Chantal Thomas

Chantal Thomas
Spécialiste du XVIIIe siècle, avant tout historienne et essayiste, Chantal Thomas n'en multiplie pas moins les casquettes. Elle enseigne dans de nombreuses université américaines, notamment à Yale et Princeton, est directrice de recherche au Centre National de Recherche Scientifique, collabore au... Voir plus
Spécialiste du XVIIIe siècle, avant tout historienne et essayiste, Chantal Thomas n'en multiplie pas moins les casquettes. Elle enseigne dans de nombreuses université américaines, notamment à Yale et Princeton, est directrice de recherche au Centre National de Recherche Scientifique, collabore au Monde et à des productions de Radio France. Elle écrit des essais sur Sade, Casanova et Marie-Antoinette. Elle est également l'auteur de récits plus personnels : 'La vie réelle des petites filles' et 'Comment supporter sa liberté'. En 2002, elle obtient le prix Fémina pour son premier roman, 'Les Adieux à la Reine'. Elle fait par ailleurs partie du jury du concours depuis 2003. Avec 'Souffrir' (2003), ' L'Ile flottante', 'Le Palais de la Reine' (2005) ou encore 'Chemins de sable' (2006), Chantal Thomas aborde des thèmes universels tels que la liberté, et construit un univers en subtil décalage avec la réalité, ce qui ne va pas sans séduire le public et la critique.

Avis (24)

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    Couverture du livre « East Village blues » de Chantal Thomas aux éditions Seuil

    Marie-Laure VANIER sur East Village blues de Chantal Thomas

    Je ne sais pas pourquoi, mais imaginer Chantal Thomas en baroudeuse-sac-à-dos faisant du stop le long des routes brûlantes de la banlieue de Lima, arrivant à New York, un bonnet péruvien sur la tête et un sac de marin sur l'épaule, sans un sou en poche et ne sachant pas trop où dormir…eh bien...
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    Je ne sais pas pourquoi, mais imaginer Chantal Thomas en baroudeuse-sac-à-dos faisant du stop le long des routes brûlantes de la banlieue de Lima, arrivant à New York, un bonnet péruvien sur la tête et un sac de marin sur l'épaule, sans un sou en poche et ne sachant pas trop où dormir…eh bien là, franchement, je suis tombée des nues…
    Je voyais cette dix-huitièmiste accomplie, spécialiste de Sade, Casanova et Marie-Antoinette, fréquenter quelque boudoir douillet de Versailles plutôt que les bars lesbiens de Manhattan.
    Comme quoi, on se trompe beaucoup sur les gens, on les fige dans une image qui ne correspond qu'à une infime partie de ce qu'ils sont et l'on oublie que la vie fait de nous des êtres de contrastes et de contraires.
    En revanche, ce que j'ai parfaitement retrouvé, c'est cette sublime écriture, ces phrases qui se déroulent, se déploient gracieusement dans une harmonie si parfaite et si rare.
    Nous sommes donc en juin 2017, Chantal Thomas fait sa valise pour New York. C'est une ville qu'elle connaît bien puisqu'elle y a séjourné à plusieurs reprises : d'abord un bref passage de 24 heures dans les années post-bac, avec Sandra, la copine du lycée, à l'occasion d'un voyage au Pérou. C'est le choc, l'expérience du démesuré et du formidable dans tous les domaines, l'affolement des sens, l'ivresse de s'y trouver, enfin : « je m'abandonnais à la fascination ». Aucune autre ville ne souffre la comparaison. Il y a New York et les autres, loin derrière.
    La seconde expérience a lieu en juin 1976 : Chantal Thomas vient de soutenir sa thèse sur Sade sous la direction de Roland Barthes. Elle part avec une vague adresse en poche et se présente chez une certaine Jodie qui n'a pas l'intention de garder la voyageuse bien longtemps.
    Au fond de la valise, un autre bout de papier, une autre adresse, au sud-est de la ville : celle de Cynthia. L'accueil est chaleureux. Le « railroad apartment » envahi par les plantes et, la nuit, par les cafards finit de séduire la voyageuse. Et en plus, le quartier se révèle extraordinaire : l'East Village, peuplé d'artistes, de gens exilés et sans le sou est composé de petits immeubles, de jardins communautaires et de friches. Le quartier est dangereux et séduisant. Chantal Thomas se laisse happer, transportée par cette ville pleine de vitalité, berceau de la fameuse Beat Generation et des Kerouac, Ginsberg, Orlovsky... : folie des week-ends, des boîtes de nuit, des « parties », des brunches gargantuesques, des déambulations nocturnes et des rencontres insensées… C'est non seulement un lieu (et quel lieu!) que découvre Chantal Thomas mais une époque, celle où l'on croise Andy Warhol dans une boîte de nuit, où l'on passe une soirée folle au Chelsea Hotel, lieu mythique où vécurent Arthur Miller, Thomas Wolfe, William Burroughs, Patti Smith etc, où l'on rencontre à tous les coins de rue des gens assis par terre sur un carton et qui se disent poètes…
    Oui, New York est le lieu de tous les possibles et notamment celui de devenir écrivain… En France au contraire, « il en fallait beaucoup et, surtout, il en fallait longtemps pour se déclarer écrivain. » Là- bas, armé d'une machine à écrire, n'importe qui s'autorise à frapper les touches et on verra après… C'est là que Chantal Thomas a senti qu'elle pouvait se lancer elle aussi, s'autoriser cet acte quasi sacré en France...
    Une autre rencontre avec New York a lieu en juillet 2017 : pour explorer ce quartier qu'elle aime tant, Chantal Thomas choisit pour guide une inconnue qu'elle suit dans la rue : une femme japonaise tout de blanc vêtue (couleur de la mort au Japon). Dorénavant, les magasins rose bonbon de cupcakes et de cookies ont remplacé les bars underground : place au jus de carotte et à la guimauve. La gentrification galopante a tué un quartier dont les prix ont explosé. Les anciens habitants sont expulsés, les immeubles détruits et reconstruits : c'est le règne du billet vert. «  La disparition des poètes dans un monde régi par le seul marché de l'immobilier est une perte du côté de l'irrémédiable, la perte de son âme. » « Il y a quelque chose de pourri dans l'empire de » la Grande Pomme, il ne reste désormais que des fantômes et des traces presque disparues d'une époque à jamais perdue… (D'ailleurs, les reproductions des photos de graffitis saisis dans les rues de l'East Village et qui accompagnent la lecture du texte traduisent la volonté de témoigner d'une époque et entrent donc en résonance avec le projet même de l'auteure.)
    C'est donc une belle balade que nous propose Chantal Thomas, une découverte de lieux qui ont changé et d'une époque, bien révolue elle aussi. Mais ce que présente East Village Blues, c'est peut-être aussi et surtout la façon dont elle est née à l'écriture, ce qui lui a permis d'accéder à cette liberté et de s'affranchir du regard du père (Barthes) ou des pairs (l'Université française). Seule New York détenait ce pouvoir, offrait cette folie, permettait cette audace.
    Un texte superbe qui dit toute la nostalgie pour un passé qui n'est plus, pour un monde de liberté propice à la création littéraire et au bonheur intense de vivre.
    Fort, très fort et plein de poésie...

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    Couverture du livre « Souvenirs de la marée basse » de Chantal Thomas aux éditions Seuil

    Missbook85 sur Souvenirs de la marée basse de Chantal Thomas

    Chantal Thomas rend ici un magnifique hommage, d'une part à sa relation certes complexe mais fusionnelle avec sa mère, et d'autre part, à la passion de la natation qu'elles partagent.
    " J'aime l'eau d'amour. Et dans l'expression "l'eau est bonne", je perçois une température mais aussi une...
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    Chantal Thomas rend ici un magnifique hommage, d'une part à sa relation certes complexe mais fusionnelle avec sa mère, et d'autre part, à la passion de la natation qu'elles partagent.
    " J'aime l'eau d'amour. Et dans l'expression "l'eau est bonne", je perçois une température mais aussi une qualité morale".
    En effet, par le biais de courts chapitres, aux noms soigneusement choisis et évocateurs, l'auteure nous fait découvrir la joie mais surtout la liberté que sa mère - Jackie - ressentait lorsqu'elle nageait.
    " Ma mère ne se repose pas, ne se pose sur rien - sauf sur la mer."
    Plaisir qu'elle lui transmettra....
    " D'ailleurs, je ne pense pas en termes de région, mais de rivage - sable, mer et ciel dans une interaction perpétuelle, une interpénétration infinie. C'est cette fluidité qui est de ma part objet d'amour. A vrai dire, j'en fais moi-même partie."
    Ce sont deux femmes en osmose totale dans le milieu aquatique.
    Toute la vie de Jacky s'organisera autour de cet art de vivre, à la fois fantaisiste et décomplexé.
    Mais lorsqu'elle est privée de cette pratique quotidienne, quasi physiologique, son état dépressif reprend ses droits.
    "... ma mère a deux visages : son visage de maison, obscur, et son visage de natation, lumineux."

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    Couverture du livre « Souvenirs de la marée basse » de Chantal Thomas aux éditions Seuil

    Bill sur Souvenirs de la marée basse de Chantal Thomas

    Jeunes mariés de la fin de la première guerre mondiale Eugénie et Félix ont eu la chance de aprtir en vacances à Arcachon en 1936 avec leur fille Jackie, née en 1919. tombés amoureux de cette ville, ils choisirent de quitter Viroflay et de s'y installer.

    Jackie avait depuis toujours la...
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    Jeunes mariés de la fin de la première guerre mondiale Eugénie et Félix ont eu la chance de aprtir en vacances à Arcachon en 1936 avec leur fille Jackie, née en 1919. tombés amoureux de cette ville, ils choisirent de quitter Viroflay et de s'y installer.

    Jackie avait depuis toujours la passion de la natation n'hésitant pas à plonger dans le Grand Canal de Versailles et d'y aligner quelques longueurs sous l'oeil médusé des gardiens et promeneurs ...

    Elle s'installera elle aussi à Arcachon après son mariage, n'envisageant pas une seconde de vivre loin de ses parents ...

    Chantal, sa fille, grandira près des plages ...

    Dans ce roman, elle évoque la passion de Jackie pour l'océan, pour la natation rappelle les couleurs sombres, verdâtres de l'eau, l'écume des vagues, le sable traître pour les bateaux ...Elle se souvient de son enfance entre ville d'été et ville d'hiver avec le flux des estivants, vite repartis en rendant la plage aux vrais résidents ...

    Après son veuvage, Jackie tournera la page de l'océan pour se réfugier à Menton puis à Nice, près de la mer où elle pourra enchaîner ses longueurs presque toute l'année ...

    Un roman / livre de souvenirs où l'eau est toujours présente, présence rassurante dans un monde incertain ...

    Un roman où j'ai aimé me plonger, me laisser bercer et revoir ces villes méconnues ...

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    Couverture du livre « Souvenirs de la marée basse » de Chantal Thomas aux éditions Seuil

    Joëlle Guinard sur Souvenirs de la marée basse de Chantal Thomas

    http://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2018/02/souvenirs-de-la-maree-basse-de-chantal_19.html

    Chantal Thomas nous raconte sa mère et leur relation. Sa mère, Jackie née en 1919, avait la particularité de vouer une dévotion fanatique à la nage. Elle pratiquait un crawl élégant, seule dans...
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    http://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2018/02/souvenirs-de-la-maree-basse-de-chantal_19.html

    Chantal Thomas nous raconte sa mère et leur relation. Sa mère, Jackie née en 1919, avait la particularité de vouer une dévotion fanatique à la nage. Elle pratiquait un crawl élégant, seule dans l'immensité bleue de l'océan près du Bassin d'Arcachon, à une époque où seuls les hommes nageaient alors que les femmes bien élevées restaient sur le rivage "empaquetées de jupons, de robes et de châles, protégées du vent et du soleil."
    C'était aussi une femme qui, jeune fille aux allures de garçon, avait eu l'audace de plonger dans le Grand Canal à Versailles pour y nager tranquillement sous les yeux ébahis des gardiens.
    Jackie était obsédée par le sport mais ne pratiquait la compétition que contre elle-même, nageant avec frénésie, coachée par son père, tous deux chercheurs de l'excellence. Mais elle dépensait toute son énergie dans la nage et ne savait pas comment s'occuper en dehors de ces moments, elle n'était pas faite pour une vie de femme au foyer, rebutée par les devoirs de ménagère et vivait sa maison comme une prison.

    "Ma mère a deux visages : son visage de maison, obscur, et son visage de natation, lumineux."

    Chantal Thomas évoque à demi mots la dépression de sa mère sujette à des sautes d'humeur et des angoisses, elle la décrit comme une femme lunatique qui vivait dans " la bulle de son présent " et évoque son père enfermé dans son silence. Une mère indifférente à toute notion de transmission qui ne pouvait imaginer vivre ailleurs que près de ses propres parents dans le bassin d'Arcachon, lieu symbole de vacances "pour se réfugier dans une sorte de vide ou de vacuité" et qui, devenue jeune veuve, éprouvera le besoin d'autres rivages et s'installera à Cap Ferrat sur la côte d'Azur. Chantal Thomas résume bien sa mère en nous donnant sa devise : "sport, vacances, joie, soleil."

    Je trouve que les mots qui définissent le mieux ce roman constitué de courts chapitres, de souvenirs non datés, sont délicatesse et élégance.
    Délicatesse et élégance pour raconter les vacances, les maisons de famille, l'amour de la mer et des rivages commun à Chantal Thomas et à sa mère toutes deux reliées par un lien magique aux éléments. "Les personnes, au fond, ont un rôle secondaire. Ce sont les éléments qui nous dictent nos conduites. Le soleil ou la pluie, le vent, le sable, les marées." Délicatesse et élégance de la plume de Chantal Thomas dotée d'une certaine grâce pour nous relater ses souvenirs d'enfance et brosser un portrait de femme libre et fantaisiste.
    Il ne faut s'attendre à trouver aucun règlement de comptes de l'auteure envers sa mère pourtant très défaillante voire franchement antipathique, elle fait preuve d'une discrétion totale sur ses difficultés à se construire dans ce contexte. Ce récit a été une belle occasion pour moi de découvrir cette auteure que je n'avais encore jamais lue.

    Ce titre fait partie de la sélection du Prix Essai France-Télévisions 2018.

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