Esprit d'hiver

Couverture du livre « Esprit d'hiver » de Laura Kasischke aux éditions Christian Bourgois

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33 notes

Résumé:

En ce matin de Noël, Holly se réveille, en retard, hantée par un funeste pressentiment : l'impression que, quand elle est partie en Russie avec son mari seize ans plus tôt pour adopter Tatiana, quelque chose les a suivis jusque chez eux. Tandis qu'Holly tente de dissiper cette angoisse... Lire la suite

En ce matin de Noël, Holly se réveille, en retard, hantée par un funeste pressentiment : l'impression que, quand elle est partie en Russie avec son mari seize ans plus tôt pour adopter Tatiana, quelque chose les a suivis jusque chez eux. Tandis qu'Holly tente de dissiper cette angoisse inexplicable, son mari, Eric, part en hâte pour l'aéroport où il doit retrouver ses parents venus fêter Noël avec eux.
Très rapidement, les incidents s'enchaînent : un blizzard fulgurant se lève et interrompt progressivement toute possibilité de circulation automobile sur les routes environnantes. Alors qu'Eric se retrouve bloqué à l'hôpital où il a dû conduire d'urgence ses parents, les autres invités se décommandent successivement. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana. Se met alors en place un huis clos hivernal au fil duquel le comportement de sa fille apparaît de plus en plus étrange et incohérent.
Elle qui était toujours apparue comme une enfant sage, attentionnée, affectueuse, ne cesse depuis son réveil de lui assener des reproches. Attitude relativement classique de la part d'une adolescente, mais déconcertante de la part de Tatiana du fait de son caractère si soudain. Pourquoi a-t-elle choisi cette matinée tendue pour égrener tous ses griefs à sa mère ? L'explication est-elle à chercher du côté des années qu'elle a passées à l'orphelinat en Russie ? Aurait-elle conservé de ces moments certains traumatismes ou faiblesses de constitution qui ne ressurgiraient que maintenant ? Les sautes d'humeur incessantes de Tatiana, entre tendresse et agressivité, sont aussi marquées par des changements de vêtements qui la font passer du statut de petite fille à celui d'une adolescente très féminine et délurée.
De même, ses allées et venues incessantes entre la cuisine et sa chambre ne font qu'accroître le trouble de Holly à son égard. Une série d'apparitions et de disparitions assez perturbantes pour inciter sa mère, inquiète de ses silences répétés et inexpliqués, à tenter de l'espionner, de l'autre côté d'une porte que Tatiana n'avait encore jamais verrouillée jusqu'à ce jour... Au fil de cette matinée raccourcie mais à la temporalité distendue, Holly fait défiler les souvenirs qui l'ont conduite à adopter Tatiana, les voyages en Russie effectués pour l'occasion, et à la faveur de ces souvenirs ressurgit, désormais indélébile, cette angoisse qui l'assaillit depuis son réveil.
Elle rend aussi compte de certaines frustrations personnelles, comme le renoncement à l'écriture, une occupation avec laquelle elle aimerait renouer mais qui semble difficilement conciliable avec sa condition de mère, et la maladie à laquelle elle a été confrontée. Les coups de téléphone, de plus en plus lapidaires, rythment cette matinée qui tourne au cauchemar, les catastrophes météorologiques s'ajoutant aux incidents domestiques et aux interventions agressives et perturbantes de Tatiana.
La tension va ainsi croissant, laissant Holly de plus en plus seule et désemparée, jusqu'à la chute finale, condensée en quelques lignes, qui bouleverse la lecture et remet l'ensemble du récit en perspective. Aussi happant qu'oppressant, Esprit d'hiver constitue un brillant huis clos au fil duquel Laura Kasischke introduit détails et indices en apparence banals et qui se révéleront glaçants. A travers ce roman dont le suspense est brillamment instillé et maintenu jusqu'à la dernière ligne, Laura Kasischke propose une réflexion sur ce que l'on refuse d'admettre, sur le déni, ainsi que sur le resurgissement des souvenirs enfouis, qui ne disparaissent jamais totalement.

Donner mon avis

Le courrier des auteurs

Laura Kasischke répond à nos questions ! (27/11/2013)

1) Qui êtes-vous ? ! Aurélie Tronchet, la traductrice du dernier roman de Laura Kasischke. 2) Quel est le thème central de ce livre ? Le déni 3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ? Celle qui revient plusieurs fois dans le roman comme un refrain lancinant : "Quelque chose les avait suivis de la Russie jusque chez eux." 4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ? Une mélodie venimeuse de Kate Bush. 5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ? Le doute, l'angoisse puis l'effroi qui vous prennent à la lecture d'Esprit d'hiver.

Contenu proposé par lechoixdeslibraires.com

Les derniers avis

  • 0.2

    Laura Kasischke signe un huis-clos mère-fille glacial et à l’étouffée, emprunt de psychologie, de drame familial et invite le lecteur à se pencher sur la filiation et tout ce qui en découle : la motivation à devenir mère, l’adoption, l’amour porté à un enfant, sans oublier nos propres envies et besoins malgré tout. Mais aussi sur la soi-disante nécessité de bannir certaines réalités, en l’honneur du mieux-être, qui peut mener irrémédiablement à la perte.

    Malgré des longueurs dans le récit, ce roman dévoile tout son intérêt dans les toutes dernières pages, et par là même vous oblige à reconsidérer l’intrigue avec le plus grand intérêt. Une fois plongé dans la réalité de ce dénouement surprenant, vous pourrez réexaminer les détails et flotter dans l’état de choc psychologique d’après le drame. Cet esprit qui, le jour de Noël, ce jour important notamment pour cette famille américaine, finira par faire ressurgir les refoulements maternels des treize dernières années, ce « quelque chose qui les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux ». Ce quelque chose que cette mère est désormais incapable de coucher sur papier, pour se soulager.

    L’angoisse et le malaise sont accentués par le déroulement intime du récit sur une seule journée et par l’isolement des deux personnages en raison de la neige omniprésente et engloutissante. Cette neige qui engendrera l’absence des invités tant attendus et le retour tardif du père qui sonnera le glas final.
    Parallèlement, les étrangetés comportementales croissantes de l’adolescente Tatiana, adoptée dans le sinistre orphelinat sibérien Pokrovka n°2 à l’âge de deux ans, nous font comme basculer dans une folie douce et asphyxiante.

    Loin du roman léger et divertissant, Laura Kasischke nous interroge sur le contrôle de l’esprit, sur le rejet des réalités et sur leurs conséquences psychologiques et humaines. Dans une atmosphère oppressante et surréaliste, basculant de l’étrange à la simplicité, de la joie à la tristesse, de la peur à l’ordinaire, nous prenons finalement conscience de toute la détresse, la culpabilité et l’amour de cette mère, mais aussi de son besoin irrépressible d’accéder à la normalité.

    Ma chronique sur mon blog : https://ducalmelucette.wordpress.com/2016/05/11/lecture-esprit-dhiver-de-laura-kasischke/

  • 0.15

    Toujours un petit plaisir coupable à lire (devrais-je dire dévorer) les romans de Laura Kasischke. Je considère que ce n'est pas de la grande littérature mais l'intrigue est comme toujours habilement menée et haletante. Et cette fois-ci l'histoire lorgne du côté de Stephen King.

  • 0.2

    Glaçant... Comme ce blizzard qui s'est abattu en ce jour de Noël sur la vie d'Holly, Eric et Tatiana... Tatiana, 15 ans, adoptée 13 ans auparavant dans un orphelinat de Sibérie... La journée avait commencé d'une étrange façon : alors qu'il y avait tant à faire en cette matinée de Noël pour accueillir famille et amis, personne ne s'était réveillé dans la maisonnée et d'étranges pensées s'étaient immiscées dans le sommeil comateux d'Holly : Quelque chose les avait suivis depuis la Sibérie jusqu'à chez eux... Quelque chose les avait suivis depuis la Sibérie jusqu'à chez eux... Quelque chose....... Vite, se réveiller complètement, s'isoler un instant avant le rush de la journée, et noter cette phrase, noter toutes ces bizarreries qui lui revenaient en tête et qui s'étaient passées depuis l'arrivée de Tatiana dans leur foyer. Ecrire, tout noter tout de suite avant qu'elles ne s'échappent dans le tourbillon de la journée. Mais la journée va se poursuivre comme elle a commencé : étrange. Comme si une force surnaturelle ou un esprit malveillant planait dans l'air ambiant. Déjà très en retard, Eric part chercher ses parents à l'aéroport, laissant Holly et Tatiana. Un huis-clos psychologique se met alors en place entre la mère et sa fille au comportement plus qu'étrange. Une ambiance pesante s'installe, des chamailleries pointent, des événements a priori insignifiants se déroulent tandis qu'un violent blizzard paralyse la vie extérieure et bloque les invités qui ne viendront jamais. Une angoisse palpable, collante, visqueuse presque, et allant crescendo va nous emporter, tout au long de cette journée et à travers les souvenirs d'Holly, entre le Michigan où cette famille coule des jours heureux et la Sibérie où Bébé Tatty fut arrachée à une vie de misère dans cet orphelinat sordide. De nombreux flash-backs provoqués par les pensées de Holly nous permettront de mieux comprendre comment s'est tissée leur vie et d'assembler les uns aux autres, tel un puzzle, tous ces événements qui ont émaillé leur existence... Jusqu'au dénouement final.

    J'ai beaucoup aimé ce roman à la psychologie rondement menée et j'ai été assez vite emportée par la tension, l'angoisse insignifiante au départ puis qui devient pesante, par la narration qui accroche le lecteur, par les interrogations que les événements soulèvent et par le paramètre temps. Le fait que tout se déroule sur une seule journée en un seul lieu mais avec des aller-retours dans le passé crée une dynamique dans la construction du roman, et l'on a envie d'avancer pour savoir où tout cela va nous mener : possession ? troubles psychologiques ? On se dit "mais quoi bon sang ? qu'est-ce qui se passe ?..." Le déroulé des événements nous fait également entrer dans la psychologie de la mère pour laquelle le lecteur pourrait avoir de l'empathie compte tenu de son histoire personnelle, mais l'histoire avançant, on se sent curieusement dénué de toute compassion ou compréhension envers elle. Pourquoi ? La chute finale nous le dira ! Jusqu'à la fin du livre, jusqu'aux dernières pages, on ne sait pas ce qui se passe, même si l'on s'est fait quelques scenarii, alors un conseil, ne regardez surtout pas la toute dernière page du livre, cette page glaçante comme le blizzard !

  • 0.2

    Glaçant, c'est le terme qui qualifie à mon sens le mieux le dernier opus de Laura Kasischke. Esprit d'hiver est un huis clos ouaté dans lequel l'horreur latente côtoie l'étrangeté et la poésie. Les romans de Laura Kasischke sont toujours empreints d'une ambiance particulière, d'une certaine évanescence, celui-ci n'échappe pas à la règle. Si son précédent roman Les revenants avait pour cadre le campus d'une université américaine, Esprit d'hiver est beaucoup plus intimiste, l'auteur y tisse avec virtuosité le ressenti d'une mère qui assiste en l'espace d'une journée aux changements d'humeur et à la transformation de sa fille en une personne qu'elle peine à reconnaître, une personne changeante, inquiétante.



    Dès les petites heures de ce matin de Noël, Holly se réveille avec le pressentiment que lorsqu'elle et son mari ont ramené Tatiana, leur fille adoptive de Russie, seize ans plus tôt "quelque chose les a suivis depuis la Sibérie jusque chez eux". Tout au long de cette journée qui aurait du être festive, passée en famille, les éléments s'enchaînent, une tempête de neige qui va tenir toutes les personnes qui devaient festoyer au domicile de Holly à distance, une urgence médicale qui va empêcher le mari d'Holly de passer ce jour avec sa femme et sa fille. Lentement le piège se referme sur Holly et le lecteur, Kasischke saisit personnages et lecteurs dans ses filets, et ne les laissera souffler qu'à l'issue de ce récit angoissant.



    Il y a du génie dans l'écriture de cette grande dame de la littérature américaine. L'auteur joue savamment avec les sentiments et les mots. Elle glisse subrepticement dans son récit les peurs intrinsèques à tout humain : la perte et la mort, la maladie et la folie, le lecteur est littéralement cloué au livre, il lui est impossible de se sortir du piège qu'il sent pourtant se refermer lentement et inexorablement sur lui.





    Esprit d'hiver développe de manière magistrale le thème du déni, sur ce que l'on refuse d'admettre, sur cette non-considération d'une partie de la réalité si cher à Freud. Holly sait, a toujours su que quelque chose c'est passé là-bas en Sibérie il y à seize ans, elle le sent, elle le perçoit, mais son esprit refuse de mettre bout à bout ces fragments de la réalité. Pourtant, la petite ritournelle qui rythme sa conscience lors de cette journée lui rappelle que "Quelque chose les avait suivis depuis la Sibérie jusque chez eux".



    Esprit d'hiver comme tous les romans de Laura Kasischke exercent sur le lecteur comme une attraction presque malsaine, morbide, parce qu'ils explorent la part sombre de l'individu. L'on sort toujours exsangue, presque mal à l'aise des romans de Laura Kasichke, mais ses romans - et Esprit d'hiver n'échappe pas à la règle - happent, et bouleversent à tel point qu'il est impossible de ne pas y revenir. Esprit d'hiver est véritablement une très grande réussite.

  • 0.25

    Quel livre ! Laure Kasischke est l'une de mes romancières favorites. A chaque livre, elle parvient à plonger ses lecteurs dans une atmosphère angoissante, qui met mal à l'aise.
    Dans ce roman, une nouvelle fois,l'ambiance de huis-clos est pesante jusqu'au bout. Les cinquante dernières pages sont haletantes jusqu'à
    la chute prodigieuse. J'ai refermé ce livre complètement sonnée et en ayant envie de m'y replonger.

  • 0.25

    « Esprit d’hiver » c’est avant tout une atmosphère. Laura Kasischke nous enferme dans cette maison isolée, pour nous laisser découvrir l’étrange relation entre la mère et la fille. Au fil des pages, le malaise est de plus en plus présent. Les événements vacillent continuellement entre tendresse et tension. Les pensées de Holly sont parfois sensées et maîtrisées mais parfois deviennent déstructurées et incohérentes. Cela crée un univers inquiétant dans lequel je me suis laissé emporter avec un plaisir malsain. J’ai été ballotté entre fantastique et angoisse tout au long de l’histoire.
    Avec une écriture efficace, Laura Kasischke est à classer dans les écrivains de purs romans noirs que j’affectionne particulièrement. Elle fait donc dès aujourd’hui partie de mes auteurs à suivre grâce à ce petit bijou sombre, qui m’a oppressé jusqu’à la dernière ligne.

  • 0.1

    Comme j'ai eu du mal à entrer dans ce livre mais je persiste ... et le final m'a récompensée !

    Une ambiance bien particulière en ce jour de Noël où Holly s'est réveillée plus tard que d'habitude et nous le répète tout au long du roman ... Le blizzart qui s'installe, l'impossibilité pour les invités de venir et pour son mari de rentrer et voilà que Holly rumine alors qu'elle aurait pu faire de ce jour un beau tête à tête avec sa fille.... (bien sur ce n'est pas le sujet du roman) mais là les leitmotiv : "ses beaux yeux", "ses beaux cheveux", "ses yeux si grands" "quelque chose les avait suivi de Russie" m'ont vraiment agacée. J'ai eu l'impression de tourner en rond, et au final c'est vraiment ce que l'auteur cherchait à faire, elle a gagné sur ce point et ce final dont je ne dirais rien m'a fait totalement changé d'avis.

  • 0.25

    [...] Esprit d’hiver est un bijou de la littérature contemporaine. Avec son écriture schizophrénique et angoissante et sa narration fournie, pleine de détails répétés inlassablement par Holly, Laura Kasischke nous tient captifs, nous faisant guetter le moindre élément pour savoir, enfin savoir, quelle est cette chose qui les a suivi depuis la Russie. Elle parvient toujours à susciter le doute sur ce qui réel ou ne l’est pas, à nourrir en nous la tension, d’autant qu’elle maîtrise terriblement bien l’art de distiller les éléments dans une lente progression. Au point que, jusqu’au dernier paragraphe, on ne saura pas ce qu’il s’est passé.

    En fait, Laura Kasischke écrit là un hommage au lecteur, à celui qu’elle pousse jusqu’à l’extrême. C’est comme si elle nous disait, « Montre-toi à la hauteur en t’accrochant à tous les détails qu’Holly va te donner et assemble-les ; et moi aussi, je serai à la hauteur de tes attentes : tu ne seras pas déçu d’avoir accompagné Holly en ce jour de Noël… » La fin, effectivement, invite à une seconde lecture.

    On se laisse manipuler par Laura Kasischke, on se laisse immergé dans ce huis-clos, au point que tout ce qui n’est pas Esprit d’hiver n’a aucune importance, pourvu qu’on puisse le lire d’une traite. Esprit d’hiver est une œuvre fascinante, obsédante et bouleversante.

    L'article entier sur mon blog :
    http://www.bibliolingus.fr/esprit-d-hiver-laura-kasischke-a98996591

  • 0.25

    25 décembre, dans une jolie maison du Michigan. L'action se déroule sur quelques heures seulement, dans le huis clos d'un décor unique. On se réveille avec Holly, la mère de famille, un peu trop tard en ce jour de Noël. Il y a tant de choses encore à préparer pour le dîner et elle se sent fébrile, taraudée par une pensée, une voix intérieure, qui la poursuit, comme une menace – une prophétie peut-être : "Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.”

    La Russie, c'est là que sa fille Tatiana, âgée aujourd'hui de quinze ans et devenue une adolescente boudeuse, a été adoptée, il y a treize ans, dans un orphelinat de Sibérie. Le déroulement de cette adoption, du "coup de foudre", de cette relation immédiate et fusionnelle, apparaît dans le récit par petites touches, contrastant avec le comportement de plus en plus étrange de Tatiana, fait d'agressivité, de provocation, de reproches, alternant avec des moments d'aphasie, de petites métamorphoses physiques, de disparitions... L'adolescence est un thème cher à Laura Kasischke qui considère qu'il "s'agit d'un âge propice au drame, qui possède un grand potentiel tragique et métaphorique." En cela, Tatiana est un archétype fascinant, tout à la fois divinité gâtée, enfant fragile, présence surnaturelle, mauvais esprit qui fait planer son ombre maléfique sur la maison.

    Les uns après les autres, les invités du repas se désistent, à cause du blizzard qui bloque les routes de leur banlieue. Et cette journée de Noël se transforme en un tête-à-tête étrangement inquiétant entre Holly et Tatiana...

    D'emblée, le lecteur se trouve placé inconfortablement dans un sentiment d'inconnu, il doit avancer tout seul, sur un chemin incertain, sans être guidé par une voix omnisciente, sans pause ni répit.

    L'isolement renforcé par la tempête qui empêche la venue des invités, le père coincé à l'hôpital avec ses parents, la réminiscence d'une maladie étrange, des appels inconnus, des blessures, une multitude de signes qui accentuent le malaise croissant et hantent l'esprit d'Holly.

    Laura Kasischke maîtrise parfaitement l'art subtil de distiller des indices, tout en trompant sans cesse les attentes, avec un sens du suspense redoutable, qui laisse l'origine du mal à l'état d'énigme permanente et terriblement troublante.

    “Le ressort de l’angoisse tient au fait qu’on ne peut en déterminer la nature: les phénomènes décrits dans le livre sont-ils d’origine psychologique ou super-naturelle ? C’est cette dualité qui rend les choses effrayantes et intéressantes. Les vrais fantômes ne font pas peur !”

    On oscille donc entre diverses possibilités toutes effrayantes et mystérieuses.

    Mais c'est celle d'une maladie mentale qui devient la piste la plus crédible et qui entraîne le lecteur vers une réalité confuse, diffractée, et sordide, qui corroborerait la thèse d'une déviance familiale, génétique, sociologique, enfouie dans un non-dit horrifiant.

    À travers le personnage d'Holly, écrivaine frustrée, Laura Kasischke confie aussi les difficultés de l'écriture, tout à la fois "source d'épouvante et de plénitude". On ne perçoit rien de ces difficultés, tant elle fait preuve d'un vrai talent littéraire pour mettre en mots les forces obscures de la fiction, pour entourer son récit d'un halo de mystère, d'une matière impalpable et suffocante, sur un fond d'inconscient peuplé d'allégories et de fantômes, transfigurant le quotidien en cauchemar. Sa plume est trempée dans une encre d'inquiétante étrangeté, envoûtante, ensorcelante, un mélange de cruauté morbide et de sérénité endormie.

    Dans un décor banal et heureux de Noël, Laura Kasischke parvient par petites touches, crescendo, à construire un thriller intime hanté par les démons de l'inconscient, déclenche un véritable séisme familial, qui fait voler en éclat la jolie vitrine des apparences. Quand "l'esprit d'hiver" s'insinue dans les âmes, se joue un cauchemar, imperceptiblement, en sourdine...

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