Au point d'effusion des égouts

Couverture du livre « Au point d'effusion des égouts » de Quentin Mouron aux éditions Olivier Morattel
  • Nombre de page : 144
  • Collection : (non disponible)
  • Genre : Littérature française Romans Nouvelles Correspondance
Résumé:

Roman d'aventure au sens le plus général du terme - aventure amoureuse, sociale, existentielle. Tendre et profond, drôle et sombre, ce livre présente les pérégrinations d'un jeune homme d'à peine vingt ans "tombé du ciel" dans la mégalopole de Los Angeles.
Avec ce premier effort,... Lire la suite

Roman d'aventure au sens le plus général du terme - aventure amoureuse, sociale, existentielle. Tendre et profond, drôle et sombre, ce livre présente les pérégrinations d'un jeune homme d'à peine vingt ans "tombé du ciel" dans la mégalopole de Los Angeles.
Avec ce premier effort, Quentin Mouron offre une vision neuve et décomplexée de l'Amérique d'aujourd'hui, après que les fards du rêve américain ont achevé de se dissoudre.
Au point d'effusion des égouts est porté par le style unique et résolument novateur de l'auteur, par sa rythmique implacable, et sa puissance d'évocation renvoyant parfois à de la poésie en prose.
Il d'agit du premier livre de Quentin Mouron qui a été jusqu'à maintenant uniquement publié en Suisse francophone où il a obtenu un immense succès commercial et critique !

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Le courrier des auteurs

Quentin Mouron répond à nos questions ! (10/01/2012)

1) Qui êtes-vous ? ! Quentin Mouron. Né à Lausanne en 1989. Et plus tard, a vécu entre les continents américains et européens, en grand écart. Aujourd'hui - provisoirement - domicilié en Suisse. 2) Quel est le thème central de ce livre ? On aimerait dire la côte Ouest, ou l'amour, ou les travers du monde contemporain. Moi je préfère dire que c'est le spectacle, le mensonge - tout ce qu'on fait pour se hisser à l'existence. Ce qui n'exclut ni l'amour, ni les États-Unis. 3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ? «Je ne suis pas réactionnaire : je suis à l'aise dans mon époque. C'est avec l'espace que j'ai des déconvenues.» 4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ? «Olé», de John Coltrane. 5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ? Le livre est déjà en soi, un partage ! Je me suis pas mal saigné déjà... C'est au lecteur de partager quelque chose avec moi. François d'Assise coupe son manteau qu'une fois !

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    C'est dans l'air, ces phrases anodines, pour insinuer que tout a été dit, que tout a été écrit et qu'à ce bon compte, autant relire les textes fondateurs, les vieux classiques, les immortels, bref, ceux qui font l'unanimité ou presque. Pas d'embrouilles avec les amis de plume, les appréciations de style ou l'ordre des choses. Seulement voilà, je me sens un peu comme Georges Perros : dans «L'occupation et autres textes», il note : «Vous me conseillez quelquefois, pour me calmer, la lecture des Anciens. Oui, bien sûr. Mais je suis avec les vivants. Bon gré, mal gré». Plus loin, il ajoute : «Bien écrire, ça ne veut rien dire. Aujourd'hui on ne peut souhaiter que la rupture totale. Ce n'est pas facile. Il ne faut pas le faire exprès, mais le vivre. Ce que j'aime chez un écrivain, c'est ce qui lui échappe.»

    Ce lien entre un auteur devenu ancien et un moderne, me saute aux yeux après avoir achevé la lecture de Au point d'effusion des égouts, premier roman formidable d'un jeune écrivain canado-suisse de 22 ans, Quentin Mouron, qui doit son titre à une phrase d'Antonin Artaud. Il nous entraîne dans un road movie à travers les States qui, dans la tête de ce découvreur «à couteaux tirés avec la réalité», absorbe le quotidien, l'imaginaire des autres, les paysages à grande vitesse - on pense à «Nord», d'un certain Louis-Ferdinand Céline - et cela avec une virtuosité de vieux baroudeur : «J'avais fait en partant le pari fou de m'envoler. Depuis tout en bas du soleil. Me chauffer au point le plus élevé de la solitude, plus haut que le brouillard des foules - qu'une vie entière ne suffise pas à redescendre.»

    De Los Angeles à Las Vegas, en passant par Trona, la Death Valley et Beatty, il nous brosse un portrait souvent pathétique, terrifiant et sans fard de ses lieux de passage, dont Los Angeles, où tout a commencé : «C'est la Cité des anges, c'est entendu. Mais des anges poussiéreux, noirs à l'os - et qui tombent à grosse grêle sur le dur des trottoirs. (...) C'est une poupée russe qui termine sur le vide. Un précipice vertigineux qu'on est forcé d'affronter quand on a pris la ville à bras et qu'on a fait jaillir tous ses spectacles les uns des autres - et qu'il ne nous reste dans la paume que le souvenir de l'illusion.»

    Quentin Mouron n'est pas plus tendre avec Pasadena - un petit satellite universitaire «qui suit en moutonnant les révolutions qui lui échappent - ou Las Vegas : Des centaines d'hystéries qui se tissaient sous chaque enseigne, des pâmoisons. Je les voyais. Le long des rues. Titubant. (...) Les casinos sont des chapelles énormes, des variations de culte en l'honneur d'un même Dieu dans les pince-fesses saturés d'encens et de vapeurs de con. Les croyants ont toujours à vêpres une foi d'enfer et un moral de plomb. Il n'y a que le matin qu'ils pleurent un peu, quand ils ont des confettis dans les cheveux, et des petits miracles séchés au coin des yeux.»

    Dans ces décors un peu felliniens - entre «Il Bidone» et «I Vitelloni» - l'un des points culminants du roman se situe à Trona, un bled au milieu de nulle part - «où à seize ans vous êtes trop vieux pour qu'on s'occupe de vous» - concentré d'horreur, de désespoir et de féroce humour : «L'église de Trona, c'est un bunker. Un cube de tôle. Une croix dessus. Aucun vitrail, aucune fenêtre ! Qu'une très grande porte rouillée qui hurle sur ses gonds. Aucun parvis. De la poussière. Le milieu du désert. Au bord d'un lac séché depuis deux siècles. Le sable qui grimpe en haut des murs... Et des grillages autour... L'intimité des fidèles... Avec des barbelés ! C'est pas à rire... Je n'y ai vu personne. Aucune messe. Aucun psaume. Un container rouillé - sans fenêtres, sans fidèles - sans bon Dieu. J'ai essayé d'imaginer le prêtre... S'il y croyait encore ? Ce qu'il pouvait leur dire ? L'audience ? Quelques vieillards qui viennent prendre un ticket... Au cas où. (...) J'ai entendu dire qu'il avait volé la banderole d'un supermarché pour la coller sur la façade de l'église : ouvert le dimanche ! Les fidèles sont revenus voir... On a déposé plainte. Il avait depuis tenté toutes sortes de ruses... Bénir les billets de loterie, les pick-up, les boîtes de conserve, la benzine ! Un voisin l'a vu imposer les mains sur le jerricane d'un motard stoppé là par hasard.»

    L'accent se fait plus tendre, candide et lucide à la fois quand il évoque ses rencontres de passage dont Laura, touchant fil conducteur de ce périple défricheur qui ressemble à une éducation sentimentale et le fait trébucher d'amour : «Elle avait l'air d'un prisonnier qui tend le cou pour de l'air frais, et que la mer, même par temps gris, fascine et attire.»

    Parti peut-être aux États-Unis pour ne jamais en revenir, comme beaucoup d'autres, il reviendra de son rêve américain au pays, meurtri, égaré, grandi, décrivant judicieusement le contraste entre la folie au loin et la sagesse ici ; le parfum de liberté, de tolérance à l'originalité là-bas et le conformisme ambiant de sa patrie, dont il ne veut plus : «J'ai perdu. Je suis rentré. D'un voyage c'est le retour qui vous claque à la gueule. Quand après avoir léché les grands ciels du bout du monde, vous tombez de l'avion - boum - au giron des familles. Vous vous apercevez que les visages n'ont pas changé, les mêmes rides, les rictus, le papier-peint de la cuisine... Les mêmes mots, les mêmes meubles, la moquette, les mêmes blagues. Le chat. Les odeurs. La cage jaune du canari. Les maladies. Et le carrelage fendu, les fissures, les mêmes bruits... Vous n'êtes plus certain de quand vous êtes parti, ni d'être vraiment parti. (...) Eux ne remarquent pas que leur réel n'a aucun sens pour nous. Précisément parce que ce qu'ils appellent réalité, n'en est qu'un répugnant flambeau, et que leur vie se situe dans un contournement de la vie même. (...) J'atteste que je n'irai pas embellir leurs égouts.»

    Avec ses musiques du bout du monde qui le font frissonner, Quentin Mouron, écorché vif bourré de talent et de sensibilité, me ramène à Georges Perros qui s'interrogeait sur le sens de la lecture et de l'écriture : «Aimer la littérature, c'est être persuadé qu'il y a toujours une phrase écrite qui nous re-donnera le goût de vivre, si souvent en défaut à écouter les hommes. Soi-même, entre autres.»

    Qu'il s'en souvienne, Quentin Mouron ! Il faut vraiment lire Au point d'effusion des égouts : vous n'en sortirez pas indemne ou blanchi, mais gonflé comme la voile d'un trois-mâts qui nous aspire vers un ailleurs possible et assouplit nos artères saturées de cholestérol...

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