Marx et la poupée

Couverture du livre « Marx et la poupée » de Maryam Madjidi aux éditions Le Nouvel Attila

4.888888888

9 notes

  • Nombre de page : 202
  • Collection : (non disponible)
  • Genre : Littérature française Romans Nouvelles Correspondance
Résumé:

Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne.
Six ans plus tard, sa mère et elle rejoignent le père en exil à Paris.

A travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l'abandon du pays, l'éloignement de sa famille,... Lire la suite

Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne.
Six ans plus tard, sa mère et elle rejoignent le père en exil à Paris.

A travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l'abandon du pays, l'éloignement de sa famille, la perte de ses jouets - donnés aux enfants pauvres de Téhéran sous l'injonction de ses parents communistes -, l'effacement progressif du persan sans cesse en opposition avec le français, qu'elle va tour à tour rejeter, puis adopter frénétiquement, au point de laisser enterrée de longues années sa langue natale.

Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, comme rempart, comme moyen de socialisation, et même comme arme de séduction massive. 

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Les derniers avis

  • 0.25

    Voilà un nouveau roman qui marque ! Maryam Madjidi nous raconte son enfance d’exilée, ses douleurs, ses rancœurs et ses années de doutes sur cette binationalité qu’elle n’a pas choisie. Ce livre est très actuel même si l’histoire a commencé il y a 30 ans. L’intégration à l’école, les migrants, ..., tous ces sujets évoqués par les candidats aux présidentielles et qui divisent la France sont évoqués de façon simple et très poétique. Je garderai un très bon souvenir de ce livre et regarder le passage de l’auteure à la grande librairie maintenant que je l’ai lu ! Merci les filles des 68 pour cette découverte.

  • 0.25

    Un patchwork... Oui. Un somptueux patchwork, c'est la première image qui me reste en mémoire après la lecture du premier roman de Maryam Madjidi. Roman ? Pas roman ? Quelle importance ? Pour moi, "Marx et la poupée" plonge ses racines dans l'origine du mot "texte" : une "chose tissée, tramée" et l'image du patchwork ou de la tapisserie prend alors une puissance inouïe. Souvenirs, courtes fables, contes, portraits, poèmes... s'esquissent, se déploient et appellent d'autres images, tissées entre elles par les fils dorés des langues. La langue originelle, le persan, et celle de l'exil, ce français né d'un silence où s'engloutissent l'enfance et les liens familiaux, procèdent par vagues douces et violentes, se superposant parfois, luttant souvent, et se juxtaposant enfin en épaisseurs fertiles. C'est si beau que l'envie m'a prise de lire à haute voix, de faire résonner haut et clair ces strates de chagrin, de peur, de nostalgie et de déracinement.

    Déracinée. Il y a dans ce mot toute la violence de l'arrachement à tout ce qui a nourri et fait croître, à la tendresse d'une grand-mère et à la complicité avec un oncle. Il y a la maison qu'on abandonne à jamais, les jouets que l'on est contraint de donner, la sensation de tomber inexorablement au creux d'un cauchemar où l'inconnu ne peut être que funeste. L'exil est cet arrachement brutal à un lieu, à des proches aimés, à une langue, à une mémoire commune. Maryam Madjidi exprime toute la douleur qui en résulte pour une petite fille de 6 ans. Avec un humour tendre, qui voile de pudeur cette souffrance brûlante, qui la met à distance pour évacuer toute possibilité de pathos, elle raconte ces moments à la fois dévastateurs et fondateurs. Car les racines mises à nu le temps du déchirement sont artificiellement implantées dans un autre terreau, pas forcément accueillant, un terreau étranger où l'étrange est d'être persan.

    On l'oublie bien trop souvent mais une langue ce n'est pas seulement un vocabulaire qu'il suffit d'apprendre et de référer aux choses réelles, ce n'est pas seulement une syntaxe et une conjugaison. Une langue c'est aussi (surtout ?) le vecteur d'une culture et d'un imaginaire collectifs, formés d'images mentales, de catégories intellectuelles, psychologiques et affectives, d'une connivence entre mode de vie et constructions langagières. Comment le vécu antérieur d'un enfant, d'un adulte peut-il assimiler et accommoder cet ensemble qui ne paraît cohérent qu'à ceux dont les générations successives en ont fait la langue maternelle ? Faut-il que ce soit forcément au prix de l'oubli, de la relégation de tout ce qui fait une vie commencée ailleurs ? S'intégrer à une culture, dans une société, est-il forcément le corollaire de désintégrer la culture d'origine ? Le roman de Maryam Madjidi soulève avec une force bouleversante chacune de ces questions-pièges, de ces questions-pierres en les plaçant au niveau de l'enfant blessée qu'elle fut probablement et de l'adulte recomposée qu'elle est sans doute.

    Oui un patchwork coloré, chatoyant, qui tisse étroitement langues, cultures, espoirs, émotions, rêves et chants. Une étoffe fabuleuse qui épouse les pleins et les déliés d'une vie trois fois naissante. Un roman magnifique qu'il faut lire et relire et relire encore jusqu'à s'en imprégner pour le porter toujours.

  • 0.25

    Lien : http://livresselitteraire.blogspot.fr/2017/03/marx-et-la-poupee-de-maryam-madjidi.html

    Dans ce récit poignant Maryam Madjidi nous dresse le portrait de son pays d’origine : l’Iran. L’Iran en pleine révolution.

    Il était une fois …
    Une petite fille encore dans le ventre de sa mère lorsque les cris, les pleurs, les tirs, les viols aussi démarrent. Sa mère, engagée, communiste (comme son mari), vit de plein fouet les premières heures de cette révolution comme ce bébé encore au chaud.
    Il était une fois … Maryam, une petite fille de cinq ans à qui ses parents demandent de donner ses jouets à ceux qui restent.
    Il était une fois … Maryam, une petite fille de cinq ans qui part pour la France. Débute alors l’exil, ce mot qui inlassablement reviendra la hanter, la troubler telle une ritournelle.

    Peu à peu la petite fille commence à être torturée par ses souvenirs qui ne lui rappelle que la séparation avec son oncle, sa grand-mère, ses jouets, son pays. Cette séparation lui tord le ventre. Elle finit par ne plus vouloir apprendre sa langue maternelle. Ses parents ne le comprennent pas, ne l’acceptent pas mais pour elle le persan est synonyme d'« une nappe couverte de jouets abandonnés, de barreaux de prison, de livres interdits, de cheveux de femmes coupables, de foulards traîtres, l’incompréhension partout. »
    Et puis la petite fille grandit et décide de retourner en Iran, sur les terres de son enfance, retrouver ceux qu’elle aime et qu’elle a laissé, découvrir celui qu’elle aimera le temps d’un aller, avant le retour. Retourner sur ses terres pour respirer le parfum des siens.

    Ce récit est celui de trois naissances : la mise au monde, l’exil puis la naissance de l’apaisement.
    Si j’ai d’abord été désarçonnée par une utilisation mélangée de la première personne puis de la troisième, j’ai fini par occulter cela pour me laisser porter par l’errance des mots, des maux que Maryam Madjidi nous confie avec tendresse, délicatesse et douleur aussi. Elle met à nue la fragilité d’une petite fille, d’une jeune femme dans sa quête identitaire, dans sa quête de paix intérieure également.
    Mi-fable, mi-journal ce livre est un double hommage extrêmement touchant. Un hommage d’abord à une mère dont elle dit probablement embellir le portrait (je soupçonne un peu de pudeur dans ces mots), à un père, à une grand-mère pour qui sa petite fille est la prunelle de ses yeux. Grand-mère restait au pays mais qui ponctuera de visite l’esprit de Maryam pour l’aider à avancer, à trouver le bon chemin dans ces endroits où elle n’a la sensation de n’être personne, de ne jamais être chez elle. Puis un hommage aux langues, à la danse du persan et du français à travers notamment le poète Omar Khayyâm.

    Bien sûr le conflit géopolitique, religieux, révolutionnaire est omniprésent et nous amène à réfléchir : années 80, 90, années 2000 … rien n’a véritablement changé et c’est bien là toute la tragédie de ce monde.
    Mais ne vous méprenez pas, ce roman, car il est ainsi nommé, n’a rien de plombant bien au contraire, Maryam Madjidi a su savamment doser les souvenirs douloureux aux moments d’humour et de gaieté pour nous offrir sous une écriture vive et poétique un tableau d’émotions.
    Nul doute Marx et la poupée touche son lecteur en plein cœur.

  • 0.2

    1979, la révolution iranienne bat son plein..;
    Maryam , fœtus, puis bébé nous livre ses premières impressions face à ce monde qui s'écharpe.. On la suit tout au long de sa jeunesse en Iran puis dans son exil en France...
    Elle évoque son passé, sa vie actuelle de façon entrelacée entre ses 2 pays.., tels des fragments de vie qui la composent. On voit une petite fille perdue entre 2 cultures, 2 pays, rejetant l'une puis l'autre. elle cherche sa place dans ses mondes
    Elle narre ses expériences avec des mots durs, moelleux sur ses vécus, ses sentiments. Elle oscille entre appartenance et rupture, entre intégration et volonté de se raccrocher aux fantômes de son passé.
    L’imagination, mêlée au réalisme des situations pleines de regards, de saveurs, de voix, de gestes, agit comme un révélateur.
    Maryam Madjidi « voudrait semer des histoires dans les oreilles de tous les êtres ».

  • 0.25

    http://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2017/03/marx-et-la-poupee-de-maryam-madjidi.html

    La douleur de l'exil

    En 1979 à Téhéran c'est l'époque de la révolution iranienne, du départ du Shah, de l'arrivée de Khomeini et du rêve brisé pour beaucoup d'iraniens.
    Maryam est encore dans le ventre de sa mère et c'est de ce cocon qu'elle commence à nous raconter son histoire et celle de sa famille. La révolution iranienne vue par une petite fille qui va fuir cet enfer avec ses parents à l'âge de 6 ans, la famille s'installe alors à Paris.

    Maryam Madjidi exhume ses souvenirs "Je déterre les morts en écrivant. Je me retrouve avec tous ces morts qui me fixent du regard et qui m'implorent de les raconter.", elle évoque le militantisme de ses parents, les réunions politiques clandestines à leur domicile, les documents compromettants passés aux camarades cachés dans ses couches, son oncle emprisonné, les corps mal enterrés dans les fosses communes qui réapparaissent lors des fortes pluies... Une vie de peur, de mort, de dénonciation et de torture.

    Puis ce sera l'exil forcé en 1986, le jardin où on enterre les livres et les rêves avant de fuir, les jouets donnés aux enfants pauvres du quartier. L'arrivée à Paris dans une chambre de bonne, les angoisses, les cauchemars, les fantômes qui la hantent, une mère qui s'éteint peu à peu, qui s'enferme dans un "monde sans vie de lettres, de mots, de fantômes." " Tu n'osais parler cette langue étrangère, à la place des mots, tu souriais. Le sourire qui s'excuse, le sourire gêné de ceux qui ne parlent pas la langue du pays."

    Maryam Madjidi parsème son récit de flashs sur des retours qu'elle a effectués à Téhéran dans les années 2000, elle parle de l'ambivalence des sentiments de son père tiraillé entre l'envie de se joindre aux cris des manifestants et le désir de ne pas mourir pour des idées, ce qu'il ne veut plus en vieillissant. Elle insère l'histoire de ses cousines restées en Iran, nous raconte avec quelques anecdotes bien choisies le sort des femmes à Téhéran.

    Maryam Madjidi trouve les mots pour parler de la question de la double culture, de la barrière de la langue qui fait se sentir invisible, des mots français qu'elle comprend rapidement mais sans pouvoir les prononcer "elle couve sa nouvelle langue comme une poule son œuf.", de sa solitude dans sa bulle face à l'indifférence et aux moqueries de ses camarades d'école. Elle est une petite fille qui ne joue pas, puis ne parle pas, puis ne mange pas la nourriture qu'on lui propose, si différente de celle de son pays.

    Elle souligne la distance qui se creuse peu à peu avec son père qui voudrait qu'elle maintienne un lien avec ses origines par le biais de la langue. "Nous construisions ensemble un mur entre nous, chacun posant sa brique. Ta brique du persan et des racines. Ma brique du français et de l'intégration"
    Elle comprendra plus tard qu'elle a subi un grand nettoyage, que la volonté d'assimilation à tout prix est passée par la négation de sa culture, de son identité, de sa langue.

    "Étrange façon d'accueillir l'autre chez soi j'accepte que tu sois chez moi mais à condition que tu t'efforces d'être comme moi. Oublie d'où tu viens, ici ça ne compte plus."

    Constitué de courts chapitres où l'auteure mêle à merveille le "je" et le "elle" de la petite fille puis de la femme, ce roman décrit des petites tranches de vie, de lutte et de peur dans la première partie. Ensuite la nostalgie du pays, la douleur refoulée transpirent à chaque page. En peu de mots extrêmement bien choisis, Maryam Madjidi m'a énormément émue, le très beau chapitre sur les mains de son père puis sur la disparition de sa langue maternelle et sur la lutte des langues pour ne citer que ceux-là, sont de pures merveilles. Sa plume est très belle et son récit est délicieusement poétique.
    Je n'avais jamais rien lu d'aussi profond sur l'exil, sur la nostalgie du pays, sur la difficulté à se construire dans une double culture " Je ne suis pas en guerre avec ça, je suis en colère contre ces hypocrites qui s'extasient sur une blessure" elle qui "vacille tout le temps, d'un bord à l'autre."
    Ce premier roman à forte composante autobiographique est une vraie réussite.
    Bravo aux Editions du Nouvel Attila pour la très belle couverture.

    Ce roman est sélectionné pour le prix des libraires 2017 et pour le Prix Ouest-France Étonnants Voyageurs 2017.

  • 0.25

    http://lechatquilit.e-monsite.com/pages/mes-lectures-2017/marx-et-la-poupee.html

  • 0.25

    "Je déterre les morts en écrivant. C'est donc ça mon écriture ? Le travail d'un fossoyeur à l'envers ?"

    Oh le beau coup de coeur ! Ce premier roman m'a enthousiasmée du début à la fin. Je suis passée du sourire aux larmes avec un même bonheur, soufflée par la beauté de ce texte à la fois fort et tendre, poétique et politique. L'auteure aborde le thème de l'exil et de l'identité avec une finesse qui rend son propos terriblement efficace et percutant. Mais c'est l'émotion que l'on retient. Celle qui nous étreint à chaque fois que se dressent les images qui traduisent le vécu et les sentiments de l'auteure.

    "Ma mère porte la vie, mais la Mort danse autour d'elle en ricanant, le dos courbé...". Maryam est dans le ventre de sa mère aux premières heures de la révolution iranienne qui marquera son enfance au sein d'une famille d'opposants portés par la doctrine communiste. Position intenable qui aboutira à l'exil, l'installation en France d'abord du père puis de la famille entière, l'apprentissage d'une nouvelle langue, d'une nouvelle culture, d'un nouvel environnement. Une deuxième naissance en quelque sorte. Née deux fois, à deux endroits différents, Maryam porte en elle deux cultures qui s'affrontent et qu'elle utilise selon les moments et les services qu'elles peuvent lui rendre. Il lui faudra bien une troisième naissance pour parvenir à réconcilier les deux, par la grâce de l'écriture.

    Il y a des pages magnifiques sur ses parents, la relation avec sa mère. Des mots somptueux pour tenter de décrire ce lien indestructible qui l'attache à ses ancêtres et à sa culture par l'intermédiaire de celle qui lui a donné la vie. Il y a des moments de grâce, une plongée dans la poésie persane qui irrigue la culture iranienne, de l'ironie face aux fantasmes suscités par ses origines. Il y a cette façon d'appréhender le monde propre à ceux qui ne sont plus chez eux nulle part mais trouvent partout de quoi construire et enrichir une vie.

    Et puis, il y a ce moment sublime, ce dialogue entre les deux langues, le français et le farsi, l'une oubliée et délaissée l'autre investie par nécessité mais devenue LA langue principale et qui symbolisent si bien l'affrontement permanent, le tiraillement entre les deux cultures.

    C'est un livre précieux que nous offre Maryam Madjidi, encore magnifié par le très beau travail d'édition et de direction artistique du Nouvel Attila. Un livre magnifique, touchant, puissant et sensible. A découvrir toutes affaires cessantes.

  • 0.25

    « Je ne suis pas un arbre, je n’ai pas de racines. »

    Magnifique autobiographie dans laquelle Maryam Madjidi, née en Iran, raconte son enfance entre des parents militants qui organisent des réunions clandestines, une grand-mère refusant que sa première petite-fille serve à transporter des documents secrets dans ses couches et deux oncles en prison.
    Elle se souvient. Des images, comme des bulles, éclatent ou s’envolent.

    Elle se souvient qu’elle doit donner ses jouets avant de partir en France : posséder est une vilaine chose lui disent ses parents. La petite fille pleure : ses jouets, elle veut les garder !
    Avant de quitter ce pays sans avenir, les parents aussi enterreront leur bien : des livres. Marx, Engels, Lénine, Makarenko dans un trou.

    Elle se souvient.
    Son oncle Saman, dix-neuf ans, est en prison, il y restera huit ans. C’est ce qui arrive aux gens qui s’opposent au pouvoir.

    Elle se souvient.
    Abbâs vient aux réunions, il est jeune, il croit qu’un changement est possible. Ils l’ont arrêté en pleine nuit. Il n’a même pas eu le temps d’enfiler ses chaussures. Il ne reste de lui qu’une sandale. Une pauvre sandale en plastique.

    Elle se souvient encore.
    Les « Fatmeh Commando », police des bonnes mœurs, enlèvent les femmes mal voilées ou insuffisamment habillées à leur goût, comme ça, dans la rue. Elles les embarquent brutalement. Après leur passage, la rue est vide.

    Alors, il faut partir.

    Partir, c’est se retrouver en pays inconnu, entendre des mots inconnus, sentir des odeurs inconnues. Être étranger, être d’ailleurs. Et petit à petit, alors qu’on s’habitue au nouveau pays, on devient de nulle part. On n’appartient plus au pays d’origine dont on oublie doucement la langue et l’on n’est toujours pas du pays où l’on vit. D’où venez-vous ? D’Iran. Ah, comme ça doit être beau, là bas, j’aimerais moi aussi avoir une double culture, quelle richesse ! Maryam reste muette : être d’ici et d’ailleurs, c’est être de nulle part, coupée en deux, arrachée et non vraiment replantée, étrangère partout. Perdre son identité.

    Paris : 15m². La mère attend. La petite fille voit la mère qui attend.
    « J’aurais aimé ramasser les lambeaux de tes rêves, les sauver, les enfiler comme des perles dans ma guirlande de mots à moi, et l’accrocher au sommet d’un arbre pour que ça bouge et vive encore.
    Te réveiller. Te ressusciter. Noircir tes traits, mettre du rouge sur tes joues, sur tes lèvres, t’injecter de la vie pour que tu chantes, tu ries, tu cries mais rien à faire, tu te diluais silencieusement dans une eau imaginaire. »

    Et puis, l’école, les autres : la petite fille ne joue pas. Elle n’a pas les mots pour cela. Elle est seule.
    L’autre, la langue maternelle, est là, tapie au fond de la petite fille. Elle attend. Elle sait que la petite fille ne l’a pas oubliée. Elle viendra la rechercher mais pas tout de suite, plus tard.

    Bien sûr, être d’ailleurs a des avantages : avec humour, Maryam raconte comment elle s’amuse et joue auprès des hommes de son charme oriental : « Je lui fais mes regards langoureux, je deviens aussi sensuelle que possible, je suis une toile de Delacroix. Je passe la main dans mes cheveux. Je renverse ma tête, dévoilant la chair souple et fraîche de mon cou. Si je pouvais je demanderais au serveur quelques coussins, voilages et riches tentures. »
    Si ça ne marche pas, on passe au plan B : Maryam récite des vers d’Omar Khayyâm en persan : « En veux-tu, en voilà ! »
    Elle joue à « l’exilée romanesque » et ça marche souvent !

    Mais dans ce livre, Maryam ne joue plus : elle se met à nu et raconte son histoire, l’histoire d’une femme libre et libérée : « Je vous le donne, ce masque, prenez-le, je le dépose dans vos mains. »

    Un très beau texte, sensible et original, mêlant prose des souvenirs, contes et poésies, multiples formes d’expression pour dire l’arrachement, la violence du départ, la coupure de l’exil, la difficulté de renaître ailleurs, dans un pays qui n’est pas le sien mais qui finira par être un lieu à soi, un lieu où être soi, enfin !

    Superbe !

    Lireaulit: http://lireaulit.blogspot.fr/

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