Javier Marias

Javier Marias

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Avis (6)

  • Couverture du livre « Demain dans la bataille pense à moi » de Javier Marias aux éditions Gallimard

    Dominique Lemasson sur Demain dans la bataille pense à moi de Javier Marias

    Marta, trente-trois ans, était trop jeune pour mourir, mais on ne choisit pas son heure. Elle est morte dans son lit, non, je devrais dire sur son lit parce qu’elle n’a pas eu le temps de se glisser sous ses draps. Un malaise qui ne passe pas, qui s’aggrave et qui vous emporte silencieusement,...
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    Marta, trente-trois ans, était trop jeune pour mourir, mais on ne choisit pas son heure. Elle est morte dans son lit, non, je devrais dire sur son lit parce qu’elle n’a pas eu le temps de se glisser sous ses draps. Un malaise qui ne passe pas, qui s’aggrave et qui vous emporte silencieusement, presque calmement au début de la nuit. A-t-elle souffert ? La question rituelle des proches ; il faudrait la poser à son mari mais il n’était pas là, en déplacement à Londres. Alors la réponse, c’est l’invité de passage, celui qui ce soir-là lui tenait compagnie sur le lit, qui nous la donne puisque c’est lui le narrateur. La clandestinité, le travail à la place du titulaire habituel, « honorer dans l’ombre et en secret », il connaît, c’est même son métier. « Ruibérriz reçoit beaucoup de commandes et s’il ne publie pas il écrit continuellement, ou plutôt il écrivait, car ces derniers temps…il préfère prendre du bon temps et se permet de refuser la plupart des commandes, ou plus exactement il les accepte et me les repasse avec soixante-quinze pour cents des bénéfices, afin que je les honore dans l’ombre et en secret. Ainsi, il est ce qu’on appelle en langage littéraire un nègre – dans d’autres langues un écrivain fantôme – et moi j’officie en tant que nègre du nègre, ou fantôme du fantôme du point de vue des autres langues, double fantôme et double nègre, double personne. »
    Que faire, que dire, qui prévenir ? Emmener l’enfant en bas âge qui dort dans la chambre à côté ou prendre la fuite en le laissant seul ? Le premier chapitre est tout simplement formidable et même si les phrases sont longues, le roman très cérébral (l’essentiel se passe dans les pensées du narrateur), vous n’aurez qu’une envie : celle d’écouter jusqu’au bout ce « double nègre, double fantôme » cherchant à se délivrer de ce fardeau qui le hante.
    Puisqu’on évoque l’aspect fantomatique du narrateur, faisons un sort au titre, extrait de Shakespeare, dans lequel le spectre d’une de ses victimes vient hanter Richard III, tyran usurpateur et infanticide, à la veille d’une bataille. Bien choisi, n’est-ce pas ?
    «Demain dans la bataille pense à moi, et que ton épée tombe émoussée!
    Demain dans la bataille pense à moi, quand j’étais mortel, et que ta lance tombe en poussière. Que je pèse demain sur ton âme, que je sois un plomb dans ton sein et que finissent tes jours dans une sanglante bataille.
    Demain dans la bataille, pense à moi, désespère et meurs.»
    Le reste de l’intrigue, qui ménage quelques surprises finales, est également l’occasion d’une brillante dissertation sur la mort, la vieillesse, le mensonge et la confession. La mort et surtout l’effacement et l’oubli. «Avant on les vénérait ou du moins leur mémoire, et on allait leur rendre visite sur leurs tombes avec des fleurs et leurs portraits trônaient dans les maisons, on gardait le deuil pour eux et tout s’interrompait un temps ou diminuait, la mort de quelqu’un affectait l’ensemble de la vie, le mort emportait en fait avec lui quelque chose des autres vies, des êtres chers… Aujourd’hui on les oublie comme des pestiférés, à la rigueur on les utilise comme boucliers ou comme fumier pour rejeter sur eux la faute et les responsabilités de la situation lamentable qu’ils nous ont laissée… »
    La vieillesse : « C’était cette naïveté feinte, si courante chez les vieux, grâce à elle ils finissent par faire et dire ce qui leur passe par la tête sans que personne ne le leur reproche ou n’en tienne compte, ils feignent d’être pré-morts pour avoir l’air inoffensifs, sans désirs et sans attente d’aucune sorte, alors qu’on ne cesse jamais d’être dans la vie tant qu’on est conscient et qu’on ressasse des souvenirs, d’ailleurs ce sont les souvenirs qui font de tout vivant un être dangereux et désirant et en perpétuelle attente…on ne peut s’empêcher de penser que ce qui a été une fois peut être de nouveau, si quelqu’un avait la certitude qu’il a fait l’amour pour la dernière fois il mettrait fin à sa conscience et à son souvenir et se suiciderait… »
    Le mensonge… « Comme il est fatigant de garder un secret ou d’entretenir un mystère, que de travail représentent la clandestinité et la conscience permanente que nos proches ne peuvent pas tous savoir la même chose… Ce n’est pas toujours par intérêt personnel ou par peur ou parce que nous avons commis une véritable faute que nous le cachons, c’est très souvent pour ne pas déplaire ou ne pas décevoir et pour ne pas faire de mal, d’autres fois c’est par pure courtoisie, il n’est pas bien élevé ni civilisé de se donner à connaître entièrement, sans parler de dévoiler tares et manies. »…mensonge qu’il nous faut bien accepter « Etre trompé est facile et c’est même notre condition naturelle et en réalité nous ne devrions pas en être si affectés ».
    Et pour finir, la confession libératrice, la révélation de la vérité : « C’est pour cela que ce qui a eu lieu est toujours beaucoup moins grave que les craintes et les hypothèses, les conjectures et l’imagination et les mauvais rêves. » « Celui qui raconte sait en général bien expliquer les choses et sait s’expliquer, raconter c’est comme convaincre ou se faire comprendre ou faire voir, ainsi tout peut être compris, même ce qu’il y a de plus infâme, tout peut être pardonné s’il y a quelque chose à pardonner. » « On lit parfois que quelqu’un avoue un crime quarante ans après l’avoir commis…et les candides, les justiciers et les moralistes croient que cette personne a été vaincue par le remords ou le désir d’expiation ou la torture de la conscience, alors que la seule chose qui l’ait vaincue est la fatigue et le désir d’être d’une seule pièce, l’incapacité à continuer à mentir ou à se taire… »
    Intrigant, brillant, percutant !

  • Couverture du livre « Si rude soit le début » de Javier Marias aux éditions Gallimard

    Sandrine Fernandez sur Si rude soit le début de Javier Marias

    Madrid, 1980. Ses études tout juste terminées, Juan de Vere entre au service du réalisateur Eduardo Muriel, comme secrétaire particulier. Très vite, il devient son bras droit, son ''prolongement'' naturel et passe ses journées et parfois même ses nuits dans l'appartement de son employeur,...
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    Madrid, 1980. Ses études tout juste terminées, Juan de Vere entre au service du réalisateur Eduardo Muriel, comme secrétaire particulier. Très vite, il devient son bras droit, son ''prolongement'' naturel et passe ses journées et parfois même ses nuits dans l'appartement de son employeur, rencontrant sa famille et ses amis. Impressionné et admiratif, Juan accepte tout naturellement la requête de Muriel quand celui-ci lui demande d'espionner discrètement sur l'un de ses amis, le docteur van Vechten, pédiatre en vue qui, dans le passé, ''se serait mal conduit avec une femme, et peut-être même plusieurs'' selon la rumeur. La pire des choses selon Muriel, au grand étonnement de son secrétaire qui voit jour après jour son employeur se conduire mal avec sa propre épouse, la belle Beatriz qu'il insulte, humilie et ne touche plus malgré l'amour fou qu'elle semble lui porter. Voilà donc le jeune de Vere embarqué dans une double enquête : découvrir les agissements de van Vechten pour le compte de Muriel et connaître les secrets de ce mariage malheureux, pour son compte personnel.

    C'est avec le recul dû à l'âge que, quelques trente ans après les faits, Juan de Vere nous raconte ses débuts dans la vie active et dans le monde, cinq ans après la mort du caudillo, au moment où l'Espagne enterrait le dictateur et avec lui les années de dictature. C'est l'heure du grand pardon et de l'oubli des crimes commis, ceux des vaincus et des vainqueurs. Pourtant, derrière les réputations blanches comme neige se tient l'ombre du franquisme et les rumeurs persistent...
    Dans son style tout en circonvolutions, Javier Marias nous mène, de détours en digressions, de répétitions en lenteurs volontaires, dans une Espagne qui s'enivre de sa liberté toute fraîche, préférant une conciliante amnésie aux règlements de compte. Cela ne l'empêche pas d'évoquer la guerre qui mit à genoux les républicains et les fit souffrir bien longtemps encore après la défaite et la movida, cette période d'effervescence et de libération des moeurs dans une société qui n'osait pas encore légaliser le divorce.
    Un roman dense, puissant, qui passionne, sait ménager un certain suspense et évoque l'amour et ses désillusions, la haine qui en est le pendant, la trahison, le mensonge et le pardon impossible. Une prose magnifique et une analyse fine et fouillée de cette société entre deux eaux qui regarde son avenir mais reste plombée par les blessures du passé. Un écrivain, un vrai !

  • Couverture du livre « Si rude soit le début » de Javier Marias aux éditions Gallimard

    La Viduite sur Si rude soit le début de Javier Marias

    Dans ce nouvel opus, Javier Marías nous entraîne avec verve et comique dans l'imposture de la mémoire. À travers le récit d'une double trahison, Si rude soit le commencement dresse un portrait rugueux de l'Espagne durant la transition après la dictature. Dans ce dense et magnifique roman, Marías...
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    Dans ce nouvel opus, Javier Marías nous entraîne avec verve et comique dans l'imposture de la mémoire. À travers le récit d'une double trahison, Si rude soit le commencement dresse un portrait rugueux de l'Espagne durant la transition après la dictature. Dans ce dense et magnifique roman, Marías poursuit surtout sa réflexion sur les illusions qui nous constitue.

    https://viduite.wordpress.com/2017/05/04/si-rude-soit-le-debut-javier-marias

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