"Les affalés" de Michele Serra - la chronique #36 du Club des Explorateurs

jeudi 11 juin 2015

"Les affalés" de Michele Serra - la chronique #36 du Club des Explorateurs

Lancé en janvier 2015, le Club des Explorateurs permet chaque semaine à deux lecteurs de lire en avant-première un même titre que nous avons sélectionné pour eux et de confronter ainsi leur point de vue.

Cette semaine, Annie-France a choisi Muriel pour partager sa lecture et son avis sur le livre Les affalés de Michele Serra (Flammarion).

 

L'avis d'Annie-France

Je n’ai pas trop aimé Les affalés à la première lecture. Déjà, la couverture était trop flamboyante pour moi (j’aime la sobriété) mais elle est très parlante : l’image caricaturale de l’ado est bien rendue. Le bandeau annonçant 350.000 lecteurs m’a agacée… Combien l’ont aimé ?

Ce long "monologue" adressé à un fils de 19 ans qui ne répond pas m’a paru d’une écriture trop proche de l’oral. Tous les clichés sur les ados y passent, avec un certain humour toutefois. La 4e de couverture me laisse perplexe : tantôt récit comique (d’accord), tantôt roman d’aventure et là, je ne vois pas très bien ce que l’éditeur a voulu dire.

Comme je ne veux pas rester sur ces aspects négatifs, j’entame une deuxième lecture, et je perçois mieux l’humour des situations évoquées : ce père cinquantenaire qui doit recevoir à l’improviste la copine du fils qui a raté son train… La jeune fille est faite sur le même modèle que le fils : pas d’échanges, des horaires d’Anchorage et comble pour l’auteur amoureux de la nature, elle préfère des âneries à la télé à la splendeur d’un orage ! Autre situation drôle : la rencontre parents/profs où le père doit entendre le discours d’une mère "casse-couille" qui étouffe son fils. Puis la description des douches d’ados ; leur course au sweat, etc. 

Mais peu à peu l’émotion vient avec la prise de conscience de la souffrance de ce père qui voudrait tant un dialogue et à qui un tatoueur a le culot de dire qu’il doit davantage parler avec son fils ! "Comme c’est difficile de continuer à t’aimer". Mais cela conduit à un examen de conscience : a-t-il été un bon père, lui qui ne sait pas exercer d’autorité, qui ne sait pas punir. Apparemment pour des raisons non dites, il a (mal) joué le rôle de la mère et du père.

Mais tout n’est pas perdu et une demande revient comme un refrain : faire ensemble une randonnée au col de la Nasca qu’il a lui-même découvert avec son propre père lorsqu’il avait onze ans ; faire découvrir à son fils le plaisir de la marche et la beauté de la nature. Alors, il pourra enfin devenir vieux. C’est ce que le héros pense, moi je dirais qu’il pourrait alors devenir adulte. Cette histoire s’ajoute à un projet de livre que prépare le héros, où il y aurait une guerre entre les vieux toujours plus nombreux et n’ayant pas grand-chose à perdre, et les jeunes : la Grande Guerre Finale de 2054. J’avoue avoir été peu intéressée par ce projet de livre, peu indispensable à la narration selon moi. Cet aspect-là du livre dilue la compassion qu’on peut éprouver face à ce père désemparé.

Annie-France Belaval

 

L'avis de Muriel

Dans ce livre l'auteur aborde avec humour et intelligence le thème du fossé intergénérationnel. Il s'adresse à son fils de dix-huit ans en un monologue intérieur d'une centaine de pages dans lesquelles il s'interroge sur les adolescents d'aujourd'hui et l'exercice de son rôle de père.

Le fil conducteur de cette réflexion est l'évocation d'une randonnée qui revient de façon récurrente. Quel est l'enjeu de cette ascension du col de la Nasca que le père souhaite faire avec son fils ? Cette balade d'une journée n'arrive qu'en toute fin de récit et ne tient que sur une dizaine de pages. L'auteur l'imagine inconsciemment comme la bataille finale de sa guerre entre jeunes et vieux et aura la valeur de rite initiatique du passage d'un âge à un autre.

Avec une lucidité qui ne manque pas d'ironie il analyse ses sentiments envers son fils et se livre à une sévère auto-critique envers lui-même et les autres parents qui, comme lui, se plaignent du comportement de leurs enfants mais qui leur permettent de faire ce qu'ils veulent et cèdent à tous leurs désirs.

Michele Serra passe beaucoup de temps à observer les moeurs étranges de son fils et de ses congénères en essayant de comprendre leur nature intrinsèque. Il a l'impression qu'une nouvelle race d'ados, en pleine mutation anthropologique, vient d'éclore en même temps que les nouvelles technologies. 

Exit les soixante-huitards, "flowers children" et autres rebelles ! Pas l'ombre d'une révolte contre l'autorité parentale ou sociale, aucune quête d'absolu ou soif de liberté...

Cette lecture facile et plaisante a été une agréable surprise. Le vocabulaire assez recherché de Michele Serra m'a satisfaite. Bien que la thématique de ce livre soit totalement étrangère à mes préoccupations, j'ai été amusée et même un peu touchée par ce père divorcé qui ne sait plus trop comment aimer son enfant.

Mon seul bémol concerne les pages consacrées au livre de science fiction sur lequel l'auteur travaille et dont il nous livre quelques extraits. J'ai trouvé ces passages déconcertants et tout à fait inutiles.

Muriel Mahieu

 

Merci à Annie-France et Muriel pour ces chroniques passionnantes !

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