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Ubasute

Couverture du livre « Ubasute » de Isabel Gutierrez aux éditions La Fosse Aux Ours
Résumé:

Marie va mourir. Elle demande a` son fils de la porter dans la montagne pour la de´poser sous le grand rocher. C'est un court roman sur l'ubasute, cette pratique mythique au Japon, consistant à porter un infirme ou un parent âgé sur une montagne, ou un autre endroit éloigné et désolé, pour le... Voir plus

Marie va mourir. Elle demande a` son fils de la porter dans la montagne pour la de´poser sous le grand rocher. C'est un court roman sur l'ubasute, cette pratique mythique au Japon, consistant à porter un infirme ou un parent âgé sur une montagne, ou un autre endroit éloigné et désolé, pour le laisser mourir.
Une dernie`re chance pour Marie de parler a` son fils.

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Avis (12)

  • Marie, âgée, malade et au corps endolori, a demandé à son fils Pierre de la porter au sommet d’une montagne qui sera sa dernière demeure, selon le rite japonais de l’Ubasute censé permettre à la fin de vie de s’accomplir en paix face à la mort.

    Dans l’esprit de cette femme douce et aimante,...
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    Marie, âgée, malade et au corps endolori, a demandé à son fils Pierre de la porter au sommet d’une montagne qui sera sa dernière demeure, selon le rite japonais de l’Ubasute censé permettre à la fin de vie de s’accomplir en paix face à la mort.

    Dans l’esprit de cette femme douce et aimante, les souvenirs affluent par vagues comme le sac et le ressac de la mer, rendus douloureux par les deuils ou illuminés des bonheurs passés.

    Dans ce périple marqué par la souffrance du corps et de l’esprit, difficile de ne pas convoquer les images de la Ballade de Narayama (la palme d’or 1983 du Festival de Cannes) qui souhaitait montrer sans fard cette coutume (en fait, plus probablement un mythe, selon les Japonais...).

    Mais ici, au-delà de la pratique brutale, ce qui prime, c’est l’amour poignant entre le fils terrassé par le chagrin et sa mère, volontaire et tendre, exprimé dans une langue à la fois sobre et poétique mise au service de ce récit pas gai-gai mais que baignent paix et sérénité.

    Lu dans le cadre des 68 premières fois, ce livre voyage auprès des lecteurs/lectrices engagé.e.s dans l'aventure

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  • L'Ubasute est une tradition ancestrale japonaise : lorsqu'une personne se sent proche de la mort, on l'abandonne dans la montagne pour qu'elle finisse ses jours.
    Ici, Marie sait qu'elle va mourir et demande à son fils de l'emmener sous le grand rocher. Celui-ci va donc porter sa mère et au...
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    L'Ubasute est une tradition ancestrale japonaise : lorsqu'une personne se sent proche de la mort, on l'abandonne dans la montagne pour qu'elle finisse ses jours.
    Ici, Marie sait qu'elle va mourir et demande à son fils de l'emmener sous le grand rocher. Celui-ci va donc porter sa mère et au cours de ce périple celle-ci va se livrer et dérouler le fil de sa vie, dire ce qu'elle n'a jamais dit, offrir à son fils le récit de ses années passées. Epouse, mère, femme, Marie dévoilera tous les pans de sa vie par petites touches, telle un peintre.

    C'est un court roman poétique, intense qui pose les grandes questions de la vie et de la mort, fait de silences, d'ellipses, de souvenirs... Une lecture qui m'a beaucoup touchée.

    Lu dans le cadre des 68 premières fois.

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  • Ubasute - Isabel Gutierrez
    Journal, fragments
    "J'irai sur son dos, en silence. Une dernière fois, au sommet. Je me suis souvent demandé quel objet j'allais emporter. Quelle forme prendrait ma pierre de patience.»
    p 17

    Deuxième jour
    Famille
    "Mon fils, entends-tu les mémoires traverser...
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    Ubasute - Isabel Gutierrez
    Journal, fragments
    "J'irai sur son dos, en silence. Une dernière fois, au sommet. Je me suis souvent demandé quel objet j'allais emporter. Quelle forme prendrait ma pierre de patience.»
    p 17

    Deuxième jour
    Famille
    "Mon fils, entends-tu les mémoires traverser ma voix silencieuse ?
    Les souvenirs s'épluchent sur le chemin, en couches, dans ton dos robuste. J'aimerais qu'ils te fassent un chaud manteau quand nous serons sur la montagne. Je sens bien que l'air devient plus froid depuis quelques heures. Je ne suis pas bonne couturière, ce sera un manteau en morceaux. Des lambeaux qui, ajustés les uns aux autres, forment une histoire. Demain soir, il faudra nous dire adieu."
    p 59

    "C'est étonnant comme vos forces ont été grandes pour m'éloigner de mes lignes de fuite, aussi grandes que les vagues du vent froid qui nous accompagnent ce matin" (...) Ainsi, j'ai fini par trouver mon chemin, vois-tu. Le goût du travail de vivre".
    p 62/63

    Disparition
    "Un jour, la maison est devenue pleine de toutes les absences. Vide d'enfant, vide d'époux, depuis de trop longues années, vite d'amants de passage dont je m'étais lassée. Vide. Des traînée de rire et de larmes me font cortège dès le matin j'ai quelquefois le sentiment que le plus grand risque est de me perdre. Se perdre dans les placards des souvenirs, se perdre dans le silence immobile des journées pluvieuses, se perdre dans l'air figé des lendemains à inventer.
    Je suis devenue un objet à la dérive, sans souffrance aiguë, assez sereine, attentive au moindre mouvement intérieur. Je suis en train de m'endormir, lové dans ce coton d'absences et de silence. J'ai quarante-cinq ans.»
    p 67/68

    "Il ne forment plus qu'un seul et même corps, informe, dont on ne saurait reconnaître les bras des jambes. Une seule et même douleur en mouvements presque imperceptibles. Ni l'un ni l'autre ne savent encore s'ils trouveront la force de s'arracher, de se dénouer. Le fils avance très lentement, il lui semble que sa mère s'est endormie dans son dos.
    Seigneur, viens-nous en aide."
    p 95

    "Maman, écoute-moi, je n'ai pas de voix et je voudrais parler."
    "Jusqu'aux premières lueurs du jour, écoute, à ton tour, mon chant sans voix. (...)
    "Je ne suis pas encore prêt à partir."
    p 105

    "Tu peux partir, je suis l'Univers tout entier à l'intérieur de moi."
    p 124

    Un roman sur la transmission. La mère déroule le fil de sa vie en parcourant le chemin sur le dos de son fils, chemin qu'elle lui a demandé de faire pour l'emmener là-haut, dans la montagne, sur le lieu qu'elle a choisi pour mourir.
    A l'instar du rite japonais de l’ubasute, tradition ancestrale qui enjoint au fils aîné de porter sa mère mourante sur une montagne et de l’y abandonner pour qu’elle y vive, seule, ses derniers instants.
    Tout en cheminant, elle se prépare à partir et y prépare son fils.
    Très beau roman tout en finesse et délicatesse qui n'est pas larmoyant ou pathétique même si le sujet pourrait s'y prêter.
    C'est comme si Marie, la mère, recréait le lien avec le fils au moment de mourir. C'est un parcours initiatique. La fin du chemin, l'aboutissement pour la mère, l'acceptation pour le fils.
    Le texte est court mais précis ; il n'en faut pas plus. Pas besoin de long discours entre les deux etres ; ils se comprennent, ils se font confiance. Le fils ira au bout et elle mourra là-bas.
    C'est un premier roman. Et c'est un premier roman réussi !
    Très belle lecture et découverte !

    merci les #68 premières fois !!

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  • C’est un étrange cortège, orchestrée par une femme qui sait que ses jours sont comptés, et demande à son fils de perpétuer la tradition japonaise Ubasute. L’abandon d’un mourant au sommet d’une montagne est un témoignage de respect et une façon de mourir dans la dignité.

    Le trajet est une...
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    C’est un étrange cortège, orchestrée par une femme qui sait que ses jours sont comptés, et demande à son fils de perpétuer la tradition japonaise Ubasute. L’abandon d’un mourant au sommet d’une montagne est un témoignage de respect et une façon de mourir dans la dignité.

    Le trajet est une sorte de testament, de confidences au gré du chemin, de souvenirs qui émergent avant que tout cesse, la vie et la douleur.

    Le sujet peut sembler terriblement accablant. Mais la détermination de la narratrice, la confiance qu’elle accorde à son fils et l’absence de plainte en font plutôt un écrit de la sérénité, de l’acceptation d’un destin clos, au terme d’une vie ordinaire dont la finitude fait partie du jeu.

    "Il pourrait ralentir, il pourrait oublier la raison de sa présence ici, il pourrait faire demi-tour et redescendre, la mère sur le dos, à grandes enjambées vers le jour qui se lèvera encore, la vie.

    Mais il a promis.
    Et elle lui fait confiance."

    C’est un chant d’amour partagé, un amour lourd d’un passé commun, heureux, où résonnaient les échos de l’enfance, les perspectives à court terme et les histoires banales d’une famille banale, d’une famille aimante.


    Très beau roman, élégant, sans pathos, et animé d’un charme étrange.

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  • ❝On ne revient jamais de voyage, d'aucun voyage.❞
    Anne Dufourmantelle, En cas d’amour

    ❝Il va venir et je lui dirai tu te souviens, Pierre, de cette pratique ancienne dont nous avons déjà parlé… ne me coupe pas la parole, j'ai besoin de forces pour aller jusqu'au bout de ce qu'il me faut te...
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    ❝On ne revient jamais de voyage, d'aucun voyage.❞
    Anne Dufourmantelle, En cas d’amour

    ❝Il va venir et je lui dirai tu te souviens, Pierre, de cette pratique ancienne dont nous avons déjà parlé… ne me coupe pas la parole, j'ai besoin de forces pour aller jusqu'au bout de ce qu'il me faut te dire, sois gentil, écoute-moi. Je voudrais que tu me portes jusqu'au seuil de ce dernier voyage, je voudrais que tu m'accompagnes une dernière fois, je sais que tu es fort et je ne serai pas bien lourde surtout si je finis par terrasser le monstre qui dévore mon ventre et que la vie ici me donne encore un peu de temps, je ne deviendrais pas une énorme maman ! Ne baisse pas les yeux comme si tu n'étais pas là, regarde-moi et fais-moi cette promesse.❞

    Un livre publié à La fosse aux ours est toujours la promesse d’un moment de lecture hors du temps, quelques heures volées à la pesanteur du quotidien. Leurs auteurs ne m’ont jamais déçue – Isabel Gutierrez avec Ubasute son premier roman ne sera pas l’exception -, et j’aime l’élégance discrète de leurs petits ouvrages qui va si bien à celui-ci. De la sobriété raffinée des couvertures au grain du papier au choix de la police, tout est là pour que la lecture ne soit que plaisir.

    Marie sait qu’elle va mourir. Son ❝corps lourd d'usure et de sagesse❞ est las de lutter contre le cancer. Mère de trois enfants, elle a demandé à son seul fils, Pierre, de l’aider à gravir la montagne jusqu’au Grand Rocher et de l’y abandonner comme le dicte cette ancienne tradition japonaise qui donne son titre au roman. Une bien étrange requête alors que Marie n’est pas japonaise et vit en Suisse, du moins à ce que je crois deviner grâce aux maigres indices (la gare de Zermatt en page 15). Voilà, Marie a choisi la manière dont elle souhaitait quitter le monde, au plus loin d’un lugubre hôpital, en montagne et seule, pour enfin rejoindre son mari qui y a trouvé la mort :

    ❝Je sais que tu me guettes, assis sur le grand rocher sous lequel je me coucherai bientôt.
    Là où le cœur attend.❞

    L’écriture d’Isabel Gutierrez, sublime de retenue, tisse un cocon de douceur lumineuse autour un sujet sombre.
    Ce livre délicat d’à peine une centaine de pages est divisé en trois parties de longueurs inégales, la 2e, centrale, étant la plus longue.
    La 1re partie, Avant, alternant « je » et une 3e personne, raconte le corps jadis vaillant qui soudain trahit, et tout en se lançant dans les préparatifs de son départ sans retour, Marie revient sur quelques fragments de sa vie, ❝fait le tour des ombres qui rôdent en elle❞, sans aigreur ni regret. Choisir le départ, Marie l’a déjà fait par le passé, son père avant elle aussi. À présent, dans un ❝grand vent de liesse❞, ❝un sourire lumineux❞ accroché au visage, ❝sent[ant] murmurer en elle le chant du départ❞, elle attend son fils. En paix. En guise de pierre de patience, elle emportera un bol qu’elle a elle-même façonné.

    ❝Jeudi 6 mars
    J’emporterai de quoi accueillir mon cœur devenu silencieux
    J’emporterai de quoi accueillir l’épuisement de mon souffle
    J’emporterai ce qui contient le monde, ses bruits, ses odeurs
    J’emporterai un bol❞

    La mère et le fils se mettent en marche vers le Grand Rocher et vont se Parler en silence, titre de la 2e partie. Nous savons que le silence est la grande affaire de cette famille

    ❝Enfant, il [Pierre] lui avait appris combien le silence était un ami précieux.❞

    et, de fait, contrairement à ce qui s’observe ailleurs, le silence même perdurable n'a pas creusé de distance. La lente ascension à dos de fils sur une chaise à porteur ❝à l’assise confortable, au bois brun et doux❞ fabriquée par ses soins est l’occasion d’une ultime confession, de ❝traverser ensemble les mémoires❞ et tous les âges qui font une vie peuplée de silences, de mots et de solitude :

    ✧ la vie in utero ❝ce temps d’avant le langage❞ et ce frère jumeau mort-né ;
    ✧ les rencontres avec certains hommes qui ❝auront droit aux mots❞ parce que ❝rayonnants et aimés […] ils ont été là un jour❞ ;
    ✧ l’amour pour son mari adoré qui ❝marchait en premier. Et en silence❞ et qu’elle suivait ❝écrasant les mots entre langue et palais❞ ;
    ✧ puis soudain, les ❝notes silencieuses❞ de l’absence et les traces laissées par un crayon à mine noire dans un petit livret bleu.

    Quelle beauté pour léguer ❝ces souvenirs qui s’épluchent❞. Marie et Pierre savent qu’au bout du chemin, après cette communion des corps et de l'esprit, ils devront se séparer.

    ❝Ils ne forment plus qu'un seul et même corps, informe, dont on ne saurait reconnaître les bras des jambes. Une seule et même douleur en mouvements presque imperceptibles. Ni l'un ni l'autre ne savent encore s'ils auront la force de s'arracher, de se dénouer.❞

    Cette marche à dos de fils est l’occasion de faire le chemin l’un vers l’autre. Au tour de Pierre d’à présent faire le chemin vers sa mère dans la 3e partie. Ils viennent de traverser la forêt, l’obscurité monte alors que le froid tombe. Le voyage touche à sa fin. La mère est redevenue une enfant lovée dans les bras du fils qui revisite à son tour les années heureuses, celles de la petite maison au bord du ruisseau, des lits partagés, des baisers sur le front, et les années silencieuses, celles où la fourchette maternelle restait ❝suspendue entre l’assiette et la bouche❞ quand les questions de Pierre et de ses sœurs venaient gratter à la porte d'un passé douloureux et indélébile, malgré les efforts entrepris pour cicatriser.

    Les souvenirs de Pierre percent l’obscurité alentour. Alors qu’il va redescendre, seul, pour suivre son chemin d’homme et affronter les lendemains, Pierre se rappelle qu'elle était pour son père une ❝ange, descendue sur terre juste pour [les] aimer❞, un ❝horizon aimant, flamboyant et instable❞ pour lui et ses sœurs. Une mère dont les silences et les livres ont toujours été les ultimes refuges. Les livres étant restés à la maison restent les silences.

    Ubasute est un texte sombre et porteur d’espoir, d’une justesse inouïe sur l'amour, la perte, le manque et le chagrin. Économe de mots, il ne lui en manque pourtant aucun. Silence, mots, langage, perte, douceur, douleur... ils sont là à coloniser les pages dont la poésie sereine invite à noircir des carnets entiers pour y déposer un peu de la beauté discrète et la douce musicalité de phrases prises au hasard tant tout est exquis.

    Il suffit d'une lettre pour passer de la douleur à la douceur. Chant de la vie, de ses bonheurs, de ses épreuves, déclaration d’amour d’une mère à son fils, d’un fils à sa mère, reconnaissance du lien indéfectible par-delà l’absence à venir et celles qui ont jalonné toute une vie, Ubasute est un cantabile lent et doux qui parle au cœur et fascine son lecteur longtemps. Une merveille aux excellentes éditions La fosse aux ours qui jamais ne déçoivent.

    ❝ Tu sais, Pierre, en vieillissant, je me suis aperçue d’une chose assez étrange ; les gens s’imaginent que la perte, celle d’un être ou d’un objet, nous rend plus sensible. C’est faux, notre sensibilité se nourrit de ce que l’on nous donne et certainement pas de ce que l’on nous prend.❞

    Merci pour ce cadeau.

    Lu dans le cadre de la sélection 2022 des #68premieresfois

    https://www.calliope-petrichor.fr/2022/03/25/ubasute-isabel-gutierrez-la-fosse-aux-ours/

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  • En donnant pour titre à son roman le nom d’un rite japonais ancien, Ubasute, Isabel Gutierrez floute d’emblée les frontières, offrant un cachet universel à ce très beau premier texte.
    Une femme s’affaire dans sa maison. Elle façonne un bol en terre, dernier objet qu’elle emportera avec elle...
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    En donnant pour titre à son roman le nom d’un rite japonais ancien, Ubasute, Isabel Gutierrez floute d’emblée les frontières, offrant un cachet universel à ce très beau premier texte.
    Une femme s’affaire dans sa maison. Elle façonne un bol en terre, dernier objet qu’elle emportera avec elle pour un dernier voyage, portée par son fils sur le dernier chemin, telle une offrande à déposer sur un autel dédié à la vie, dédié à l’amour, dédié à ce lien qu’il lui faudra dénouer à jamais mais resserrer pour toujours. Si, dans les premières pages, on l’imagine en effet sans peine au Japon, on comprend assez vite qu’elle est probablement de par chez nous mais qu’elle pourrait être de partout, de toutes les terres où il y a des mères, des histoires d’hommes et de femmes qui se trouvent et qui s’aiment, et qui se perdent parfois parce que la vie est cruelle et tranche dans le bonheur. Cette dernière marche à dos d’homme, à dos de fils, doit se faire en silence, mais, derrière sa bouche close, se bousculent les mots de l’histoire qui fut la sienne, des douleurs qu’elle n’a pas su dire, de l’amour qu’elle laisse en héritage. Et lorsque sa voix se tait, lorsqu’elle cède la place au chagrin de l’enfant qu’elle porta, de l’homme qui la porte à son tour, il est difficile d’endiguer l’émotion franche qui nous submerge.
    Comme elle est touchante cette dernière ascension entre les lignes d’Isabel Gutierrez ! Elle y parle de ce que l’on construit et de ce que l’on laisse derrière soi, des gouffres si profonds que creusent certaines pertes que l’on peut s’y noyer de chagrin, des écorchures de l’âme si longues à cicatriser. Certes, on butte quelques fois sur l’une ou l’autre imperfection du chemin qui nous égare un peu, mais, porté par la puissance et la sincérité des sentiments évoqués, on ne peut que baisser la garde et accueillir avec bonheur la grande générosité, la finesse d’évocation, la poignante justesse, la beauté délicate du style de cette auteure qui, avec cette marche tour à tour éprouvante et apaisante fait ses premiers pas d’auteur avec talent et discrétion, en quelques pages fort bien dosées.

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  • Marie va mourir. Elle veut quitter ce monde en respectant une ancienne tradition japonaise, celle de l'ubasute. Cette coutume consiste à abandonner une personne âgée et malade en montagne. Marie laisse cette lourde et difficile tâche à son fils. Atteindre le sommet de cette dernière demeure est...
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    Marie va mourir. Elle veut quitter ce monde en respectant une ancienne tradition japonaise, celle de l'ubasute. Cette coutume consiste à abandonner une personne âgée et malade en montagne. Marie laisse cette lourde et difficile tâche à son fils. Atteindre le sommet de cette dernière demeure est pour eux deux l'occasion de combler les silences, dans un ultime au revoir…

    Ubasute est le premier roman d'Isabel Gutierrez et il est absolument magnifique…

    Au-delà de l'histoire touchante qu'elle raconte, l'auteure a une écriture sublime. Elle a un ton si juste, des mots si parfaitement à leur place, une fluidité dans ses phrases, que le tout nous touche en plein coeur.

    L'ubasute est une tradition qui demande courage et force. Abandonner un parent âgé, malade de surcroît, seul au sommet d'une montagne semble être un acte insensé. Dans ce roman, on en comprend le cheminement. C'est un travail sur soi, un retour sur sa vie, la remémoration de souvenirs marquants. C'est partir allégé de ces regrets, emportant avec soi le strict nécessaire pour passer de l'autre côté. C'est comme tirer sa révérence entouré d'amour et de sérénité.

    J'aurais aimé tant de pages supplémentaires… Apprendre à connaître Marie, son enfance, ses grands-parents aimants, son si grand amour, ses enfants… Partager ses joies, ses peines et ses doutes… Adoucir ses chagrins et combler ses manques… Et puis je me suis dit que trop de mots auraient terni ses silences, atténué cette douce lumière qui pétille à travers le regard qu'elle pose sur la vie…

    J'ai gardé pour moi tout le bien de cette rencontre, tout le beau de ce tête à tête inattendu et je vais chérir, dans un souvenir ému, cette petite flamme de bonheur simple…

    Merci aux 68 premières fois d'avoir mis sur mon chemin ce doux roman…

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  • « Il va venir et je lui dirai tu te souviens, Pierre, de cette pratique ancienne dont nous avons déjà parlé… ne me coupe pas la parole, j’ai besoin de forces pour aller jusqu’au bout de ce qu’il me faut te dire, sois gentil, écoute-moi. Je voudrais que tu me portes jusqu’au seuil de ce dernier...
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    « Il va venir et je lui dirai tu te souviens, Pierre, de cette pratique ancienne dont nous avons déjà parlé… ne me coupe pas la parole, j’ai besoin de forces pour aller jusqu’au bout de ce qu’il me faut te dire, sois gentil, écoute-moi. Je voudrais que tu me portes jusqu’au seuil de ce dernier voyage, je voudrais que tu m’accompagnes une dernière fois, je sais que tu es fort et je ne serai pas bien lourde surtout si je finis par terrasser le monstre qui dévore mon ventre et que la vie ici me donne encore un peu de temps, je ne deviendrais pas une énorme maman ! Ne baisse pas les yeux comme si tu n’étais pas là, regarde-moi et fais-moi cette promesse. »

    Un extrait vaut mieux que de longues phrases.
    Le lire, le taper, le relire.
    Les yeux humides.
    L’Ubasute est une pratique japonnaise consistant à abandonner les personnes âgées ou malades dans des lieux isolés. Elles y mourront, seules.
    Marie veut mourir dans la montagne. Tel est son dernier souhait. Confiant cette lourde tâche à son fils, c’est aussi l’occasion pour elle d’enfin discuter avec lui.
    Un texte intime d’une force assez impressionnante pour un premier roman. Le sujet est grave mais tellement embelli par la beauté des mots. J’ai relu de nombreux passages et chaque fois les émotions étaient décuplées. L’impression que ceux-ci avaient été écrits pour moi. Que les mots m’étaient chuchotés à l’oreille.
    Je l’ai refermé la gorge nouée par la luminosité dont il en ressortait.
    Je crois en la puissance des mots et Ubasute me le prouve encore.
    Sublime.

    « Ils ne forment plus qu’un seul et même corps, informe, dont on ne saurait reconnaître les bras des jambes. Une seule et même douleur en mouvements presque imperceptibles. Ni l’un ni l‘autre ne savent encore s’ils trouveront la force de s’arracher, de se dénouer. Le fils avance très lentement, il lui semble que sa mère s’est endormie dans son dos. »

    http://www.mesecritsdunjour.com/archives/2021/12/18/39265748.html

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