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Une fille sans histoire

Couverture du livre « Une fille sans histoire » de Constance Riviere aux éditions Stock
  • Date de parution :
  • Editeur : Stock
  • EAN : 9782234088221
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

13 novembre 2015. Comme tous les soirs, Adèle est assise seule chez elle, inventant les vies qui se déroulent derrière les fenêtres fermées, de l'autre côté de la cour. Quand soudain, en cette nuit de presqu'hiver, elle entend des cris et des sirènes qui montent de la rue, envahissant son salon,... Voir plus

13 novembre 2015. Comme tous les soirs, Adèle est assise seule chez elle, inventant les vies qui se déroulent derrière les fenêtres fermées, de l'autre côté de la cour. Quand soudain, en cette nuit de presqu'hiver, elle entend des cris et des sirènes qui montent de la rue, envahissant son salon, cognant contre ses murs. La peur la saisit, elle ne sait plus où elle est, peu à peu elle dérive. Au petit matin apparaît à la télévision l'image de Matteo, un étudiant porté disparu, un visage qu'elle aimait observer dans le bar où elle travaillait. Sans y avoir réfléchi, elle décide de partir à sa recherche, elle devient sa petite amie. Dans le chaos des survivants, Adèle invente une histoire qu'elle enrichira au fil des jours, jouant le personnage qu'on attend d'elle. Les autres la regardent, frappés par son étrangeté, mais ils ne peuvent pas imaginer qu'on veuille usurper la pire des douleurs.

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Articles (1)

Avis (17)

  • Ancienne élève de l’École normale supérieure de Paris, de l'Institut d'études politiques de Paris et de l'École nationale d'administration, Constance Rivière est aujourd'hui maître des requêtes au Conseil d’État. Elle fut conseillère à l’Elysée pendant la présidence de François Hollande. Une...
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    Ancienne élève de l’École normale supérieure de Paris, de l'Institut d'études politiques de Paris et de l'École nationale d'administration, Constance Rivière est aujourd'hui maître des requêtes au Conseil d’État. Elle fut conseillère à l’Elysée pendant la présidence de François Hollande. Une jeune fille sans histoire est son premier roman. Il est publié aux Éditions Stock.

    13 novembre 2015. Comme tous les soirs, Adèle est assise seule chez elle, inventant les vies qui se déroulent derrière les fenêtres fermées, de l’autre côté de la cour. Quand soudain, en cette nuit de presqu’hiver, elle entend des cris et des sirènes qui montent de la rue, envahissant son salon, cognant contre ses murs. La peur la saisit, elle ne sait plus où elle est, peu à peu elle dérive. Au petit matin apparaît à la télévision l’image de Matteo, un étudiant porté disparu, un visage qu’elle aimait observer dans le bar où elle travaillait. Sans y avoir réfléchi, elle décide de partir à sa recherche, elle devient sa petite amie. Dans le chaos des survivants, Adèle invente une histoire qu’elle enrichira au fil des jours, jouant le personnage qu’on attend d’elle. Les autres la regardent, frappés par son étrangeté, mais ils ne peuvent pas imaginer qu’on veuille usurper la pire des douleurs.

    Une fille sans histoire est un roman certes contemporain mais ô combien troublant. Il interpelle, interroge. Jusqu'où peut-on aller pour briser sa solitude, cesser d'être transparent et enfin exister aux yeux des autres ?

    Adèle est une jeune femme isolée. Sans emploi, elle vit par procuration en observant ses voisins jusqu'au jour où une opportunité se présente à elle. Sans réfléchir aux conséquences, elle va se présenter comme étant la fiancée d'une des victimes du Bataclan dont elle a découvert le portrait à la télévision. Lorsqu'elle travaillait encore au bistrot du coin, il arrivait à Adèle de servir Mattéo, celui que ses proches recherchent. Adèle va alors endosser un costume qui ne lui était pas destiné. Elle va s'enfermer dans le mensonge, se construire un personnage allant même jusqu'à se convaincre qu'elle a bien eu une relation avec ce jeune homme même si le lien qui les unissait était atypique. Dès lors, persuadée d'être une victime collatérale des attentats, Adèle va agir en veuve éplorée. Elle recevra les parents de Matteo chez elle, suivra sa dépouille jusqu'à Rome où se dérouleront les funérailles, ira même jusqu'à s'occuper des formalités administratives et vider l'appartement que le défunt occupait. Á force de se pâmer devant les médias Adèle deviendra l'une des porte-parole de l'association des victimes du Bataclan. Enfin, Adèle est. Sa solitude s'est arrêtée là où a commencé celle des proches de Mattéo. Adèle est devenue quelqu’un jusqu'à ce que la vérité éclate et qu'elle doive répondre de ses actes devant les tribunaux.

    Une fille sans histoire est un roman glaçant qui interpelle. Á force de médiatiser nos relations sociales par des images à fort impact immédiat, à force de vouloir être à tout prix reconnu, notre vie sociale ne deviendrait que mensonge. Dès lors et pour peu que l'on soit psychologiquement fragilisé, il semble aisé dans ce monde d'images de manipuler son entourage, y compris les médias. Avec une plume à la fois juste et distante et à travers la voix de ses personnages, Constance Rivière analyse ce qui peut pousser un être à s'enferrer dans le mensonge pour enfin exister aux yeux des autres.

    Vous l'aurez compris, la vie d'Adèle est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnages n'ayant pas réellement existé n'est absolument pas fortuite. Une fille sans histoire est à lire pour réfléchir.

    https://the-fab-blog.blogspot.com/2020/01/mon-avis-sur-une-fille-sans-histoire-de.html

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  • 13 novembre 2015, qui ne se souvient de cette date, qui n’a encore en tête les images véhiculées, ce jour-là et les jours d’après, par les media ? Ce n’est pas tant cette soirée, ni les horreurs vécues, mais surtout la suite que Constance Rivière nous fait revivre dans son premier roman "Une...
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    13 novembre 2015, qui ne se souvient de cette date, qui n’a encore en tête les images véhiculées, ce jour-là et les jours d’après, par les media ? Ce n’est pas tant cette soirée, ni les horreurs vécues, mais surtout la suite que Constance Rivière nous fait revivre dans son premier roman "Une fille sans histoire".

    "… elle finit par cracher ce mot, nécessaire mais qui la dégoûte, elle finit par le dire, dans un souffle qui lui semble un cri, "pardon", elle le répète plusieurs fois, pardon, pardon, pardon,…les larmes viennent avec, elle pleure pour la première fois… La sentence peut tomber. Douze mois, dont six avec sursis." Je n’ai pas lu la quatrième de couverture et pourtant, je comprends, j’imagine. C’est l’histoire d’Adèle, une fille que l’on regarde peu, qui passe inaperçue. Ce soir-là, elle est assise à sa fenêtre essayant de deviner les vies derrière celles qu’elle observe. Des bruits, des cris, un attentat, vont tout changer. Et quand elle voit à la télé le visage de Matteo, un étudiant porté disparu, client du bar dans lequel elle travaillait, elle s’invente une vie, part à sa recherche. Elle devient sa petite amie…

    L’auteure nous raconte une imposture, une envie d’exister, de paraître dans les media, de se venger inconsciemment de sa solitude et de sa transparence. Elle décortique avec beaucoup de finesse, l’art du mensonge et de ses conséquences, cette impossibilité de revenir en arrière et cet enfoncement dans le déni. Elle dissèque avec subtilité les sentiments de chacun des personnages, nous les rendant tous attachants, y compris le plus sombre. Elle réussit superbement à expliquer la difficulté du deuil et celle d’être une victime.

    Le roman est parfaitement construit qui à la fois expose les faits et donne la parole à chacun des protagonistes. L’écriture sert à merveille le récit, se met en retrait par sa simplicité, se fait presque oublier pour laisser le rôle principal à l’empathie que j’ai ressentie tout au long de cette lecture, l’empathie de l’auteure qu’elle nous transmet avec beaucoup de doigté.

    "Une fille sans histoire" est de ces romans qui, subrepticement, sans ostentation, avec beaucoup d’élégance et de subtilité parviennent à vous emporter. Un très beau premier roman.

    https://memo-emoi.fr

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  • Dans ce premier roman, Constance Rivière se penche avec beaucoup de finesse sur la question de la frontière entre réalité et fiction. Adèle, une jeune femme banale et transparente, une fille sans histoire depuis toujours, "ne savait pas comment vivre avec cet état de confusion qui lui rendait si...
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    Dans ce premier roman, Constance Rivière se penche avec beaucoup de finesse sur la question de la frontière entre réalité et fiction. Adèle, une jeune femme banale et transparente, une fille sans histoire depuis toujours, "ne savait pas comment vivre avec cet état de confusion qui lui rendait si difficile de distinguer nettement la vie réelle de sa vie rêvée. "

    Le 13 novembre 2015, sa vie va basculer. Quand, au lendemain de l'attentat du Bataclan au dessus duquel elle habite, apparaît à la télévision la photo de Matteo, un étudiant porté disparu, saisie d'une impulsion, elle va s'inventer une relation avec lui, "devenir" sa petite amie et partir à sa recherche.

    Si près d'une quinzaine de personnes ont été condamnées comme usurpatrices après les attentats, dans le but de recevoir de l'argent, Adèle n'agit pas pour l'argent, elle agit pour exister. Et elle bâtit une histoire à laquelle elle croit pour de bon. Elle a des éclairs de lucidité parfois, mais s'enfonce néanmoins dans le mensonge. Une psychologie complexe, passionnante, dérangeante.
    Difficile d'éprouver de l'empathie pour elle. Les témoignages de Francesca, la mère de Matteo et de Saïd, un bénévole de la Croix-Rouge viennent alterner avec l'histoire d'Adèle et livrent leur perception des choses.

    Progressivement Adele va devenir une sorte de porte-parole, indispensable, vue partout dans les médias. "Elle se transformait imperceptiblement mais radicalement, en passant de l'un à l'autre...pour être à la fois tout à fait elle-même et tout à fait une autre, mais toujours exactement celle à qui voulait parler la personne à qui elle s'adressait à ce moment précis"

    L'auteur signe là un très beau roman en marge des attentats, sur leurs dégâts collatéraux. La solitude absolue et la détresse pathologique qui poussent Adèle à tirer profit du drame ne s'encombrent pas de morale. L'ensemble, finement analysé, l'écriture fluide nous emportent dans cette histoire dont on a envie de comprendre le comment et le pourquoi.

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  • Tout est subtil dans ce premier roman de Constance Rivière, à commencer par ce titre à double sens, à double face, à double tranchant. Une fille sans histoire, c’est une fille comme Adèle, sans contours particuliers, un peu transparente, un peu fuyante, incolore et inodore, une fille pour...
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    Tout est subtil dans ce premier roman de Constance Rivière, à commencer par ce titre à double sens, à double face, à double tranchant. Une fille sans histoire, c’est une fille comme Adèle, sans contours particuliers, un peu transparente, un peu fuyante, incolore et inodore, une fille pour laquelle on n’a même pas jugé utile de trouver un prénom, non, on a recyclé celui d’une fille d’avant qui ne l’avait pas beaucoup usé. C’est dire si elle n’a pas d’histoire, Adèle. Alors, quand, soudain, sous ses propres fenêtres, c’est l’Histoire qui se joue, quand à portée de main c’est le train bruyant, violent, fracassant de l’Actualité qui passe, c’est sans réfléchir qu’elle saute sur le marchepied, Adèle, comme ça, sans raison, juste pour en être pour une fois. Et puis, elle continue, elle va plus loin, elle va trop loin, glissant peu à peu à peu sur une pente qu’elle a elle-même savonnée.
    C’est avec subtilité encore que Constance Rivière tricote son roman avec le fil du réel, faisant ce cette histoire vraie un récit admirablement construit où l’ahurissement le dispute à la colère. Et c’est avec subtilité toujours que l’auteure garde la distance suffisante mais impérative avec son personnage, attisant l’intérêt du lecteur sans susciter son empathie. On comprend grâce à elle comment dans le chaos invraisemblable de la peur, de l’horreur et de la tristesse, d’un mensonge l’autre, une personnalité vacillante a pu se construire une histoire plus grande qu’elle, à grand renfort de pensée magique et d’obstination malsaine.

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  • Difficile de sortir indemne de cette lecture qui s'inscrit dans le marathon des 68ères fois...
    Est ce parce que j'étais parisienne à ces funestes dates et les heures d'angoisse pour des amis d'amis ou des inconnus étaient tout simplement insupportables ou est ce parce que je suis mère que se...
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    Difficile de sortir indemne de cette lecture qui s'inscrit dans le marathon des 68ères fois...
    Est ce parce que j'étais parisienne à ces funestes dates et les heures d'angoisse pour des amis d'amis ou des inconnus étaient tout simplement insupportables ou est ce parce que je suis mère que se faire voler la mort de son fils une seconde fois doit.juste être inconcevable...
    Comment une jeune fille ordinaire ssns socle, solitaire, handicapée des autres devient une menteuse tellement convainquante qu'elle devient porte parole, elle!! Pauvre petite fille qui vivait sa vie par procuration non pas devant son poste de télévision mais au travers de sa fenêtre...

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  • Adèle est seule, isolée sans boulot dans son petit appartement presque au dessus du Bataclan. Le 13 novembre elle est comme d’habitude sur le rebord de sa fenêtre à observer la vie de ses voisins et elle entend les sirènes et les cris venant de la rue.
    Elle découvre les évènements par sa...
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    Adèle est seule, isolée sans boulot dans son petit appartement presque au dessus du Bataclan. Le 13 novembre elle est comme d’habitude sur le rebord de sa fenêtre à observer la vie de ses voisins et elle entend les sirènes et les cris venant de la rue.
    Elle découvre les évènements par sa télévision et l’image d’une mère qui cherche son fils et qui montre face camera la photo de ce dernier.
    Adèle le reconnaît, c’est un client du bistrot ou elle travaillait quelques semaines plus tôt. Elle décide de le chercher et petit à petit va finir par se présenter comme sa fiancée.

    Adèle va se construire un mythe pour se créer une vie et exister enfin aux yeux des autres. Bien sur tout est construit sur du sable.

    Un très joli roman qui questionne en profondeur sur ce qu’un être humain est capable de faire pour être vue. Non pas comme les candidats de téléréalité mais juste être regardés et cessés d’être invisible aux yeux du monde.

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  • Tout commence par une condamnation .....Douze mois dont six avec sursis. le verdict est tombé, les larmes viennent après la demande de pardon, il ne reste qu'à en connaître les causes.

    A travers un récit à plusieurs voix, l'auteure traite de l'usurpation d'identité par désoeuvrement, pour ne...
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    Tout commence par une condamnation .....Douze mois dont six avec sursis. le verdict est tombé, les larmes viennent après la demande de pardon, il ne reste qu'à en connaître les causes.

    A travers un récit à plusieurs voix, l'auteure traite de l'usurpation d'identité par désoeuvrement, pour ne plus être celle qui courbe la tête dans ses épaules, celle que personne ne remarque mais devenir celle qui participe à l'actualité, celle qui attire la compassion, celle qui vit.

    C'est l'histoire d'un engrenage dans lequel Adèle ne va pas chercher à sortir. Grâce aux événements tragiques, elle va s'inventer un amour, un lien, une raison d'exister, presque une famille, alors que jusqu'à maintenant elle était toujours en échec, seule.

    Le récit choral permet de connaître les points de vue de ceux qui l'ont approchée : Francesca, la mère de Mattéo, le jeune homme décédé, Saïd le psychologue volontaire de la Croix Rouge etc..... Personne, sous le choc des événements, n'a rien soupçonné malgré certaines interrogations.

    Une lecture dans laquelle je me suis lancée, sans temps mort, très vite interpellée par l'idée de départ, par l'écriture fluide, la construction et le fond. On peut aisément penser (et je crois que cela est arrivé) que des personnes, pour différentes raisons, s'immiscent parmi les victimes ou leurs collatéraux lors d'attentats. Pourquoi agissent-ils ainsi, quelles sont leurs raisons profondes et qui sont-ils ?

    L'auteure dépeint Adèle comme une jeune femme un peu "paumée", depuis la perte de son père et de son boulot. Adèle fantasme des vies, sa vie, celles des autres lorsqu'elle est assise le soir près de la fenêtre, dans l'obscurité et qu'elle observe ses voisins. Alors quand elle aperçoit la photo de Matteo parmi celles des victimes du Bataclan, ce jeune homme croisé au bar où elle travaillait et avec lequel elle avait imaginé une histoire, elle concrétise son fantasme et passe sur le devant de la scène, enfin elle existe.

    "Adèle sentit immédiatement, instinctivement, sans y avoir réfléchi, qu'elle pourrait trouver dans ce drame où elle avait été projetée presque par hasard, en tout cas par une force qui lui avait échappé, une raison d'être, une densité, une consistance.(p54)"

    C'est l'histoire d'une revanche, la revanche d'Adèle, devenue la fiancée d'une victime, celle qui s'implique, celle qui se fait la porte-paroles des proches, une sorte de porte-étendard des victimes, mais restant assez sourde à la douleur des autres, elle ne fait qu'enregistrer les informations pour tenir son rôle, le rôle de sa vie mais cela demande beaucoup d'attention, d'efforts pour être crédible.

    L'auteure arrive parfaitement à décortiquer tous les détails de cette usurpation, sa montée en puissance puis son effondrement. Elle maîtrise l'engrenage des mensonges, le ressenti de chacun des acteurs, la construction de ce double, assez froide et sans émotions. Elle dépeint son héroïne comme un être assez froid, égoïste, sourde à la douleur des autres.

    Un premier roman dont je n'avais pas entendu parler et que j'ai lu d'une traite, intéressée par le thème, par la forme, par l'écriture.

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  • « Elle voudrait lever la tête mais elle n'y arrive pas. »

    Elle, c’est Adèle condamnée à douze mois de prison dont six avec sursis, au dernier jour de son procès.

    Comment en est-elle arrivée là ?
    Pour le savoir, il nous faut partir à rebours, remonter le temps, revenir à ce vendredi 13...
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    « Elle voudrait lever la tête mais elle n'y arrive pas. »

    Elle, c’est Adèle condamnée à douze mois de prison dont six avec sursis, au dernier jour de son procès.

    Comment en est-elle arrivée là ?
    Pour le savoir, il nous faut partir à rebours, remonter le temps, revenir à ce vendredi 13 novembre 2015.

    Paris. Depuis sa fenêtre qu’elle ouvre chaque jour à la nuit tombée, elle épie ses voisins, se laissant aller à imaginer leur vie par-delà les fenêtres closes quand, soudain, le vacarme des sirènes se joint aux hurlements qui montent de la rue jusqu’à son appartement plongé dans le noir. La télévision, qu’elle allume, lui dit le drame qui s’est joué à quelques mètres de chez elle à peine. Au matin, hébétée, elle voit se figer à l’écran un visage connu, celui de Matteo, étudiant italien et client du Cri du peuple, bar où elle travaillait avant que le patron, Jacques, ne décide de la congédier.

    Adèle, c’est cette « recluse volontaire » de 25 ans, « dormant le jour, veillant la nuit ». Adèle, c’est cette fille sans histoire jusqu’à ce jour de « presque hiver » où elle décide de se donner une scène pour y créer le rôle de sa vie, celui de la petite amie de Matteo, une des victimes de l’attentat du Bataclan. Par un malsain tour de passe-passe, la mort du jeune homme devient le sauf-conduit de sa renaissance au monde.

    « Elle a commencé à raconter une histoire, qui deviendrait rapidement son histoire, comblant des trous, ajoutant des liens pour que ça semble cohérent, sinon personne ne comprendrait. »

    « Enfant triste qui n’avait trouvé sa place nullement », Adèle entre comme par effraction dans la famille de Matteo, profitant impudemment de leur désarroi. La femme providentielle, c'est elle.

    Ce roman, dont il serait faux d'écrire qu'il est sans surprise même si on connaît la fin, est celui d’une imposture forgée sous l’impulsion du moment par une jeune fille transparente, en mal de reconnaissance depuis l’enfance et désireuse de quitter l’ombre des coulisses pour les lumières de la scène.
    Impulsion ?
    Oui, de prime abord seulement. En effet, très vite, Adèle se révèle calculatrice, prudente, habitée par son rôle :

    « Quand les parents se sont approchés, elle s’est levée et elle a fait ce qu’elle avait pensé être le plus naturel - mais qui pour elle n’était pas naturel du tout, premier acte d’une longue comédie, geste pensé avant que d’être senti, elle avait bien réfléchi à ce moment, décisif, tout se jouerait dans ces premières secondes. »

    Ou, plus loin :

    « la phase d’observation terminée, rideau levé, à elle de jouer, c’était son moment, son entrée en scène […] ce fut étonnamment facile, elle avait bien révisé, elle s’était entraînée. »

    Ces allusions patentes à la mascarade qui se joue - je me risque à dire qu'elles auraient mérité plus de finesse - m'ont interdit toute empathie envers cette jeune femme. Comment Adèle a-t-elle pu tenir son rôle aussi parfaitement qu’elle a abusé un père, une mère, des associations d’aide aux victimes, des psychologues, avant d’être percée à jour ?

    La construction non linéaire choisie pour donner à lire cette mystification est celle d’un roman polyphonique, qui alterne chapitres écrits à la 3e personne mettant en scène – le mot est juste - Adèle, et dépositions à la 1re personne faisant entendre la voix Francesca, la mère de Matteo, éperdue de douleur, instinctivement méfiante mais qui ne pourra pas empêcher le « pillage organisé » du deuil, ou encore celle de Saïd, psychologue qu’Adèle n’aura aucun mal à berner, ce qui, je trouve, ne manque pas de sel, là où d'autres lecteurs seront peut-être amenés à penser que tout cela n'est pas très cohérent. Dans une moindre mesure, tous ceux qui ont croisé Adèle à cette époque-là (Jacques, le patron du bar, Thomas, des Beaux-Arts où Matteo étudiait) prennent la parole pour raconter comment ils ont été floués. De simples pions sur le « terrain de jeu » d'Adèle.

    L’écriture de Constance Rivière est aussi travaillée que les affabulations, les souvenirs falsifiés d'Adèle qui s'empare sans vergogne d'un drame national pour rider l’étale de son quotidien. Grandie dans l’absence d’une mère, auprès d’un père volontiers conteur, toujours entre deux départs, Adèle a ce besoin impérieux de (s’)inventer la stabilité d’une famille, de (se) raconter une vie, fût-elle construite sur les sables mouvants du mensonge :

    « Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidée à vivre,
    à sentir que je suis et ce que je suis ? »

    Tout porterait à un certain degré d’empathie... mais voilà, je n’ai jamais réussi à ressentir autre chose qu’une colère sourde, une rage latente pour cette « usurpatrice, menteuse, voleuse ». Les toutes premières pages ne cachent rien de sa difficulté à demander ce pardon qui libèrera bien tardivement le flot de ses larmes.

    Pourquoi lui faudrait-il présenter des excuses pour, enfin, avoir pu exister ?

    Puisque le dénouement nous est connu, l’intérêt de ce premier roman tient dans l’élaboration patiente d’une imposture et son dévoilement. Une fille sans histoire est écrit à bonne distance, ce qui le rend d’autant plus glaçant.

    Premier roman lu pour la session automne 2019 des #68premieresfois

    https://www.calliope-petrichor.fr/2019/09/15/une-fille-sans-histoire-constance-rivière-éditions-stock/

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