Chanson douce

Couverture du livre « Chanson douce » de Leila Slimani aux éditions Gallimard

4.1

90 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Gallimard
  • EAN : 9782070196678
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
  • Nombre de page : 226
  • Collection : Blanche
  • Genre : Littérature française Romans Nouvelles Correspondance
Résumé:

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe... Lire la suite

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

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  • 0.2

    Cela aurait pu être un polar, un thriller insoutenable mais Leïla Slimani, auteure déjà de "Dans le jardin de l’ogre", a choisi de tout révéler dès les premières pages de son second roman pour nous emmener ensuite sur les pas cette Louise, petite femme blonde, chétive mais dotée d’une force physique surprenante afin d’essayer d’expliquer l’incompréhensible.

    Dans ce bel immeuble, rue d’Hauteville (5ème arrondissement), où habitent Paul et Myriam Massé, le drame a eu lieu : Adam, leur bébé, est mort et Mila, sa sœur aînée, va succomber tandis que «… l’autre… il a fallu la sauver… Elle n’a pas su mourir. La mort, elle n’a su que la donner. » Cette autre, c’est la nounou, celle qui savait si bien s’occuper des enfants, de l’appartement et qui chantait une Chanson douce…
    Myriam s’était bien occupée de Mila, « chétive et criarde » puis, alors que sa fille avait un an et demi, elle a été enceinte d’Adam. Dès sa naissance, c’est devenu trop lourd pour la maman qui est avocate et rêve de se donner entièrement à son métier. Quant à Paul, assistant son pour un studio d’enregistrement, il passe beaucoup d’heures à son travail et finit tard la nuit.
    Tout a été bien organisé pour recruter la nounou idéale : trente minutes d’entretien pour chacune, un samedi après-midi. Gigi, à peine 50 ans ne plaît pas. Grace, ivoirienne souriante mais sans papiers non plus comme Caroline, blonde, obèse aux cheveux sales, et Malika, marocaine qui a pourtant vingt ans de métier. Myriam ne veut pas de maghrébine.
    Quand Louise se présente, c’est un véritable coup de foudre amoureux. Elle vit seule depuis la mort de son mari et sa fille, Stéphanie, a déjà 20 ans : « Son visage est une mer paisible, dont personne ne pourrait soupçonner les abysses. » De plus, de précédents employeurs ne font que des compliments sur elle.
    Le retour en arrière est donc lancé pour nous permettre de comprendre tout le poids que porte Louise. Sa fille lui a causé beaucoup de problèmes et son mari, à son décès, lui a laissé d’énormes dettes. Elle habite Créteil et voudrait rester dans cet appartement où elle s’occupe de tout. La famille l’emmène même en vacances à Athènes puis sur l’île de Sifnos, dans la mer Égée : « Une beauté pure, simple, évidente. Une beauté à la portée de tous les cœurs. » C’est pourtant là-bas que les premiers signes inquiétants se manifestent.
    Tout se dégrade. La relation avec Paul et Myriam n’est plus bonne. Louise est très économe et cela ne plaît pas au couple qui gaspille trop facilement. Ici, l’on sent bien que l’auteure tente d’accumuler un maximum de preuves de la folie de sa meurtrière qui sombre un temps dans « une mélancolie délirante » puis reprend son travail.
    Quand Louise se met en tête de voir venir un troisième enfant dans la petite famille au point d’imaginer une sortie en soirée dans Paris, avec les enfants, c’est beaucoup trop. Paul et Myriam n’ont pas besoin d’elle pour faire l’amour et il est possible qu’ils aient entendu parler de contraception…

    Chanson douce reste un roman très bien écrit, bien mené mais ce Prix Goncourt, nous l’aurions personnellement attribué à "Règne animal" de Jean-Baptiste Del Amo, présent dans les huit finalistes, roman qui a peut-être payé le prix d’être trop dérangeant pour notre société de consommation… mais qui vient finalement d'obtenir le Prix du Livre Inter.

  • 0.15

    J'ai lu ce livre en janvier 2017. Voilà je me confesse enfin !

    Mon avis est un parmi tant d'autres puisque ce roman a obtenu le Graal des prix littéraires 2016 : le Goncourt !

    Alors à la limite, mon avis ou pas mon avis ça n'aurait rien changé ;) ou encore comme dirait ma fille "si j'ai pas envie, j'ai pas envie"...

    Mais quand même, il faut que je vous dise : ce livre fait peur aux mamans et surement aussi aux papas mais là je ne peux pas parler pour eux !

    Ce roman fait peur parce qu'il met en scène ce que chaque parent cache dans un coin de sa tête quand il part en laissant son enfant, avec entre autres et pas forcément dans l'ordre :

    * la culpabilité

    * la peur

    * l'angoisse

    Les chapitres sont courts alors le rythme est intense et il embarque au passage toutes nos certitudes et de là naît ce doute : ai-je choisi la bonne personne pour s'occuper de mon enfant ?

    Commencer le récit en donnant tout de suite l'issue (qu'on imagine déjà en lisant la 4ème de couverture) c'est osé ! Le lecteur pourrait s'arrêter là et se dire qu'il a tout lu et qu'il n'y a pas d'originalité dans le texte.

    Il n'en est rien car l'émotion est tout de suite présente mais ensuite on "relâche" un peu pour passer aux faits et comprendre comment c'est arrivé.

    J'ai aimé le travail sur la psychologie des personnages et sur les sujets évoqués par Leïla Slimani. Il est notamment question du retour au travail d'une femme après avoir passé du temps à élever ses enfants. C'est un phénomène de société qui évolue et se modifie pour permettre aux femmes de pouvoir aussi faire carrière mais dans les foyers, comment ça se passe réellement, quel est le poids de la "culpabilité" au moment de revenir au travail et devoir laisser le ou les enfants en garde ?

    L'attachement à cette personne extérieure à la famille est aussi un sujet profondément abordé. Il ne s'agit pas de devoir choisir un employé pour une entreprise "classique", il s'agit de mettre en présence des sentiments plus ou moins forts, plus ou moins sincères. Il existe un contrat entre la famille et cette personne mais est-il plus moral ? financier ?

    C'est une lecture qui marque énormément et qui laisse les discussions ouvertes. Les mots sont restés et surtout les émotions sont présentes même quelques mois après ma lecture.

    A l'heure où les faits divers sont nombreux et touchent beaucoup les enfants, ce livre est percutant et met le doigt sur un rouage qu'on estime mal, jusqu'où vont les limites de l'Humain ?

  • 0.2

    Le ton est donné et la fin dévoilée dès les premiers mots. Pourtant tout ressemble à une histoire somme toute assez banale, celle d’un couple, Myriam et Paul, heureux parents de deux jeunes enfants. Lorsque Myriam décide de reprendre son activité professionnelle, Paul émet quelques réticences, en vain, son épouse étant bel et bien décidée à rejoindre un cabinet d’avocats.
    Ils doivent donc trouver une solution pour les enfants et se lancent dans la recherche et le recrutement de leur future nounou. Exigeants et intransigeants, ils finissent par embauche Louise. Cette dernière a tout de la nounou parfaite : les enfants, la maison, les repas… tous les critères qui lui permettent de se frayer un chemin et de s’installer au sein du foyer.
    Louise gagne rapidement la confiance des parents et l’affection des enfants. De fil en aiguille, elle se rend indispensable, au point de faire partie de la famille, de partir avec eux en vacances. Et puis, avec le temps, la face cachée de cette femme se dévoile, ses problèmes refont surface, sa folie… et là, tout bascule. Elle n’est plus la même, le couple doute, puis la confiance laisse la place à la méfiance… jusqu’à la tragédie qui les frappe et les anéantit…
    Les premières pages nous happent de suite, sans qu’on s’en aperçoive. Leïla Slimani s’accapare le personnage de la nounou, dont elle mène la description et la vie du bout de sa plume, méthodiquement, finement et sans complexe ; elle nous la présente comme elle apparait et comme elle veut se faire connaitre… Et puis elle creuse, elle nous la « livre ». On s’attache à cette famille. On s’interroge, on ne cesse de se dire « mais pourquoi ? ». Au point d’en arriver à la fin et de relire le début, les trois toutes premières pages… Prix Goncourt et Prix des Lectrices Elle, Leïla Slimani mène la danse et nous livre ici un roman, qui pourrait être classé dans les thrillers, maîtrisant sa montée en puissance et son suspens. A lire, indéniablement.
    https://littelecture.wordpress.com/2017/06/11/chanson-douce-de-leila-slimani/

  • 0.2

    Les faits sont exposés, le lecteur n’a pas à chercher l’assassin qui est immédiatement (et à juste titre) désigné : la nounou. Stupeur ! Que s’est-il passé ? D’un fait divers récent des beaux quartiers de Manhattan, Leïla Slimani nous emporte dans un récit qui colle parfaitement à notre folle époque.

    Nous sommes dans le 10ème arrondissement de Paris, chez Myriam et Paul, jeunes trentenaires aux abois de leur vie d’adulte : le temps est venu de trouver un modus vivendi avec leurs très jeunes enfants. Myriam est fatiguée et blasée de la vie passée aux côtés de ses jeunes pousses : elle veut retrouver sa vie professionnelle. Myriam est avocate, pleine d’ambition, et son mari, bien que frileux, ne saurait la retenir. Myriam et Paul cherchent alors une nounou : « Pas de sans-papiers, on est d’accord ? Pour la femme de ménage ou le peintre, ça ne me dérange pas. Il faut bien que ces gens travaillent, mais pour garder les petits, c’est trop dangereux. » Tout est dit : la mécanique des petits arrangements entre amis, pétris de préjugés et de croyances bien fondées, pleine de fausse générosité et d’ironie, se met en place.

    Comme une chanson douce, la berceuse du quotidien de ce couple s’installe et glisse implacablement. Et leur routine n’est pas sympathique à explorer : Myriam et Paul ont-ils désiré cette vie là ? La nounou entre en scène : c’est Louise, veuve cinquantenaire, elle-même mère d’une jeune adulte, seul le lecteur aura les détails de sa vie de banlieusarde rugueuse et soumise à de nombreuses violences physiques et psychologiques. Qui cela intéresse t’il ? Sûrement pas Myriam et Paul qui ne s’en soucient pas. Le virus se propage : Louise s’installe progressivement chez eux et devance tous leurs besoins : « La nounou est comme ces silhouettes qui, au théâtre, déplacent dans le noir le décor de la scène. (...) C'est elle qui tient les fils transparents sans lesquels la magie ne peut pas advenir. (...) Elle est la louve à la mamelle de qui ils viennent boire, le source infaillible de leur bonheur familial.

    Louise maniaque, trop propre sur elle pour être vrai. Une somme de détails dérange Myriam et Paul puis, rapidement, est remisée : Louise est si arrangeante que les grains de sable ne viendraient troubler leur paisible et étroite petite vie. Paul, dans un moment de lucidité, souhaite congédier la nourrice ? Il n’en est pas question : elle est bien présente, attachée aux enfants comme aux parents, soumise à leurs caprices, elle comble vide et carences et imprègne totalement leur intimité. Mélancolie délirante ? La description clinique, très bien documentée par l’auteure, liée à un dur constat posé sur notre société moderne, à l’aliénation possible des parents à leur nounou et l’ambivalence vécue par les mères, l’isolement dont chacun est responsable, le mépris de classes (ce terme devrait-il encore exister ?) de l’employeur vers l’employé, le rejet de l’Autre, poussent peu à peu le lecteur vers l’inéluctable.

    La subtilité réside dans le fait que Leïla Slimani garde jusqu’au point final le même féroce équilibre dans son récit. Elle n’est pas prise dans l’émotion de ses personnages : elle est Louise qui avance et à qui personne ne s’intéresse exceptée Wafa (une autre nourrice rencontrée au square et qui lui tend la main). Louise sans amour et sans affection. Louise qui, emportée dans un dernier délire, ne peut supporter la double perte prochaine de son toit et de son emploi. Louise sans avenir, sans dignité, Louise qui touche le fond et ne sait se raccrocher qu’à une seule idée : un 3ème enfant pour Myriam et Paul. Oui, mais … Une fable dérangeante car au plus proche de la réalité. Ce couple, peu joyeux et dénué de complicité, ne saurait être (trop) jugé. Happés et aveuglés par leurs besoins individuelles au bénéfice de la folie d’un tiers ! Une chanson douce que vous n’êtes pas prêts d’oublier.

  • 0.25

    http://contemplerlesvivants.blogspot.fr/2016/11/jai-lu-chanson-douce-de-leila-slimani.html

    "Nous ne serons heureux, se dit-elle alors, que lorsque nous n'aurons plus besoin les uns des autres. Quand nous pourrons vivre une vie à nous, une vie qui nous appartienne, qui ne regarde pas les autres. Quand nous serons libres."


    On découvre dès les premières pages Myriam et Paul, un jeune couple parisien. Ils ont deux enfants, Mila et Adam. A la naissance de Mila, Myriam a abandonné la carrière qui s'offrait à elle pour s'occuper de sa fille. Ils ont ensuite eu Adam rapidement, et Myriam n'a pas repris le travail. Mais la vie de mère au foyer qui paraissait tellement l'épanouir au début finit par l'épuiser ; une rencontre avec un ancien collègue de promotion, qui lui offre de s'associer à son cabinet d'avocats, l'enchante et elle décide de reprendre le travail, malgré les réticences de son mari. Dès lors, il faut trouver une nounou...
    "Pas de sans-papiers [...] pas trop vieille, pas voilée, et pas fumeuse. L'important, c'est qu'elle soit vive et disponible." Paul et Myriam établissent ainsi leurs critères. Une amie du couple leur conseille également une nounou qui n'ait pas d'enfant, pour pouvoir être plus disponible en soirée.

    C'est lors d'un après-midi d'entretiens avec les candidates que le couple rencontre Louise : "une évidence. Comme un coup de foudre amoureux." Elle se présente comme veuve, avec une grande fille de 20 ans. Elle a longtemps été la nounou de deux garçons, dont la maman, contactée par téléphone, ne tarit pas d'éloges sur Louise. Elle semble la candidate idéale, et même les enfants paraissent immédiatement conquis par Louise.
    Et, en effet, les premiers temps ressemblent à un conte de fées : Louise s'occupe parfaitement des deux enfants qui l'adorent, Myriam s'épanouit dans son travail, la maison de disques que dirige Paul commence à monter. Ils se retrouvent en tant que couple. Car Louise ne se contente pas de s'occuper des enfants : elle fait le ménage, la cuisine, reprise les vêtements, recoud les boutons, répare les jouets cassés... Louise est là tôt le matin, rechigne à partir le soir. Louise est là dès que Myriam et Paul ont besoin d'elle, silencieuse, discrète, infaillible. Très vite, sans qu'aucun des deux parties ne semble vraiment s'en rendre compte, une interdépendance s'installe. Louise semble indispensable à l'équilibre de la petite famille, tout comme celle-ci est indispensable à la survie de Louise.

    "Elle a l'intime conviction à présent, la conviction brûlante et douloureuse que son bonheur leur appartient. Qu'elle est à eux et qu'ils sont à elle."

    Car ce que tout le monde ignore, c'est que le mari de Louise, Jacques, était un violent qui l'humiliait et ne lui a laissé que des dettes, et que sa fille, Stéphanie, adolescente rebelle, a un jour quitté la maison pour ne plus jamais revenir. Ce que tout le monde ignore, c'est la solitude de Louise, qui n'a personne au monde en dehors de ses employeurs et des enfants qu'elle garde, et qui vit dans un taudis qu'elle parvient à peine à payer.

    Le rêve éveillé dure ainsi un certain temps, au fil duquel s'installe une relation complexe entre les employeurs et leurs employés, mêlant la lutte des classes, la domination et la dépendance.
    Plus le temps passe, plus Louise semble s'installer dans la vie de Paul et Myriam. Lorsqu'ils partent en Grèce, ils n'envisagent pas de laisser Louise derrière eux et elle embarque sur le bateau avec eux.
    Il y a des pauses cependant, comme ces vacances à la montagne durant lesquelles Paul se sent "libéré d'un poids", sans comprendre lequel.
    Du côté de Louise, les absences du couple sont vécues comme un véritable drame : elle passe un peu de temps avec Wafa, une autre nounou avec laquelle elle a sympathisé, mais se limite la plupart du temps à errer dans les rues sans parvenir à s'occuper.
    Au retour de Paul et Myriam, une mauvaise surprise l'attend : les impôts ont envoyé une lettre chez ses employeurs pour les prévenir qu'ils allaient saisir le salaire de Louise à cause de ses dettes. Il y aurait eu là une possibilité de s'intéresser à Louise, à ses difficultés, de comprendre sa misère. Mais pour Paul et Myriam, c'est une occasion de plus d'asseoir leur supériorité (sans qu'ils s'en rendent vraiment compte pourtant, pensant agir comme il le faut) : ils se contentent de faire la morale à Louise en lui reprochant sa "négligence".
    Ils pensent l'affaire réglée, mais ce n'est que le début de la descente aux enfers.
    Les petites manies de Louise (tout ranger, tout garder, tout réparer) virent vite à l'obsession, elle refuse que les enfants jettent ou gaspillent la moindre chose, les oblige à racler les pots de yaourts ou à ronger la carcasse du poulet, qu'elle nettoie ensuite afin de l'exposer aux yeux de Myriam lors d'une scène particulièrement glaçante.

    "Bien sûr, il suffirait d'y mettre fin, de tout arrêter là. Mais Louise a les clés de chez eux, elle sait tout, elle s'est incrustée dans leur vie si profondément qu'elle semble maintenant impossible à déloger. Ils la repousseront et elle reviendra. Ils feront leurs adieux et elle cognera contre la porte, elle rentrera quand même, elle sera menaçante, comme un amant blessé."

    Le climat anxiogène s'installe alors, l'étau semble se refermer petit à petit sur les personnages, et, dès lors, le drame final semble inévitable. Tout le monde le sait je suppose, et quand bien même il suffit de lire les première pages pour l'apprendre (le roman débutant par la fin), Chanson douce est en fait l'histoire d'un infanticide.
    Loin de justifier ce crime atroce, ce roman montre très bien en revanche comment certaines situations poussent certaines personnes à des actes extrêmes (on l'apprendra tardivement mais on le devine rapidement, Louise a un passé psychiatrique). Le roman m'a ainsi clairement rappelé le film de Joachim Lafosse "A perdre la raison", l'histoire d'une mère qui, acculée par une situation dont elle ne voit pas l'issue, finit par assassiner ses propres enfants. On y retrouve le même climat d'angoisse, la même impression d'enfermement, avec pour seule issue possible la tragédie.
    Il y a d'un côté ce couple un peu perdu, cette mère qui se rend compte qu'elle n'est pas parfaite, qui se retrouve déboussolée devant une maternité qu'elle n'imaginait pas de cette façon. On la sent isolée devant cette situation : ses propres parents ne sont jamais évoqués, et sa belle-mère n'est pas vraiment aidante. Il y a de l'autre côté cette femme qui a tout perdu et qui s'accroche à son travail car c'est la seule chose qui lui reste ; sa vie, son esprit semblent ainsi peu à peu se délier, à l'image de son appartement qui tombe en lambeaux.
    Car la retraite de Louise s'avance inexorablement : Adam va bientôt rentrer à l'école, et ses employeurs n'auront plus besoin d'elle. La nounou, que cette situation inquiète au plus haut point, trouve une solution toute faite : il faut que Paul et Myriam aient un 3è enfant. Elle décide donc de cuisiner des plats améliorant la fécondité, leur ménage des temps à deux. Elle traque chaque signe de grossesse possible, surveille même les traces de sang dans la salle de bains, mais doit vite se rendre à l'évidence : le temps passe mais Myriam ne tombe pas enceinte... Acculée de tous les côtés, décompensant sa maladie délirante, Louise finit par accomplir le pire...

    "Elle avait toujours refusé l'idée que ses enfants puissent être une entrave à sa réussite, à sa liberté. Comme une ancre qui entraîne vers le fond, qui tire le visage du noyé dans la boue. Cette prise de conscience l'a plongée au début dans une profonde tristesse. Elle trouvait cela injuste, terriblement frustrant. Elle s'était rendu compte qu'elle ne pourrait plus jamais vivre sans avoir le sentiment d'être incomplète, de faire mal les choses, de sacrifier un pan de sa vie au profit d'un autre. Elle en avait fait un drame, refusant de renoncer au rêve de cette maternité idéale. S'entêtant à penser que tout était possible, qu'elle atteindrait tous ses objectifs, qu'elle ne serait ni aigre ni épuisée. Qu'elle ne jouerait ni à la martyre ni à la Mère courage. "

    Chanson douce joue ainsi avec la peur inhérente à chaque parent qu'on fasse du mal à leurs enfants, cette terreur enfouie, parfois à la limite de la paranoïa.
    Le roman met aussi en scène la culpabilité moderne de ces parents trop occupés, qui délaissent leurs enfants à des nourrices. Alors certes, le couple organise des "sélections" pour dénicher la perle rare, mais le roman sous-tend la question de la confiance : comment savoir si la personne choisie est la bonne ?
    Chanson douce s'avère ainsi à la fois universel et très actuel dans les thèmes abordés.

    L'écriture de Leïla Slimani est brillante : construit comme un huis-clos, le roman se révèle un piège qui se referme à la fois sur les parents et sur le lecteur, rendant la lecture passionnante et angoissante.
    L'auteure évoque dès le début l'assassinat des enfants, puisque le premier chapitre décrit la scène de crime de façon extrêmement réaliste (âmes sensibles prenez garde, c'est assez choquant). Le lecteur a un mouvement de répulsion et se pose l'inévitable question "pourquoi ?". Alors évidemment, le roman ne s'évertue pas à donner de réponse exacte, puisqu'il n'y en a pas vraiment, mais décrit parfaitement les mécanismes conduisant à l'horreur.





    Au final, Chanson douce a été pour moi le choc de la rentrée. J'ai plongé complètement dans ce roman puissant et vertigineux, qui distille son malaise au fil des pages. Les personnages m'ont convaincue, Myriam et Paul notamment symbolisent bien la nouvelle génération de parents.
    J'ai trouvé extrêmement intelligent de la part de Leïla Slimani de jouer avec les sentiments très actuels de peur de l'autre, limite de paranoïa, au point que l'on peut se demander si tout le roman n'est pas qu'un délire de maman inquiète qui imagine le pire.
    Chanson douce s'affirme également comme un roman social, qui met l'accent sur les relations d'interdépendance qui peuvent se créer entre les personnes, notamment dans le contexte très particulier du service à la personne, qui bouleverse les rapports de hiérarchie. L'auteure s'amuse ainsi avec les relations entre employeur et employé, maître et serviteur, et le fantasme intemporel de domination : qui sert qui ? Qui domine qui ?
    Avec un sujet particulièrement dur à traiter, Leila Slimani nous offre un roman parfaitement maîtrisé, que l'on ne peut lâcher une fois en main. Chanson douce m'a fascinée, voire même subjuguée, mais se révèle tout de même dérangeant et perturbant...
    Attention pour les jeunes parents, je doute que vous parveniez à faire garder vos enfants à la suite du livre...

  • 0.25

    Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.

    Roman magnifiquement écrit.Histoire captivante.

  • 0.2

    Un livre poignant, où l'on sent qu'un drame a eu lieu dès la première ligne.
    Au fil des pages, on n'excuse pas la coupable, mais on apprend à la connaître et on éprouve un peu de compassion à son égard.
    Belle et simple écriture, un très joli roman tiré d'un fait divers réel.

  • 0.25

    A couper le souffle, ce livre est un petit chef d'oeuvre qui prend aux tripes. Les descriptions sont fantastiques, parfois malgré la simplicité de la scène (le passage sur la carcasse de poulet vous donnera la nausée, les passages en Grèce laissent un gout de sel sur la langue...bref, saisissant !)
    Je recommande...sauf si vous êtes parents d'enfants en bas âge.

  • 0.15

    Je ne comprends pas le prix Goncourt pour ce livre, j'ai sans doute du passer à côté de quelque chose puisque les avis semblent unanimes sur la qualité de ce roman !

    Certes, dés le début nous avons connaissance ce qui va arriver, mais le déroulé de l'histoire est tellement plat ! J'ai cru un moment à un retournement de situation et me suis dit "ça y'est, je comprends pourquoi ce livre est génial " et puis au final non, il n'en était rien.

    Je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé car le style est très agréable. Mais je m'attendais à être surprise, dérangée, étonnée... et puis finalement rien. Peut être que c'est ça qui était recherché, montrer que ce genre de fait divers arrive malheureusement tout aussi simplement...

  • 0.2

    J'avais beaucoup entendu parler de ce livre, je le voyais à chaque étalage des libraires, mais fidèle à moi-même, j'attendais la sortie en version Poche de ce roman encensée par les critiques, lecteurs et journalistes unanimes. L'occasion a fait qu'une amie me prêtais ce livre, et la curiosité l'a emportée : si d'ordinaire je suis plutôt méfiante face aux livres qui collectionnent les prix et qui font les gros titres de l'actualité - traumatisée par l'ennuyeux Karoo de Steve Tesich - j'avais hâte de lire Chanson Douce.

    Terminé en une soirée, et un début de matinée : le verdict ? Un beau livre, sans aucun doute. Une écriture juste, très agréable à lire, fluide mais absolument pas légère, on sent poindre le risque de basculer dans la violence à chaque détour de phrase. Les histoires individuelles qui entrecoupent le récit sont constructives, brutales et presque hachées tant Leïla Slimani va à l'essentiel, ne se détourne pas de son but.

    Dès la première page, le drame est installé. Pas de suspens, pas de mystère, on sait exactement où va nous mener la lecture. Et, effectivement, je comprends ceux qui trouvent le livre compliqué à lire quand on est parents : la situation décrite semble tout à fait réelle, chaque sentiment n'est pas exacerbé mais mis en avant à son juste niveau, si bien que l'intrigue se déroule avec une logique froide, implacable.

    Au final, une lecture qui n'est pas divertissante, là n'est pas le but, mais qui marque l'esprit, qui fait réfléchir. Et qui donne envie de découvrir le reste des écrits de cette auteure, qui ne manque décidément pas de talent.

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