• À Manosque, Miguel Bonnefoy m’avait vraiment donné envie de lire son dernier roman : Sucre noir, dont il avait fait vivre, en public, les premières pages. Jeune auteur né en France puis ayant vécu au Venezuela et au Portugal, il a même publié en italien et sait bien captiver son lecteur.

    « Le...
    Voir plus

    À Manosque, Miguel Bonnefoy m’avait vraiment donné envie de lire son dernier roman : Sucre noir, dont il avait fait vivre, en public, les premières pages. Jeune auteur né en France puis ayant vécu au Venezuela et au Portugal, il a même publié en italien et sait bien captiver son lecteur.

    « Le jour se leva sur un navire naufragé, planté sur la cime des arbres, au milieu d’une forêt. » Tout commence là, trois siècles avant l’essentiel du livre sous-tendu, jusqu’au bout, par ce trésor gardé jalousement par le capitaine Henry Morgan, sur ce navire qu’il ramenait en Europe et qu’une tempête peu ordinaire avait jeté sur la canopée.
    « Personne, hormis le second, ne soupçonnait que dans les flancs du navire où empestaient la misère, la faim, la viande pourrie, le biscuit immangeable, un trésor dormait en silence, sur les planches terreuses, comme un ange au fond d’une bauge. » Pour les marins et leur bateau, c’est une fin en apocalypse mais ce fameux trésor ?
    La vie se déroule ensuite dans ce village où la légende perdure. On cultive le café, les bananes et la canne à sucre. L’essentiel de l’action se passe dans la famille Otero où Serena, la fille, est solitaire et s’ennuie. Elle passe même des petites annonces, sous pseudo, sur la radio locale car la TSF commence à se développer.
    Quatre personnages débarquent successivement dans une exploitation qui devrait être sans histoire. Seule, une vieille femme vient, chaque 1er novembre, se recueillir dans une pièce qui lui réservée, à la mémoire de son mari, l’ancien propriétaire.
    L’attrait d’un trésor caché déclenche bien des folies et Severo Bracamonte, une « vingtaine d’années, d’une peau délicate et d’un corps fragile », arrive, étudie, explore méthodiquement le secteur pendant que Serena herborise. Lorsqu’il veut déraciner un arbre, elle s’insurge. Pour elle, le plus vieil arbre de la forêt, c’est « le seul véritable trésor. » Lorsque naît leur amitié, elle a une phrase merveilleuse : « Imbécile. Tu seras un homme quand tu sortiras un trésor du fond de mes yeux. »
    Le temps passe, arrivent un Andalou puis le photographe Mateo San Mateo et surtout Eva Fuego dont l’influence est décisive. Notons juste ce beau portrait : « Elle avait un charme de bête sauvage, imprévisible, ardente, que ne freinait pas la pudeur, et les jeunes gens du village se bousculaient sous ses fenêtres dans l’espoir de l’apercevoir derrière ses jalousies. »

    Je n’en dirai pas plus pour que chacun se laisse emporter par ce Sucre noir, une histoire mâtinée de sucre de canne et de rhum, au cœur des Caraïbes, au moment où la découverte d’un gisement de pétrole à l’ouest du Venezuela rebat les cartes.

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • Miguel Bonnefoy signe avec « Sucre noir » un roman aux allures de conte philosophique, en nous invitant à la recherche du trésor du capitaine Henry Morgan enterré depuis trois siècle sur un coin paradisiaque des Caraïbes.
    Il nous livre l’histoire de la famille Otero dont la fille Serena, à...
    Voir plus

    Miguel Bonnefoy signe avec « Sucre noir » un roman aux allures de conte philosophique, en nous invitant à la recherche du trésor du capitaine Henry Morgan enterré depuis trois siècle sur un coin paradisiaque des Caraïbes.
    Il nous livre l’histoire de la famille Otero dont la fille Serena, à peine sortie de l’enfance rêve d’un destin romanesque.
    Au fil de ses pensées, elle attend son prince charmant n’hésitant pas à passer une petite annonce à la radio.
    Malheureusement pour elle, l’homme qui surgit dans sa vie, semble bien plus intéressé par la perspective de devenir riche, en déterrant le butin du pirate que de ravir le coeur de la jeune fille.
    De plus, Severo Bracamonte est loin des canons de beauté et de sensualité tant de fois espéré par la jeune femme.
    Cependant, au fil du temps des liens se tissent entre les deux jeunes gens, de leur proximité une complicité et une intimité naissent.
    Dans cette première partie, l’auteur excelle à décrire les prémices du sentiment amoureux et les fantasmes de l’enfance laissant place à une réalité plus réaliste.

    « Severo Bracamonte, chargé à présent d’une mission familiale, ne pensait plus au trésor. La volonté de trouver la vie dans le ventre de sa femme lui fit bientôt oublier l’or dans celui de la terre. »

    Au fil des années, les explorateurs se succèdent sans pour autant mettre la main sur le trésor.

    Les personnages de Miguel Bonnefoy, sont « haut en couleur », magnifiquement décrits.
    J’ai particulièrement aimé Serena, volontaire, courageuse, allant au bout de ses rêves et de ses convictions.
    Une jeune femme étrange, sortie des flammes, Eva Fuego traverse ces pages en laissant une trace indélébile sur la mémoire de ceux qui croisent son chemin.

    J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Miguel Bonnefoy dont le précédent roman m’avait laissé une impression mitigée. Cette fois-ci j’ai totalement adhéré à cette histoire.

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • Avouez que, pour un capitaine de flibusterie, s’échouer « sur la cime des arbres au milieu de la forêt » a de quoi interloquer et prêter à rire. De rire, les naufragés n’en ont pas envie et ils périssent tous, mutinerie, maladie, accident…. Henry Morgan aurait laissé, comme tout bon corsaire, un...
    Voir plus

    Avouez que, pour un capitaine de flibusterie, s’échouer « sur la cime des arbres au milieu de la forêt » a de quoi interloquer et prêter à rire. De rire, les naufragés n’en ont pas envie et ils périssent tous, mutinerie, maladie, accident…. Henry Morgan aurait laissé, comme tout bon corsaire, un trésor qui, enrichi par toutes les histories fait des envieux et donne des ailes aux chercheurs. Les histoires de trésors, de flibustiers ont toujours fait rêver les aventuriers et Severo Bracamonte n’échappe pas à la règle. Invité puis recueilli par la famille Otero. Il est subjugé par la fille, Serena, qui lui fait découvrir que les trésors peuvent être là où on ne les attend pas et n’être pas monnayables. Ils se marieront et agrandit la rhumerie. Une saga familiale, sorte de conte où les différents chercheurs de trésors, un par génération se heurtent toujours à Serena ou Eva Fuego, sa fille adoptive.
    Ce roman est un conte quelque fois cruel, où les personnages peuvent être outrés, une métaphore sur le Venezuela qui a tout arrêté pour ne vivre que des mannes du pétrole et dont comme pour la ferme des Otero il ne reste que des cendres.
    L’écriture de Miguel Bonnefoy me transporte, m’enveloppe dans sa verve, je me coule dans son univers à la fois réaliste et onirique. Le titre est une métaphore illustrant la fable : le sucre (rhum) et le noir (pétrole).
    Un conte philosophique (selon la 4ème de couverture), une fable, un livre d’aventure… De quoi passer un très agréable moment de lecture avec une morale très simple : l’argent ne fait pas le bonheur.

    J'ai préféré son précédent et premier roman, Le voyage d'Octavio. Pas facile d'écrire un second roman après une telle perle. Ceci dit, j'attends le prochain roman car j'aime l'écriture de Miguel Bonnefoy

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • Et dire que j’hésitais à lire ce livre !
    Vous rêvez d'aventure et de chasse au trésor ? Laissez-vous entraîner par ce roman et embarquez pour les Caraïbes.
    Miguel Bonnefoy est un sacré conteur et avec Sucre noir il nous emporte dans un récit foisonnant aux côtés d'hommes et de femmes dont la...
    Voir plus

    Et dire que j’hésitais à lire ce livre !
    Vous rêvez d'aventure et de chasse au trésor ? Laissez-vous entraîner par ce roman et embarquez pour les Caraïbes.
    Miguel Bonnefoy est un sacré conteur et avec Sucre noir il nous emporte dans un récit foisonnant aux côtés d'hommes et de femmes dont la vie va être rythmée par les caprices du destin.
    Miguel Bonnefoy est aussi un alchimiste car ce texte est un savant et parfait mélange qui tient du conte philosophique, du roman d'aventure, de la fable, de la légende et de la saga familiale.
    C’est un roman qui n’a pas d’âge et qui aurait pu être écrit il y a des années. Ce qui est sûr par contre, c’est que nous sommes face à un roman féministe car ici se sont les femmes qui tiennent le devant de la scène un peu comme dans les plus beaux livres de Jorge Amado.
    C’est coloré, c’est plein de vie et d’odeurs, c’est sucré, épicé, ambré comme le rhum, c’est empli de magie sud-américaine et de sagesse ancestrale.
    J’étais tellement bien dans cette histoire que je l’aurai aimé bien plus longue….

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • Miguel Bonnefoy prend comme point de départ la légende du trésor du capitaine Henry Morgan, dont le navire a échoué au XVIIIème siècle dans un village des Caraïbes. Le premier chapitre qui décrit ce naufrage est juste époustouflant ! D’un style totalement différent du reste du texte, l’auteur...
    Voir plus

    Miguel Bonnefoy prend comme point de départ la légende du trésor du capitaine Henry Morgan, dont le navire a échoué au XVIIIème siècle dans un village des Caraïbes. Le premier chapitre qui décrit ce naufrage est juste époustouflant ! D’un style totalement différent du reste du texte, l’auteur l’avait d’ailleurs écrit indépendamment du reste du récit, cela apporte un effet très réussi !
    Trois cents ans plus tard, la famille Otero vit sur les terres de ce naufrage, récolte de la canne à sucre et fabrique du rhum, tout en voyant défiler des explorateurs à la recherche du fameux trésor.
    Parmi ceux-ci, Severo Bracamonte, qui se fait accepter par la famille Otero en échange de la promesse d’une partie du butin s’il trouve le trésor.
    Ce sont pourtant les personnages féminins, de Serena et Eva Otero qui m’ont le plus marquée. Serena, éprise de liberté et d’amour, est bien indifférente à ces histoires de trésor, Eva, enfant rescapée d’un incendie, recueillie par la famille Otero, prendra le relais sur l’exploitation mais aussi sur la recherche du trésor, de façon effrénée, synonyme de la liberté et de l’indépendance qu’il pourrait lui apporter.
    Miguel Bonnefoy nous livre deux très beaux et forts portraits de ces deux femmes, mues par une soif de liberté commune, leur trésor, mais qui empruntent des chemins différents pour y parvenir.
    L’auteur nous interroge sur la nature du vrai trésor : celui qui est enfoui sous la terre ou celui que l’on a sous les yeux et que l’on ne voit pas car on le cherche ailleurs, la nature humaine étant par essence insatisfaite?
    Sucre noir est aussi la parabole du Venezuela, pays avec lequel l’auteur a des attaches, et qui a cru que le pétrole était son trésor et lui apporterait la richesse.
    Quant à la chute, que je ne dévoilerai pas, elle assure au livre une très jolie sortie !
    Pour finir je m’attarderai sur l’écriture, tant il est rare de prendre autant de plaisir à savourer un livre. Le style est juste flamboyant, coloré, et rend le récit très imagé : on voit les couleurs, on imagine la nature luxuriante, on sent les odeurs des épices, du rhum, de la mangrove, de la terre…
    Le champ lexical est aussi riche que poétique : un délice pour le lecteur. Un vrai coup de coeur !

    https://accrochelivres.wordpress.com/2017/12/19/sucre-noir-miguel-bonnefoy/

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • Lecture dans le cadre du prix des lecteurs des Escales du livre 2018.
    Un roman de pirates, de femmes qui essaient de trouver leur place dans la maison mais aussi dans la société. Ce livre est le portrait de deux femmes, très impressionnantes. Un livre latino avec la nature amazonienne (quel ...
    Voir plus

    Lecture dans le cadre du prix des lecteurs des Escales du livre 2018.
    Un roman de pirates, de femmes qui essaient de trouver leur place dans la maison mais aussi dans la société. Ce livre est le portrait de deux femmes, très impressionnantes. Un livre latino avec la nature amazonienne (quel beau premier chapitre avec ce bateau échoué dans les arbres et que va devenir le trésor que transporte ce navire !), avec les légendes et mythes mais aussi avec les odeurs des plats. Avec une belle écriture, l’auteur nous entraîne donc dans cette petite ferme au départ mais qui va devenir une latifundia, une grande propriété florissante. D’un simple champ de canne à une grande et impressionnante exploitation de rhum. Tout est flamboyant, la nature, les espoirs des différents personnages. Dans l’ombre d’un trésor perdu et que tout le monde et en particulier les hommes vont chercher à le trouver et à devenir riche. Un livre flamboyant que ce soit dans la description de la nature ou dans celle de personnages hauts en couleurs. Un texte qui nous entraîne sur les traces d’un pirate mais quelquefois les trésors ne sont jamais loin. Des personnages simples ou étranges, un beau conte cruel.

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • Un récit d'aventures et de chasse au trésor captivant servie par une écriture soignée, sensuelle et poétique.

    Résultat : "Sucre noir" est un formidable conte nourri de réalisme magique. On retrouve en effet ce style unique qui fait le charme de la littérature sud-américaine (Gabriel García...
    Voir plus

    Un récit d'aventures et de chasse au trésor captivant servie par une écriture soignée, sensuelle et poétique.

    Résultat : "Sucre noir" est un formidable conte nourri de réalisme magique. On retrouve en effet ce style unique qui fait le charme de la littérature sud-américaine (Gabriel García Marquez, Luis Sepúlveda...).

    J'espère que ce roman recevra un ou plusieurs prix littéraires car il le mérite amplement.
    À lire du même auteur : "Le voyage d'Octavio"

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2017/10/17/35773276.html

    « Le jour se leva sur un navire naufragé planté sur la cime des arbres au milieu de la forêt ». C’est avec cette première phrase que Miguel Bonnefoy nous embarque dans un premier chapitre tonitruant qui nous plonge...
    Voir plus

    http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2017/10/17/35773276.html

    « Le jour se leva sur un navire naufragé planté sur la cime des arbres au milieu de la forêt ». C’est avec cette première phrase que Miguel Bonnefoy nous embarque dans un premier chapitre tonitruant qui nous plonge directement dans l’insolite, le surnaturel et l’exotisme. Ce navire naufragé est celui du capitaine Henry Morgan. Avec la disparition du bateau et de ses occupants, un trésor attend un heureux propriétaire. Trois siècles plus tard, des chercheurs d’or courent toujours après lui. Parmi ces aventuriers du trésor perdu figure Severo Bracamonte. Il arrive chez une famille de rhumiers qui va l’héberger pendant ses recherches, les Otero. De fil en aiguille et malgré une réticence de départ, la fille de la maison, la jeune Serena épouse Severo. La vie conjugale finit par lui faire lâcher cette chasse au trésor. La principale préoccupation du couple est d’avoir un enfant qui ne vient malheureusement pas… jusqu’au jour où la vie, le hasard même, pour ne pas dire la canne à sucre, viennent leur donner Eva Fuego. Cette fille va elle aussi entreprendre une chasse au trésor particulière…

    Dès les premières pages, on retrouve tout l’univers surnaturel, exotique voire mythologique qu’il y avait dans le premier roman de Miguel Bonnefoy: Le voyage d’Octavio. Il s’inscrit à la fois dans la lignée du courant latino-américain du réalisme magique et dans les influences européennes notamment russes. Le tout est accompagné par une très belle langue, à la fois simple, précise et imagée. On sent les odeurs, les saveurs de ce pays qui est tout sauf un pays de Cocagne… et pourtant… le trésor est bien là, sous les pieds des personnages mais il n’est pas celui que l’on croit.

    Dans cette sorte de saga familiale, le trésor n’est pas celui qu’on cherche mais celui qu’on ne soupçonne pas, qu’on découvre par hasard ou même jamais, par aveuglement. Chacun des personnages en fait l’amère expérience. Miguel Bonnefoy ne cache pas que cette histoire est une parabole de la situation actuelle du Venezuela, son pays d’origine. Il fait le parallèle entre la culture de la canne à sucre pour fabriquer le rhum et l’exploitation pétrolière au Venezuela (d’où le titre Sucre noir comme l’or noir). Une même avidité, une même source de malheur là où il devrait y avoir du bonheur et de la richesse pour tous. Les hommes forgent leur enfer et la nature leur rend bien.

    Un roman intelligent, porteur d’une belle morale dans un écrin magique. Nul doute que Miguel Bonnefoy se bonifie avec le temps…

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • Je préfère le Voyage d'Octavio, même si, à l'époque, je le trouvais léger. Il était tellement poétique. Avec Sucre Noir, on peut remercier l'auteur de ne pas avoir écrit un roman sur sa vie (comme c'est la coutume depuis plusieurs rentrées littéraires). Mais on attendait plus de panache, plus de...
    Voir plus

    Je préfère le Voyage d'Octavio, même si, à l'époque, je le trouvais léger. Il était tellement poétique. Avec Sucre Noir, on peut remercier l'auteur de ne pas avoir écrit un roman sur sa vie (comme c'est la coutume depuis plusieurs rentrées littéraires). Mais on attendait plus de panache, plus de lyrisme.

    J'ajoute ce jour 14/10 que Miguek Bonnefoy était à la bibliothèque cet après-midi. C'est un auteur très sympathique, qui ne cache pas grand chose au lecteur. Rencontre agréable.

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus
  • J'ai lu Sucre noir comme une fable, un conte philosophique écrit dans une langue belle et savoureuse comme une mangue bien mûre, je l'ai dégusté avec un très grand plaisir, me laissant aller aux évocations sensuelles, voluptueuses, quasi liquoreuses qui nous sont offertes.
    Le livre s'ouvre sur...
    Voir plus

    J'ai lu Sucre noir comme une fable, un conte philosophique écrit dans une langue belle et savoureuse comme une mangue bien mûre, je l'ai dégusté avec un très grand plaisir, me laissant aller aux évocations sensuelles, voluptueuses, quasi liquoreuses qui nous sont offertes.
    Le livre s'ouvre sur une image surréaliste : un trois-mâts de dix-huit canons se trouve planté sur la cime des arbres. J'adore ce type d'image folle, de tableau irréel. De la mer, il n'y en a plus, les algues ont cédé leur place aux broussailles et au lierre, la boue a remplacé l'eau. Hum, ce mélange des éléments, terre, mer, ciel me comble de joie ! J'exulte !
    L'équipage ne fait rien ou pas grand-chose et les réserves de nourriture baissent à vue d'oeil. Alors, on essaie d'attraper des oiseaux avec des filets de pêche (délicieuse inversion...) et l'on mange des crapauds en guise de crabes (avec un peu de mayo, on ne verra pas la différence...) Mais un soir, une tempête se lève, le bateau tangue dangereusement au-dessus du vide et risque à tout moment de s'écraser au sol. Il faut donc le délester : on jette alors les caisses, les armoires, les tonneaux, l'ancre, les tableaux volés (ah, ces belles accumulations d'objets hétéroclites, je jubile, voyez donc : «  Les oiseaux serraient entre leur bec des bracelets de cuivre et d'argent. Des robes de marquise flottaient au vent, sur la canopée, et les singes jouaient avec des dentelles, sautant d'arbre en arbre, déchirant le drapeau noir de la flibuste. » ) mais le capitaine Henry Morgan (célèbre flibustier, 1635-1688) refuse de jeter par dessus bord son trésor (nous y voilà, vous l'avez compris!).
    Alors, écoutez bien, c'est sublime : « ...le poids du bateau déracina les arbres et l'entraîna vers l'abîme. Un nuage de poussière se leva et couvrit le ciel. Le cadavre de la chute affola les animaux. Ainsi, les marécages, les passions, les profondeurs de la nature, avalèrent si bien la frégate de Henry Morgan que l'on ne récupéra aucun vestige, et son trésor resta enfoui là, entre des morceaux de voile et le cadavre d'un pirate, conservé dans le ventre des Caraïbes. » Magnifique, extraordinaire, fascinant chapitre UN - un trésor en lui-même, pas besoin d'aller plus loin - qui nous laisse sur toutes ces richesses cachées… Il est tellement beau ce chapitre UN qu'il me suffirait...
    Trois siècles plus tard, c'est un village « qui s'est installé là où le bateau avait disparu. » La famille Otero, que l'on suivra sur trois générations, a racheté sur ces terres une propriété qui ne lui a pas coûté bien cher : les sols n'ont pas été entretenus, quant à la maison en elle-même, elle n'est pas bien belle et surtout, une clause morale stipule que personne ne doit entrer dans une des trois chambres de l'étage. (Humm, j'adore les lieux où il est interdit d'entrer… la fameuse petite pièce du château de Barbe-Bleue, la chambre n°237 de Shining...) L'ancienne propriétaire y vient une fois l'an y pleurer son mari disparu, elle emplit « son seau de larmes » et repart. Ezequiel Otero, sa femme Candelaria de Otero et leur fille unique Serena (des noms comme des voyages…) y vivent simplement, à l'écart du monde et les journées se répètent inlassablement. Ils cultivent la canne à sucre. Mais un jour, arrive un jeune homme de la ville, un certain Severo Bracamonte. Passionné par les histoires de pirates et de trésors cachés, il transporte avec lui des tas d'objets : cordes, compas, vieilles cartes, plans, documents divers, dessins, tous en rapport avec le trésor de Henry Morgan. Il en est bien persuadé : le trésor est ici sous ses pieds, il en a la preuve. On doit le laisser fouiller…
    Et ils seront nombreux à vouloir retourner la terre en tout sens, cherchant un trésor qui est peut-être ailleurs… et pas si caché que ça !
    Je vous imagine les yeux brillants, ça y est, vous avez retrouvé votre âme d'enfant, ça marche à tous les coups, les histoires de pirates et les trésors enfouis, on a beau dire que ça ne nous intéresse plus, qu'on a passé l'âge, pas du tout, croyez-moi !
    Comme je le disais au début, j'ai lu Sucre noir comme on déguste un bonbon ou un bon vin, en le laissant doucement emplir mon palais de toute la magie de ses saveurs… un délice ! Les mots évoquant la nature luxuriante, le parfum des goyaviers, des amandiers, des orchidées, les arômes du rhum, les senteurs des épices et la chaleur de la terre sont délectables, exquis, succulents et certaines phrases s'apparentent à des fulgurances génialissimes d'une poésie extrême et d'une beauté absolue qui m'ont transportée. Allez, en voici quelques splendeurs : « Elle avait l'âge où l'on pense que les arbres tournent autour des oiseaux. », « Si les étoiles étaient de l'or, je creuserais le ciel. »
    Il n'y a qu'à se laisser porter et ce n'est pas désagréable.
    D'ailleurs, dans une interview, Miguel Bonnefoy explique que c'est lors d'une soirée pour la promotion de son précédent livre, le Voyage d'Octavio, soirée qui associait à la fois lectures d'extraits et dégustation de rhum (humm, pas mal…) qu'il s'est dit: « comme j'aimerais un jour pouvoir écrire un livre qui ressemble à une bouteille de rhum. » Eh bien voilà, c'est fait et pas besoin de déguster avec modération !
    Néanmoins, derrière cette fantaisie apparente se cache un message peut-être pas si léger que ça, l'idée que ce trésor que l'on cherche toute une vie est peut-être là, sous nos yeux et que si l'on n'a pas eu la sagesse de le voir, c'est parce qu'on voulait à tout prix qu'il prenne la forme d'un coffre scellé !
    Une réflexion sur le bonheur, les vraies richesses qui sont souvent devant nous, qui s'offrent à nous, au quotidien mais que l'on cherche ailleurs, parce qu'ailleurs, croit-on, c'est toujours mieux qu'ici. Il y a quelque chose de la fable de La Fontaine « Le laboureur et ses enfants » dans ce conte.
    L'on peut aussi y lire l'histoire d'un pays, le Venezuela (d'où est originaire la mère de l'auteur) ou la métaphore du naufrage d'une terre qui a cru que l'or noir qui sortait de son sol était son trésor. Il s'est trompé, cet or noir, d'une certaine façon, l'a ruiné : certes, l'essence à la pompe est peut-être la moins chère du monde mais il faut se battre et patienter de longues heures au soleil pour espérer trouver des œufs, du lait, du sucre, de l'huile. Ce pays doit, maintenant qu'il a tout misé sur le pétrole, importer la quasi totalité de ses biens de consommation alors que ses terres sont si riches ! Le trésor, finalement, était un leurre, les vraies richesses se trouvaient ailleurs mais personne ne les a vues ou n'a voulu les voir...
    Un très beau texte à savourer lentement et à méditer longuement...

    Lire au lit : http://lireaulit.blogspot.fr/

    comment Commentaire (0) flag Signalez un abus

Donnez votre avis sur ce livre

Pour donner votre avis vous devez vous identifier, ou vous inscrire si vous n'avez pas encore de compte.

Où trouver ce livre en librairie ?

Service proposé en partenariat avec Place des Libraires

Discussions autour de ce livre

Il n'y a pas encore de discussion sur ce livre

Soyez le premier à en lancer une !

Forum de discussion

Afficher plus de discussions