas 57 sur La constance du jardinier de John Le Carre

    Mort d'une humanitaire idéaliste, enjeux politiques, morts suspectes et argent sale dans un Kenya loin des cartes postales. On sens ici que Le Carré qui est un ancien espion (véridique), maîtrise parfaitement son sujet .
    Un très bon polar.
    PS : l'adaptation en film est une vraie réussite (...
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    Mort d'une humanitaire idéaliste, enjeux politiques, morts suspectes et argent sale dans un Kenya loin des cartes postales. On sens ici que Le Carré qui est un ancien espion (véridique), maîtrise parfaitement son sujet .
    Un très bon polar.
    PS : l'adaptation en film est une vraie réussite ( mention spéciale pour Ralf Fienes)

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    Couverture du livre « Un pur espion » de John Le Carre aux éditions Points

    GeorgesSmiley sur Un pur espion de John Le Carre

    Le Carré affirme qu'il a créé le personnage de George Smiley pour remplacer le père, honnête et respectable, qu'il n'avait pas eu. "Je me sentais socialement désorienté, privé de repères parentaux auxquels me raccrocher, et je me suis inventé ce père de substitution", dit-il. "Il représentait...
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    Le Carré affirme qu'il a créé le personnage de George Smiley pour remplacer le père, honnête et respectable, qu'il n'avait pas eu. "Je me sentais socialement désorienté, privé de repères parentaux auxquels me raccrocher, et je me suis inventé ce père de substitution", dit-il. "Il représentait pour moi une catégorie de gens en voie de disparition, dotés d'une sorte de décence, de dignité, dont on pensait communément qu'elle était l'apanage du gentleman britannique", dit-il encore avec un sourire indéfinissable (Arte. 9 nov 2008).
    Ici, il règle (une partie de) ses comptes avec ce père qu’il décrit sans concessions, comme charmeur, hâbleur, noceur, flambeur, menteur, voleur, tricheur, sans cœur et sans honneur. C’est fait avec la distance et le style admirable qu’on lui connaît. L’ironie est implacable d’autant qu’elle est placée dans la bouche et les pensées de l’enfant d’une dizaine d’années qu’était l’auteur à l’époque.
    Il règle également le compte des services secrets, de leurs rivalités intestines, de leurs égos et de leurs chefs de service ineptes, prenant les vessies qu’on leur sert pour des lanternes qu’ils vont ensuite agiter en hauts lieux avec autant de certitudes que de satisfactions. Derrière les paravents des Défenses nationales, ne cache-t-on pas également de nombreux intérêts personnels ?
    Que reste-t-il, sinon l’amitié ? Une amitié de jeunesse, celle des années de vaches maigres et de bohême. Si elle a bien survécu à la séparation et à l’usure du temps, est-elle, pour autant, exempte d’arrières pensées ? L’amitié est-elle de taille à résister à la raison d’état ?
    Nous sommes ici au cœur de l’œuvre de Le Carré, toute entière centrée sur le mensonge et l’abandon. Le rideau de fumée initial toujours très épais ne se dissipe que sur la fin en posant une nouvelle fois une des questions centrales de son œuvre : tous ces mensonges, ces coups tordus, ces renoncements, ces sacrifices, ces existences en pointillés ou massacrées sont-ils justifiés par un intérêt supérieur ? Si dans certains de ses chefs-d’oeuvre, la réponse est positive, ici elle est clairement négative. Et lorsqu’il apprend que son escroc de père a rendu son dernier soupir, au moment où il déclare « Je suis libre », c’est toute une vie de mensonges qui peut enfin voler en éclat. Il va, en remontant le temps, entraîner son lecteur à la recherche de l’ultime escroquerie, plus forte que toutes celles de son père, l’escroquerie de sa vie entière, lui l’espion de haut vol, méthodique, sérieux et brillant.
    « Dans la vie, dit Proust, on finit toujours par faire ce qu’on fait le moins bien. Je ne saurai jamais ce que Pym aurait pu faire de mieux. Il accepta la proposition de la Firme. Il ouvrit son Times et découvrit avec un détachement similaire l’annonce de ses fiançailles avec Belinda. Voilà, je suis casé, songea-t-il. Si la Firme se charge d’une partie de moi-même et Belinda de l’autre, je ne manquerai plus jamais de rien. »
    Il ne pouvait pas savoir que, sur la fin, c’est la vérité qui lui manquerait le plus. Peut-être était-il fait pour une vie limpide, droite et digne. Comme un George Smiley ?