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Jean-David Morvan

Jean-David Morvan
Né en 1969 en Champagne, Jean-David Morvan découvre la BD très jeune. Après son bac, il commence ses études à l'Ecole Saint Luc de Bruxelles. D'abord intéressé par le dessin, il se tourne rapidement vers le scénario et quitte l'école en 1993 pour travailler au scénario de deux albums chez Zenda, ... Voir plus
Né en 1969 en Champagne, Jean-David Morvan découvre la BD très jeune. Après son bac, il commence ses études à l'Ecole Saint Luc de Bruxelles. D'abord intéressé par le dessin, il se tourne rapidement vers le scénario et quitte l'école en 1993 pour travailler au scénario de deux albums chez Zenda, « Reflets Perdus » avec Savoia et « Horde » avec Whamo. La même année, il commence deux grandes aventures chez Glénat : « Nomad » avec Savoia et « H.K. » avec Trantkat. Il a ensuite signé plusieurs séries chez Delcourt dont le best-seller « Sillage » avec Buchet, « Troll » avec Sfar et Boiscommun, « Le Cycle de Tschaï » avec Li-An, parmi d'autres. Il vient récemment de signer « Trop de bonheur », « Lord Clancharlie » chez Delcourt, « Je suis morte » pour la collection Loge Noire de Glénat, «Reality Show »,« Al'Togo », «Fleau.world » chez Dargaud. Pour « Jolin », Jean-David Morvan a découvert Rubén, un jeune dessinateur espagnol bourré de talents qui signe ici son premier album. Il a notamment travaillé pour Soleil en dessinant plusieurs histoires pour « Lanfeust Mag ».

Avis sur cet auteur (31)

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    Couverture du livre « La ferme de l'enfant-loup » de Jean-David Morvan et Facundo Percio et Patricio Delpeche aux éditions Albin Michel

    Francinemv sur La ferme de l'enfant-loup de Jean-David Morvan - Facundo Percio - Patricio Delpeche

    Ami, entends-tu … Ils étaient 4 000 à avoir entendu et à être montés au maquis du Vercors quand, le 21 juillet 1944, l’opération Bettina réduisit à néant ce fief de la Résistance, cette forteresse naturelle qu’ils croyaient imprenable devenue souricière. C’est cet épisode dramatique que...
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    Ami, entends-tu … Ils étaient 4 000 à avoir entendu et à être montés au maquis du Vercors quand, le 21 juillet 1944, l’opération Bettina réduisit à néant ce fief de la Résistance, cette forteresse naturelle qu’ils croyaient imprenable devenue souricière. C’est cet épisode dramatique que revisitent chez Albin Michel le scénariste Jean-David Morvan, le dessinateur Facundo Percio et le coloriste Patricio Delpeche dans La ferme de l’enfant-loup, à travers le destin de 7 résistants, témoins actifs de cette sombre époque qui transforma un agneau en loup.

    De la Forteresse à la souricière
    Ferme du loup, Maquis du Vercors, 8 juin 1944
    Une traction noire dans laquelle ont pris place trois hommes et deux femmes encadrée par deux cyclistes fusil à l’épaule gravit le sentier escarpé menant à une ferme abandonnée qui fut le théâtre d’un évènement tragique survenu 4 ans auparavant dans la nuit du 22 juin 1940. Leur mission ? Depuis là-haut surveiller le pont de la Goule Noire, l’un des rares accès au massif du Vercors afin de prévenir toute pénétration allemande de ce côté et éviter de se faire surprendre comme cela a été le cas le mois précédent au village devenu martyr de Vassieux-en-Vercors.
    Alors il y a Keren la cheffe de groupe, Eudes, Joran l’enfant du pays, Celestino le républicain espagnol, Szlama le juif polonais, Oumar le tirailleur sénégalais et Jeannette, à la fois opératrice radio et soignante. Tout ce petit monde très hétéroclite, tout comme l’étaient les maquisards venant d’horizons extrêmement différents, va s’installer dans cette ferme où personne n’était monté depuis cette funeste nuit de juin 40. Mais des évènements étranges se produisent. La nuit, des aliments disparaissent. Quel est donc le rôdeur ? Homme ? Animal ? Stupeur quand ils découvrent qu’il s’agit d’un enfant, un enfant revêtu d’une peau de loup … Alors évidemment on fait le lien : la scène de chasse qui ouvre le récit, le drame survenu en juin 40, l’enfant sauvage …
    21 juillet, la Wehrmacht appuyée par la Milice donne l’assaut. Certains s’en sortiront, d’autres non.

    « Les montagnards doivent continuer à gravir les cimes. »
    Si les 8 protagonistes de cette histoire sont pure fiction, les évènements retraçant les derniers jour du maquis du Vercors en revanche sont rigoureusement fidèles à la réalité historique. Quatre dates rythment le récit. La première le 8 juin n’est autre que celle du déclenchement du plan « Montagnards » avec le verrouillage des accès au Vercors par le maquis. La deuxième, le 3 juillet, la date de proclamation de la République en Vercors avec abrogation des lois de Vichy. La troisième, le 21 juillet marque le début de l’assaut allemand. Enfin, la dernière, le 23 juillet, correspond au jour de diffusion de l‘ordre de dispersion du maquis. On retrouve aussi les lieux emblématiques tels Saint-Martin-en-Vercors, la ferme de la Britière, relais des transmissions, la grotte de la Luire... Véracité des dates, des lieux mais des personnages aussi avec notamment la séquence où Jeannette expose à ses compagnons le plan « Montagnards » dont elle prit connaissance par la voix même de Pierre Dalloz, l’un des instigateurs dudit plan. .

    JD Morvan, un témoin de l’Histoire conteur d’histoires
    Ce n’est pas la première fois que JD Morvan s’attaque au sujet de la Résistance.
    L’importance du devoir de mémoire pour ce scénariste prolixe et le besoin de témoigner l’ont amené à se pencher également sur deux grandes résistantes : Irena Sendlerowa et Madeleine Riffaud. Aux Éditions Glénat, il fit de la première, résistante et militante polonaise qui figurera parmi les justes pour avoir sauvé plus de 2 500 enfants juifs du ghetto de Varsovie l’héroïne de la série jeunesse Irena (2017-2020) co-scénarisée par Séverine Tréfouël, illustrée par David Evrard et actuellement en lice pour les Eisner Awards 2021 dans la catégorie Meilleure édition américaine d’une publication internationale. La narration de la vie de la seconde est en cours dans Madeleine, résistante sous le pinceau de Dominique Bertail. Sont déjà parus 3 cahiers chez Aire Libre dont le dernier vient tout juste de sortir. L’album, quant à lui, sortira le 20 aout prochain.
    Dans La ferme de l’enfant-loup, l’auteur utilise un autre angle d’approche et passe de la biographie historique de Madeleine et Irina à la fictionnalisation d’un évènement historique. Avec le talent qu’on lui connaît il va entremêler l’histoire du maquis et celle de cet enfant victime de la barbarie nazie. Peu à peu, faisant ressurgir des bribes de leur vécu, les personnages acquièrent de l’épaisseur et des liens se tissent. Nous prenons le temps de les regarder vivre, se préparer avec de beaux moments de quiétude alternant avec des flashs de violence surgissant du passé rappelant le danger imminent. Une narration magistrale où les dialogues sont réduits à l’essentiel et place est faite à l’image, aux images et quelles images !

    Facundo Percio, le trait qui relie deux guerres
    Pour la partie graphique, on retrouve l’Argentin Facundo Percio avec qui JD Morvan avait déjà collaboré lors du tout premier album marquant en 2020 le retour à la BD des  Éditions Albin Michel : Les croix de bois. Les deux albums semblent jumeaux tellement ils offrent de similitudes : finition soignée, très grand format, couvertures percutantes mariant bleu, rouge et noir... Et puis, surtout il y a le trait charbonneux du dessinateur qui déploie ici toute sa force et souligne la noirceur du propos. Il se dégage de ses planches une puissance, une énergie folle. La mise en cases est extrêmement variée collant au plus près des ambiances. On passe de splendides illustrations pleines pages envahissant tout l’espace recréant à merveille le relief de ce massif torturé aux crêtes déchiquetées, falaises vertigineuses et gorges profondes aux gaufriers classiques de 9 cases muettes soulignant l’attente et l’imminence du drame à venir. Et puis, tout s’accélère, s’entrechoque dans les violentes scènes de combats et autres exactions. Quelle maestria !

    Patricio Delpeche, le peintre des atmosphères
    Cette véritable narration par l’image n’aurait pas atteint ce degré de réussite sans la sublime mise en couleurs d’un autre illustrateur argentin, Patricio Delpeche qui, par la richesse de sa palette, rend parfaitement compte des différentes atmosphères et fait surgir l’émotion. Chose suffisamment rare pour être soulignée, son nom figure sur la première de couverture au même titre que le scénariste et le dessinateur et ce n’est que justice.

    L‘alliance parfaite de trois artistes. Une terrible histoire émouvante qui prend aux tripes en nous faisant revivre les derniers jours du maquis du Vercors. Une histoire que l’on croit connaître mais dont on garde souvent une image erronée et qui nous donne envie de plonger dans les livres ou surfer sur les sites Internet dont on trouve la liste en fin d’ouvrage. Une histoire où malgré tout l’humanité parvient encore à se frayer un petit bout de chemin. Magistral !

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    Couverture du livre « Stanley Greene, une vie à vif » de Jean-David Morvan et Tristan Fillaire aux éditions Delcourt

    Francinemv sur Stanley Greene, une vie à vif de Jean-David Morvan - Tristan Fillaire

    9 novembre 1989, jour où, par hasard ou pas, tout a basculé. Qu’est-ce qui fait que ce caméléon tour à tour artiste, acteur, Black Panther, photographe de mode un peu borderline est devenu l’un des plus grands photoreporters de la fin du siècle dernier et de ce début de siècle ? Réponse dans...
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    9 novembre 1989, jour où, par hasard ou pas, tout a basculé. Qu’est-ce qui fait que ce caméléon tour à tour artiste, acteur, Black Panther, photographe de mode un peu borderline est devenu l’un des plus grands photoreporters de la fin du siècle dernier et de ce début de siècle ? Réponse dans Stanley Greene: une vie à vif paru chez Delcourt Editions. sous la plume de Jean-David Morvan et le crayon de Tristan Fillaire.
    Mémoires de guerre, mémoires d’outre-tombe, mémoires d’outre-espace?
    Du mur de Berlin à la guerre en Tchétchénie, en passant par La nouvelle-Orléans dévastée par Katrina, un voyage au bout de la vie, au cours duquel les photos de Stanley Greene, témoin de la «décomposition d’un monde déjà mort depuis longtemps», dialoguent avec les dessins de Tristan Fillaire et le verbe de Jean-David Morgan.
    Une symbiose brillante, puissante, extrêmement vivante !

    Afro-américain issu d’une famille d’artistes de la middle class, Stanley Greene nait à Brooklyn en 1949. A 11 ans, ses parents vont lui offrir son premier appareil photo.
    La bd s’ouvre sur le mur de Berlin et va nous ramener à un autre mur photographié des années auparavant, mur qui lui a ouvert les portes du studio de W. Eugène Smith, imminent reporter durant la guerre du Pacifique. A Berlin, le morveux de Brooklyn, le gratteux, le Black Panther, l’étudiant punk, le noctambule, le flatteur de top model, va passer de l’autre côté du mur et tel Alice se trouver happé par un autre monde : celui du déclin et de l’éclatement du monde communiste, puis de la guerre, de la souffrance, monde qu’il n’aura de cesse d’arpenter avec son objectif afin de témoigner encore et encore.
    C’est Stanley Greene qui raconte son histoire mais rien à voir ici avec un monologue. On est au cœur de l‘action avec l’impression de siéger à ses côtés dans la voiture qui le mène à Berlin ou encore d’être son interlocuteur au téléphone …
    Dans le titre de l’album , Une vie à vif fait résonance avec un de ses ouvrages majeurs : Plaies à vif, Tchétchénie 1994 à 2003. Son travail de longue haleine sur la couverture du conflit en Tchétchénie sera unanimement salué et contribuera fortement à sa renommée..Il sera consacré par le prix W. Eugène Smith, recevra cinq prix World Press Photo et cofondera l’agence NOOR avant de décéder à Paris en mai 2017.

    Cette bd est la rencontre de 3 hommes : un photographe, un scénariste, un illustrateur.
    Le procédé utilisé entremêlant dessins et photos n’est pas nouveau. On le retrouve déjà dans Le photographe d’Emmanuel Guibert. Quant à Jean-David Morvan, ce passionné de photo, n’oublions pas qu’il est à l’origine d’une collection en collaboration avec l’agence Magnum chez Aire Libre dont le dernier opus Mohamed Ali, Kinshasa 1974 mettant en lumière les photos d’Abbas vient de paraitre.
    Maitre en la matière, on va retrouver ici un Jean-David Morvan au sommet de son art.
    La grande force de ce récit non linéaire est, outre le sujet passionnant, la structure même, la subtilité de la narration qui vient orchestrer les photos emblématiques du reporter. Ponctué de flash-backs, il est rythmé tant par le sens de la formule, la langue incisive allant à l’essentiel de JD Morvan que par le cadrage et les illustrations d’une grande sobriété, précision et expressivité aux tonalités de gris, d’ocre, de vert de Tristan Fillaire. L’un comme l’autre, le scénariste chevronné de plus de 100 albums et le dessinateur dont c’est la première bd, vont se mettre en retrait allant même jusqu’à s’effacer devant les clichés de l’homme au béret noir, notamment dans deux double-pages uniquement composées de photographies : l’une sur Katrina, l’autre la guerre en Tchétchénie, nous incitant à nous arrêter et prendre le temps de l’émotion.
    Tout est question de rythme. Ralentissement mais accélération aussi avec sur 6 planches dessins et photos en champ contrechamp, illustrations des différents états d’âme du reporter: peur, chagrin, désespoir, dégoût, tristesse ... mais aussi admiration et amour des femmes, ce qui nous vaudra de sublimes portraits, notamment celui d’Asya, «barbe à papa enrobée de fil de fer barbelé», tellement vivante et forte malgré son passé douloureux.

    A la fin de la bd, on trouvera en annexe un dossier comprenant un entretien de Stanley Greene avec son confrère Pep Bonnet dans lequel il expose sa conception de la photographie ainsi que plusieurs pages de clichés et les légendes des photos intégrées à la bande dessinée.

    Stanley Greene : une vie à vif est un album absolument passionnant et indispensable pour tous les mordus de photo et notamment de photoreportage. Un album passionnant et indispensable aussi pour tout un chacun, dressant le portrait d’un photographe à la vie hors du commun, témoin des horreurs de son temps, messager empreint d’humanité qui sans cesse a côtoyé la mort mais aimait la vie.

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    Couverture du livre « Madeleine, résistante t.1 ; la rose dégoupillée » de Jean-David Morvan et Dominique Bertail et Madeleine Riffaud aux éditions Dupuis

    Francinemv sur Madeleine, résistante t.1 ; la rose dégoupillée de Jean-David Morvan - Dominique Bertail - Madeleine Riffaud

    Alors, Madeleine, c’est Madeleine Riffaud, et Madeleine Riffaud, c’est une voix, une voix sortie de l’ombre, une voix qui nous happe et nous hante. C’est cette voix envoûtante de narratrice intarissable que l’on retrouve dans La rose dégoupillée, premier opus de la trilogie Madeleine, Résistante...
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    Alors, Madeleine, c’est Madeleine Riffaud, et Madeleine Riffaud, c’est une voix, une voix sortie de l’ombre, une voix qui nous happe et nous hante. C’est cette voix envoûtante de narratrice intarissable que l’on retrouve dans La rose dégoupillée, premier opus de la trilogie Madeleine, Résistante paru dans la collection Aire Libre des Editions Dupuis. Survivante multirécidiviste, devenue l’amie d’Eluard et Picasso, elle figure parmi les derniers témoins et acteurs de la libération de Paris d’ailleurs petite parenthèse on en a beaucoup entendu parler à l’occasion de la célébration du 77ème anniversaire et une exposition lui est consacrée aux buttes Chaumont. Fermons la parenthèse. Elle fut - à la fois ou tour à tour- résistante, poétesse, grand reporter.
    Mais commençons par le commencement. Cet opus retrace l‘enfance et l’adolescence de Madeleine jusqu’à son entrée dans la résistance et aurait pu s’intituler De Madeleine à Rainer : la métamorphose.

    Cette fille d’instituteurs limousins, née le 23 août 1924 a grandi en Picardie, région encore très marquée par les stigmates de la guerre de 14. «C’est là que je suis née… Entre deux cimetières de croix blanches...Sous un ciel de traîne...Sur un sol gorgé de cadavres et d’obus qui remontent encore quand ça les toque.» Nous sommes en août 1931. La petite fille espiègle, passionnée de lecture est alors âgée de 7 ans. Son père, lui, se ressent encore des blessures reçues au combat. Survient alors un drame provoqué par l’explosion d’un obus qui la marquera à jamais et lui fera prendre la guerre en horreur. Passant directement à juin 1939, nous retrouvons l’adolescente à la chasse avec son père. Sont évoquées également des vacances dans le Limousin. Vont suivre l’exode en ce beau mois de mai chanté par Aragon où elle va échapper une première fois à la mort, puis l’humiliation subie dans ce qui reste de la gare Amiens qui va l’amener à vouloir rejoindre la Résistance, la tuberculose qui la conduira au sanatorium de Saint-Hilaire-du-Touvet, sa rencontre avec Gagli, la montée à Paris. L’album s’achève en 1942, date à laquelle ses premières missions de résistante lui sont confiées. Madeleine a tout juste 18 ans et elle ne s’appelle pas encore Rainer.

    Ce qui fait l’extrême puissance de ce récit à la première personne, c’est d’être un témoignage direct qui reprend les propos mêmes de cette femme d’exception. On retrouve à la lecture la voix entendue sur France Culture dans la série de 10 émissions qui lui est consacrée «Madeleine Riffaud, la mémoire sauve » et on s’imagine face à elle dans son appartement parisien. On lit et on l’entend :on se prend son histoire poignante en pleine tête et en plein cœur.
    Et puis, il y a l’extrême finesse et intelligence de la mise en scène, l’art de pratiquer l’ellipse du scénariste Jean-David Morvan. Les 3 premières planches qui ouvrent l’ouvrage plantent le décor : double page panoramique sur le village, la petite Madeleine bouquinant dans son arbre, le grand-père paternel, ce barde tant aimé, et les roses … Puis moteur, on passe à l’action avec les évènements clés de l’enfance et de l’adolescence qui conduiront Madeleine à rejoindre la résistance sous le pseudonyme de Rainer. Aérant et rythmant la narration viendront s’intercaler des poèmes de Madeleine.
    Le récit est sublimé par l’illustration de Dominique Bertail. Le choix d’un gaufrier à trois bandes et de 6 cases maxi par page ainsi que les magnifiques planches panoramiques pleine page ou s’étalant sur une double page contribuent à la lisibilité de l’ensemble. Ses reconstitutions, son souci du détail sont traduits par un trait réaliste et de splendides aquarelles monochromes exploitant toutes les nuances et les profondeurs de bleu qui retranscrivent parfaitement les différentes atmosphères.

    Ah le bleu, après la période bleue de Picasso qu’évoque Madeleine, puis le bleu Yves Klein voici donc le bleu Bertail. Pourquoi ce choix ? Le dessinateur nous confie qu’il n’aurait pas pu raconter cela en couleurs et ce pour 2 raisons : La première étant que les couleurs de l’exode sous le soleil printanier et celles de l’insurrection parisienne sous un soleil estival entraient en totale contradiction avec le côté dramatique des évènements. La seconde est que les seuls documents couleur de l’époque étaient allemands. Pourquoi pas le noir et blanc alors ? Pour deux raisons également. Le bleu permet d’adoucir un peu le propos et la lumière créée par ce bleu si particulier rend le blanc très lumineux. De plus, c’est la seule couleur qui va jusqu’au noir dans ses tons les plus sombres.

    Alors cet album a tout d’abord été pré publié entre juillet 2020 et juin 2021 sous la forme de trois cahiers venant enrichir la collection des cahiers Aire Libre. Quelques appendices des cahiers vont se retrouver dans l’album : notamment en intro une préface de Madeleine et en fin d’album une petite BD composée de quatre planches qui nous resitue le contexte d’élaboration et de réalisation du projet qui a vu le jour en 2017 et a donné naissance à une belle amitié et complicité entre Madeleine, Jean-David et Dominique tombés sous le charme de la voix de cette Shéhérazade des temps modernes et captivés par l’espièglerie, l’énergie et la lumière du regard de celle qui vient de fêter ses 97 printemps en cette date ô combien symbolique du 23 août. Si le magnifique portait ornant la couverture du premier cahier n’est bleue, c’est tout simplement parce qu’il n’est pas signé Dominique Bertail mais Picasso, excusez du peu. C’est le portait que le peintre offrit à Madeleine pour ses 21 ans en 45.
    Précisons enfin que Dominique Bertail a également illustré la très belle affiche ainsi que différentes scènes du documentaire «Les 7 vies de Madeleine Riffaud» de Jorge Amat, grand ami de Madeleine lui aussi.

    Une bd, ce n’est pas que pour les mômes. La «petite fille qui a abattu un officier allemand» a bien fait d’écouter Raymond Aubrac en 1994 au moment de la commémoration des 50 ans de la libération de Paris et d’«ouvrir enfin sa gueule». Son témoignage passionnant et bouleversant, admirablement recueilli et transmis par le tandem Morvan/Bertail, est essentiel.
    Mais ce n’est que le début des aventures extraordinaires de Madeleine Riffaud … A suivre ...

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    Couverture du livre « Madeleine, résistante t.1 ; la rose dégoupillée » de Jean-David Morvan et Dominique Bertail et Madeleine Riffaud aux éditions Dupuis

    Claire @fillefan2bd sur Madeleine, résistante t.1 ; la rose dégoupillée de Jean-David Morvan - Dominique Bertail - Madeleine Riffaud

    Quelle date plus appropriée que celle du 25 août, jour de la Libération de Paris il y a 77 ans, pour parler d’une femme exceptionnelle (mais oui Madame vous en êtes une, même si vous vous en défendez) qui, par son action personnelle, aura contribué à son niveau à rentre la victoire, contre...
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    Quelle date plus appropriée que celle du 25 août, jour de la Libération de Paris il y a 77 ans, pour parler d’une femme exceptionnelle (mais oui Madame vous en êtes une, même si vous vous en défendez) qui, par son action personnelle, aura contribué à son niveau à rentre la victoire, contre l’occupant nazi, possible !

    Cette héroïne, c’est Madeleine Riffaud. Ou plus exactement celle qui deviendra Madeleine Rainer (en référence à l’écrivain autrichien Rainer Maria Rilke) en cette période où, quand on faisait partie de la résistance, un alias était indispensable.

    Mais ce premier tome, même s’il parle des débuts de Madeleine résistante, fait surtout la place belle à Marie-Madeleine, la petite fille téméraire éprise de lecture et à Madeleine la très jeune femme, pour qui, intégrer la résistance est devenu un leitmotiv.

    En effet, alors que l’armée du Reich occupe la France, Madeleine se trouve en sanatorium dans les Alpes pour soigner sa tuberculose. C’est de là qu’elle décidera de rejoindre Paris pour enfin se tenir au cœur de l’action…

    Quelle belle rencontre que cet album ! Mais avant d’être une rencontre avec les lecteurs (tous enthousiastes, il va de soi), ce fut une rencontre entre Madeleine Riffaud et les auteurs de ce récit, JD Morvan et Dominique Bertail. Une rencontre historique mais surtout humaine de deux hommes face à celle qui est maintenant une vieille dame, mais également une petite partie de notre Histoire de France.

    Le scénario de JD Morvan se lit comme une de ces aventures qu’on ne peut imaginer tirée de fait réels, où la réalité dépasse la fiction. Quant aux dessins de Dominique Bertail, il suffit de les regarder pour comprendre le choix de ce bleu, à la fois couleur du ciel et de liberté, mais également couleur des coups portés à toute forme de résistance.

    Plutôt qu’un devoir de mémoire dont JD Morvan n’est pas un inconditionnel, alors quoi de mieux pour « faire passer le message » et «transmettre la mémoire », que ce bel et indispensable album, qui en est indubitablement la preuve, par ses mots, ses dessins et son hommage