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Tous tes enfants dispersés

Couverture du livre « Tous tes enfants dispersés » de Beata Umubyeyi Mairesse aux éditions Autrement
  • Date de parution :
  • Editeur : Autrement
  • EAN : 9782746751392
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Peut-on réparer l'irréparable, rassemble ceux que l'histoire a dispersés ? Blanche, rwandaise, vit à Bordeaux après avoir fui le génocide des Tutsi de 1994. Elle a construit sa vie en France, avec son mari et son enfant métis Stokely. Mais après des années d'exil, quand Blanche rend visite à sa... Voir plus

Peut-on réparer l'irréparable, rassemble ceux que l'histoire a dispersés ? Blanche, rwandaise, vit à Bordeaux après avoir fui le génocide des Tutsi de 1994. Elle a construit sa vie en France, avec son mari et son enfant métis Stokely. Mais après des années d'exil, quand Blanche rend visite à sa mère Immaculata, la mémoire douloureuse refait surface. Celle qui est restée et celle qui est partie pourront-elles se parler, se pardonner, s'aimer de nouveau ? Stokely, lui, pris entre deux pays, veut comprendre d'où il vient.
Ode aux mères persévérantes, à la transmission, à la pulsion de vie qui anime chacun d'entre nous, Tous tes enfants dispersés porte les voix de trois générations tentant de renouer des liens brisés et de trouver leur place dans le monde d'aujourd'hui. Ce premier roman fait preuve d'une sensibilité impressionnante et signe la naissance d'une voix importante.

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Avis (11)

  • Blanche est métisse, sa mère est tutsi, son père français, elle a un demi-frère Bosco.
    Lors des massacres de 1994, Blanche a pu quitter le Rwanda et rejoindre la France. Sa mère a survécu en se cachant pendant trois mois dans la cave d’une librairie aidée par un hutu. Bosco était parti...
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    Blanche est métisse, sa mère est tutsi, son père français, elle a un demi-frère Bosco.
    Lors des massacres de 1994, Blanche a pu quitter le Rwanda et rejoindre la France. Sa mère a survécu en se cachant pendant trois mois dans la cave d’une librairie aidée par un hutu. Bosco était parti rejoindre les rebelles trois ans plus tôt.
    En France, Blanche a épousé un métis de mère française et d’un père antillais qui les a abandonnés très tôt. Il est à la recherche de ses origines et de son identité. Ils ont un fils Stokely.
    Blanche, sa mère Immaculata et son fils Stokely prennent tour à tour la parole dans ce livre. Trois générations, trois façons de voir l’histoire. Immaculata murée dans le silence retrouve la parole et le goût de vivre grâce à son petit-fils.
    Ce livre ne raconte pas le génocide mais les dégâts qu’il a causé. Il est aussi plein de nostalgie et de douceur quand Immaculata et Blanche racontent leur jeunesse au Rwanda.
    L’écriture de Beata Umubyebi est très poétique. C’est un premier roman très prometteur.

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  • Ouvrir un livre dont on sait qu’il trouve ses racines dans la mémoire du Rwanda des années 90 n’est jamais anodin et ne se fait pas sans une certaine appréhension mâtinée de la culpabilité d’être Français(e). L’atrocité des images évoquées, la violence des souvenirs convoqués figent les...
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    Ouvrir un livre dont on sait qu’il trouve ses racines dans la mémoire du Rwanda des années 90 n’est jamais anodin et ne se fait pas sans une certaine appréhension mâtinée de la culpabilité d’être Français(e). L’atrocité des images évoquées, la violence des souvenirs convoqués figent les capacités intellectuelles de celui qui les reçoit dans l’horreur, l’empêchant de saisir, par-delà le sang et la chair meurtrie, l’amputation des âmes, la douleur héritée et transmise, la vie qu’il faut poursuivre lorsqu’on vous l’a laissée. Or, c’est l’une des grandes forces de Beata Umubyeyi Mairesse que de venir saisir son lecteur avec douceur mais fermeté et de le mener, d’une écriture sensible, élégante et affirmée entre les écueils de cette mémoire encore endolorie de plaies béantes, de rendre à ce pays une réalité, une proximité, une vie que l’on rechigne souvent à lui imaginer. A travers l’histoire de Blanche, sa narratrice, fille, femme, métisse, amoureuse et mère, elle nous invite à un voyage philosophique et presque apaisé qui tente de remonter aux sources de ces liens qui la font ce qu’elle est, avec cette douleur-là, inscrite quelque part, gravée pour toujours, portée pour toujours, mais qui ne saurait en aucun cas la définir entièrement. Au fil des pages, elle rassemble peu à peu ses souvenirs, les bons comme les mauvais, comme autant d’enfants dispersés aux quatre coins du monde et de l’Histoire, brossant au passage le portrait d’une femme qui semble familière, universelle et symbolique, une femme résolument inscrite dans sa lignée et dans la vie.

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  • Beata Umubyeyi Mairesse s’est servi de son expérience puisqu’elle a fui le Rwanda en 1994 mais pour une fois j’ai senti la romancière bien plus que la chroniqueuse.
    Ce récit est à trois voix. Blanche, la jeune métisse qui a fui en 1994 pour échapper au massacre, parle à sa mère. Immaculata,...
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    Beata Umubyeyi Mairesse s’est servi de son expérience puisqu’elle a fui le Rwanda en 1994 mais pour une fois j’ai senti la romancière bien plus que la chroniqueuse.
    Ce récit est à trois voix. Blanche, la jeune métisse qui a fui en 1994 pour échapper au massacre, parle à sa mère. Immaculata, cette mère qui a par miracle échappé aux massacres, parle à son fils qui n’a pu supporter le quotidien au retour de ses années de guerre. Dans les derniers chapitres Stokely, le fils de Blanche né en France, voudrait comprendre.
    Beaucoup de thèmes dans ce roman, la nostalgie du pays de l’enfance, une histoire familiale compliquée avec ses secrets et ses non-dits, des problèmes de transmission, de négritude, d’exil. C’est la difficulté de vivre entre deux monde, deux civilisations. L’enfant né en France est à la recherche de ses origines très cosmopolites. L’auteure parle aussi des difficultés de reconstruction du pays et des marques indélébiles du génocide sur les Rwandais. Le ton est juste, l’écriture sobre et distanciée.
    C’est poignant et ça fait réfléchir de lire sous la plume de Beata Umubyeyi Mairesse que le rêve d’Immaculata c’est que sa fille métisse épouse un blanc de blanc pour que la descendance se dilue de plus en plus.
    https://ffloladilettante.wordpress.com/2020/01/04/tous-tes-enfants-disperses-de-beata-umubyeyi-mairesse/

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  • Dans la sélection des #68premieresfois voici un deuxième roman sur le génocide Tutsi de 1994. Autant vous le dire tout de suite, j'ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman, très différent de celui de Yoan Smadja, "J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi" lu fin septembre pour lequel j'avais eu...
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    Dans la sélection des #68premieresfois voici un deuxième roman sur le génocide Tutsi de 1994. Autant vous le dire tout de suite, j'ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman, très différent de celui de Yoan Smadja, "J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi" lu fin septembre pour lequel j'avais eu un coup de cœur. Les deux se font écho et se complètent sans aucune redondance.

    Ici la grande Histoire apparaît à travers celle d'une famille aux blessures indicibles, sur lesquelles est posé un "couvercle de chagrin". Blanche est métisse, elle a fui le Rwanda en 1994, s'est installée en France où elle vit à Bordeaux avec son mari et son fils métis Stockely. Immaculata sa mère restée au pays est devenue mutique. Les rapports entre mère et fille sont compliqués, ils l'auraient sans doute été même sans le génocide en raison de leur histoire personnelle, mais celui-ci a rajouté une telle somme de douleurs et de chagrins que les retrouvailles des deux femmes des années après font resurgir plus vives que jamais blessures, culpabilité et ressentiments. C'est de Stockely que viendra la lumière.

    L'écriture est infiniment poétique, le rythme lent et se dessine sur fond de génocide, d'histoire coloniale, de quête identitaire, de métissage et de transmission, le portrait de femmes touchantes entre lesquelles la communication a été rompue tandis qu'apparaissent en filigrane les us et coutumes du pays des mille collines. Un roman puissant, poignant, magnifique... ❤

    "Je pensais avoir tout balisé, dans l'avion qui me ramenait. On ne balise pas un effondrement. "

    "Stockely comprit que sa mère portait en elle des mots fantômes, des mots d'enfance endormis dans un jardin en friche qu'une pluie lointaine pourrait un jour ressusciter. "

    "Entre les mots et les morts, il n'y a qu'un air, il suffit de le cueillir avec ta bouche et de veiller à composer chaque jour un bouquet de souvenance."

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  • Le livre refermé, des images et des mots reviennent sans cesse.
    Le Rwanda, Butare, Hutus et Tutsis, 1994, 1,000,000 de morts
    Les jacarandas violets, disparus en quelques années, symboles de l'Afrique et pourtant originaires d'Amérique du sud, importés par les européens.
    Les européens, belges,...
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    Le livre refermé, des images et des mots reviennent sans cesse.
    Le Rwanda, Butare, Hutus et Tutsis, 1994, 1,000,000 de morts
    Les jacarandas violets, disparus en quelques années, symboles de l'Afrique et pourtant originaires d'Amérique du sud, importés par les européens.
    Les européens, belges, français, colons certes, éducateurs également, tous méchants ? Tous bons ?

    Une famille rwandaise composée de … femmes Anastasia, l'arrière grand mère, peu bavarde, sa fille Immaculata qui pérore en français et en kyniarwanda, mais que la mort de son fils Bosco, choc insurmontable, rendra muette avant que son petit fils Stokely ne lève la malédiction . Au milieu, Blanche, la fille métisse d'Immaculata et d'Antoine qui sera sauvée du massacre et s'échappera de Butare pour vivre à Bordeaux et épouser Samora, autre métis révolté.


    3, 4, 5 personnes se répondent, s'apostrophent, se haïssent et se réconcilient, avec douleur et douceur, difficulté et échecs répétés, font appel à leurs souvenirs, aux secrets tellement bien tenus cachés que leur révélation laisse pantois, mais debout, toujours debout, forte et fragile en même temps ; forte, car ce sont les femmes qui sont fortes dans ce livre, elles font face à tout, certes elles ne font pas la guerre, ne tuent pas, donnent même la vie, parfois la leur ; les hommes tuent, massacrent, font assaut de cruauté parfois décrite au cœur des massacres, font preuve de lâcheté, se rebellent contre les forces au pouvoir, contre leurs mères et .. meurent, ou s'effacent.

    Un livre magnifique par ses phrases poétiques, les images si réelles qu'on pourrait les peindre, l'analyse pointue des relations mère /fille, les ressentis de l'une et de l'autre et la guerre larvée entre elles que seul l'éloignement apaisera, aidé en cela par le petit fils au nom de panthère noire qui redonnera la voix à sa grand mère et sa place à sa mère.
    Ejo hier et demain , enfin réunis.

    Livre lu dans le cadre des escales du livre de Bordeaux

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  • Blanche est métisse. Elle a pu fuir le Rwanda en avril 1994 grâce à ça, poussée par sa mère qui elle va rester et tenter de survivre à cette folie avec son plus jeune fils.
    Blanche va tenter de trouver son père avec qui elle n’a plus de contacte depuis sa plus jeune enfance. Malheureusement...
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    Blanche est métisse. Elle a pu fuir le Rwanda en avril 1994 grâce à ça, poussée par sa mère qui elle va rester et tenter de survivre à cette folie avec son plus jeune fils.
    Blanche va tenter de trouver son père avec qui elle n’a plus de contacte depuis sa plus jeune enfance. Malheureusement elle arrive trop tard son père est décédé. Elle va tout de même réussir à s’intégrer et à faire sa vie en France.
    Pendant ce temps, sa mère et son frère qui ont survécus aux massacres poursuivent leur existence à Butare.

    A la veille d’être mère elle aussi, Blanche rentre au Rwanda retrouver les siens et tenter de renouer le fils de leur vie commune.

    Le livre n’est en rien larmoyant, l’écriture est très poétique. Les relations entre la mère et la fille ne sont pas simples mais elles vont tenter un petit pas l’une vers l’autre aider par la 3e génération qui va les réunir.

    Une belle part aussi sur les racines, si difficiles à conserver de si loin à travers à la fois Blanche bien sur mais son mari aussi.

    Un merveilleux roman sur la résilience, la transmission et les liens forts et parfois violents et difficiles entre les femmes d’une mêmes famille.

    Un magnifique premier roman très sensible.

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  • "Une famille qui ne se parle pas est une famille qui meurt."
    Proverbe rwandais, "Les proverbes en kinyarwanda"

    "C'est l'heure où la paix se risque dehors. [...] la paix, minuscule, clandestine, sait qu'il n'y a plus sur les sentiers aucune âme qui vive capable de la capturer. Alors, elle...
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    "Une famille qui ne se parle pas est une famille qui meurt."
    Proverbe rwandais, "Les proverbes en kinyarwanda"

    "C'est l'heure où la paix se risque dehors. [...] la paix, minuscule, clandestine, sait qu'il n'y a plus sur les sentiers aucune âme qui vive capable de la capturer. Alors, elle sort saluer les herbes hautes qui redressent l'échine sur les collines, saluer les oiseaux qui sont restés toute la journée la tête sous l'aile pour ne pas assister, pour ne pas se voir un jour sommés de venir témoigner à la barre d'un quelconque tribunal qui ne manquera pas d'arriver, saluer les fleurs gorgées d'eau de la saison des pluies qui peinent à exhaler encore et malgré tout un parfum de la vie là où la puanteur a tout envahi."

    Voilà 25 ans, au Rwanda, était perpétré le génocide contre les Tutsi qui allait faire près d'un million de morts en quelques mois. Beata Umubyeyi Mairesse est née à Butare qu'elle a fui avant les massacres, à l'âge de 15 ans.

    "Tous tes enfants dispersés" est un premier roman qui ne joue pas les voyeurs turpides. En disant le moins possible des carnages de ce conflit ignoble entre Tutsi et Hutu, il déjoue le piège de l'abjection. "Tous tes enfants dispersés" n'est pas un récit de destruction, de décomposition, d'anéantissement ; il est au contraire celui de l'après, celui de la douloureuse reconstruction de ces familles dévastées, des retrouvailles entre ceux qui, d'une manière ou d'une autre, en ont réchappé, des "retrouvailles de coeurs en lambeaux".

    Ce récit choral donne à entendre trois générations : Immaculata la mère, Blanche sa fille et enfin, plus tard, Stokely son petit-fils. Un tissage de voix fragiles qui s'évitent tout en se faisant écho, chacune emmurée dans un chapitre frappé à son nom ; des voix qui, entre passé et présent, racontent, dans leurs creux et leurs silences, leurs cris parfois, l'histoire d'une famille dispersée.

    Restés au pays, Immaculata a survécu au pire et Bosco, le fils qu'elle a eu avec un démocrate hutu, est revenu du front, sauf, mais traumatisé. Blanche, sa fille conçue avec un expatrié français, a été contrainte à l'exil et a trouvé refuge en France dès que les combats ont commencé.

    Le roman s'ouvre sur le retour-surprise de Blanche à Butare en 1997, trois ans après que les combats ont cessé. Mais peut-on reprendre le fil de la vie familiale là où on l'a laissé, alors que l'on revient lestée d'une nouvelle existence commencée ailleurs, sur un autre continent ?

    "[…] dans ma tête mes pensées chiffonnées étaient semblables à un drap blanc fatigué de la longue nuit de mon absence, dans les replis duquel je cherchais une aiguille pour reprendre mon ouvrage de mémoire. Mais n'est-ce pas pour cela que j'étais revenue ici, pour tisser une virgule entre hier et demain et retrouver le fil de ma vie ?"

    Il est des blessures qui ne sont pas l'oeuvre des armes. Cet exil contraint, censé protéger, a ouvert une plaie, et les mots tus ne peuvent suturer sa béance.

    "Qu'est-ce qui avait changé ici ? Moi. le regard nostalgique et amer que je posais sur toute chose. Ce qui avait été déchiqueté. Je n'étais pas sûre d'avoir la force de reconstituer notre relation avec toi après trois longues années de silence entrecoupées de conversations téléphoniques maladroites et de courtes lettres sibyllines."

    Des silences auxquels vient se surimprimer la culpabilité d'avoir abandonné les siens, une culpabilité augmentée des reproches du demi-frère qui brisent ce qu'il restait d'affection :

    "À moins que je m'excuse d'être là aujourd'hui ? Moi qui n'avais rien vécu de tout ça, qui ne pouvais pas, ne pourrais jamais savoir réellement ce que vous aviez traversé."
    "Entre nous, confie Blanche, se dressaient sept ans : ses deux guerres, celle du Rwanda puis celle du Zaïre, ma défection vers la France. La France qu'il me reprochait."

    Le récit de ce retour sera différé d'une centaine de pages consacrées à la vie de Blanche en France, à son mariage avec Samora venu lui aussi d'un ailleurs, les Antilles, à la naissance de leur fils Stokely. Ces pages accueilleront aussi la parole qu'Immaculata porte à Bosco.

    Comment "réparer les coeurs" ? comment faire à nouveau "frissonner les feuilles des souvenirs, éparpiller les poussières de regrets sans ménagements" ? Ce sera à la troisième génération, à Stokely, de tisser "à l'envers" des liens avec sa grand-mère, laissant Blanche "interloquée par la fluidité de leur relation, comme s'ils s'étaient toujours connus. Une évidence". Car, entre ces deux-là, il ne peut y avoir de place pour le ressentiment, seulement un espace pour que s'épanouissent, comme les fleurs bleues du jacaranda, les mots trop longtemps retenus.

    Ce roman, à dimension autobiographique évidente, parle du difficile retour au pays natal après un exil forcé, de ce que cela suppose d'abandons et de renaissances : ceux d'une famille certes, mais aussi d'une culture, d'une identité, ce "costume de papier que la première pluie peut emporter", d'une langue.

    "Posséder complètement deux langues c'est être hybride, porter en soi deux âmes, chacune drapée dans une étole de mots entrelacés, vêtement à revêtir en fonction du contexte et dont la coupe délimite l'étendue des sentiments à exprimer. Habiter deux mondes parallèles, riche chacun de trésors insoupçonnés des autres, mais aussi, constamment, habiter une frontière."

    Beata Umubyeyi Mairesse, en faisant des choix narratifs judicieux, signe un premier roman remarquablement écrit, dense et fragile, celui des mots ravalés sur des douleurs indicibles, celui d'un traumatisme écrasant, celui de la lente acceptation d'une identité métissée, celui d'une famille-phénix comme il existe un "pays-phénix".

    "Tous tes enfants dispersés" est superbe, intime, sensible, d'une douceur, oui, d'une douceur que l'on n'attendait pas ; un roman qui "soulève délicatement le couvercle du chagrin" pour trouver l'apaisement.

    "Entre les mots et les morts, il n'y a qu'un air, il suffit de le cueillir avec ta bouche et de veiller à composer chaque jour un bouquet de souvenance."

    "Tous tes enfants dispersés" n'a pas à rougir de la comparaison que de nombreux lecteurs ne manqueront pas de faire avec "Petit Pays" de Gaël Faye. Je lui souhaite la même reconnaissance et le même parcours, car il faut "[laisser] ceux qui sont assez solides écrire leurs histoires, dont je sais mieux que toi combien elles sont nécessaires à l'humanité."

    Une réussite, je vous dis.

    Premier roman, lu pour la session automne des #68premieresfois.

    https://www.calliope-petrichor.fr/2019/11/06/tous-tes-enfants-dispersés-beata-umubyeyi-mairesse-autrement/

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  • « À quoi ai-je pensé pendant ces premières heures au pays? J’avais atterri la veille au soir avec la résolution de ne pas passer plus d’une nuit à Kigali et de demander dès le lendemain à ma nouvelle amie Laura de me conduire à la gare routière pour descendre vers le sud. C’était la seule que...
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    « À quoi ai-je pensé pendant ces premières heures au pays? J’avais atterri la veille au soir avec la résolution de ne pas passer plus d’une nuit à Kigali et de demander dès le lendemain à ma nouvelle amie Laura de me conduire à la gare routière pour descendre vers le sud. C’était la seule que j’avais informée de mon voyage, parce que j’avais besoin d’un point de chute dans le pays, parce que je savais qu’elle garderait le secret le temps qu’il faudrait, elle l’étrangère rencontrée quelques mois auparavant chez des amis de Bordeaux.»

    1997 à Butare, au sud du Rwanda. Blanche revient dans ce pays qu’elle a quitté trois ans plus tôt. C’est l’histoire de ses retrouvailles avec sa famille que nous raconte Beata Umubyeyi Mairesse dans ce premier roman à forte densité dramatique. Car les mots ne veulent plus sortir, les liens sont trop distendus. Car chacun combat d’abord ses propres fantômes.
    Immaculata, la mère de Blanche, a perdu ses maris. Le père de Blanche est un ingénieur français qui a filé en métropole sans demander son reste, laissant son épouse et ses deux enfants – elle a aussi eu un fils avec Damascène, un Hutu qui est parti à Moscou – affronter les mois plus difficiles de son existence. Elle parviendra à confier sa fille à des expatriés évacués par l’armée belge tandis que son fils Bosco part au front pour défendre son pays. Durant trois mois, elle vivra terrée dans une librairie avant que son fils ne vienne la sortir de cet enfer.

    En reconstituant le puzzle familial, on se rend bien compte combien leurs trajectoires différentes les ont éloignés les uns des autres. Tout tes enfants dispersés est bien le roman de l’incommunicabilité. De la mère avec ses enfants, du frère avec sa sœur, du petit-fils avec sa grand-mère. Même si l’on sent bien qu’une âme innocente comme l’est Stokely, peut être le premier à dépasser les non-dits, les peines intérieures, les rancœurs et les préjugés érigés au fil des ans. Stokely est le fils de Blanche et de Samora, un métis comme elle, rencontré à Bordeaux et avec lequel elle a eu envie de se construire une nouvelle vie.
    Mais avant que l’enfant ne puisse s’exprimer et rendre la parole à sa grand-mère, il devra lui aussi franchir quelques obstacles. Né avec un frein de langue trop court, il devra être opéré. Baptisé par erreur Kunuma (qui se traduit par «se taire ou devenir muet»), il lui faudra devenir Kanuma («petite colombe») et apprendre le kinyarwanda pour s’ouvrir de nouveaux horizons.
    Racontée à trois voix, cette histoire d’exil et d’oubli, de culpabilité et de pardon, de colonisation et d’accueil, de deuil et de naissance est aussi celle de femmes qui doivent apprendre à trouver leur voie – leur voix – dans un monde où les hommes entendent les soumettre, y compris en s’appropriant l’histoire et en la transformant. Bosco veut par exemple faire de sa sœur la complice des blancs chez qui elle habite désormais et dont le comportement durant le génocide fut loin d’être exemplaire.
    Un thème que l’on retrouve dans le formidable roman de Yoan Smadja, J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi, et qui montre aussi combien les cicatrices sont difficiles à effacer, combien il est difficile de surmonter certains traumatismes.
    https://urlz.fr/ba15

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