Ce que tient ta main droite t'appartient

Couverture du livre « Ce que tient ta main droite t'appartient » de Pascal Manoukian aux éditions Don Quichotte

4.888888888

9 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Don Quichotte
  • EAN : 9782359495911
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
  • Nombre de page : 288
  • Collection : (non disponible)
  • Genre : Littérature française Romans Nouvelles Correspondance
Résumé:

Si ce soir-là Charlotte n'était pas sortie dîner entre filles, elle promènerait Isis dans les allées d'un square. Il lui achèterait des livres qu'elle laisserait traîner sur la table de nuit. Chaque jour, elle serait plus belle. Chaque jour, il serait plus amoureux. Ils boiraient du... Lire la suite

Si ce soir-là Charlotte n'était pas sortie dîner entre filles, elle promènerait Isis dans les allées d'un square. Il lui achèterait des livres qu'elle laisserait traîner sur la table de nuit. Chaque jour, elle serait plus belle. Chaque jour, il serait plus amoureux. Ils boiraient du Sancerre au bonheur de leurs 30 ans, danseraient sur Christine and the Queens. La vie ne tient parfois qu'à un bas filé...

Attablée à la terrasse d'un café parisien, Charlotte fête entre amis sa grossesse bien avancée. Karim, son compagnon, doit la rejoindre. Il ne la reverra pas. Car ce soir-là l'ont devancé Aurélien, sa kalachnikov et sa ceinture d'explosifs.
Le Kamikaze est un Français converti. Karim ne comprend pas comment ce dernier a pu transformer à ce point une religion qui ne lui a enseigné que paix et tolérance.
Cédant alors à ses envies de vengeance, Karim décide de rejoindre Daesh et de remonter jusqu'au recruteur des kamikazes étrangers. Il veut frapper l'État Islamique à la tête.
Il va tout connaître : le deep web, les rendez-vous secrets, l'extrême violence qui ravage la Syrie, le coeur du système de propagande de Daesh, en faire partie même, douter, parfois au contact d'autres engagés, des monstres mais aussi des jeunes gens qui ont fait le mauvais choix, pour de mauvaises raisons.
Beaucoup d'événements viendront ébranler son désir de vengeance. Le mènera-t-il jusqu'au bout ?

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  • 0.2

    Pour Karim et Charlotte, le bonheur semblait parfait. L’amour les unit malgré les différences, un enfant doit agrandir prochainement leur famille. Mais un soir, leurs vies basculent pour toujours dans l’horreur. Charlotte, accompagnée de ses amies, se trouve au Zébu Blanc, un bar parisien théâtre d’un attentat sanglant. Elle n’y survivra pas. Mû par un puissant désir de vengeance, Karim met tout en œuvre pour infiltrer un réseau de terroristes, au cœur même de l’État islamique. Commence alors pour lui un enfer qui le mènera jusqu’en Syrie, sur les traces du responsable de l’embrigadement d’Aurélien, celui qui a assassiné sa femme et son enfant. Sur son chemin, il rencontre des hommes et des femmes, crédules, qui ont tout abandonné de leur vie occidentale pour la (fausse) promesse d’un bonheur ultime en terre musulmane…

    Dans ce roman, la fiction vient servir avec justesse et précision une vérité très en prise avec notre société contemporaine. On découvre comment des personnes comme vous et moi, que l’on croise à chaque coin de rue, décident de tout quitter au nom de croyances injectées insidieusement dans leur esprit par des « recruteurs », via Internet, depuis la Syrie. Le terrain semble malheureusement déjà propice, et habilement repéré par ces recruteurs, qui exercent une manipulation sur des esprits déjà formatés par les médias, les émissions abrutissantes, comme le dénonce subtilement mais fermement Pascal Manoukian tout au long de son roman.

    Rien n’est épargné au lecteur. L’omniscience du narrateur nous plonge au cœur des motivations qui ont poussé Aurélien, mais aussi Anthony, Sarah et leur fils Adam, sans oublier Lila, une adolescente en rupture avec sa famille, à tout quitter pour aller en Syrie. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le lecteur parcourt avec stupeur les lignes décrivant méthodiquement les stratégies de recrutement et de formation (ô combien sournoises et cruelles) des futurs combattants, mais aussi la réalité du quotidien des habitants syriens. Le contraste entre promesses et réalité est plus que percutant…

    Comme dans son précédent roman, certaines scènes sont glaçantes de réalité, décrites froidement, avec tant de méticulosité dans les mots choisis que le lecteur ne peut être qu’instantanément saisi d’effroi. On en oublierait presque qu’on est ici dans une fiction, tant la problématique du terrorisme est tristement d’actualité dans notre monde moderne… Quand on sait que Pascal Manoukian est reporter de guerre, on comprend mieux d’où l’auteur tient toutes ces informations et ce récit qui nous apparaît alors si documenté.

    C’est donc un récit détaillé, comme dans un reportage, savamment mis en scène par le biais de personnages plus vrais que nature, que vous trouverez ici. Ce livre est riche, dense, complexe, désarmant. Les pages s’enchaînent à un rythme haletant, et pris dans ce tourbillon infernal, à l’image de Karim, il vous sera difficile de vous défaire de ce roman, même une fois refermé… Il y a des livres qui marquent votre existence, grâce au talent d’un auteur, mais pas seulement. Le nouveau roman de Pascal Manoukian, est, selon moi, indéniablement de ceux-là…

  • 0.25

    « L’inculture est le terreau de tous les fanatismes ».
    Karim et Charlotte sont heureux et amoureux. Elle va donner naissance à leur premier enfant, une petite fille qu’ils ont décidé de prénommer Isis.
    Ce soir-là, Karim doit se rendre à la mosquée, pour accompagner ses parents (et ce bien que ses convictions religieuses soient depuis longtemps éteintes) , pendant que Charlotte doit rejoindre ses amies pour fêter sa grossesse …
    Tout ce bonheur bascule soudain, sous les balles d’un terroriste, tout comme ce fut le cas le 13 novembre 2015, à Paris.
    Karim décide alors de prendre le chemin de la Syrie, dans le but de se venger, de prendre la vie de celui qui a ôté celle de la femme qu’il aimait, de celui qui manipule, via les réseaux sociaux et internet, les gamins à la dérive, les paumés, les faibles, les désespérés, promettant un Eldorado, une vie luxueuse et heureuse, la plénitude, la richesse et la sérénité.
    Que dire de plus ? Rien ! Si ce n’est que lire ce roman-là est une nécessité absolue !
    J’ai mis une semaine pour le lire, tant sa puissance est phénomènale, tant j’étais en apnée, les larmes aux yeux et la gorge nouée… C’est un uppercut en plein cœur, un séisme, mais quel bonheur aussi ! La plume de Pascal Manoukian est sensibilité, acuité, véracité.
    Ce livre est le fruit de cinq mois d’enquête, de recherches sur internet. Il est un cri. Voilà, il est un cri !
    « Al-Qaïda vivait à l'âge des cavernes dans les grottes de Tora Bora, Daech vit du buzz et des réseaux. »
    Pascal Manoukian m’avait déjà subjuguée avec « Les échoués » en 2015. Il m’a ébranlée en profondeur. Charlotte et Karim m’accompagnent, tout comme j’espère les avoir accompagnés au fil de ces pages âpres, dures.
    Un énorme coup de cœur pour commencer l’année 2017, une énorme claque aussi, une interrogation sur le pouvoir des réseaux sociaux, la puissance d’internet. Un roman sur le deuil, la vengeance, la guerre, l’embrigadement…Une réflexion sur le martyre de certaines populations assassinées sous le regard de la communauté internationale, un indispensable chemin de 286 pages.
    Lisez-le !
    « Je ne tiens pas debout
    Le ciel coule sur mes mains
    Ça ne tient pas debout
    Sous mes pieds le ciel revient »

  • 0.25

    Tous ceux qui ont lu Les échoués, fantastique et essentiel premier roman de Pascal Manoukian attendaient forcément celui-ci avec impatience. Une pointe d'inquiétude aussi, après une telle émotion, c'est normal. C'est peut-être pour cela que l'auteur a pris soin de placer deux têtes connues dans les premières pages, deux personnages des échoués, comme un petit signe de connivence, comme pour signaler qu'on ne s'est pas trompé, qu'on va bien retrouver ici les éléments qui nous ont fait vibrer, qu'on va bien repartir pour un voyage marquant, inoubliable.

    Et marquant, c'est peu de le dire. Car si pour Les échoués, Pascal Manoukian avait pris soin de positionner son intrigue dans les années 90, un recul nécessaire pour peut-être mieux faire écho aux drames actuels, Ce que tient ta main droite t'appartient vous arrive en plein front, directement, sans filtre. Pas de recul cette fois-ci. On est dans l'actualité chaude, celle qui nous colle au corps depuis deux ans, celle de l'état d'urgence, du danger terroriste au coin de chaque rue, des chaînes d'infos en continu, de l'escalade dans la violence. Mais c'est bien le même auteur qui est à la manoeuvre. L'observateur de terrain, journaliste, reporter, photographe. Habile à décortiquer l'information au-delà des images et à rendre un contexte, une situation plus compréhensibles par la grâce de ficelles romanesques bien réfléchies et une dose d'empathie qui est sa marque de fabrique.

    Ce que tient ta main droite t'appartient met donc en scène un drame qu'on n'a aucune peine à imaginer. Une jeune femme, Charlotte est victime d'une attaque terroriste alors qu'elle dînait en terrasse avec deux amies dans un bistrot parisien. Dévasté, son compagnon, Karim doit faire le deuil de sa future femme et de leur future fille qui n'a pas eu le temps de voir le jour. Comment admettre et surtout comprendre l'incompréhensible ? Lui le musulman athée, futur gendre d'une famille orthodoxe, français et laïc avant tout va recevoir un dernier choc. Le terroriste ne lui est pas inconnu. Il s'appelle Aurélien, ils étaient à l'école ensemble il y a longtemps. Un converti, comme des centaines d'autres, radicalisé, ayant embrassé une cause comme la dernière des aventures d'un siècle qui se cherche encore un sens. Karim décide de remonter la piste. A son tour il se laisse recruter, embarque pour la Turquie via la Belgique avant de passer en Syrie... Comprendre, voir, savoir et puis, pourquoi pas, se venger ?

    Aux côtés de Karim, le voyage est terrifiant. Le mécanisme d'embrigadement, ces jeunes qui partent comme s'ils embarquaient pour le Club Med, les passeurs, les réalités d'un terrain en guerre, l'escalade de la violence toujours... et surtout, la mécanique implacable de la communication, arme stratégique au service du recrutement et de la terreur. Monteur-réalisateur pour la TV, Karim est une pièce intéressante pour la cellule média de l'état islamique. Ce qu'il découvre dans les coulisses de la réalisation des films de propagande a de quoi faire dresser les poils dans les chaumières.

    Pascal Manoukian est journaliste et le regard qu'il pose sur l'utilisation des media et notamment des réseaux sociaux, sur la surenchère au sensationnel, sur la manipulation des esprits fait de ce livre un témoignage exceptionnel sur la mécanique d'un "état" sans foi ni loi qui sait parfaitement utiliser les outils qui permettent d'influencer des cerveaux crédules, naïfs, prêts à croire ceux qui leur expliquent que là-bas, ils auront tout, "tout ce que tient ta main droite t'appartient".

    Il m'a fallu plusieurs semaines pour totalement digérer et assimiler le propos de ce livre qui donne à réfléchir bien plus que de longs discours ou reportages télévisés. Au-delà du drame lui-même et des épisodes de notre histoire récente qu'il revisite sans fard, il donne à voir une terrible réalité et surtout la difficulté pour les états à combattre ces tentacules terroristes qui s'infiltrent dans la moindre brèche. Encore une fois, Pascal Manoukian livre un roman aussi fort que didactique. Un roman qui est une nouvelle pierre à une oeuvre littéraire remarquable et surtout très cohérente. Car tout est lié. Le monde est notre terrain de jeu, il serait temps que nous l'admettions et que nous joignions nos forces pour combattre ce qui doit l'être, sans se tromper de cible. Merci Pascal Manoukian de nous le rappeler avec autant de force.

  • 0.25

    Roman coup de poing, qui, malgré quelques maladresses -dont le titre auquel je ne m'habitue pas-, est très fort, ne peut laisser personne indifférent, révulse, énerve, attendrit, met en colère, ... tout cela simultanément ou consécutivement. Si je parle de maladresses, c'est que je trouve ça et là, plutôt au début du roman quelques facilités que je n'aime pas, des phrases toutes faites : "Gaziantep est l'une des plus vieilles cités du monde. Comme une putain, elle s'est laissé prendre au long de son histoire par le monde entier." (p.133) ou des références à des émissions de télés débiles (Les Chtis, les Anges, ou celles d'Hanouna) qui peuvent être gênantes pour les lecteurs qui ne les connaissent pas et qui datent ce roman ne lui permettant pas une intemporalité que j'aime retrouver dans les romans, qui leur insuffle une force supplémentaire tels Palestine de Hubert Haddad ou Les échoués, le précédent roman de Pascal Manoukian, pour n'en citer que deux. Je crains que lu dans quinze ans, ce roman ait pris un coup de vieux, alors qu'il a tout pour rester un roman fort à lire et relire, ce qui est le cas du premier roman de l'auteur.

    Passées ces deux réserves, ce roman est tout sauf confortable, d'une puissance rare, il pousse à la réflexion et instruit. En effet, Pascal Manoukian, décrit les villes et pays que Karim traverse, expose leur histoire souvent très riche culturellement. Il ne tombe pas dans l'écueil facile de l'opposition binaire : les bons et les méchants. Evidemment, il ne fait pas l'apologie de Daech, il combat leur idéologie basée sur une certaine vision du Coran en citant lui même des extraits du livre : "Si vous vous vengez, que la vengeance ne dépasse pas l'offense", "Ne détestez rien, car ce que vous détestez pourrait faire votre bonheur" (p.281). Il s'oppose intelligemment en bâtissant son roman tel un journaliste qui veut réellement faire son travail : montrer aux gens la réalité. Il faudrait que chaque futur combattant de Daech lise ce roman pour comprendre ce qui l'attend. La réalité est terrible alors que les vidéos postées par l'organisation terroriste sur Internet vantent une espèce de paradis, de monde idéal.

    Le romancier décrit très bien le parcours d'un jeune tenté par l'aventure, l'embrigadement, le lavage de cerveau, l'entraînement et les humiliations jusqu'au dernier geste. Il n'aligne pas les lieux communs mais oblige à la réflexion et explique comment certains en sont venus à prôner une guerre sainte, il remonte à la première guerre mondiale, au génocide des Arméniens par la Turquie. Il parle aussi de la perte de confiance dans les médias traditionnels et d'Internet : "On leur raconte tellement de conneries à la télévision qu'ils ne croient plus qu'en Internet." (p.206), ne prenant même pas le temps de décoder les informations, prenant tout pour argent comptant.

    Encore une fois avec un thème douloureux, Pascal Manoukian réussit un excellent roman, un de ces livres dont on se dit en le posant qu'il restera longtemps en nous et qu'on le conseillera à tous ceux qui aiment lire autour de nous et même aux autres.

  • 0.25

    Une plongée dans cette écriture trempée dans l'encrier de l'humanité, nous rappelle combien depuis "Les échoués" Pascal Manoukian, nous délivre du foisonnement tous azimuts des médias sur des sujets oh combien douloureux en éclaireur qui connait le terrain.

    L'histoire nous est connue, celle d'un jeune couple, qui a tout pour être heureux, Karim et Charlotte, et au détour d'un acte haineux, Karim se retrouve à refaire sa vie avec des si....
    Karim et Charlotte s'aiment et attendent leur premier enfant, loin des religions, qui pour eux symbolisent plus le parcours de leurs parents que le leur. Ils vivent dans le cosmopolitisme de leur jeunesse et essaient de ne pas heurter les susceptibilités familiales, ils respectent l'éducation reçue mais ils sont eux et vivent comme des jeunes de leur âge.
    Karim, en perdant Charlotte et leur enfant, n'a plus rien à perdre et il va nous emporter dans les coulisses de l'embrigadement.
    Vous connaîtrez le fonctionnement de cette fourmilière qu'est Daech et vous comprendrez si cela est possible, pourquoi Anthony et Sarah veulent éléver leur jeune fils Adam sur le territoire sacré des musulmans, "la terre de Shâm" et aussi avec quelles illusions est partie une adolescente Lila.

    Pascal Manoukian nous livre le fonctionnement de Daech et oui c'est une fourmilière où chacun a sa tâche et l'accomplira jusqu'à la folie, l'acte final.
    Ils savent mettre à leur service l'existant, donc pas de perte de temps à créer, juste s'approprier ce que les réseaux leur offrent.
    A ce moment là de votre lecture, vous entrez dans les ramifications de l'embrigadement. Leur toile est vaste, et relayée par autant de fourmis besogneuses dans l'ignominie du fanatisme.
    Il devient évident que l'Occident avec pour seul horizon le consumérisme, créer autant de frustrations que de vide sidéral dans les têtes de beaucoup de jeunes
    Souvenons-nous, en 2004 des propos du PDG de TF1:
    " Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ”business”, soyons réaliste: à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit(...).Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible: c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible(...).
    Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. "
    C'est là que réside la force de Daech et qu'il peut vomir l'Occident.

    C'est ainsi que les médias pullulent 24/24 et abreuvent les sillons de votre tête et de votre coeur d'images insoutenables, mais images manipulées car la vérité n'est plus qu'un leurre, il faut du sensationnel, souvenez-vous que la compréhension il faut la chercher ailleurs.
    C'est ce que nous apporte Pascal Manoukian qui est un grand reporter, qui connait le terrain, car vous n'êtes pas aller dans tous ces pays bombardés, que pouvez-vous savoir si toute une ville est détruite ou seulement un quartier. La seule tangibilité est dans ces hommes, femmes et enfants qui fuient et échouent sur nos côtes, ces "échoués" qui sont des êtres humains avant d'être d'une nationalité ou d'une autre.
    Le vrai contre-pouvoir aux informations est ici, dans ces romans.
    L'échec de l'Europe est cuisant et notre diplomatie bien inopérante.
    Le problème est très complexe mais si une mise à plat des éléments ne se fait pas, alors....
    En refermant ce livre criant de vérité, sans surenchère dans le tragique, juste des personnages mis en relief dans le contexte mondial sur le plan historique, géo-politique et économique pour éclairer notre lanterne, je n'en ressors pas sans peur mais avec une lucidité accrue.
    Un livre INDISPENSABLE qu'il faut prendre le temps de lire et relire.

    ©Chantal Lafon de Litteratum Amor 10 janvier 2017

  • 0.25

    http://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2017/01/ce-que-tient-ta-main-droite-tappartient.html

    Voyage au pays de l'embrigadement

    Premier coup de coeur de l'année! Et je suis ravie que ce soit pour Pascal Manoulian, auteur que j'ai découvert avec son inoubliable Les échoués.

    Charlotte fête sa grossesse avec ses deux amies d'enfance à la terrasse d'un café parisien où doit la rejoindre Karim lorsqu'elle est victime d'un attentat qui fait 18 morts et 42 blessés.
    Pascal Manoukian nous plonge dès le début de son roman dans l'insoutenable avec un réalisme hors du commun.

    Dévasté par la mort de Charlotte et la perte de leur enfant, Karim, monteur pigiste pour la télé, se rend compte que l'un des auteurs de l'attentat est Aurélien, un jeune français qui était en classe avec lui en CM2.

    Pascal Manoukian décortique l'enchaînement inéluctable qui a entrainé Aurélien vers l'embrigadement avec sa prise en main par cinq barbus qui lui infligent du sport à outrance, des privations et des nuits à ânonner "avec une paille plantée dans le cerveau" avant le départ pour la Syrie.

    Animé par la haine et un désir de vengeance, pour "affronter le monstre, lui couper la tête ou perdre la sienne" Karim veut infiltrer Daech et s'inscrit sur Facebook avec un pseudo bien choisi et après quelques échanges devient ami sur Facebook d'Abou Walid, membre de Daech. Tout cela est d'une facilité plus que déconcertante !

    C'est très vite le départ pour la Syrie via Molenbeek, quartier musulman de Bruxelles, et la Turquie en compagnie d'autres français attirés par la promesse d'un bonheur vanté sur internet, il y a là Lila une jeune fille de 16 ans et un couple Anthony et Sarah avec leur fils Adam âgé seulement de 2 ans 1/2. Un périple où ils mettent leur vie entre les mains de passeurs et croisent de multiples réfugiés qui eux fuient la Syrie.

    A peine arrivés en Syrie, ils sont plongés immédiatement dans l'horreur d'une scène de guerre puis envoyés en camp d'entraînement, passage obligé pour les soumettre, briser les volontés à coups de dressages, de brimades "On leur a trépané la mémoire, les instructeurs n'ont plus qu'à y plonger les doigts pour la reprogrammer."

    Ce roman met en évidence les ravages d'internet où les promesses d'un paradis attirent des gens qui ne se voient plus d'avenir dans leur pays et considèrent la France comme une terre de mécréants.
    " Al-Qaïda vivait à l'âge des cavernes dans les grottes de Tora Bora, Daech vit du buzz et des réseaux."

    Quel plaisir de retrouver la plume de Pascal Manoukian qui fait un clin d’œil à son précédent roman en introduisant deux des personnages des échoués dans ce nouveau roman !

    Le récit est bien documenté, Pascal Manoukian livre quelques éléments historiques et propose quelques pistes pour analyser l'évolution de la société avec la disparition du vrai journalisme la profession étant tirée vers le bas, il accuse la multiplication des chaînes de télé au contenu vide d'engendrer une génération sans cervelle (Hanouna n'est pas épargné...) "On leur raconte tellement de conneries à la télévision qu'ils ne croient plus qu'en Internet". " L'inculture est le terreau de tous les fanatismes."

    C'est un livre très dur que je n'ai pu lire qu'à petites doses. Pascal Manoukian fait prendre à son héros le chemin complètement inverse de celui d'Antoine Leiris avec son crédo " Vous n'aurez pas ma haine ".

    En peu de mots précis souvent glaçants Pascal Manoukian décrit un obscurantisme qui conduit tout droit à la barbarie, il évoque de multiples morts en quelques mots brefs et secs sans s'étendre, on sent qu'il décrit des scènes vécues lors de son passé de grand reporter de guerre.
    Le propos est effrayant, d'un réalisme insoutenable mais nécessaire et nous place face à notre impuissance.

  • 0.25

    Après "Les échoués", Pascal Manoukian continue de gratter là où le monde a mal, là où nous ne savons plus rien du juste et du bien.

    Résumer "Ce que tient ta main droite t'appartient" me semble dérisoire, voire impossible. Tellement d'histoires qui s'imbriquent. Tellement d'existences qui se croisent, se perdent, se cousent, se déchirent. Tellement de choix singuliers qui influent sur l'avenir d'autres personnes... Et pourtant tout se tisse, se noue et se dénoue de manière limpide, tant l'écriture de Pascal Manoukian sait nous faire ressentir au plus profond la portée des évènements sur le comportement des êtres, leur manière d'y réagir, les sentiments inextricables qui conduisent à des choix incertains, eux-mêmes générateurs de nouvelles situations.
    Cette complexité du monde et des êtres est toujours abordée de la plus juste manière. A portée d'âme et de coeur. A portée de conscience. Cette conscience que le roman de Pascal Manoukian nous donne de notre présent, de sa brutalité, de ses aberrations. Cette conscience qui semble faire défaut à ces "embrigadéchoués" que brutalement l'on découvre dans une vie quotidienne banale avant qu'ils ne se couvrent la poitrine d'explosifs pour aller faire mourir des femmes, des hommes à qui ils reprochent simplement d'être vivants.

    J'ai lu "Ce que tient ta main droite t'appartient" comme un cri de colère et de chagrin, comme le cri de révolte d'un humaniste face à ce que nous sommes devenus et ce cri n'en finit pas de résonner encore et encore là où je suis, dans chacune de mes pensées et dans chacun de mes choix.

    Est-ce que les livres peuvent changer le monde ? Si oui, celui de Pascal Manoukian est de ceux-là.

  • 0.25

    Dans ce roman, Charlotte et Karim sont un couple ordinaire qui attendent un heureux événement, jusqu'à une nuit terrible où tout bascule.
    Désormais seul, Karim veut comprendre comment du jour au lendemain l'horreur est venue frapper à sa porte. Poussé par son désir de vengeance, il cherche alors à retrouver le recruteur de l'auteur de cet attentat et s'embarque dans un périlleux voyage en Syrie.
    Dès le début du récit, les mots de l'auteur vous frappent en pleine figure. le réalisme est la qualité majeure de ce roman qui nous emmène à la rencontre des futurs soldats de Daech.
    De la prise de contact avec les rabatteurs au camp d'entrainement qui permet de fragiliser les nouvelles recrues, en passant par la propagande audiovisuelle, Pascal Manoukian nous entraîne en plein coeur du chaos.
    Ce livre apporte également un regard différent sur l'endoctrinement et nous montre à quel point le poids des réseaux sociaux est important.
    Plusieurs personnages m'ont touchés comme Lila, l'ado de quinze ans qui a rencontré son mari sur internet ou encore ce jeune couple qui veut simplement offrir un avenir meilleur à leur enfant.
    Mais arrivés là-bas, le rêve s'effondre et la réalité en est tout autre : viols, corruptions et exactions dominent.
    J'ai lu ce livre d'une traite, plongée entre tristesse et stupéfaction, entre révolte et incompréhension.
    Un roman coup de poing sur un sujet terrifiant, malheureusement d'actualité, où l'auteur immerge le lecteur dans les coulisses de l'embrigadement.

    https://mesechappeeslivresques.wordpress.com/

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