Légende d'un dormeur éveillé

Couverture du livre « Légende d'un dormeur éveillé » de Gaelle Nohant aux éditions Heloise D'ormesson

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9 notes

Résumé:

Robert Desnos a vécu mille vies - écrivain, critique de cinéma, chroniqueur radio, résistant de la première heure -, sans jamais se départir de sa soif de liberté et d'amour. Pour révéler cette vie, aussi héroïque qu'engagée, Gaëlle Nohant a épousé les pas du poète, des Halles à Montparnasse,... Lire la suite

Robert Desnos a vécu mille vies - écrivain, critique de cinéma, chroniqueur radio, résistant de la première heure -, sans jamais se départir de sa soif de liberté et d'amour. Pour révéler cette vie, aussi héroïque qu'engagée, Gaëlle Nohant a épousé les pas du poète, des Halles à Montparnasse, non sans quelques détours, à Cuba ou à Belle Ile. Comme si elle avait écouté les battements de son coeur dans l'atelier de la rue Blomet, s'était assise aux terrasses du Select ou du Flore en compagnie d'Antonin Artaud, de Prévert et d'Aragon ; avait tressailli en écoutant les anathèmes d'André Breton, fumé l'opium avec la chanteuse Yvonne George, et dansé des nuits entières aux côtés de Kiki et de Man Ray.
Pour ce voyage avec Desnos, elle puise dans son oeuvre, sondant les âmes en medium, et comme lui, « parle surréaliste ». S'identifiant à Youki, le grand amour de Robert, elle l'accompagne jusqu'au bout du voyage, au camp de Terezín.
Fabuleuse investigation littéraire, Légende d'un dormeur éveillé ressuscite quinze ans d'histoire, des années 1930 à l'Occupation. Une traversée du XXe siècle, vivante et tumultueuse, sur les traces d'un héros dont on ne peut que tomber amoureux.

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Les derniers avis

  • 0.15

    Je me suis (re)plongée avec délice dans le Surréalisme en compagnie de Robert Desnos et de bien d'autres (Queneau, Neruda, Aragon, Prévert…).

    Gaëlle Nohant a assurément le don de faire revivre toute une époque, en alternant des phases d'écriture personnelle et des vers et autres proses du poète, ce qui remplit admirablement les blancs entre les lignes.
    Elle mêle admirablement Histoire et Littérature.

    Mais ce livre souffre à mes yeux d'un bémol de taille : il comporte 100-150 pages de trop…

    A vous de juger !

    Mon billet sur https://arthemiss.com/legende-dun-dormeur-eveille-de-gaelle-nohant/

  • 0.25

    http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2017/08/21/35604666.html

    A travers ce magnifique nouveau roman, Gaëlle Nohant ne se contente pas de nous brosser le portrait du poète Robert Desnos de 1928 à 1945, elle lui redonne véritablement vie. Nous avons l’impression d’être constamment en sa compagnie, de le suivre comme un ami dans son parcours, avec ses forces, ses faiblesses, ses colères et ses doutes. Robert Desnos nous semble tellement réel à nos côtés que même en connaissant sa fin, on se met à espérer un dénouement différent. C’est la grande force du romanesque que d’insuffler de la vie et de l’espoir.

    Pour permettre cette connivence en permanence avec le poète, Gaëlle Nohant a effectué un énorme travail de documentation. Ce travail permet non seulement de se sentir proche de Desnos mais aussi de plonger dans ce milieu artistique et littéraire de la première moitié du XXe siècle. Robert Desnos avait des amitiés solides et variées. Si nous le saisissons au début du roman au retour d’un voyage à Cuba avec Alejo Carpentier, nous rencontrons aussi Antonin Arthaud, Pablo Neruda, Man Ray, Jean-Louis Barrault et tous les surréalistes dont le « monarque » André Breton. Ils deviennent eux aussi nos compagnons de route : on suit leurs évolutions artistiques et personnelles dans un Paris que Gaëlle Nohant sait si bien décrire. Robert Desnos était un enfant du quartier populaire des Halles mais fréquentait de nombreux spots dans la capitale et les descriptions sont quasi-photographiques. Rien d’étonnant à ce que le lecteur vive ce Paris des années 30/40, l’auteure est une amoureuse de la capitale et il suffit de la suivre sur Instagram pour se rendre compte à quel point Paris est aimée mais aussi un personnage à elle toute seule.

    L’autre force de ce roman est aussi d’offrir un puissant tableau de la France politique des années 30/40. L’art et les artistes se forgent dans un contexte particulier et tendu. Nous vivons la montée des extrémismes avec les ligues, du communisme. Nous plongeons aussi dans le Front Populaire avant de voir l’Occupation s’installer ainsi que les réseaux de résistance.

    Enfin, il paraissait inconcevable de parler de Robert Desnos sans parler aussi de ses amours : celui pour Yvonne au départ puis avec Youki Foujita, sa muse, sa « Sirène ». Robert Desnos n’était pas forcément un bel homme et était finalement peu sûr de son charisme. Et pourtant il a baigné dans l’amitié (avec parfois des hauts et des bas notamment dans les querelles entre surréalistes) et dans l’amour. Il reste épris et protecteur jusqu’au bout avec cette femme fatale, peu fidèle et qui semble quelque peu évaporée : « Il ferme les yeux sous l’intensité de la brûlure. Il avait oublié le venin sous l’écaille brillante. Pour la Sirène, la mer est vaste et les marins nombreux. Quelle naïveté de se croire assez singulier pour limiter sa faim ». La dernière partie du roman nous révèle cependant un autre visage de Youki : une femme déterminée et plus amoureuse que jamais.

  • 0.25

    Disons le tout de suite, ce roman, je ne voulais pas le lire. J'avais abandonné le précédent roman de Gaëlle Nohant, je n'aime ni la poésie (sauf celle, intime, qu'on écrit ou reçoit à/de son amoureux/ -se), ni le surréalisme. De plus, je ne connaissais rien de Desnos. Mais Gaëlle Nohant nous donne accès à un homme, nous le rend à la fois humain par sa vulnérabilité amoureuse, magicien par sa manière de réinventer la poésie et héros quand la période oblige les hommes à choisir un camp. Et elle nous embarque dans la période qui précède la guerre puis dans celle de la guerre et de la résistance avec talent: j'ai vécu pendant de longues heures dans le Paris de cette époque et j'y ai cru. Tout sonne juste, particulièrement les dialogues. Je me suis agacée de voir le poète amoureux de deux femmes qui ne savent pas lui rendre son amour comme il le mériterait et ai vu là, à tort peut-être, le désir inconscient d'un poète qui a besoin de la souffrance pour écrire; je me suis aussi agacée de l'égocentrisme de Youki (... c'est effrayant quelqu'un qui sait aimer. Alors elle lui fait mal pour voir s'il reste quand-même) mais c'est aussi ce qui rend Robert Desnos humain et attachant. Suivre la scission à l'intérieur du groupe surréaliste m'a passionnée. J'ai noté de nombreuses phrases et ai été emballée par le tout: l'ascension de Robert Desnos qui réinvente la radio ou plutôt l'invente puisqu'elle n'en est qu'à ses balbutiements, le souffle de la solidarité, celle d'avant la guerre avec les manifestations anti-fascisme et celles des hommes de l'ombre ensuite. J'ai beaucoup aimé que l'auteur parsème son roman de textes de Desnos, les ancrant dans sa réalité à lui. C'est une très belle manière d'amener la lectrice que je suis vers la poésie:

    Je retrouve en ma bouche une ancienne saveur
    Et des noms de jadis et des baisers si tendres
    Que je ne sais plus qui je suis ni si mon cœur
    Bat dans le sûr présent ou le passé des cendres.

    Aux trois quarts du roman, l'émotion m'a submergée. Ça a commencé avec un très beau moment entre Robert Desnos et Jacques, cet enfant d'amis qui vivra ses premières années caché, petit garçon rendu sauvage par cette peur que l'Histoire a instillé en lui mais que Desnos saura apprivoiser avec ses histoires, puis viennent les émouvantes années de résistance et celles de déportation racontées par le prisme de Youki que l'auteure réhabilite magnifiquement.

  • 0.25

    Un mille-feuille. Je ne vois pas meilleure image que ce grand classique de la pâtisserie française pour décrire ce délicieux roman, si riche et si magnifiquement construit, offrant des couches successives de lecture pour nous régaler.
    La couche de base est celle consacrée à Robert Desnos. Par la magie de sa plume, Gaëlle Nohant va nous faire découvrir la vie de ce poète et nous prouver que s’il est un peu oublié de nos jours, c’est bien à tort. Le récit commence en 1928 au moment où Desnos revient en France, après avoir assisté à La Havane au Congrès de la presse latine. Dans ses bagages, il ramène un passager clandestin, Alejo Carpentier. Grâce à son nouvel ami, il va non seulement réussir à fuir le régime du dictateur Machado, mais trouver à Paris un refuge, un emploi et une communauté d’artistes en pleine effervescence. Les compositeurs travaillent avec les peintres, les écrivains avec les cinéastes, les photographes avec les musiciens. Sans oublier leurs muses, modèles, épouses, inspiratrices. La fièvre créatrice s’empare de chacun d’eux, l’émulation est permanente, les rendez-vous presque quotidiens…
    « Tandis qu’il marche vers l’atelier de Man Ray, Robert repense à la soirée d’adieux que Man et Kiki ont donnée pour lui avant son départ pour Cuba. Comme elle lui semble loin! Yvonne était la, ils ont bu des vins délicieux, son amour riait, Kiki a chanté et il a récité des vers de Victor Hugo. Oui c’est ça, il s’en rappelle maintenant, parce que Kiki a fini par lui réclamer gentiment: « Du Desnos, du Desnos! » Alors il a sorti une feuille froissée de sa poche, dépliant le récit en forme de poème qu’il avait écrit à une table du Dôme. En lisant, il les sentait suspendus à sa voix, il entendait la densité du silence de Man Ray, son excitation. Quand il a terminé, le photographe lui a dit avec son accent inimitable:
    – Robert, ton poème c’est un film, tu sais? just the script I was looking for. Nothing to change.
    Se levant pour finir son verre, d’une démarche que l’ivresse rendait chancelante, l’Américain a demandé à Robert s’il l’autorisait à mettre ses mors en images. Kiki applaudissait, ravie :
    – Quelle idée merveilleuse! Je veux participer, Man. Laisse-moi jouer la femme fatale.
    Man a hoché la tête en souriant, et Yvonne a souligné qu’avec Kiki la brune, il fallait un blond, pourquoi pas André de la Rivière ? Et pour jouer l’intrus qui enlève Kiki au héros, qui mieux que Robert lui-même ?
    ¬– On va tourner la dernière scène après Cuba, Bob, a réfléchi Man Ray. Better this way. Je promets, le film est prêt quand tu reviens.
    Ce projet euphorise le poète. Depuis toujours, les écrans de cinéma sont le prolongement de ses rêves. »
    De cette manière, on voit L’Étoile de mer naître et le rôle moteur qu’y joue la passion amoureuse.
    Grâce à un travail documentaire exceptionnel, les femmes qui ont traversé sa vie son ici incarnées, à commencer par Yvonne George pour laquelle il brûle d’une passion d’autant plus intense qu’elle n’est que fantasmée et que la chanteuse et comédienne belge sera emportée dans la mort dès 1930. L’ironie du hasard veut que ce soit lors de son ultime gala qu’il rencontre Foujita et son épouse Lucie Badoud, que le peintre japonais appelle Youki. Desnos s’éprend presque instantanément d’elle. Commence alors une sorte de ballet amoureux à trois avant que Foujita ne regagne définitivement le Japon et que Youki n’emménage chez Robert Desnos, ne devienne sa femme et ne l’accompagne jusqu’à ce moment tragique où il partira pour Auschwitz. « Quand il eut passé le pont, les Fantômes vinrent à sa rencontre. »
    On n’oubliera pas non plus la courte apparition de la chanteuse de la Nouvelle-Orléans, Bessie de Saussure, qui séduira aussi le poète sensible aux belles voix.

    Mais revenons à notre mille-feuille. La seconde couche, tout aussi riche et intense nous plonge au cœur de la création artistique avec une impressionnante liste d’artistes qui se côtoient, s’aiment avant de se détester cordialement, mais sentent combien ils sont complémentaires. De Montmartre on passe à Montparnasse et, nonobstant quelques excès, on essaie sans cesse d’explorer de nouveaux domaines. Ainsi « Robert n‘entend pas limiter sa poésie à un seul support. Pour lui, l'écriture est ce territoire mouvant qui doit se réinventer sans cesse, demeurer une insurrection permanente, une fontaine de lave, des corps joints dans la danse ou l’amour, une voix qui descelle les pierres tombales et proclame que la mort n’existe pas, une expérience sensorielle. » Les surréalistes sont alors au faîte de leur carrière. Un groupe qu’André Breton entend régenter, quitte à attaquer tous ceux qui n’entendent pas suivre le dogme qu’il a édicté. Pour l’auteur de Nadja, Robert « a renié le surréalisme, il s’est vendu à la presse bourgeoise, il a démenti les espoirs placés en lui et stagne désormais dans sa poésie rétrograde et ses alexandrins boiteux, par faiblesse de caractère et auto-complaisance. Pour faire bon poids, André a crû bon d’ajouter une anecdote pleine de sel qui dépeint Robert comme le poivrot de service. Et puis il y a cette phrase si blessante : « Depuis lors, Desnos, grandement desservi dans ce domaine par les puissances mêmes qui l’avaient quelque temps soulevé et dont il paraît ignorer encore qu’elles étaient des puissances de ténèbres, s’avisa malheureusement d’agir sur le plan réel où il n’était qu’un homme plus seul et plus pauvre qu’un autre, comme ceux qui ont vu, je dis : vu, ce que les autres craignent de voir et qui, plutôt qu’à vivre ce qui est, sont condamnés à vivre ce qui “fut” et ce qui “sera”. »
    Robert sort en claquant la porte. Marcher, c’est la seule chose à faire quand il n’est que rage. Marcher, tandis que son esprit martèle au rythme de ses pas les mots auxquels plus tard il lâchera la bride. Sa colère est un miroir traversé d’un poing sanglant qui l’étoile en milliers d’éclats meurtriers. Il y a des mois qu’il s’est éloigné du groupe surréaliste, et il sait que la survie du clan repose sur le rejet des individus qui cessent de croire en lui. Mais il n’a pas mérité un tel rejet.
    Dans quelques heures, comme presque tous les soirs, il ira retrouver Prévert, Bataille, Masson, Queneau et les autres excommuniés aux Deux Magots. Ils décideront quelle forme donner à cette fureur, comment la pétrifier sous forme d’arme blanche, d’arme de poing, de poing serré. » Là encore, on aimerait raconter tous les épisodes qui vont suivre, les affinités électives, le rôle de la presse et des revues, mais aussi de la radio qui permet à Robert Desnos d’offrir aux Français quelques grands moments de poésie et quelques souvenirs mémorables tels que cette journée Fantômas. Si le bouillonnement intellectuel est quelquefois noyé dans l’alcool et les paradis artificiels, c’est que constamment on cherche les limites et comment les franchir. On aimerait aussi retracer les samedis dans le nouvel appartement qui ont été érigés en rituel par Robert et Youki et qui accueillent semaine après semaine les amis, les frères Prévert, les Fraenkel, les Jeanson et Alejo et les amis des amis, on aimerait aussi revenir sur la création des Artistes Révolutionnaires, sur les belles rencontres comme celle avec Garcia Lorca, par exemple. C’est peut-être à ce moment que Robert pressent sans doute que les poètes doivent s’insurger face aux périls qui montent, s’engager dans le combat politique.

    La troisième couche du mille-feuille, celle qui nous dépeint l’histoire du monde, la montée des périls et cette guerre qui arrive peut à priori vous sembler indigeste. Rassurez-vous, il n’en est rien. Ce sont mêmes les plus belles pages du livre. Car nous sommes alors confrontés au combat essentiel, celui où l’on peut – on doit? – mourir pour des idées, celui où les sentiments sont transcendés par l’urgence, celui où la colère face à l’injustice vous remue corps et âme. « La poésie, le théâtre, la peinture et la musique peuvent triompher de la peur et de la haine, créer des ponts entre les hommes. Même si le temps presse, il est encore temps.
    Insiste, persiste, essaye encore.
    Tu la dompteras cette bête aveugle qui se pelotonne. »
    Depuis 1933, on suit la montée du nazisme avec l’édiction des lois qui déchoit les juifs de leur nationalité et de leurs droits civiques, la montée du fascisme et l’envahissement de l’Éthiopie par Mussolini, la Guerre d’Espagne et ce combat inégal entre une armée organisée et des partisans aussi désarmés que novices, la montée de l’extrême-droite en France qui ne va pas hésiter à s’en prendre physiquement à Léon Blum après l’avoir copieusement insulté et va refermer la parenthèse du Front populaire et préparer le terrain aux troupes allemandes.
    L’évidence s’impose alors très vite à Desnos: il faut résister. Après sa mobilisation, il part au front, est fait prisonnier puis libéré. Une fois encore, il entend mettre ses mots au service des valeurs universelles dans les colonnes d’Aujourd’hui fondé par Henri Jeanson. Même après la mise sous tutelle par les autorités allemandes, il essaiera de conserver une liberté de parole. Mais l’ennemi aura le dernier mot. Sauf que l’ennemi est à chercher dans les rangs des aigris, des jaloux, des revanchards et non dans ceux des envahisseurs allemands. Une histoire française qui fait tant de mal. Dramatique, terrible, bouleversante. Dont le journal de Youki retrace les ultimes épisodes…
    « De toi, je n’ai rien oublié. Ce geste, quand tu te penches et enlèves tes lunettes pour m’embrasser. L’odeur de tes cheveux, le goût de ta salive, la brûlure de tes mains. Le désir qui te change imperceptiblement, donnant un éclat fauve à tes prunelles. La ferveur. Tes yeux traversés d’orages et de tendresse après la jouissance. Le poids de ton corps sur le mien.
    Pardonne-moi de m’arrêter là, c’est trop douloureux. »

    Entre les couches de pâte feuilletée, notre mille-feuille tient grâce à la crème pâtissière, à l’écriture de Gaëlle Nohant. Au moins depuis La part des flammes, on sait avec quel talent elle parvient à dépeindre une atmosphère, à camper des personnages, à entraîner le lecteur dans une histoire. En suivant Robert Desnos, elle devient magicienne, parvient à nous hypnotiser et à nous transformer en dormeurs éveillés. Je prends le pari qu’en refermant cet extraordinaire roman vous serez tous devenus des inconditionnels de Robert Desnos et que vous aurez envie de (re)découvrir son œuvre dont les plus beaux vers parsèment le livre. Peut-être même voudrez-vous adhérer à l’association des Amis de Robert Desnos? Mais vous serez aussi devenus des inconditionnels de Gaëlle Nohant et irez courir chez votre libraire acheter ces deux autres romans disponibles en livre de poche. http://urlz.fr/5HlN

  • 0.25

    « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ». Cette phrase de Paul Eluard pourrait résumer à elle seule ma rencontre avec ce Dormeur éveillé, le poète Robert Desnos, à qui Gaëlle Nohant rend un hommage poignant, lumineux, et tellement, tellement justifié !

    Des années folles à l’occupation, du surréalisme à la Résistance, Robert Desnos a toujours été un homme engagé.

    Croisant les figures emblématiques de Montparnasse ou de St Germain des prés, criant sa révolte et sa soif de vivre à travers les mots qui sont parvenus jusqu’à nous, cet immense visionnaire épris de Liberté et avide d’amour, a laissé une inoubliable empreinte auprès de ceux qu’il a côtoyés.

    Tout le talent de Gaëlle Nohant (et c’était déjà le cas dans La part des flammes) est de mettre tant d’amour et de sincérité dans ses mots à elle, que nous , lecteurs, entendons les voix, frémissons sous les regards, et la présence des absents emplit le silence : Alejo Carpentier, Prévert, Eluard, Garcia Lorca, Neruda, Picasso, Jean-Louis Barrault prennent ainsi la parole, on se surprend à écouter leurs conversations, et à croiser leurs regards sur ce Monde qui se prépare au pire.

    Le roman s’étale sur trois périodes , trois axes de la vie de Desnos, avec toujours ce vent de liberté qui souffle en toile de fond, et cette révolte permanente au fond de son inoubliable regard. Et puis il y a l’Amour, celui pour les femmes, ce dernier amour passionné pour Youki, sa Sirène.

    Au-delà du poète, au –delà du visionnaire, il y a le Combattant, celui qui haïssait la guerre, celui qui aidera des familles juives en leur procurant des faux-papiers, celui qui prendra les armes, celui qui ne fuira pas et sera déporté, celui qui remontera le moral de ses compagnons de camp, croira jusqu’au bout qu’il reviendra, continuera à écrire poèmes et lettres à son aimée.

    « J’ai une étoile pour veiller sur moi et une sirène à retrouver. Je ne risque rien »

    Ce roman est une ode à la vie, à la Liberté et à la Résistance. Il est aussi le nécessaire appel à la vigilance : en effet, comment ne pas faire le parallèle entre le monde qu’il décrit, cette montée de l’intolérance, du racisme, et de l’antisémitisme, avec celui qui nous entoure. Il est la mise en garde prophétique contre les extrêmismes qui ébranlent les esprits de ce XXIe siècle.

    J’ai été pulvérisée, atomisée, et bien plus encore (oui, oui !) par ce roman bouleversant , et l’écriture addictive de Gaëlle Nohant par son art de faire vivre au lecteur ces sensations inoubliables, par l’amour qu’elle porte à Robert Desnos, et qui l’accompagne au fil des pages.

    A titre plus personnel, et au-delà de l’admiration que j’ai toujours portée à Desnos, j’ai été touchée en plein cœur, car j’ai retrouvé une partie de mon histoire familiale dans celle de ce Dormeur éveillé.

    « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » , merci à Gaëlle pour celui-ci, il est gravé dans mon cœur. Avec amour. Avec tendresse. Avec admiration. Avec toutes les larmes qui ont accompagné ma lecture. Avec les mots de Robert. Avec son regard inoubliable.

    « Car ces coeurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté

    au rythme même des saisons et des marées,

    du jour et de la nuit. »

  • 0.15

    L'avis de la page 100 :
    En s'identifiant à Robert Desnos l'auteur déambule dans un Paris fabuleux où tous les grands artistes de la belle époque se croisent au détour d'un café, d'un bal ou d'un bordel. L'écriture très dense donne un peu le tourni mais c'est un peu enivrant comme le champagne...

    Avis Explorateur 2017
    Ce roman débute dans les années 20 avec le poète Robert Desnos et le monde littéraire de l’époque, dont Breton, Prévert, Picasso et tant d’autres artistes de renom. Le récit suit les déambulations du fougueux poète dans ce Paris de la belle époque jusqu’aux années sombres de la 2eme guerre mondiale. Il rencontrera surtout la femme de sa vie, la belle et ironique Youki, à qui il dédiera de nombreuses poésies.

    Très dense et très précise, cette biographie a été trop ardue à lire pour moi. Je suis restée en marge de l’histoire malgré un rendu très impressionnant des ambiances des quartiers parisiens de cette époque. Aussi, bizarrement, cette accumulation d’artistes fameux m’a perdue en cours de route, je pense qu’il faut être fan de ce Paris littéraire flamboyant pour vraiment apprécier ce roman à sa juste valeur…

    J’ai bien aimé cependant les extraits de poésie qui parsèment les pages de l’ouvrage.

  • 0.25

    Ce livre me donne grande envie de relire les poèmes de Robert Desnos, de retrouver sa fourmi de 18 mètres et son éléphant à une patte !
    A travers ces pages je revois ses jeux de mots, les tableaux de Foujita et Dali, les poèmes de Prévert qui illustraient mes livres de lycéenne.
    Gaelle NOHANT nous offre avec cette splendide biographie de DESNOS une envolée dans le Paris des Surréalistes des années folles. Desnos et ses amis étaient considérés comme des « parasites qui dissipent leurs vies dans la fête et l’alcool » . Poètes et artistes ne crachent pas sur la pipe à opium, s’enivrent dans les boites de Montparnasse ou des halles. Vivre la nuit émoustille leur talent. Ils sont là pour bousculer non pour séduire !! Ils sortent de la norme. Desnos, fauché, aux chaussures trouées, aux yeux de myope est attachant pour ses faiblesses, ses amours impossibles avec Yvette Georges ou Youki. Dans années 30 Desnos crée des slogans pour la radio. Il vit enfin avec la belle et infidèle Youki, rue Mazarine. Tous les samedis sont dédiés à leurs amis. Derrière une table couverte de bouteilles de vin, avec Prévert, Queneau, Eluard, Jean-Louis Barrault, ils s’attardent en discussions sur le front populaire, sur la monté du fascisme, sur la guerre civile espagnole où leur ami Garcia Lorca a été assassiné. Le film de Bunuel «l’âge d’or » est décrié et provoque des bagarres… Cette génération sait qu’il faut vivre vite, la noirceur de l’horizon est un mauvais présage. Il écrit avec colère un recueil pour les guillotinés « les sans cou ».
    Gaëlle Nohant m’a attrapée avec ce livre si prenant au point que dansent sous mes yeux les couleurs de Foujita, de Max Ernst, les photos de Man Ray. J’entends les notes de Jazz qui bercent les poèmes de Desnos dont elle ponctue son texte. Je ne parviens pas à m’échapper de ces pages. Pourtant la troisième partie terriblement émouvante, est bien sombre entre résistance et déportation. Youki maintenant prend la parole, se débat, se démène, utilise même certaines relations douteuses. Elle veut protéger son poète. Desnos trouve un abri dans la poésie. Je vous laisse découvrir ce magnifique roman, qui mériterait un prix littéraire tant la plume est harmonieuse, tant la documentation est riche et précise. Gaëlle Nohant nous redonne le gout de la poésie, de la beauté des mots

    Rendez vous page 100 ( enfin plutôt 150 sur les 530 !)
    LEGENDE D UN DORMEUR EVEILLE de Gaelle NOHANT :
    Ce livre me donne grande envie de relire les poèmes de Robert Desnos, de savourer ses jeux de mots, de retrouver sa fourmi de 18 mètres et son éléphant à une patte !
    .Gaêlle Nohant nous offre une belle envolée dans le Paris des Surréalistes au début du XXème siècle. Desnos et ses amis étaient considérés comme des « parasites qui dissipent leurs vies dans la fête et l’alcool » . Poètes, artistes ne crachent pas sur la pipe à opium, s’enivrent dans les boites de Montparnasse ou des halles.
    Vivre le nuit émoustillait leur talent.
    Ils sortaient de la norme. Desnos, fauché, aux chaussures trouées, aux yeux de myope est attachant pour ses faiblesses, ses amours impossibles avec Yvette Georges ou Youki. Ces filles sont volages, certaines sortent du bordel. Desnos souffre mais il sait que dans leur milieu on ne peut exiger l’exclusivité d’un amour.
    Il se rebelle contre l’autorité et la morale d’André Breton. Pour lui les Surréalistes sont là pour déranger.
    Gaêlle Nohant m’a attrapée avec ce livre si prenant au point que dansent sous mes yeux les couleurs de Foujita, de Max Ernst, les images tortueuses de Dali. J’entends les notes de Jazz des années folles qui bercent les poèmes de Desnos dont elle enrichit son texte par intermittence. Je ne parviens pas à m’échapper de ces pages..
    Dans les années 30 Desnos travaille pour la radio et la publicité. Mais de gros nuages noirs annoncent crise économique, chômage, montée du fascisme. Déjà le film de Bunuel «l’âge d’or« est décrié et provoque des bagarres…
    La suite me dira si Desnos renouera avec Breton, comment il supportera les sombres années qui allaient meurtrir toute une génération. Cette génération qui sait qu’il faut vivre vite avant l’orage.
    Par contre je n’aime pas la couverture. Un tableau de Foujita ou de Dali, une photo de Man Ray, un portrait de Desnos et Youki, une image du Paris de l’époque correspondraient mieux à la beauté du texte que ce bleu criard qui camoufle le vieux pont parisien… Dommage.

  • 0.25

    Légende d'un dormeur éveillé,c'est le récit de tranches de vie et non - attention, c'est important - la biographie, de Robert Desnos, l'un des poètes les plus marquants du courant des surréalistes, mené par le charismatique mais néanmoins redoutable André Breton. Légende d'un dormeur éveillé, très subtil clin d’œil aux expériences de sommeil hypnotique menées par André Breton sur Robert Desnos, est un roman qui marque, qui instruit sans ennuyer, qui titille l'imagination et donne envie de se plonger non seulement dans la bibliographie complète dudit poète, mais au-delà, de s'ouvrir l'esprit à tous les écrits et les œuvres des surréalistes : Gaëlle Nohant ne raconte pas la vie de Robert Desnos, elle partage son quotidien et m'a complètement transportée dans son périple. Comme je le disais déjà dès mon avis de la page 100, ce livre est sans aucun doute l'un des mes coups de cœur de cette rentrée littéraire 2017, pour de nombreuses raisons.

    Le choix du thème, bien entendu, et avant tout. Véritable passionnée par le courant des surréalistes - un hommage à Magritte est même tatoué sur mon bras - je n'étais que joie lorsque j'ai découvert ce livre parmi la sélection : Robert Desnos, et tous ses comparses ! Paul Eluard, Jacques Prévert, Raymond Queneau, les apparitions se font au coin des pages comme si l'on rencontrait vraiment les auteurs au détour d'une rue parisienne des années 30, et lorsque la bande s'en donne à coeur joie dans les troquets, on pourrait presque entendre leur rire, intercepter leurs jeux de mots littéraires, avoir envie de quitter son siège pour s'attabler avec eux et partager une bière, une histoire, le surréalisme.

    Le choix de la forme du récit, ensuite : le fait de se concentrer uniquement autour de Robert Desnos était un pari risqué, mais quel talent dans les mots ! Pour raconter aussi bien un poète, ses amours, ses peurs, ses déboires, il faut bien avoir en soit l'âme d'une poétesse et Gaëlle Nohant a tout ce qu'il faut de ce côté-là. La lecture est incroyablement fluide, ponctuée de citations de Desnos que l'on pourrait presque croire couchée sur papier pour s'intégrer à ce roman, tant chaque alexandrin s'immisce parfaitement au récit. Avec Desnos, avec Gaëlle Nohant, on tombe tantôt amoureux de Youki, on pleure sur la tombe d'Yvonne, on s'acharne sur André Breton, on pose pour Foujita, on s'alarme de la montée du nazisme tout en grinçant des dents devant le communisme, on rédige le troisième Manifeste du surréalisme. Les épisodes sont chacun assez courts, mais se lient très bien entre eux, on saute d'une année à l'autre, de la pauvreté à l'opulence, de la folle inspiration poétique à la page blanche.

    Le livre est assez long, mais j'ai l'impression de ne jamais en avoir eu assez, de ne pas vouloir quitter cette bande d'âmes torturées et pourtant si brillantes. Encore mieux, j'avais davantage l'impression d'écouter une histoire plutôt que de la lire, tant les mots sont vivants. Une très belle découverte de la rentrée littéraire, à ne manquer sous aucun prétexte, que l'on soit ou non amateur du surréalisme.

    L'avis de la page 100 :
    Ce livre, jusque là, c'est tout ce que j'aime : une histoire qui est en fait comme une longue promenade, au fil des rues parisiennes, dans lesquelles on tombe à l'improviste sur les grands noms du surréalisme. Nous sommes Robert Desnos, le poète, et tantôt nous conversons avec Eluard et Prévert, tantôt nous débattons avec l'intransigeant André Breton. La forme du récit, le choix d'une narration fluide et - il va sans dire - poétique, les épisodes courts mais précis d'instants de vie de Desnos font de ce livre, avant même qu'il ne soit terminé, l'un de mes coups de coeur de la rentrée littéraire de 2017.

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