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Furies

Couverture du livre « Furies » de Julie Ruocco aux éditions Actes Sud
  • Date de parution :
  • Editeur : Actes Sud
  • EAN : 9782330153854
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

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Avis (8)

  • Je suis toujours sidérée de constater avec quelle urgence, quelle justesse et quelle originalité certains primo-romancier s’attaquent à des sujets ancrés dans une sombre et douloureuse actualité, aux antipodes de leur quotidien et de leur nombril, laissant derrière eux, à peine sortis de...
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    Je suis toujours sidérée de constater avec quelle urgence, quelle justesse et quelle originalité certains primo-romancier s’attaquent à des sujets ancrés dans une sombre et douloureuse actualité, aux antipodes de leur quotidien et de leur nombril, laissant derrière eux, à peine sortis de l’ombre, une traînée d’étincelles et de solides effluves de « revenez-y ». Avec ses « Furies » pleines de noblesse, Julie Ruocco est de leurs rangs. Nous entraînant à la suite des pérégrinations de Bénédicte, jeune archéologue ayant succombé aux sirènes des trafiquants d’antiquités internationaux, elle mettra sur sa route, comme sur nos chemins de lecture, des personnages à l’âme belle, transparente ou blessée pour toujours. Asim, pompier syrien devenu fossoyeur, Taym, sa sœur, flamme révolutionnaire trop vite soufflée par un vent mauvais, et une petite fille en quête d’identité et de paix, perdue dans les ruines d’une guerre trop grande pour elle.
    Si la plume de Julie Ruocco peine un peu, en début de roman, à trouver une voix qui lui soit propre, elle gagne, au fil des pages, en assurance et en personnalité, se délestant peu à peu de facilités d’écriture pour laisser affluer l’émotion et la grâce. C’est, pour finir, un texte d’une très grande force et d’une beauté toute singulière qu’elle nous offre, entre vestiges exhumés de l’Histoire des dieux et restes d’histoires humaines inhumés, de magnifiques rencontres à la frontière de la mort, sur une terre de douleur et de mémoire.

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  • La rencontre entre Bérénice, jeune archéologue Française et Asim, pompier Syrien nourrit le corps de ce roman qui raconte le drame qui sévit au moyen orient depuis maintenant une dizaine d’années. Thaym, la sœur d’Asim, résistante activiste au dictateur syrien, assassinée par Daech, laisse à son...
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    La rencontre entre Bérénice, jeune archéologue Française et Asim, pompier Syrien nourrit le corps de ce roman qui raconte le drame qui sévit au moyen orient depuis maintenant une dizaine d’années. Thaym, la sœur d’Asim, résistante activiste au dictateur syrien, assassinée par Daech, laisse à son frère une clef USB contenant de nombreuses preuves des exactions commises par le régime dont la destinée sera confiée à Bérénice. Les protagonistes qui évoluent en Syrie, en Turquie et au Rojava Kurde nous font vivre de façon romanesque les situations dramatiques de leurs habitants et pointent les luttes d’influence géopolitiques dont il font les frais. Une histoire prenante servie par une belle écriture qui s’égare un peu dans des considérations générales qui en diminuent la portée.

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  • "Il se souvenait. Partout ça avait été une grande clameur. Une énergie foudroyante et contagieuse à la fois s'était emparée de tout le pays. Comme un feu qui prend dans une forêt que l'on a asséchée trop longtemps. Toutes les consciences s'étaient réveillées n même temps. Femmes et hommes...
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    "Il se souvenait. Partout ça avait été une grande clameur. Une énergie foudroyante et contagieuse à la fois s'était emparée de tout le pays. Comme un feu qui prend dans une forêt que l'on a asséchée trop longtemps. Toutes les consciences s'étaient réveillées n même temps. Femmes et hommes avaient relevé la tête au son de la même musique. Un rythme imperceptible d'abord, comme un froissement d'ailes, un murmure d'enfant perdu dans la foule. Et puis, ça avait enflé comme une vague, claqué dans l'air comme un tambour. Pour la première fois, ils avaient osé se regarder et ils étaient sorties pour laver une vie d'injures et de crachats.(p45)"

    Dans une écriture remarquable, Julie Ruocco plonge le lecteur dans une région où plus rien ne tient, où tout s'effondre, où plus rien de ce qui fut sa splendeur et avait résisté au temps ne résiste à l'assaut d'une guerre. Les Furies sont guerrières et se déchainent ,d'autres demandent vengeance et justice et il y a celles qui se veulent les bras armés, porteuses d'espoir, les combattantes kurdes, dernier rampart à l'invasion et à la dévastation.

    Les deux personnages principaux portent un fardeau : Bérénice la mort de son père, Asim celle de sa sœur Taym. L'un comme l'autre portent le poids d'un fantôme, tel la pierre que l'une porte autour du cou et ou sur son dos. Leurs routes n'auraient jamais dû se croiser mais pour donner un espoir de vie à l'enfant recueillie, il faut des papiers dont Asim c'est fait un spécialiste. Ils vont pour un temps construire autour d'elle un cocon protecteur mais le bruit des armes n'est jamais loin et ils vont devoir faire des choix à la hauteur de leur courage respectif.

    Dans un pays où les ruines des temps étaient le témoin de l'histoire mais qui aujourd'hui ne témoigneront que de la folie des hommes, règnent désormais la destruction, la terreur et la peur provoquées par les hommes qu'ils soient envoyés par un tyran ou par l'obscurantisme, qui font régner leur loi par la barbarie où même l'air est irrespirable car chargé de mort, Bérénice veut sauver cette enfant du désastre et trouvera en Asim le détenteur d'un nom synonyme d'espoir mais également de renaissance pour ceux disparus, donnant ainsi un sens à sa propre vie et à ceux qu'il aide.

    Dans la première moitié du roman j'ai été bouleversée par la manière dont l'auteure retrace, dans une écriture sans fard, parallèlement les vies de ses deux protagonistes. L'une en perte de repères depuis la mort de son père, se lançant dans un trafic qui n'est pas le sien mais un moyen de survivance, l'autre plus habitué à sauver des vies qu'à les enfouir, va se trouver récipiendaire d'un message posthume de sa sœur, fruit de ses enquêtes sur le drame se déroulant sous ses yeux mais que le monde ignore.

    Les descriptions, les évocations des douleurs vous plongent sur la scène d'un théâtre où le drame ne remonte pas aux siècles anciens mais qui se déroule aux portes de notre continent et de nos jours. J'ai particulièrement été touchée par Asim, par sa détresse mais également le courage qu'il puise en lui pour tenir et donner un sens à la perte de ce qu'il avait de plus cher.

    Puis peu à peu le roman bascule vers un récit plus orienté sur la dénonciation des tenants et des aboutissants de cette terre où les combattants viennent de tous les coins du monde au nom d'une idéologie meurtrière, d'un principe de la terre brûlée mais également sur l'aveuglement et le silence des puissances extérieures. L'auteure à travers ce roman lance un cri de révolte à la fois sur cette guerre aux multiples ramifications tels les serpents dont les Furies parent leurs chevelures dans la mythologie mais également dresse le portrait de ceux qui résistent sur le terrain où aux frontières, dans le silence assourdissant du monde. Il se veut un plaidoyer pour mettre en évidence ce qui constitue cette guerre, ses ravages mais également la manière dont elle est tenue à l'écart des autres nations, laissant un peuple périr sans même ressentir la honte de l'abandon.

    Deux manières au sein d'un même ouvrage pour raconter un drame humain dont les femmes payent à plus d'un titre le prix fort tant elles sont exposées aux fureurs extérieures qui n'admettent aucune transgression à la loi qu'ils ont établie. Même si le traitement du sujet sous ces deux formes ne m'a pas empêchée d'apprécier le récit, j'ai eu un peu de regrets à basculer dans un discours certes utile et nécessaire mais qui m'a fait abandonné un temps les héros de cette tragédie qui à eux seuls étaient révélateurs.

    Mais sans contexte Julie Ruocco fait preuve d'un réel talent que ce soit par son écriture faisant venir à nous les images et les sentiments, qu'elles soient celles que l'on évite parce qu'insoutenables ou de ceux que nous ressentons, de notre conscience qui oublie que d'autres luttent. Elle met en lumière et donne la parole à ceux dont le courage et la détermination sont les derniers remparts à l'obscurantisme et la barbarie et cela n'est jamais inutile.

    J'ai beaucoup aimé même si la construction du propos m'a surprise et créée une rupture dans ma lecture à laquelle je ne m'attendais pas.

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  • Quand Bérénice exhume des objets, inertes témoins d’un passé révolu, Asim inhume ses compagnons d’infortune, victimes d’une guerre qui les dépasse et qui frappe aveuglément des vies qui semblent n’avoir d’autre valeur que celle de pouvoir trahir d’autres vies à faucher. Le pompier est devenu...
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    Quand Bérénice exhume des objets, inertes témoins d’un passé révolu, Asim inhume ses compagnons d’infortune, victimes d’une guerre qui les dépasse et qui frappe aveuglément des vies qui semblent n’avoir d’autre valeur que celle de pouvoir trahir d’autres vies à faucher. Le pompier est devenu fossoyeur par nécessité dans cette Syrie en ruines.

    Et pourtant le peuple lutte envers et contre tout avec une sorte de fatalisme obligé.

    La découverte de sa sœur au sein d’un charnier amène le jeune homme aux portes de la folie mais son combat se poursuit.

    C’est le hasard qui conduit Bérénice vers Asim alors qu’elle tente de secourir une enfant muette et terrorisée et met tout en œuvre pour la faire sortir de ce pays agonisant.

    La romance au cœur du récit est un support pour de nombreuses réflexions sur la guerre et son absurdité mais aussi son caractère inéluctable.

    L’écriture est dense et riche, conférant au roman une érudition qui met un peu à distance le sujet.

    C’est cependant un premier roman dont le style affirmé présuppose un talent que des écrits ultérieurs confirmeront sûrement.

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  • A la frontière turque, Bérénice s’active. L’archéologue française est devenue pourvoyeuse d’antiquités volées dans cette région du monde bouleversée par la guerre. La jeune femmes déterre et emporte les trésors cachés, ignorante de la folie qui l’entoure. Elle se trouve toutes les excuses pour...
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    A la frontière turque, Bérénice s’active. L’archéologue française est devenue pourvoyeuse d’antiquités volées dans cette région du monde bouleversée par la guerre. La jeune femmes déterre et emporte les trésors cachés, ignorante de la folie qui l’entoure. Elle se trouve toutes les excuses pour légitimer son trafic d’antiquités dans ce pays en guerre où les hommes eux-même détruisent des trésors inestimables au nom de leur religion.

    Jusqu’au jour où une femme lui donne sa fille à travers les barbelées d’un camp de réfugiés. Dès lors, sa vie va changer du tout au tout.

    Un jeune pompier enterre les morts tombés sous les coups de l’État Islamique. Arrivé de la Syrie voisine, Asim pleure sa sœur Taym, si forte, si libre, exécutée par la police islamique. Lui le sauveur d’âmes est devenu le fossoyeur de leurs innombrables victimes. Il consacre désormais sa vie à retrouver les âmes de tous les disparus pour leur restituer la place qui leur a été volée dans l’histoire.

    Leur rencontre se fera autour de cette fillette que sa mère va confier à Bérénice pour la sauver de ce monde en guerre.

    Un roman fort, qui relate des situations dramatiques, au milieu du conflit syrien, des réfugiés qui attendent on ne sait quelle délivrance, entassés et oubliés dans les camps, au cœur de cette guerre sournoise faite aussi aux femmes à qui l’État Islamique enlève jusqu’à la vie lorsqu’elles ne s’effacent pas assez vite du monde des vivants. Les femmes, leurs silences, leurs souffrances, la douleur de vivre dans un monde qui nie leur place dans la société. Les violences qu’elles subissent prennent ici une toute autre dimension. Au milieu de tant d’horreur émerge pourtant le courage et l’héroïsme des peshmerga, de la résistance kurde, de ceux qui tentent et osent se révolter souvent au prix de leur vie.

    lire la chronique complète sur le blog Domi C Lire https://domiclire.wordpress.com/2021/10/30/furies-julie-ruocco/

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  • Tous les deux creusent la terre. Lui, Asim, le fossoyeur, pour ensevelir. Elle, Bérénice, l’archéologue, pour révéler.

    Leurs destins sont liés par la guerre. Celle de l’état islamique.

    Bérénice, jeune archéologue française en mission à la frontière turque, est devenue trafiquante d’art...
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    Tous les deux creusent la terre. Lui, Asim, le fossoyeur, pour ensevelir. Elle, Bérénice, l’archéologue, pour révéler.

    Leurs destins sont liés par la guerre. Celle de l’état islamique.

    Bérénice, jeune archéologue française en mission à la frontière turque, est devenue trafiquante d’art syrien.

    Asim, pompier syrien, après avoir retrouvé le corps de sa sœur dans une fosse, mutilée par Daesh alors qu’elle était encore en robe de mariée, devient fossoyeur et faussaire. Il tente de redonner vie à tous ceux qui l’ont perdue.

    Une coïncidence les met sur le chemin l’un de l’autre. Une enfant sauvée par Bérénice. L’espoir dans ce monde de poussière, de bombes et de terreur.

    Bérénice et Asim sont passeurs d’histoires et de mémoires.

    Julie Ruocco signe un prix roman remarquable. J’ai été impressionnée par la maîtrise du verbe, émerveillée par les descriptions terrifiantes de la guerre et émue jusqu’aux larmes par les dernières pages déchirantes. L’autrice arrive à nous immerger dans cette ville de sable, aux côtés de ses habitants terrifiés et de ses femmes que l’on veut enchaîner sous des voiles.

    Mais ces femmes, elles sont fortes et salutaires, elles s’organisent pour résister et ne pas tomber aux mains de barbares. Il n’y aura pas de furie avec ces elles!

    Wahou ! Quel premier roman! C’est beau, très très beau! Poétique, éclatant, brillant, ne passez pas à côté !

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  • Avec le premier roman de Julie Ruocco, écrivaine française, « Furies », je me suis retrouvée par le plus grand des hasards dans mes choix de lectures, dans un milieu où règne la guerre, où des femmes combattent en Syrie : des combattantes sans peur (comme je venais de le lire dans « S'il n'en...
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    Avec le premier roman de Julie Ruocco, écrivaine française, « Furies », je me suis retrouvée par le plus grand des hasards dans mes choix de lectures, dans un milieu où règne la guerre, où des femmes combattent en Syrie : des combattantes sans peur (comme je venais de le lire dans « S'il n'en reste qu'une » de Patrice Franceschi – donc en terra cognita).

    Julie Ruocco a dédié son ouvrage « A Rozan Zaitouneh et à celles et ceux qui se sont battus à ses côtés : On vit dans un monde de coïncidences, un homme et une balle qui se rencontrent, c'est une coïncidence. (…) Les mots d'Aragon tournent en boucle dans sa tête. (…) Cela faisait pourtant longtemps qu'elle n'avait pas relu Aurélien. »

    Olga Petrovna (une galériste polonaise sans scrupules) charge Bérénice d'une mission en Turquie : ramener des bijoux millénaires (un travail d'archéologie). Bérénice, « en pensée, retraçait déjà tous les fils du possible de leurs origines. Elle imaginait des destins d'argent et de pierres qui enjambaient les siècles, traversaient les hasards du temps et de l'histoire. »

    Petite explication du prénom de Bérénice : si elle s'appelait ainsi, c'est parce que son père, amoureux de Racine et de théâtre, avait choisi une tragédie : Titus et Bérénice. Voici pour l'héroïne qui creuse la terre, mais en Syrie, elle est ensanglantée.

    D'après le titre, on imagine une histoire de bandits mais on voit vite que Bérénice, finalement, trempe dans une sorte de trafics d'oeuvres d'art.

    En suivant le fil rouge sang de cet ouvrage, le lecteur rencontre des personnages d'un caractère bien trempé. Pour en citer quelques uns, il y a la belle Taym qui, le jour de son mariage, se prépare pour être encore plus belle mais en fait, elle se prépare à mourir courageusement, à donner sa vie. Auparavant, elle avait l'habitude d'archiver, sur une clé USB, les massacres qu'elle voyait et ceci pour les transmette à certaines organisations internationales.
    Taym a un frère qui lui est très attaché, Asim, principalement pompier mais il procure aussi à certains, des faux-papiers, en utilisant les noms de personnes décédées, pour lesquelles il a effectué les enterrements…
    On pourrait dire de Bérénice et de Taym, que ce sont «l'archéologue et le fossoyeur » puisque tous deux creusent la terre (l'une pour retrouver des parures dans des ruines antiques comme à Palmyre, retrouver des objets d'art – l'autre pour ensevelir des corps).

    Bérénice se retrouve avec une fillette que lui avait confiée une femme, dans un camp et qu'elle décide de sauver. La fillette ne parle pas, montre peu d'émotions, mais quand elle voit Asim, c'est un déclencheur aussi bien pour l'un que pour l'autre. Elle s'attache vraiment à lui qui fait tout pour lui plaire et lui redonner un peu de bonheur.
    Mais Asim reste obsédé par la mort de sa soeur. Il se rapproche de Bérénice afin qu'elle puisse lire cette clé USB et les images horribles défilent sur l'écran de l'ordinateur.
    Mais ces Furies ? Pourquoi ce nom ? D'abord, dans la mythologie grecque, ce sont les déesses de la vengeance – ensuite, Bérénice a un collier avec un médaillon sur lequel figure une Furie – enfin, ce sont toutes ces femmes de la révolution kurde, qui se battent (ici, j'ai retrouvé Rojava…).
    Vient aussi le moment où nos trois personnages doivent quitter la Syrie pour se rendre en Turquie où Bérénice veut rencontrer une femme qui pourrait lui en apprendre plus car notre archéologue-trafiquante, s'est investie dans le passé de Taym. Asim devra fournir les papiers.

    Mais vient aussi le moment où Bérénice doit rentrer dans son pays et sa galériste n'a qu'une pensée : « Rentre avec ce que tu as pu sauver. »….

    Qu'a sauvé Bérénice ? Une fillette certes (pour qui Asim a trouvé un nom – ce nom auquel il est facile pour nous d'y avoir pensé mais est révélé tout à la fait – révélé et confirmé donc) – quant aux bijoux….

    Avec ce livre, Julie Ruocco nous donne une grande claque (mais j'ai l'habitude avec mes lectures et c'en est une de plus) : il faut garder un devoir de mémoire, ne pas oublier toutes ces femmes (aux longues tresses noires), dans ces pays pas si loin que cela.
    Pour elles : » Notre victoire ne vient pas du nombre d'ennemis que nous abattons, mais du nombre de personnes que nous sauvons. »

    Un beau premier roman que « Furies » de Julie Ruocco à qui je souhaite d'autres excellents succès et que la force soit avec elle !

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  • https://leslivresdejoelle.blogspot.com/2021/08/furies-de-julie-ruocco.html

    COUP DE CŒUR

    PREMIER ROMAN

    " Sans justice et sans mémoire, nous nous condamnons éternellement à être tour à tour victime puis bourreau. Pour briser ce cycle infernal, il ne nous faudra pas seulement triompher...
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    https://leslivresdejoelle.blogspot.com/2021/08/furies-de-julie-ruocco.html

    COUP DE CŒUR

    PREMIER ROMAN

    " Sans justice et sans mémoire, nous nous condamnons éternellement à être tour à tour victime puis bourreau. Pour briser ce cycle infernal, il ne nous faudra pas seulement triompher des combats mais aussi de notre propre vengeance."

    Bérénice, une jeune archéologue devenue trafiquante d’antiquités est envoyée "en mission" à la frontière entre la Syrie et la Turquie. Son père est mort le jour où Palmyre est tombé, ce père qu'elle connaissait si peu était devenu passionné d'art et d'histoire, il avait en lui "un pays comme une blessure", était-il kurde, turc ou syrien ? Bérénice ne l'a jamais su. " En tant que déracinée, elle nourrissait une étrange rancune à l'égard de la terre. L'ouvrir pour lui arracher ses mystères, avoir accès à un passé qu'on lui avait refusé." Elle veut rassembler les restes de Palmyre pour combler le vide que lui a laissé son manque d'origines.

    Sur place elle va faire une rencontre déterminante. Assim est un pompier syrien que la guerre a transformé en fossoyeur " Tous deux avaient creusé la terre, l'un pour ensevelir, l'autre pour révéler" Taym, la sœur d'Assim, est une activiste qui défie la violence et les ignorants, une femme engagée et pacifiste. Elle s'est fixé pour objectif de garder la mémoire de chaque victime, de chaque bourreau et a fourni un énorme travail de documentation qui n'appelle jamais à la vengeance mais à la mémoire et à la justice des hommes.

    Au contact d'Assim, Bérénice va rencontrer des réfugiés, recueillir leurs paroles avec la même délicatesse qu'il lui fallait pour exhumer des objets précieux. Après avoir déplacé des objets d'un pays à un autre, elle va emporter la mémoire vivante des survivants.

    " On s'épuise toute une vie et notre savoir reste vain parce qu'il n'y a personne pour nous écouter ou nous croire. Nos mères et les mères de nos mères ont parlé et leur voix s'est perdue dans le désert. Peut-être que si quelqu'un avait recueilli leurs paroles, le monde aurait été différent."

    Voilà un premier roman impressionnant par son sujet et par la maîtrise de l'auteure. A partir de la rencontre entre Bérénice qui déterre des objets et Assim qui enterre des morts, Julie Ruocco nous raconte l'histoire d'un peuple qui s'est levé et qui a cru dans sa révolution. Ce roman est un hommage aux femmes qui se sont engagées dans la révolution arabe, il fait écho au destin de Razan Zaitouneh, une avocate syrienne disparue en 2013 qui a documenté les horreurs qui ont eu lieu pendant la révolution. J'ai découvert le combat de cette femme grâce au magnifique texte de Justine Augier, " De l'ardeur ", le combat de Taym pour la mémoire et pour la justice renvoie fortement au combat de Razan à qui Julie Ruocco rend ainsi un magnifique hommage.

    Ce roman est riche en portraits de femmes très forts. Bérénice découvre la folie collective que peut être une guerre où la torture est une entreprise d'avilissement et de destruction; de voleuse elle devient "un maillon d'une chaîne d'échos qui enjambent l'obscurité". Taym a choisi la voie du pacifisme et a transmis à son frère l'arme de la mémoire. La tante d'Assim est émouvante par sa force et sa sagesse. Dans ce roman riche en personnages féminins, la figure d'Assim est particulièrement bouleversante, on le voit, dans une folle obsession, retenir en lui le nom des morts qu'il a ensevelis puis, aux portes de la folie, reprendre vie en reprenant l'héritage de sa sœur.

    Le quotidien des syriens est restitué avec réalisme sans jamais tomber dans la complaisance, même quand l'horreur de certaines situations est insoutenable, les mots que Julie Ruocco pose pour les raconter renvoient une impression de sobriété et de puissance. Elle nous offre des scènes d'une grande force comme celles qui se déroulent autour de la fosse entre montagne et désert ou la scène des femmes qui brûlent leur voile... La dernière partie du roman se déroule au Rojava, au nord-est de la Syrie dans une enclave autonome dont la devise est "femme, vie, liberté", j'ai découvert l’existence de ce territoire reconquis qui regroupe plusieurs peuples de religion et langue différentes qui tentent de mettre en place une gouvernance démocratique. "Le ressort de notre lutte n'est pas l'annihilation de l'adversaire, mais la revendication forcenée de rester des humains, avec notre nom et notre histoire".

    Ce roman est fort par son fond, c'est un roman engagé qui ne manque pas de dénoncer l'indifférence de la communauté internationale. Mais ce roman est remarquable également par sa forme qui fait écho à la mythologie grecque avec les Furies antiques en fil conducteur, déesses de la vengeance qui ont rendu la justice jusqu'à ce que les hommes traitent eux-mêmes les affaires des hommes.

    Le message des principaux protagonistes, "Ne pas succomber à la tentation de la vengeance, rester humains", apporte une lumière dans le chaos de cette guerre sans fin. Avec une écriture d'une infinie beauté, une narration fluide malgré certains passages assez exigeants, une construction parfaite, ce roman voit incontestablement la naissance d'une écrivaine dont on va entendre parler.

    Ce roman est sélectionné pour le Prix Stanislas, le prix Envoyé par la poste, le prix Littéraire du Monde et pour les talents Cultura.

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