The girls

Couverture du livre « The girls » de Emma Cline aux éditions Table Ronde

4.4

15 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Table Ronde
  • EAN : 9782710376569
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
  • Nombre de page : 330
  • Collection : Quai voltaire
  • Genre : Littérature Anglo-Saxonne
Résumé:

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  • 0.25

    Dans la chaleur étouffante de la Californie de la fin des années 1960, une adolescente mal dans sa peau souffre de la solitude. C’est elle qui nous raconte son histoire, elle avec quelques années de plus. Elle, souffrant toujours de la solitude. Dans le silence bientôt brisé d’une maison vide, une maison qui ne lui appartient pas, Evie, adulte, se souvient. Elle se souvient de ses 14 ans. Elle se souvient de ces quelques mois qui ont tout changé.

    Ses parents sont divorcés et délaissent l’adolescente en quête d’attention. Cette-dernière passe tout son temps avec sa meilleure amie, mais elles se disputent. Et Evie se retrouve seule. Sa rencontre avec Suzanne, une jeune femme de 19 ans au sourire mystérieux, bouleverse l’adolescente. Elle ne la connait pas, et pourtant elle fait tout pour qu’elle la remarque. C’est le début d’une étrange relation que la Evie adulte ne parvient toujours pas à expliquer. C’est aussi le début d’une expérience au cœur du mal, au cœur de ce qu’il y a de plus sombre en l’homme. Une expérience dont on ne sort pas indemne. Evie Boyd se laisse emporter par Suzanne et d’autres filles dans une maison délabrée, où les règles sociales ne sont pas les mêmes qu’ailleurs. Elle se sent libre mais ce qui la ravit le plus est le fait de rester près de Suzanne. Tout ce que fait, tout ce que pense Evie tourne autour de Suzanne. Et l’adolescente sera prête à tout pour lui plaire. Elle sera prête à obéir à Russel, le maître-dieu de ce groupe que Evie intègre. Avec Russel, avec Suzanne, avec ce groupe, cette secte, Evie perd ce qui lui restait d’enfance. On sent encore la fragilité de la Evie adulte qui raconte cette histoire. Elle n’a pas tout à fait quitté le mal être de son adolescence.

    Emma Cline nous donne à voir la vie dans une secte (inspirée de celle de Charles Manson) à travers les yeux d’une adolescente. Pour Evie Boyd, ce n’était pas une secte, mais une famille, composée en grande partie par des jeunes femmes. C’est donc à la fois le passage de l’enfance à l’adolescence et l’entrée dans une secte qui nous sont décrits par une Evie désormais adulte. Pourtant, des zones d’ombre subsistent, même des années plus tard, nous montrant que l’on ne connaît jamais tout à fait les personnes qui nous entourent. The Girls, ce sont aussi des portraits de femmes, de jeunes femmes, d’adolescentes de la fin des années 1960. Ces années qui évoquent le mouvement hippie, sont aussi des années où la place des femmes oscille entre libération et conservatisme. Les femmes et jeunes femmes de ce roman se cherchent, se demandent qui elles sont, ce qu’elles aiment, qui elles aiment, et pourquoi. Tout cela, Emma Cline nous le raconte en mettant en place un climat malsain, pervers, et le lecteur se sent parfois voyeur en lisant des passages sombres et cruels. Le plaisir de la lecture se conjugue avec le dégoût ressenti envers les scènes décrites. On étouffe de cette chaleur moite de la Californie qui semble se dégager de ces pages. Et on finit en se disant que c’est un bon roman. Non, plus que ça. Que c’est un très bon roman, un premier roman magistral dont les sentiments qu’il nous a provoqués ne sont pas sans rappeler certains livres de Joyce Carol Oates.
    https://vagueculturelle.wordpress.com/2016/09/21/the-girls-emma-cline/

  • 0.15

    Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n'a que Connie, son amie d'enfance. Lorsqu'une dispute les sépare au début de l'été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l'atmosphère d'abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l'aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d'une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l'adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s'y faire accepter. Tandis qu'elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s'aperçoit pas qu'elle s'approche inéluctablement d'une violence impensable. Dense et rythmé, le premier roman d'Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais toujours cabossée, il est un portrait remarquable des filles comme des femmes qu'elles deviennent.

  • 0.2

    http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2016/10/25/34470289.html

    « C’est seulement après le procès que certaines choses se précisèrent, cette nuit-là formait maintenant un arc familier. Tous les détails et les anomalies étaient rendus publics. Parfois, j’essaie de deviner quel rôle j’aurais pu jouer. Quelle responsabilité me reviendrait. Il est plus simple de penser que je n’aurais rien fait, peut-être les aurais-je arrêtés, ma présence étant l’ancre qui aurait maintenu Suzanne dans le monde des humains. C’était un souhait, la parabole convaincante. Mais il existait une autre possibilité lancinante, insistante et invisible. Le croque-mitaine sous le lit, le serpent au pied de l’escalier : peut-être que j’aurais fait quelque chose, moi aussi.

    Peut-être que ça aurait été facile. »

    L’affaire Charles Manson a inspiré des auteurs en cette rentrée littéraire. Du côté français, Simon Liberati en a fait un roman, California Girls, véritablement axé sur le drame, sans épargner la violence et le gore. Du côté américain, Emma Cline a préféré s’inspirer librement du drame et privilégié les aspects psychologiques. Comment de jeunes gens peuvent en arriver à cette violence, à cette folie meurtrière ?

    Cette approche a un pouvoir romanesque à mon sens bien plus grand. La difficulté résidait dans le fait que face à un drame si célèbre, l’auteure ait du mal à tirer son épingle du jeu. Ce n’est pas le cas avec Emma Cline qui réussit un récit formidable et saisissant, prouesse d’autant plus remarquable qu’il s’agit de son premier roman.

    Emma Cline nous replonge dans cette ambiance hippie californienne de la fin des années 60 en narrant l’histoire de la jeune Evie Boyd. Cette adolescente se morfond dans sa vie avec un père absent, une mère fantasque et une amie Connie plutôt ennuyeuse. Au hasard d’une sortie, elle tombe sur un groupe de jeunes filles hippies. Elle est immédiatement subjuguée par l’une d’entre-elles, Suzanne. Plus âgée, mystérieuse, prônant des valeurs d’amour, de partage, de don de soi, elle vampirise la jeune fille sans faire beaucoup d’efforts. C’est ainsi que progressivement, Evie découvre cette communauté de marginaux dirigée par Russell. Ce dernier souhaite faire carrière dans la musique et presse Mitch qui travaille dans le milieu de le produire.

    Avec un grand sens de l’observation et une maturité d’écriture évidente, Emma Cline explique point après point le mécanisme qui va aboutir à la catastrophe : une idéologie bancale, les affres de la vie communautaire, la manipulation. Elle montre bien aussi le jeu de séduction qui se noue entre Evie et Suzanne, cette séduction qui fait tomber la jeune fille dans la secte mais qui la sauvera aussi du drame. L’auteure n’hésite pas non plus à décrire les événements de façon directe, crue mais sans gore ni surenchère, toujours dans le souci d’apporter un véritable éclairage à l’histoire : l’entrée dans la drogue et la sexualité de la jeune Evie, la description du massacre. Enfin, Emma Cline s’offre le luxe d’apporter le ressenti d’Evie devenue adulte sur cette aventure folle et meurtrière.

    J’ai vraiment été bluffée par ce roman et son auteure et je recommande chaudement la lecture.

  • 0.25

    Page-turner passionnant. Emma Cline écrit avec les mots d’une teenager exactement ce qui peut se tramer dans la tête d’une ado désœuvrée de famille bourgeoise avec ses problèmes, mais malgré tout se sentant en manque d’amour et de reconnaissance. Elle décrit parfaitement bien la progression des idées et sentiments qui se mettent en place dans le processus par lequel un jeune peut dériver mais aussi, le talent et le magnétisme des gourous pour savoir comment psychologiquement repérer , hameçonner et manipuler un esprit pur, innocent, tendre et fragile jusqu’à le rendre obéissant et malléable à souhait. Avec un style particulier et remarquable, l’auteure sait reprendre un ton adulte quand cette enfant est devenue femme pour expliquer ses peurs et tout ce que cette secte a laissé gravé au fond d’elle au fer rouge. Hantée à vie, elle restera à jamais sur ses gardes face à un sourire chaleureux, sincère et désintéressé. Je suis épatée qu’Emma Cline, âgée de 26 ans, puisse aussi bien raconter l’époque des années fin 60/début 70, ses libertés artificielles, ses hippies, ses dérives, ses espoirs de vivre autrement… Bien sûr, on repense à l’affaire Charles Manson (https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Manson) en lisant ce roman mais rien n’a changé de nos jours quant à la mécanique de recrutement dans des environnements sectaires. Texte addictif lu sans le lâcher.

  • 0.2

    The girls, un titre au pluriel pour une fille au singulier.
    Enfin presque. Dans son livre Emma Cline nous raconte une adolescente, Evie, jeune fille de 14 ans dont la vie bascule avec le divorce de ses parents.
    Perdue, fâchée avec sa meilleure amie, un regard suffit pour qu'elle tombe sous le charme de Suzanne. Evie fugue, part rejoindre la jeune femme qui squatte, en compagnie d'autres âmes égarées, une communauté , sous la protection de Russell, gourou mystérieux d'une secte sans nom.
    Sexe, drogue et errance sont le quotidien de cette famille décomposée.
    Emma Cline nous raconte, a sa façon romancée, et par le regard et la voix de sa jeune héroïne, une histoire qui n'est pas sans rappeler le drame qui se noua à la fin des années soixante et qui vit le clan Manson massacrer l'actrice Sharon Tate (épouse de Roman Polanski) et ceux qui se trouvaient en sa compagnie.
    L'auteure nous fait un récit sans pathos, sans parti pris, sans condamnation ni justification, sur le désœuvrement, la fragilité, la naïveté, l'admiration sans mesurer les conséquences, l'obéissance, la manipulation. On vit dans les pas de l'adolescente.
    C'est ce détachement qui donne sa force a son livre.
    Et ne vous y trompé pas, The girls n'est pas un livre que pour les filles....

  • 0.2

    Tout, dans ce roman, est du roman. Certes, l’action prend corps autour de la secte de Charles Manson, mais le propos de l’auteure est ailleurs. Au contraire de California Girl de Simon Liberati, lu précédemment.

    Le gourou est bien loin, sa pensée et son mode d’action peu présent.

    Ce qui est surtout intéressant dans ce roman, c’est l’adolescente Evie qui se retrouve fascinée par un regard différent posé sur elle par Suzanne.

    Et le constat de l’auteure sur l’éternel adolescent : même après quelques décennies, elles attendent toujours un regard posé sur elles.

    La langue est étrange. Même si je n’ai pas relevé chaque comparaison qui m’a interpellé, je suis parfois restée pantoise devant certains rapprochements.

    Je ne peux pas dire que j’ai détesté, mais je n’ai pas autant d’enthousiasme que certains lecteurs-trices. J’ai trouvé le constat de l’auteure un peu triste.

    L’image que je retiendrai :

    Celle du groupe mourant littéralement de faim avant le départ pour le désert.

    http://alexmotamots.fr/?p=2306

  • 0.25

    https://animallecteur.wordpress.com/2016/10/09/the-girls-emma-cline/

    Cinquante ans après les faits, le cas Charles Manson et sa communauté que l’on pensait inoffensive, intriguent et fascinent toujours autant l’Amérique et le reste du monde. Un sujet que j’avais déjà un peu exploré avec L’Amérique de Joan Didion et la série Aquarius avec David Duchovny et que je vais sans doute poursuivre avec California girls de Simon Liberati.

    Cette fois, le roman est axé sur les jeunes filles de cette communauté et plus particulièrement Evie qui décide de s’intégrer dans ce groupe. C’est l’histoire d’un groupe de filles qui sont plus fortes lorsqu’elles sont ensemble, les filles de la famille Manson mais aussi toutes les jeunes filles américaines ayant grandis à cette époque où la jeunesse d’ennuie, des jeunes filles en pleine crise d’adolescence, des jeunes femmes en manque d’amour, sans repères, naïves, fragiles et influençables qui expérimentent leurs premières fois (sexe, drogue, vol, violence …).

    A travers ce roman on observe les mécanismes de l’adolescence avec le besoin de reconnaissance et de plaire, la rencontre, l’emprise et le rejet brutal, la machination du fonctionnement sectaire pour finir par des abominations d’une violence extrême et morbide.

    Le roman alterne entre la jeunesse de Evie, cette période sombre qui n’a durée qu’un été mais qui l’a profondément marquée à vie et 30 ans plus tard où elle prend du recul sur cette fameuse nuit d’été 1969 où tout a basculé. J’ai moins accroché à ces passages là mais tout le roman est maîtrisé, à la fois grave, parfois drôle et souvent sensible.

    Un très très bon (premier) roman sur l’adolescence avant d’être un roman sur un sordide fait divers.

  • 0.2

    Après California Girls de Simon Liberati, l’actualité de cette rentrée littéraire nous permet de découvrir un second roman inspiré de l’un des fait divers les plus spectaculaires de l'histoire américaine. Avec The Girls, l'Américaine Emma Cline – qui avait 25 ans lorsqu’elle a écrit ce premier roman – bénéficie toutefois d’une aura bien différente de celle de l’écrivain français. Les droits internationaux du roman se sont en effet arrachés dans quelque 34 pays et un producteur de cinéma s’est déjà réservé l’adaptation du livre.
    En France, ce sont donc les éditions de la Table Ronde qui ont fait le pari de miser sur cette nouvelle étoile montante aujourd’hui installée à New York. L’avenir dira si le jeu en valait la chandelle, mais il faut bien reconnaître que le récit de l’errance d’Evie mérite le détour.
    À 14 ans, le personnage principal vit un moment clé de son existence. Celui où son corps change, celui où on commence à s’imaginer un avenir. Mais plus qu’un roman de formation, nous avons droit à une plongée dans cette période historique qui a durablement changé l’Amérique, voire le monde. Avec ce point culminant que constitue le massacre sanglant perpétré par un petit groupe de partisans de Charles Manson – principalement des jeunes filles – et dont sera notamment victime Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, alors enceinte. Mais plutôt que de se livrer à une reconstitution historique des faits, Emma Cline a choisi de nous raconter comment on en est arrivé à cette extrémité.
    Mais revenons à Evie. La jeune fille n’a qu’une piètre opinion d’elle-même : « Mes parents, bien qu’absorbés l’un et l’autre par leur monde, se disaient déçus, peinés par mes médiocres résultats. J’étais une fille moyenne, et c’était là leur plus grande déception : il n’y avait aucun éclat de grandeur en moi. Je n’étais pas assez jolie pour justifier de tels résultats, la balance ne penchait pas assez franchement du côté de la beauté ou de l’intelligence. Il m’arrivait d’être remplie de bonnes intentions, de vouloir m’améliorer, de m’appliquer, mais évidemment, rien ne changeait. D’autres forces mystérieuses semblaient s’exercer. »
    Le divorce qui suit ne va pas arranger les choses. Du coup, elle passe beaucoup de temps avec sa meilleure amie Connie, s’intéresse aussi un peu au frère de cette dernière et tente, notamment en feuilletant la collection des revues de son père, de faire son éducation sexuelle.
    Tout bascule quand Connie décide de prendre ses distances. Comme sa mère ne s’intéresse en premier lieu qu’à sa propre personne, elle cherche refuge auprès d’un groupe constitué autour d’un chanteur charismatique du nom Russell.
    Mais davantage que le musicien toujours à la recherche d’une reconnaissance, c’est Suzanne qui attire Evie. La jeune femme de 19 ans l’entraîne vers sa première expérience sexuelle en compagnie du musicien.
    Dans le ranch où la communauté séjourne, les journées défilent. Entre les expéditions pour trouver de la nourriture, la consommation de drogue et d’alcool et une oisiveté qui semble être le but suprême, il y a de la place pour quelques leçons dispensées par le «gourou», mais aussi pour fomenter quelques mauvais coups. Après avoir trouvé de l’argent dans la famille, dans celle des copains et visité la maison de voisins, Evie est confiée aux bons soins de son père et de sa belle-mère. Mais, après quelques jours, elle s’enfuit pour retrouver Suzanne.
    Lorsqu’elle rejoint le groupe, elle n’imagine pas ce qui se trame. Pas plus qu’elle ne comprendra pourquoi elle n’a pas participé à cette sortie, ni même comment la police a mis tant de temps à découvrir la vérité.
    Avec le recul nécessaire pour comprendre le jeu de domination, la dynamique de groupe des Girls et la machinerie infernale qui s’est alors mise en marche, l’auteur prend ses distances avec l’adolescente qu’elle était alors. Une époque qu’elle a traversé sans vraiment comprendre pourquoi et comment, un peu paumée.
    Les style rend du reste admirablement ce décalage. Le monde que nous décrit Evie balance entre l’innocence de l’enfance, les aspirations de l’adolescente et la recherche d’un sens à la vie, toujours sur le fil du rasoir.
    C’est sans doute cette fragilité qui fait de ce roman une œuvre étincelante et magnétique.
    http://urlz.fr/4b0R

  • 0.25

    Le cas Charles Manson fait encore beaucoup parler aujourd’hui. Pour preuve, deux livres lui sont consacrés en cette rentrée littéraire: Le « California Girls » de Simon Liberati se focalise sur les crimes perpétrés par la famille Manson, tandis que « The girls » s’intéresse plutôt au contexte historique.

    Si le thème du livre vous rebute parce que vous craignez d’assister à des effusions de sang et des scènes atroces, ne craignez rien, ce n’est du tout le but de l’auteure. En effet, Emma Cline utilise l’histoire de ces crimes comme prétexte pour nous parler d’une époque. On suit les péripéties d’Evie Boyd, jeune fille un peu désenchantée, comme beaucoup d’adolescents à un son âge. Son foyer familial n’est pas des plus stables elle est donc blasée et en recherche de fantaisie. La rencontre avec Suzanne, fille rebelle qui dégage un sentiment de liberté, va être une bouée de sauvetage à laquelle elle va s’accrocher.

    Grâce à cette histoire, j’ai été transporté dans l’Amérique des années 70. L’auteure a su parfaitement recréer l’atmosphère d’insoumission qui régnait à ce moment-là. Dans ces circonstances particulières, ce roman nous parle surtout de l’adolescence et de sa fragilité. Sans véritables repères, les jeunes gens, d’une grande naïveté, sont influençables et certaines personnes peuvent en profiter. L’admiration d’Evie pour Suzanne, va la pousser à tout faire pour lui plaire. Elle va alors se retrouver bien malgré elle dans l’engrenage de la secte dirigée par le charismatique Russell. C’est donc un roman sur la liberté et l’innocence, qui mal encadrées, peuvent conduire à une fin tragique.

    Pour son jeune âge, Emma Cline manie une plume de très haut niveau. Le style est en même temps soutenu et envoûtant. J’ai ressenti tout le travail que ce livre a dû lui demander afin de retranscrire au mieux l’ambiance de l’époque. En alternant entre passé et présent, elle nous prouve que le monde a changé mais que les comportements puérils se perpétuent. Elle fait du même coup une entrée fracassante dans le monde littéraire, avec ce roman universel sur la jeunesse, que j’ai trouvé à tous points de vue fascinant !

  • 0.2

    Lien : http://livresselitteraire.blogspot.fr/2016/09/the-girls-emma-cline.html

    Evie a quatorze ans, issue d’une famille de la classe moyenne et dont les parents viennent de divorcer. Un peu paumée, Evie se sent délaissée, elle a l’impression de n’intéresser personne et encore moins les garçons. Alors lorsqu’elle rencontrera ce groupe de fille - aux cheveux long et à la peau dorée - dans un parc, elle n’aura qu’une envie : les approcher et surtout capter l’attention de Suzanne qui dégage une aura mystérieuse et puissante à ses yeux.
    Ces poupées de chiffons vivent dans un ranch, en communauté, autour d’un homme appelé Russell. Pour nourrir tout ce bon monde, les filles volent dans les magasins mais aussi les cartes de crédits, elles pillent les poubelles pour quelques denrées. Elles sont libres …

    Pour se faire remarquer et accepter, Evie est prête à tout : voler, ramener de l’argent. Tout est bon pour vivre au sein de cette communauté où l’amour de chacun et surtout l’amour de l’autre est mis au centre des préoccupations; un amour si inconditionnel que toutes les filles du ranch couchent avec le grand chef de cette meute. Mais Evie ce qu’elle veut avant tout c’est le regard de Suzanne. Et cette dernière l’a bien compris et a bien l’intention d’en profiter, sciemment ou non.

    "The girls" c’est le récit de cet été 1969, d’une jeune adolescente qui par amour, par envie et besoin d’exister va connaître l’enfer de la secte Manson.

    Si l’histoire de la secte Manson n’est qu’un prétexte pour conter le récit d’Evie et qu’elle est romancée, il n’en reste pas moins que cela fait froid dans le dos. Emma Cline réussit parfaitement à retranscrire la manipulation par les sentiments, et c’est impressionnant lorsque l’on sait que l’auteure n’a que vingt-sept ans. Ici pas d’analyse psychologique sur la secte à proprement parler, juste une toile dressée comme peinte au fusain sur les émotions profondes qui peut habiter chacune d’entre nous à une période de notre vie. Je dis chacune car c’est un roman résolument féministe tant par son approche que par l’éventail des messages délivrés.
    Ainsi l’auteure met en avant la force qui habite ces filles lorsqu’elles sont ensemble, leur beauté aussi et leur arrogance comme-ci, ensemble rien ne pouvait les atteindre. Mais le tableau s’assombrit davantage lorsqu’Emma Cline dévoile l’influence et la violence des hommes à leurs égards.

    On peut parfois se sentir un peu perdu dans cette lecture car le roman oscille entre les souvenirs d’Evie en 1969 et l’après secte mais ces deux temps ne donnent que plus de force au récit pour ainsi comprendre toutes les séquelles qui en découlera. Et rien n’est laissé au hasard, tout est méticuleusement décrit avec audace et puissance. Sans détour, sans tabou, l’auteure décrit toute la complexité des relations humaines et de la construction de soi : tout ne tient qu’à un fil, à un choix qui semble anodin mais qui peut avoir des conséquences irréversibles.

    Ce fut pour moi un roman addictif, j’avais envie de comprendre les mécanismes qui s’opéraient sur Evie, j’avais envie de connaître ce qui l’attirait tant chez Suzanne. Etait-ce de l’amour ? De l’admiration ? Ou encore, une certaine jalousie de voir cette fille sans complexe être libre de tout ?
    Sans compter l’écriture bluffante de l’auteure qui joue un rôle extrêmement important pour insuffler la puissance à ce roman et en faire un véritable coup de poing. Emma Cline utilise une poésie glauque qui me rappelle celle de Sacha Sperling et qui forcément n’a pu que me plaire. Sa plume est ciselée, crue et imagée. Le lecteur n’a aucun mal à se projeter dans les tourments qui habitent les personnages, qui les détruisent autant qu’ils les construisent.

    Emma Cline nous livre un premier roman intense et me fait dire que nous n’avons pas fini d’entendre parler d’elle. Une lecture que je vous conseille grandement.

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