La #Critique Pour/Contre des Explorateurs : "Les Prépondérants" de Hédi Kaddour

jeudi 24 décembre 2015

La #Critique Pour/Contre des Explorateurs : "Les Prépondérants" de Hédi Kaddour

#RL2015 C'est aussi parfois le clash chez les Explorateurs... Ils ne sont pas d’accord  sur certains romans de notre sélection, ils le font savoir, ils vous le disent, et ils ont des arguments.

Découvrez les critiques Pour-Contre de Sophie C et Plume nacrée pour "Les Prépondérants" de Hédi Kaddour (Gallimard)

Un écrivain discret mais qui marque toujours fortement les rentrées littéraires. Sophie C et Plume ont apprécié différemment ce texte, mais leurs critiques ne condamnent pas le livre. A suivre ici.

Pour :

L’histoire commence en 1920 dans une ville du Maghreb et un pays non déterminé mais sous protectorat français, dans laquelle débarque une équipe de tournage hollywoodienne venu faire un « film de bon arabe » en décors naturels. Cela déclenchera un mini séisme chez les colons comme chez les indigènes. On y suivra les destins et pérégrinations jusqu’en Europe de personnages qui n’auront pas tous la même importance. D’autres, restés dans l’ombre, se révèleront de troubles tireurs de ficelle qui feront basculer le récit.
Raouf l’étudiant utopiste et critique, Kathryn l’actrice américaine, jeune épouse d’un réalisateur volage en conflit avec les studios, Ganthier, un gros propriétaire terrien membre du réactionnaire « club des prépondérants » et amoureux transi de Gabrielle, l’ indépendante journaliste française, seront le quatuor du livre auquel il faut ajouter Rania cousine de Raouf, une jeune veuve en rébellion contre la tradition phallocrate.

Kaddour tisse un roman choral où chaque chapitre fait avancer plusieurs intrigues parallèles, laissant habilement des blancs et des interrogations dans le récit, qui seront résolus bien plus tard… ou pas.
Un roman ample où les saynètes vives et drôles, croquées dans les rues de Paris et Berlin, côtoient l’Histoire en marche, vue à travers les persiennes d’un hôtel, se tissant avec les histoires d’amour et les dialogues politico-linguistiques de café.

Dans la deuxième partie du livre, lors du voyages du quatuor en France et en Allemagne, le récit devient plus romanesque et les protagonistes se libèrent, se révèlent, les choses cachées se montrent. Kaddour manie avec jubilation le monologue de personnages amoureux et jaloux, interloqués face à une réalité qui semble se dérober. Les quatre deviennent plus spectateurs de la vie qu’ils observent en entomologistes amusés et intrigués. Les langues parlées, les idées comme les sentiments frottent entre eux jusqu’au vertige. Et chacun reviendra chez soi changé, poli par ce qu’il a vécu jusqu’au drame final.

Je referme le livre emballée par cet art du montage et du rythme, la manière d’entremêler les destins, l’Histoire, les cultures, les scènes avec les saynètes qui parfois se répondent d’une rive à l’autre de la Méditerranée ou de l’Atlantique, et cette musique kadourrienne entre rire et mélancolie. « Ceux qui partent nous laissent la maladie de vivre » dit Ganthier à la toute fin du roman.

(c) Sofi C

Contre :

Les Prépondérants est un roman qui se déroule au début des années 1920 en Afrique du Nord. Ce contexte historique permet d’aborder des thèmes très riches. Le droit de choisir soi-même son mari semble être le sujet du livre dès les premières pages mais il sera question de beaucoup d’autres choses. On réfléchit à la liberté d’un peuple à disposer de lui-même par rapport à la présence des colons français mais aussi par la question de l’Allemagne suite aux conditions de l’armistice de 1918. On aborde le rôle des religions et le rejet que l’une peut avoir de l’autre. Plusieurs mondes se rencontrent et on assiste à un débat d’idées politiques : les "Prépondérants" constitués principalement de colons français, les nationalistes et ceux pour qui "l’espoir à protéger maintenant c’est l’Union soviétique" (p 330).
Le roman tourne autour de plusieurs groupes de personnages : des familles autochtones empreintes des traditions dont la dominance des hommes (même si Rania tente de remettre cela en question), les colons français et un groupe d’Américains venus tourner un film. Des relations d’oppositions ou de connivences vont s’installer entre eux.
Tout cela est particulièrement bien écrit par Hédi Kaddour. De très belles longues phrases d’un bout à l’autre du roman qui vont s’opposer à la conclusion au rythme plus rapide dans les quelques dernières pages. J’ai apprécié une « vraie fin » qui nous dit ce que deviennent les principaux personnages qui ont animé l’histoire. Toutefois, je n’ai pas réussi à m’accrocher réellement à une intrigue qui m’aurait captivée tout au long de ce livre assez long et je le regrette par rapport à la qualité d’écriture et de construction de ce roman.

(c) Plume Nacrée

 

Sur la fiche du livre, retrouvez tous les avis de nos Explorateurs et des lecteurs, et notamment

So So

Extrait :"Plus ma lecture avançait plus elle devenait passionnante car les personnages sont forts et attachants. C'est une page de l'Histoire un peu sensible pour moi, mais la façon dont elle est racontée, avec les points de vue des différents acteurs, apportent une nuance et beaucoup de sensibilité. Un roman que je recommande !"

PIERRE DARRACQ

Extrait : "C'est une façon de parler d'hier pour mieux nous interroger sur aujourd'hui. Mais c'est également l'occasion de s'interroger sur la place des hommes et des femmes dans une société patriarcale ou sur des sentiments plus personnels comme l'amour, le désir, la jalousie, sentiments qui mènent et mèneront toujours l'humanité quelque soit la race ou la religion."

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