Ces rêves qu'on piétine

Couverture du livre « Ces rêves qu'on piétine » de Sebastien Spitzer aux éditions L'observatoire

4.388888888

18 notes

Résumé:

Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l'Allemagne nazie. L'ambitieuse s'est hissée jusqu'aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu'elle a... Lire la suite

Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l'Allemagne nazie. L'ambitieuse s'est hissée jusqu'aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu'elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste régime, Magda s'enfonce dans l'abîme, avec ses secrets.
Au même moment, des centaines de femmes et d'hommes avancent sur un chemin poussiéreux, s'accrochant à ce qu'il leur reste de vie. Parmi ces survivants de l'enfer des camps, marche une enfant frêle et silencieuse. Ava est la dépositaire d'une tragique mémoire : dans un rouleau de cuir, elle tient cachées les lettres d'un père. Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs, fut condamné par la folie d'un homme et le silence d'une femme : sa fille.
Elle aurait pu le sauver.
Elle s'appelle Magda Goebbels.

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Les derniers avis

  • 0.25

    C’est avec une grande impatience que j’ai commencé ce livre, attirée par la quatrième de couverture et l’histoire racontée. Deux histoires en fait qui se déroulent en parallèle, s’imbriquent et se répondent. Celle de Magda Goebbels et de ses derniers jours retranchée avec ses enfants et les derniers dignitaires du régime dans le bunker de la chancellerie. Et dans le même temps, celle des prisonniers des camps de concentration qui tentent de survivre aux marches de la mort et aux massacres de masse perpétrés par les bourreaux juste avant l’effondrement du IIIème Reich afin d’effacer la trace de leurs exactions. Ces victimes forment une chaîne, ils se relaient pour perpétuer la mémoire des crimes commis et conserver les traces d’un secret. Un secret qui remonte jusqu’à Magda Goebbels et son passé, ce passé qu’elle cache et veut effacer. Ce secret, basé sur des faits réels et historiques est le centre du roman, c’est le lien entre Magda et les victimes de la solution finale. C’est pour le découvrir que le lecteur est happé page après page vers le point de rencontre de ces deux histoires et vers l’effondrement du régime. Sans aucune hésitation, lisez cette pépite et embarquez pour ce voyage au cœur d’un secret de l’histoire.

  • 0.2

    Lien : http://www.livresselitteraire.com/2017/09/ces-reves-quon-pietine-de-sebastien-spitzer.html

    Contrairement à beaucoup de romans ou de livres historiques qui nous emmènent au cœur de la guerre, des camps ou de l’Occupation, Sébastien Spitzer s’intéresse à l’effondrement du IIIe Reich, à ses dernières heures.
    Il met en place un double mouvement, celui de la survie et celui de la mort en faisant s’élever les voix. Celles des victimes et celles des coupables.

    Les Allemands ont perdu la guerre, ils le savent, c’est une question d’heures désormais. Les soldats ont pour mission de faire évacuer les camps, de tuer les détenus, le plus grand nombre. Tous. De traquer les échappés. Il y aura Aimé, Judah, Fela. Autour d’eux graviteront la petite Ava, une enfant survivante, par miracle. Tour à tour ils sortent de l’ombre à travers la plume de Sébastien Spitzer pour raconter l’horreur vécue.
    En parallèle il y a le bunker dans lequel se replient les grands chefs du Reich. Hitler, bien sûr, Eva Braun, mais aussi Goebbels, Joseph, Magda sa femme et leurs cinq enfants, le plus âgé étant parti à la guerre. Eux aussi ont pensé à leur solution finale. Alors me direz-vous comment ses deux récits peuvent s’entrecroiser ? C’est là toute l’ingéniosité de l’auteur. Par le biais de lettres déchirantes appartenant à un certain Richard Friedländer qui écrit à sa fille. Une fille qui a renié ses origines et qui l’a renié pour la gloire. Une fille qui se prénomme Maria Magdalena Behrend. Une femme qui deviendra Magda Goebbels et qui fera tuer l’homme qu’elle aimait dans sa jeunesse, le père qui l’a élevé, les enfants qu’elle a mis au monde. Ava détiendra ses lettres porteuses d’inhumanité lorsqu’elle arrivera aux pieds des américains.

    Dans ce roman les femmes sont prédominantes. Sébastien Spitzer aurait pu choisir Hitler, Joseph Goebbels, un rescapé masculin mais il a choisi Magda la Médée, comme il l’appelle, il a choisi Fela ancienne prostituée des camps, Ava sa fille cachée issue d’une relation avec un nazi, et puis Lee la photographe de guerre. Il a choisi leurs combats, leurs déterminations comme pour donner un autre élan à ce récit, une autre force. Pour « astiquer les consciences », comme il l’écrit.
    Extrêmement bien documenté, Ces rêves qu’on piétine, nous donne à ressentir la douleur, la compassion et la solidarité qui gravitent autour de ces hommes et de ces femmes victimes de la barbarie. Et en s’immisçant dans la vie de Magda Goebbels, l’auteur nous donne à voir comment cette femme est devenue la première dame du Reich avide de pouvoir et de monstruosité. A travers son enfance pauvre, ses blessures, ses regrets, il nous dresse le portrait d’une femme à la fois fascinante et horrifiante, rendant le récit d’autant plus fort.

    Un premier roman audacieux, où le fictif que l'on ne soupçonne pas se mêle à l'Histoire avec ingéniosité. Un premier roman où rien ne sonne faux. Où dès la première page, dès les premiers mots le lecteur démarre en apnée. Cette construction courte et fluide nous fait peser chaque détail, chaque important détail de la trame qui se dessine sous nos yeux. Et l’on est immédiatement happé par cette sombre période. Ces rêves qu’on piétine est un roman à la maîtrise incontestable. Pas étonnant qu’il est obtenu le prix Stanislas du premier roman et je pressens que ce ne sera pas le seul.
    Un des romans à découvrir absolument en cette rentrée.

  • 0.2

    La lente et sépulcrale colonne de ceux qui ne quitteront jamais l'enfer avance sous les coups alors que le IIIe Reich s'effondre dans la terreur qu'il a lui-même fait naître. Le cortège d'images qui surgissent dès les premières pages du roman de Sébastien Spitzer ne cesse de hanter la lecture toute entière. Un rouleau de cuir qui enferme la mémoire des camps se transmet d'un survivant éphémère à un autre comme le symbole dérisoire et héroïque d'une fragile victoire sur les bourreaux.
    Dans le bunker berlinois, les derniers dignitaires du régime se terrent autour de Hitler. Parmi eux, Magda Goebbels et ses enfants. Hautaine, arrogante, glaciale, forgée de haine et d'ambition, elle ressasse son ascension et sa conviction de laisser une trace dans l'Histoire, moins par l'influence qu'elle a pu avoir sur la politique des nazis que par le geste suprême qui - croit-elle - lui apportera la dimension mythique de Médée : le meurtre de ses propres enfants.

    J'ai commencé à lire ce roman avec une certaine appréhension. Magda Goebbels ? Pas vraiment envie de lire une biographie de cette femme. Et comment traiter un tel sujet par le biais de la fiction ? L'auteur résout cette question en mêlant faits réels et reconstruction romanesque. Mais, du coup, une autre question apparaît, malgré la postface explicative : où est le réel ? Où est la fiction ? Pour tout autre sujet cela ne m'aurait guère gênée, mais pour celui-ci je garde une réticence quant à ce mélange.

    Factuelle, l'écriture refuse le pathos et m'a mise dans une situation assez inconfortable finalement car cette froideur, cette absence d'émotion sont aussi celles qui caractérisent Magda Goebbels face au sort des victimes du nazisme. La mise en perspective entre la situation dans le bunker et celle d'Aimé, Judah, Richard, Ava... m'a semblé, par ailleurs, extrêmement perturbante.

    Pour moi c'est de toutes les questions qu'il soulève que le roman de Sébastien Spitzer tire une grande partie de sa force. Questions avec lesquelles le lecteur doit ensuite se débattre en acceptant de se laisser troubler, de laisser de côté ses préjugés et de s'aventurer dans les méandres ignobles d'une personnalité odieuse. La haine, la rancoeur, l'ambition, l'égocentrisme semblent être les uniques principes qui guident les choix de Magda. La qualifier de "monstre" comme on le fait usuellement ne résout rien mais apporte une sorte de soulagement qui dédouane de toute autre investigation. Le roman de Sébastien Spitzer nous enjoint à aller au-delà de cette détermination et à fouiller davantage : que cache cette "monstruosité" ? Quelle en est l'origine ? Faut-il la chercher dans la spécificité d'une époque, d'un moment dans l'Histoire, dans un contexte familial et social ? Quelles convictions, quels principes, quel cheminement de la pensée, quelle folie, peuvent-ils conduire au meurtre impassible de ses propres enfants et à l'envisager comme accomplissement d'un choix idéologique alors même que l'adhésion à cette idéologie est vacillante ? C'est peut-être le fanatisme qui est aussi interrogé par la manière dont l'auteur traite cette biographie fragmentaire et romancée d'une femme maudite.

    Je me rends compte en écrivant ces mots à quel point ce roman continue de me déranger autant par son thème que par la façon dont ce dernier est traité. Une telle déstabilisation est pourtant ce que j'attends, entre autres, de mes lectures. Malgré cela je ne peux affirmer que "Ces rêves qu'on piétine" est un coup de coeur pour moi. Mais je ne saurais démêler les causes de ma minuscule réserve.

  • 0.25

    http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2017/08/26/35586308.html

    Nous alternons entre le récit des derniers jours de Magda Goebbels, celui de la marche de la mort et les lettres d’un certain Richard Friedländer. Ce sont ces lettres qui font le lien entre Magda et ces survivants : elles sont en effet sauvées par une succession de personnages ayant vécu dans les camps afin de les donner à l’intéressée. Cette volonté de les transmettre coûte que coûte, au-delà de sa propre vie, montre la rage de témoigner de l’ignominie, de redonner vie aux hommes et aux femmes pris dans cette horreur. Ainsi, les êtres s’envolent mais les écrits restent.

    Magda Goebbels est peinte comme une femme avide de reconnaissance, de pouvoir. Elle ne semble attachée à rien d’autres : elle n’aime pas son mari et préfère son fils Harald né d’un premier mariage. Cette « Médée moderne », comme la surnomme Sébastien Spitzer, connu du grand public pour son suicide et le meurtre de ses six enfants, permet surtout de mettre en lumière ceux qui ont subi la folie qu’elle soutenait, au point de renier son propre père. Magda n’est pas une héroïne au sens romanesque du terme mais le révélateur d’une humanité sacrifiée sur l’autel de la folie et de la haine : ce sont les survivants et les morts qui sont les véritables héros. Cette humanité est matérialisée dans le roman par les visages d’Aimé, de Judah, de Fela et de la jeune Ava. On apprend à les connaître à un moment où ils auraient déjà dû n’être plus là. Ils ont vécu l’horreur, continuent même de la vivre, mais symbolisent aussi une forme d’espoir et d’avenir.

    Sébastien Spitzer a un talent certain pour raconter ces vies avec humanité et justesse. Certains propos et certaines scènes sont saisissantes de réalisme comme celle de la grange. Mais, le grand tour de force de l’auteur est d’avoir su distiller habilement la fiction dans les faits réels. Il brode le vraisemblable parmi la réalité historique. L’Histoire est véritablement au service de la fiction tout en jouant le rôle de « garde-fou » (pour reprendre le terme de l’auteur quand il explique sa démarche à la fin du roman). Une véritable claque !

  • 0.25

    Livre vraiment a lire pour tous car cela est réelle et très triste en même temps , du début jusqu a la fin a découvrir , si je ne le gagne pas je le note et je l achèterais car pour moi c est une lecture qui me passionne ....

  • 0.2

    Il y a l'Histoire que l'on apprend à l'école : les dates, les événements, les noms des hommes illustres et puis celle que l'on découvre plus tard lorsqu'un roman décide de la rendre vivante, d'incarner ces femmes et ces hommes qui ont fait l'Histoire, d'imaginer leurs pensées, leurs doutes, leurs souffrances et c'est précisément cela que Sébastien Spitzer réussit à merveille dans son premier roman : Ces rêves qu'on piétine.
    Les premières pages s'ouvrent sur une longue marche, une parmi tant d'autres, une marche de la mort… Terrible fin de guerre, la Seconde… « Des cohortes de guenilles maculées de mois de crasse, tiraillées par le manque. La faim, la soif, les proches, l'avenir. Des cadavres en mouvement. »
    Aimé marche. Il vient de Stöcken (Hanovre). Il porte un rouleau de cuir caché dans sa veste : « La mémoire des camps. Témoin écrit de leurs vies effacées. » Ce rouleau qui renferme des lettres et des témoignages sera le fil conducteur du roman, transformant les différents protagonistes en maillons d'une chaîne, chacun se relayant pour que la vérité soit sue et que rien ne soit oublié. Au bout de cette chaîne humaine, il y a une femme à qui sont destinées ces lettres, pauvres missives d'un père juif désespéré à sa fille qui jamais ne s'autorise à penser à lui. Cette fille se nomme Magda. Nom de famille : Goebbels.
    1945, c'est la fin de la guerre, Berlin est assiégée et les hauts dignitaires nazis se planquent au sein de leur bunker dans les jardins de la chancellerie du Reich. Ils ont compris que c'était fini : Magda et Joseph Goebbels sont là avec leurs six enfants Helga, Hildegarde, Helmut, Holdine, Hedwig, Heidrun. Sont présents aussi Eva Braun, Adolph Hitler, son secrétaire particulier Martin Bormann, un chargé des communications téléphoniques Rochus Misch, un médecin, le docteur Stumpfegger, du personnel administratif, des militaires, des cuisiniers et la chienne d'Hitler, Blondi… Enterrés sous une épaisse couche de béton…
    Sur les routes, les survivants des camps par milliers continuent d'avancer. Les nazis souhaiteraient les faire disparaître au plus vite afin que personne ne puisse témoigner... Certains tombent d'épuisement, d'autres sont fusillés ou brûlés dans des granges. Les corps sont au plus vite jetés dans des charniers. L'horreur des camps se poursuit sur les routes...
    Ava, née en camp au block 24-A, et sa mère luttent, elles n'en peuvent plus…
    Le récit de Sébastien Spitzer passe d'un groupe à l'autre : d'un côté les assassins, les bourreaux qui sentent que leur heure est venue, qu'elle est imminente et qui imaginent déjà la forme que cette mort va revêtir, de l'autre, une lutte de chaque seconde pour survivre. Triste contraste. Des deux côtés, pour des raisons évidemment bien différentes et non comparables, pauvre humanité...
    Dans le bunker, l'auteur s'intéresse surtout au personnage de Magda Goebbels dont il retrace l'existence. On la découvre alors qu'elle assiste au dernier concert du philharmonique organisé par son vieil ami Speer  et écoute le Crépuscule des dieux. Elle est rapidement conduite dans le bunker. La situation est incompréhensible pour elle. La fin du Reich : simplement impossible. Ce serait la fin d'un monde dont elle est la première dame, une reine « puissante et respectée », au fait de sa gloire, au paroxysme de son ascension sociale. Elle se croit au contraire « loin des croche-pieds du sort ». Quelque chose va se produire, la situation de l'Allemagne va s'inverser, forcément… Enfermée entre ses quatre murs de béton, elle pense à son destin que le lecteur découvre alors que cette femme fait le point sur sa vie.
    On n'imagine pas forcément qu'elle est née de la liaison d'une petite employée de maison avec son patron et qu'elle fut placée à Vilvorde dans un pensionnat religieux où étaient éduquées des jeunes filles de bonne famille. Déjà, dans ses pensées, on sent qu'elle en veut : « Chaque soir, dans ses prières, elle se jurait qu'elle serait différente, qu'elle porterait de beaux souliers, puis de belles robes, que son mari ferait la pluie et le beau temps, que des jardiniers passeraient le râteau chez elle et qu'elle n'aurait plus jamais à partager sa chambre, qu'il n'y aurait plus de promiscuité, de pensionnaires... »
    Une ambition démesurée, un goût du pouvoir sans limites, une volonté de se hisser au plus haut rang de la société, voilà ce qui caractérise Magda Goebbels. Coûte que coûte, quels que soient les moyens d'y parvenir, elle y arrivera. Rien ne pourra l'arrêter.
    Lorsque sa mère vient la voir au pensionnat, elle lui présente son nouveau compagnon, Monsieur Richard Friedländer, un riche commerçant juif qui l'élèvera comme sa fille.
    Après avoir eu une relation amoureuse avec Victor Arlosoroff, un jeune sioniste, frère d'une de ses amies, elle épousera Gunther Quandt, un riche industriel allemand dont elle aura un fils Harald. Mais elle divorcera une dizaine d'années plus tard.
    Puissamment attirée par le pouvoir et tout ce qui tourne autour, elle s'inscrit au Parti national-socialiste où elle rencontre Joseph Goebbels dont l'aura la fascine : « Il n'y avait plus d'orchestre, plus de micro sur l'estrade, qu'un vague murmure éteint, un contentement de foule dont la masse auparavant compacte se déchirait en lambeaux dans les gradins, aux étages, derrière et devant elle. Ils avaient aimé ça. Ils avaient aimé cette puissance. Le pouvoir d'un seul homme. Au-dessus. Au-dessus des autres. C'était sexuel. Absurde, aussi. Magda avait bien observé cet homme. Elle l'avait même envisagé. Pas lui. Mais ce qu'il incarnait. Celui qui restait droit quand les autres le buvaient. Celui qui faisait crier. Sa place à elle était là-haut. Au-dessus. Elle méritait l'estrade, la droite du chef. Elle aimait qu'on la regarde. Bientôt ce serait son tour… Qu'il était laid, sans la foule. Mais il y avait la foule. »
    Terrible portrait que celui de cette femme prête à se donner corps et âme à l'homme que l'Allemagne admire…
    Sur les routes, c'est la tragédie d'Aimé, de Judah, d'Ava et de sa mère Fela que nous suivons : la lutte de tous les instants pour échapper au pire, à la grange où ils sont parqués et que l'on brûle, à la course contre la mort, à la nécessité de vivre cachés, aux coups de feu que les paysans tirent par peur d'être attaqués et volés, à l'épuisement qui les guette. Peu de mots pour exprimer une telle souffrance… Fela porte un sac dont elle ne se séparerait pour rien au monde et qui contient des lettres...
    C'est avec beaucoup d'adresse et un immense travail de recherche que Sébastien Spitzer a su rendre vivants tous ces personnages de l'Histoire, les mettre en scène, nous permettant d'une certaine façon de mieux les approcher, de mieux les voir, à défaut de les comprendre - certains actes resteront à jamais incompréhensibles.
    J'ai dévoré ce texte, en ai apprécié l'écriture très rythmée et une construction assez habile créant de saisissants effets de contraste. J'ai bien sûr découvert des éléments historiques que je ne connaissais pas et qui m'ont littéralement stupéfiée. D'ailleurs, la puissance d'évocation de certaines scènes est telle que je ne les oublierai jamais.
    Terrible Histoire, terribles histoires, destins gâchés, rêves piétinés… Mais j'arrête là et vous laisse découvrir ce premier roman dont on va certainement beaucoup entendre parler...
    A lire absolument !

    Lire au lit : http://lireaulit.blogspot.fr/

  • 0.2

    La Seconde guerre mondiale continue de hanter les écrivains, qu’il s’agisse d’en faire le thème central de leur livre où en y intégrant cette période dans une fresque plus large. Historien de formation, Sébastien Spitzer a choisi pour son premier roman un angle bien particulier, celui des derniers jours du régime nazi, va à la fois du côté des vainqueurs (mais dans quel état !) et des vaincus (mais dans quel état !).
    Ava incarne la première catégorie. Cette toute jeune fille est née dans le bloc 24-A à Auschwitz d’une mère qui servait au divertissement de ses geôliers. Pour elle la vie dans le camp, mais aussi après avoir réussi à fuir, ne se limite qu’à une chose : survivre.
    En un contraste saisissant, la seconde catégorie est incarnée par Magda, une icône du régime: « Magda rajuste son chignon du plat de la main. Elle plisse ses yeux gris d’orage. Elle est un peu cernée. Redresse et gonfle sa poitrine, teutonique. Elle n’a jamais été la plus belle femme du pays, mais elle a de l’allure. Une beauté hors d’âge, imperméable. Magda se plaît encore. Elle lisse son tailleur sur ses hanches. »
    Très vite, le lecteur va comprendre que cette femme qui vient prendre ses quartiers dans le bunker berlinois d’Adolf Hitler au moment où la vie ville subit un bombardement en règle, n’est autre que l’épouse du ministre de la propagande nazie, Joseph Goebbels. Grâce à une construction astucieuse, le lecteur est invité à suivre successivement le destin de l’une et de l’autre. Le lien entre les deux récits, aussi inattendu qu’historiquement avéré s’appelle Richard Friedländer.
    Issu d’une famille de commerçants juifs berlinois, il est le père adoptif de Magda et l’une des victimes du plan d’épuration des juifs. Sébastien Spitzer nous offre de lire les lettres qu’il envoie à sa fille depuis le camp de concentration où il a été interné et où la mort l’attend. « Richard Friedländer a été. Il a lié son destin à celui de votre famille. Je suis Markus Yehuda Katz, fils de Salman et d’Olga Sternell. Et cette chaîne de mots, de moi, de nous, de noms infalsifiables, vous rattrapera, où que vous soyez. Il n’y aura pas d’oubli. Nous sommes le peuple qui doit durer, celui qu’on ne peut pas éteindre… Un jour, on se souviendra de lui comme de tous ceux qu’on a voulu faire disparaître, en vain. »
    Et même si ces lettres sont apocryphes, les faits qu’elles relatent sont tout autant documentés que les dernières heures du régime et qui prendre la dimension d’une tragédie grecque en faisant de Magda une Médée moderne, soucieuse de ne pas offrir à ses enfants les images de la capitulation. « Elle a porté beaucoup d’enfants. Sept en tout : Harald, Helga, Hildegarde, Helmut, Holdine, Hedwig, Heidrun. Les prénoms des six derniers commencent par un « H », à la gloire de ce régime qui a fait d’elle une grande dame. Celui aussi de Harald, son aîné, né quand rien n’était encore, avant le putsch de la Brasserie, avant les premiers faits divers qui feraient parler d’eux. Ses enfants servent la grande cause. La sienne, bien sûr, mais aussi celle de l’Allemagne tout entière. Ils seront sacrifiés. Ils tomberont avec elle. »
    Pendant ce temps, Ava tente de se relever. Elle fuit avec Judah qui a été raflé, embarqué brutalement avec son père, ses deux oncles et ses cousins.
    « Je n’ai même pas eu le temps de l’embrasser, dit-il.
    — Qui ça ? demande-t-elle.
    — Ma mère. Je n’ai pas pu l’embrasser! Les soldats nous ont tassés dans des trains pour la Pologne. Mon cousin est mort de froid, à côté de moi. C’était la première fois que je voyais un mort. Et il avait mon âge ! Sur le quai de l’arrivée, on a reçu d’autres coups. Olejak nous a sélectionnés, mon père et moi, pour son camp. Je suis devenu un homme au fond d’une mine. »
    Là encore, l’ironie de l’histoire vient confronter les deux destins. Les matières premières extraites dans les monts du Hartz par Judah et ses compagnons d’infortune feront la fortune de Harald, le fils de Magda, et de ses descendants. Après avoir produit les piles Varta pour l’armée du Führer, cer derniers possèdent aujourd’hui la plupart des actions du groupe BMW. La notion de vainqueur et de vaincu est donc toute relative, comme le montre ce roman qui va creuser dans l’âme des personnages les raisons qui les font agir, dans le paroxysme des situations leurs motivations les plus intimes. Un premier roman qui est d’abord un grand roman! http://urlz.fr/5JpL

  • 0.25

    "Un pas, une pierre, un chemin de poussière.
    Un printemps qui bourgeonne. Au fond bruit un torrent."

    1945. La fin de la guerre.
    Magda Goebbels est recluse avec ses six enfants dans le führerbunker, gélules de cyanure dans la poche.
    Après les avoir revêtus de robes blanches, elle n'attend que l'assaut final pour administrer à sa marmaille la potion fatale.
    Voici l'histoire romanesque de Magda Goebbels, délivrée par Sebastien Spitzer, journaliste et historien.
    Magda est la femme de Goebbels, bras droit d'Hitler, elle est née "enfant illégitime", élevée par un juif ", folle amoureuse d'un juif, idolâtrée par des millions d'allemands, elle deviendra la plus puissante femme du troisième Reich.
    En parallèle, Ava, petite enfant fragile et muette, née de la prostitution des camps, s'accroche à la vie et tient contre son cœur, dans un rouleau de cuir, les lettres de Richard Friedländer, raflé partis les premiers juifs, qui crie son amour à sa fille ; Magda.
    Ava avance avec les premiers "libérés des camps" sur ces routes longues, froides, et semées d'embûches jusqu'au jour où elle est recueillie par les "sauveurs américains".
    Au delà de ce roman, parfaitement construit, né d'un véritable travail d'historien et grâce à son talent de conteur, Sebastien Spitzer nous délivre une véritable histoire romanesque : l'histoire de Magda, fille de rien, devenue femme adulée par la société "à la mode du moment".
    Rien de manichéen dans ce roman... comme l'était cette guerre... et puis, à cette époque ... qui était blanc ? qui était noir ?
    Dès les premiers pages, la narration des "libérés des camps" marchant sur les routes, encore sous le joug de leurs bourreaux, est totalement bouleversante de réalisme.
    Quel talent d'écriture !
    Ce livre est poignant, percutant, dérangeant.
    Le style de Sebastien Spitzer est affûté , sans pathos, d'une finesse absolue.
    Le rythme est haletant... comme la marche terrible de ces migrants fuyant les camps.
    Des phrases courtes et aiguisées pour une histoire qui vous fera peut-être verser des larmes.

  • 0.25

    https://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2017/08/ces-reves-quon-pietine-de-sebastien.html

    Le récit s'ouvre sur un sinistre défilé d'anciens prisonniers qui va conduire la majorité de ces pauvres malheureux vers l'horreur. Pendant ce temps-là Magda Goebbels, première dame du Reich, modèle de millions de femmes dans le monde, assiste à la dernière du Philharmonique pour ensuite rejoindre le bunker du Führer où se sont réfugiés ceux qui restent du Reich. Magda se terre dans ce bunker infesté de rats avec son mari et ses 6 enfants (dont le prénom commence tous par un H en hommage à l'oncle Adolf), elle est sans nouvelles de son fils ainé Harald, prisonnier de guerre depuis trois mois. C'est une pondeuse d'enfants qui ne soucie d'eux que pour les mettre en scène pour les besoins de la propagande nazie. La peur a changé de camp, en effet nous sommes en avril 45 et Berlin est assiégé, sous les bombardements des alliés qui progressent. Les nazis sont dans la crainte que des détenus survivants témoignent...

    Parmi les prisonniers qui cheminent à travers forêts, champs de morts et échappent aux fouets et aux morsures des chiens, se trouvent Aimé, Judah, Fela et sa fille Ava, petite fille de 3 ans qui ne parle pas. "Des morts-vivants qui crèvent à petit feu". Rapidement la petite Ava se retrouve dépositaire d'une tragique mémoire : dans un rouleau de cuir récupéré auprès d'un de ses compagnons d'infortune, se trouvent les lettres d'un père à sa fille. Il s'agit de Richard Friedländer, un fourreur raflé parmi les premiers juifs qui se heurte au silence de sa fille, Magda Goebbels, qui aurait pu le sauver… Ava ne lâche jamais sa besace et ce précieux rouleau témoin des années de camp qui renferme également les témoignages écrits par des dizaines de mains, sous la forme de lettres, dessins, notes griffonnées. Une chaine de mots et de noms...

    L'auteur dévoile peu à peu par de nombreux flash-back le passé de Magda, petite fille pauvre, enfant naturelle non reconnue élevée par des religieuses qui, par revanche sur son passé, va montrer une ambition démesurée, une fascination pour le pouvoir qui l'a menée jusqu'aux plus hautes marches du pouvoir. Une femme complètement insondable même aux dernières heures du régime nazi. Il évoque son couple avec Goebbels, ministre de la Propagande nazie et le pacte sur lequel repose leur union . "Un front commun autour du Maitre".

    Ce premier roman qui dévoile les destins croisés d’une petite fille survivante de l'enfer des camps et de Magda Goebbels est très documenté et très bien rythmé avec des phrases courtes saccadées et percutantes pour certains passages insoutenables. Ces destins sont passionnants mais pour moi l'originalité et la force de ce roman tiennent à l'idée du rouleau de cuir (seul élément inventé dans le récit) et à l'insertion tout au long du texte des extraits de lettres qu'il renferme. Les mots que Sébastien Spitzer met sous la plume du père de Magda sont d'une force inouïe. Les cris d'un père à sa fille silencieuse « Ce monde que tu veux faire disparaître, c’est le nôtre et c’est le tien. Tu es le pire mensonge du siècle » et les derniers mots de Fela « Nous porterons ces lettres jusqu’à toi Magda Goebbels, fille de Friedländer. Nous te tuerons de nos morts" sont inoubliables.

    Une construction parfaite, un style enlevé, des mots justes, un sujet passionnant et parfaitement maitrisé, une fin époustouflante avec une narration où les histoires de Magda et d’Ava s’entremêlent rendent ce roman tout simplement parfait à mes yeux. Je ne trouve pas de mot assez fort pour qualifier ce récit au titre magnifique qui va certainement m'habiter longtemps. Un grand bravo à Sébastien Spitzer qui dit avoir pour ambition de "Flirter du mieux possible avec le vraisemblable pour imaginer le reste, tout ce que l’Histoire néglige"

    Ces rêves qu’on piétine fait partie des cinq finalistes du prix du roman FNAC et des 10 premiers romans sélectionnés pour le prix Stanislas du premier roman. Nul doute qu'il apparaitra dans d'autres sélections de prix littéraires de la rentrée et qu'on entendra beaucoup parler de ce roman.

  • 0.15

    Ce premier roman de Sébastien Spitzer nous fait découvrir l'irrésistible ascension de Mme Goebbels, du fond du bunker le plus célèbre des livres d'histoire où, entourée des pires icônes du nazisme, prête à mourir avec le Reich elle refait le match de sa pitoyable ambition et de ses lourds secrets. Dans ce même Empire cauchemardesque et en parallèle, des prisonniers rescapés des camps qui fuient dans la débâcle, tentent d'échapper à la population et aux officiers nazis, qui rivalisent d'imagination et d'horreur pour les comptabiliser dans une solution finale mise à mal par l'armée russe et les alliés en cette fin de conflit.
    Que l'on ne s'y fie pas, malgré un titre et une couverture repoussoirs, ce roman est brillamment construit et très bien écrit. Des phrases courtes, justes, autant de flèches affûtées qui atteignent leur cible. La lecture en est soutenue, passionnée par ce montage alterné qui fait naitre des personnages et en disparaitre d’autres dans ces allers-retours plutôt réussis. La passerelle entre les deux mondes, celui de Magda Goebbels à Berlin et le parcours des prisonniers traqués dans la campagne allemande, seront des lettres écrites dans un camp de la mort et éclairant la personnalité de la Reine du Reich. Ces lettres d’outre tombe relayées par des passeurs fantomatiques, posent l’éternelle question d’où se love le mal et quel est son origine et son moteur. Fidèle à l’histoire et ses images d’horreur, Spitzer déroule méthodiquement son argument. Au massacre de rescapés enfermés dans une grange incendiée par les habitants d’un village allemand, fait écho l’empoisonnement des enfants Goebbels par leur propre mère dans le bunker-cimetière des derniers représentants du régime nazi. Le récit en ce sens confirme que le mal joue de la métastase d’une façon inattendue, surprenante, profondément humaine tel que le décrivait Hannah Arendt ou encore Primo Levi et Georges Semprun dans leurs témoignages magistraux.
    Si toute la réflexion de Magda Goebbels sur sa vie et la traque des prisonniers constituent les moments les plus forts de ce roman, on peut tout de même remarquer un essoufflement du récit qui se disperse quelque peu dans la dernière partie « américaine », voulant sans doute réussir le cross-over entre les deux mondes, mais qui peut-être trop romanesque, avec une volonté trop évidente de sauver l’image de la nature humaine, affaiblit la rigueur jusque-là respectée par l’auteur.
    Tout de même une belle surprise pour cette rentrée littéraire.

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