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Petit traité de taxidermie

Couverture du livre « Petit traité de taxidermie » de Maja Thrane aux éditions Agullo
  • Date de parution :
  • Editeur : Agullo
  • EAN : 9782382460115
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Björn et Vera, un couple de néoruraux, nous font pénétrer les secrets d'une maison perdue au fond de la campagne, qui abrita les recherches d'un intendant taxidermiste du Muséum d'histoire naturelle de Göteborg. Au fil de courts chapitres, Maja Thrane entrelace l'histoire de ces jeunes occupants... Voir plus

Björn et Vera, un couple de néoruraux, nous font pénétrer les secrets d'une maison perdue au fond de la campagne, qui abrita les recherches d'un intendant taxidermiste du Muséum d'histoire naturelle de Göteborg. Au fil de courts chapitres, Maja Thrane entrelace l'histoire de ces jeunes occupants avec des évocations du passé, centrées sur la figure du taxidermiste. La vie d'aujourd'hui, rythmée par les lectures, les promenades et les visites d'amis citadins qui viennent panser leurs blessures affectives ou physiques, s'entremêle à celle de l'intendant, objet de notations savoureuses en même temps qu'émouvantes.
Dans ce court mais dense roman à la frontière entre prose et poésie, librement inspiré de la vie du zoologiste August Wilhelm Malm (1821-1882), Maja Thrane mélange avec un regard à la fois amusé et inquiet les concepts de la science avec la magie, le prosaïsme de la vie à la campagne et l'étrangeté de personnages du passé qui s'invitent dans le présent. Méditation sur la fugacité de la vie, la permanence de la mort et la prétention de l'homme à régner sur la nature, ce texte pose la question de notre postérité : quelle image offrirons-nous à nos lointains descendants, quand la seule chose que nous laisserons derrière nous, ce sont des écosystèmes en chaos ?

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Avis (1)

  • Agullo Éditions n’en finit décidément pas de surprendre : si la maison d’édition s’est spécialisée dans la publication d’auteurs européens, les thèmes, parfois très éclectiques, en revanche ne se ressemblent guère. Et ce n’est pas ce roman Petit traité de taxidermie, qui vient de sortir dans la...
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    Agullo Éditions n’en finit décidément pas de surprendre : si la maison d’édition s’est spécialisée dans la publication d’auteurs européens, les thèmes, parfois très éclectiques, en revanche ne se ressemblent guère. Et ce n’est pas ce roman Petit traité de taxidermie, qui vient de sortir dans la collection poche de la maison d’édition et qui porte le nom concis de Agullo court, qui va me faire démentir. C’est le premier roman de l’auteure suédoise Maja Thrane, également traductrice, journaliste et restauratrice de pierres, qui l’a concocté en s’inspirant librement de la vie du zoologiste August Wilhelm Malm. Si l’ouvrage est doté de couvertures, comme par leur habitude, judicieusement illustrées, l’intérieur de l’ouvrage, début et fin, comprend des illustrations en noir et blanc relativement surprenantes : celles d’une baleine que l’on tente de sortir péniblement d’un bâtiment. Cette première photo un peu déstabilisante est le reflet de ce texte qui l’est autant.

    Ce que j’ai principalement aimé dans ce texte, c’est son écriture très minutieusement imagée et à la fois, sonore qui éloigne ce titre de toute forme littéraire bien définie, qu’elle soit romanesque ou poétique, et dont une lecture à haute voix peut rendre un meilleur hommage à ce texte. Le fil narratif n’est pas évident à démêler et à suivre, à cause peut-être de ces nombreuses digressions, et ce brassage de différents mondes – celui des morts, celui des vivants, ceux des occupants actuels de la maison, Vera et Björn, qui côtoient ses anciens hôtes, dont entre autres le fameux intendant taxidermiste. Forcément, il est beaucoup question de mort, évidemment celles des bêtes, à travers ces corps embaumés, formolés, disséqués, empaillés, conservés d’une manière ou d’une autre, figés dans une sorte de présent éternel, une temporalité sans fin. La mort aussi de tous ces anciens habitants, qui à défaut d’avoir été taxidermisés, reviennent sous la forme de fantômes hantés les lieux, ce que l’auteure nomme Survivants, comme si leur présence s’était enracinée dans les rainures du plancher. Le présent et le passé, l’inanimé et l’animé se côtoient, enchevêtrés dans le même espace temps, la liste des animaux que le couple aperçoit, le souvenir de ceux qui furent, la trace des grands lacs des temps premiers. C’est fouillé, un peu alambiqué, mais la mélodie de la langue de Maja Thrane, à travers la belle traduction de Marie-Hélène Archambeaud, reste gravée dans le marbre de la mémoire.


    Il y a dans ce texte comme une élégie de la nature, de ses habitants, de la célébration de sa composition, de l’empreinte de l’homme, positive comme négative : l’auteure a plusieurs recours au papillon – l’Argus bleu, le Sphinx tête-de-mort – tout au long de ce texte, figure animale qui porte en elle symboliquement toute la fugacité de cette vie, de sa beauté éphémère peut-être, du passage de l’homme, où tout est voué à disparaître, son existence même, jusqu’à la moindre de ses traces. C’est un roman contemplatif, il décompose le mécanisme de cette vie qui passe, son processus de décomposition, il tente d’en figer certains morceaux dans la vaine inconsistance des mots.

    L’auteure associe des moments, des êtres, des souvenirs à chaque être du monde animal, comme si elle était elle-même une taxidermiste, car même s’il y a une certaine cohérence chronologique dans ce roman, qui en fin de compte donne des airs de fable à ce texte allégorique, il tient davantage de la compilation de moments vécues, de souvenirs, mis en parallèle avec des animaux, montant une sorte de bestiaire. Cet étrange texte tâte le pouls du monde et de la nature en abordant les sujets de la vie et la mort par le biais de la taxidermie, cet art plutôt singulier qui confond les deux, qui manipule la mort pour mieux retrouver la vie. On y retrouve parfois un tel mélange d’éléments, qui impliquent Games of Thrones et l’écrivain-voyageur de langue arabe Ibn Fadlan, ou les liens sont si tenus, qu’on ne peut ne pas les saisir. Ce Petit traité de taxidermie n’est pas un simple exposé d’animaux volants ou à écailles, il dissèque et expose aussi des créatures imaginaires, et les vies des individus par le biais constant des comparaisons animales.

    J’ai ressenti le fait que l’auteure cherchait à se saisir de l’essence de la vie, celle de la mort, l’une à travers l’autre obligatoirement, et son écriture très hachée parfois, est l’écho d’une perception parfois dure, parfois mélancolique, ou même belle d’une existence qui ne comporte aucune loi, si ce n’est sa fin inéluctable et déliquescente. C’est un texte qui s’écoute, qui se vit, qui s’observe, et qui ne laisse pas facilement laisser ouvrir la voie de ses secrets, comme celle de ses créatures, dan la lignée du triptyque Le jardin des délices de Jérôme Bosch.

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