Sérotonine

Couverture du livre « Sérotonine » de Michel Houellebecq aux éditions Flammarion
  • Date de parution :
  • Editeur : Flammarion
  • EAN : 9782081471757
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

"Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l'amour" écrivait récemment Michel Houellebecq.

Le narrateur de Sérotonine approuverait sans réserve. Son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses... Voir plus

"Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l'amour" écrivait récemment Michel Houellebecq.

Le narrateur de Sérotonine approuverait sans réserve. Son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses villes, détruit ses campagnes au bord de la révolte. Il raconte sa vie d'ingénieur agronome, son amitié pour un aristocrate agriculteur (un inoubliable personnage de roman - son double inversé), l'échec des idéaux de leur jeunesse, l'espoir peut-être insensé de retrouver une femme perdue.

Ce roman sur les ravages d'un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables, est aussi un roman sur le remords et le regret.

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Avis (10)

  • quel plaisir de découvrir le dernier michel H. avec son style inimitable tellement politiquement incorrect
    cela fait un bien fou
    il sait mettre le doigt comme d habitude sur les sujets actuels amenés naturellement dans ses histoires
    vivement le prochain...

    quel plaisir de découvrir le dernier michel H. avec son style inimitable tellement politiquement incorrect
    cela fait un bien fou
    il sait mettre le doigt comme d habitude sur les sujets actuels amenés naturellement dans ses histoires
    vivement le prochain...

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  • Je suppose que je ne ferai pas l'unanimité autour de ma chronique... Néanmoins, je persiste et signe! Sérotonine, un livre inutile qui vient grossir les mers tourmentées par toutes les désespérances du monde et surtout celles de son auteur qui doit cependant se réjouir du succès phénoménal des...
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    Je suppose que je ne ferai pas l'unanimité autour de ma chronique... Néanmoins, je persiste et signe! Sérotonine, un livre inutile qui vient grossir les mers tourmentées par toutes les désespérances du monde et surtout celles de son auteur qui doit cependant se réjouir du succès phénoménal des ventes en librairie. Florent-Claude, le héros tapi sous la plume de l’auteur ne se cache pas. Il s’expose et explose à toutes les pages, porte-paroles de son géniteur et se confondant avec lui, grand inquisiteur de la détresse humaine se cachant derrière l’attribut prédominant de la pensée houellebecquienne. Michel Houellebecq, en effet, a déjà maintes fois prouvé qu’il ne pouvait écrire sans référence à ce qui, selon lui, domine et pourrit le Monde, le sien en tous cas. Lire ce nouvel Houellebecq pour replonger dans les mêmes obsessions relève donc bien de l’inutilité de la chose.
    Sérotonine tire son titre d’une hormone régulatrice de l’humeur. A ce propos, je souligne que mon humeur est effectivement restée invariable de la première à la trois cent quarante sixième page : habitée d’une furieuse envie de fermer définitivement cette fenêtre prétendument ouverte sur la réalité exclusive et stérile du monde selon Houellebecq.
    Malgré une lecture appliquée, je n’ai ressenti chez cet auteur aucune vibration porteuse d’un espoir humaniste. Je reconnais donc et décerne le prix de l’efficience liberticide des lobbies de la publication littéraire. Avec un art consommé de la manipulation d’idées, ils ont tout fait pour forger, façonner et formater les avis et critiques que devaient avoir les lecteurs lambda dont je fais partie.
    Mais, je me suis accroché. J’ai tenté de rester moi-même, explorateur et chercheur d’humanité. Je n’ai pu découvrir qu’un opus d’une platitude indicible dans le choix du vocabulaire retenu et d’une disette phénoménale dans l’apport d’idées vivifiantes. Pourtant, bon nombre de ses chroniqueurs ont tenté d’assigner à l’écrivain le statut de philosophe visionnaire qui aurait tout compris du malaise social et de la disparition inéluctable de toute solidarité en ce bas monde… Raté ! Les femmes n’y sont que des chattes ; les hommes, des pénis avachis en devenir ; les étrangers, tout spécialement les retraités , n’ont d’autres buts que de tendre des carrés de tissu où se posent leurs quettes sans tonus ou leurs fesses et seins de naturistes isolés dans leur monde clos dont la temporalité s’est arrêtée aux ‘septante’ non glorieuses.
    L’auteur est à ce point provocateur qu’il prendra plaisir à mépriser tous ceux qui apparaissent dans son viseur : les hollandais qui ne peuvent prétendre au statut de peuple puisqu’ils ne sont que conquérants, les anglais qui sont aussi racistes que les japonais ou encore, sa consœur de plume chez Flammarion lorsqu’il s’affirme lecteur de Christine Angeot… du moins des cinq dernières pages!
    Après deux cents pages de compilation des échecs professionnels ou amoureux, Michel Houellebecq donne à son héros de se souvenir du seul ami mâle de son univers. L’occasion d’évoquer le malaise des agriculteurs et leur occupation musclée des autoroutes avec du charrois agricole. La possibilité aussi de transformer ce noble agro-châtelain en martyr suicidé au cœur des provocations entre police, politiques et futurs gilets-jaunes. Une évocation haute en couleur, saupoudrée d’ornithologie, de zoophilie, de pédophilie, de sexe, de drogue, d’armes à feu ou encore de mariage arrangeable rappelant que le bonheur est dans le pré… le tout avec un manque total d’analyse quelque peu approfondie et d’espérance pour une mise en place d’une solution durable.
    Le lecteur que je suis, volontairement jusqu’au boutiste, s’est replongé dans les eaux troubles des amours ratées du héros, de sa dépendance aux ravages d’un monde inhospitalier, d’une pseudo quête d’équilibre entre une humeur à vivre et une libido à servir. Rien que de l’égocentrisme exacerbé, jusqu’aux toutes dernières pages qui ouvrent un petit espoir pour une place à laisser aux autres…
    Effectivement, dernière page, changement de ton. « Dieu s’occupe de nous […] il nous donne des directives très précises. Ces élans d’amour qui affluent dans nos poitrines jusqu’à nous couper le souffle, ces illuminations, ces extases, inexplicables si l’on considère notre nature biologique, notre statut de simples primates, sont des signes extrêmement clairs. Et je comprends aujourd’hui, le point de vue du Christ, son agacement répété devant l’endurcissement des cœurs : ils ont tous les signes, et ils n’en tiennent pas compte. Est-ce qu’il faut vraiment que je donne ma vie pour ces minables ? Est-ce qu’il faut vraiment être, à ce point, explicite ? Il semblerait que oui. »
    Belle dernière envolée ? Rêve, hallucination ? Peut-être ! Il reste que ce livre m’a fortement déplu. Et c’est peu dire ! Aurais-je dû prétendre avoir lu Sérotonine de Houellebecq … en me contentant de la dernière demi-page ! Probablement …peut-être !

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  • Une pilule difficile à avaler

    Florent-Claude Labrouste, 46 ans, n’éprouve plus aucun désir, effet indésirable dû à la prise d’antidépresseurs ( qui joueraient un rôle dans la recapture de l’hormone du bonheur, la sérotonine). Il décide alors de disparaître sans laisser de traces quittant...
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    Une pilule difficile à avaler

    Florent-Claude Labrouste, 46 ans, n’éprouve plus aucun désir, effet indésirable dû à la prise d’antidépresseurs ( qui joueraient un rôle dans la recapture de l’hormone du bonheur, la sérotonine). Il décide alors de disparaître sans laisser de traces quittant ainsi une maîtresse encombrante et un boulot d’ingénieur agronome. Commence alors une itinérance d’hôtel en bistrot (avec quelques passages par des supérettes et supermarchés). Et un passage en Normandie où il revient sur les traces d’une époque où la possibilité du bonheur était à portée de main. D’ailleurs, si les médias ont fait tout un foin sur une ligne qui décrit Niort comme l’une des villes les plus laides, ils n’ont pas évoqué Coutances, ville dans son ensemble « paisible, arborée et belle ». ( Houellebecq guide du routard !)

    Ce n’est pas mon premier Houellebecq, la Carte et le Territoire m’avait laissée plutôt un bon souvenir. Ce ne sera pas le cas de Sérotonine ! Houellebecq est encensé pour saisir la société contemporaine dans ses livres or j’ai pas attendu de lire ses pages sur les élevages de poulet en batterie pour acheter des œufs code 0 (bio), bon parfois 1(au sol) je confesse ! Et puis choisir un aristocrate comme « martyr de la cause paysanne », c’est loin de la réalité de nos campagnes. Bref, je crois que ce qui m’a gêné dans le livre de Houellebecq, c’est son côté bourgeois même dans la conception de l’amour : la vie de couple comme rempart contre la noirceur du monde (l’enfant étant pas tellement nécessaire).

    Toujours présent dans les meilleures ventes, Sérotonine me semble y avoir sa place davantage par la renommée de son auteur que par la qualité de l’œuvre. Je me suis royalement « emmerdée », forgive my language (manie houellebecquienne « d’employer assez inutilement des termes anglo-saxons »). Ce livre, malgré quelques pages d’envolée littéraire, aurait dû s’appeler mélatonine (cf l’hormone du sommeil) !

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  • Florent-Claude Labrouste, 46 ans, ingénieur agronome chargé des dossiers européens au ministère de l’Agriculture, est un être désenchanté et même dépressif qui ne croit pas en grand-chose, même pas en lui-même. Il ne survit que grâce à l’alcool et au Captorix 10 mg, tranquillisant qui a un effet...
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    Florent-Claude Labrouste, 46 ans, ingénieur agronome chargé des dossiers européens au ministère de l’Agriculture, est un être désenchanté et même dépressif qui ne croit pas en grand-chose, même pas en lui-même. Il ne survit que grâce à l’alcool et au Captorix 10 mg, tranquillisant qui a un effet négatif sur sa libido déjà en berne. Sa dernière compagne, Yuzu, froide beauté japonaise, l’a trompé en participant à des partouzes et même en pratiquant la zoophilie canine. Pour échapper à cette relation toxique, Florent prend la décision de disparaître sans laisser d’adresse. Il plaque tout et vivra d’hôtel en gîte à la ferme, tel un SDF de luxe, grâce à un bel héritage…
    « Sérotonine », roman désabusé sur un quinqua en perte de vitesse, autofiction un peu sinistre (Florent-Claude étant à l’évidence un avatar de Michel Houellebecq), ne déroge pas aux thèmes habituellement traités par l’auteur. Sexe et dépression en sont les deux pôles principaux. Le héros en fin de course, devenu quasiment impuissant, passe son temps à ruminer sur ses « exploits » avec ses anciennes conquêtes : Kate, la danoise surdouée, Claire, la comédienne alcoolique toujours en quête d’un rôle, Marie-Hélène, bipolaire ou schizophrène au choix, Camille, jeune stagiaire à la DRAF ou Tam, blackette délurée… L’amour n’étant que sexuel, il ne dure que le temps de la passion, autant dire fort peu et finit en général assez mal. Pas mal de pages sur le blues, la déprime, le mal de vivre. Là, rien de nouveau dans le petit monde glauque de l’auteur. Seule originalité de cet opus : une intéressante description de la ruine programmée des petits agriculteurs au travers du personnage d’Aymeric. Une fois de plus, Houellebecq se révèle fin observateur d’une société en pleine décadence et déliquescence. Au total, un bon cru, mais pas le meilleur du maître !

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  • Les effets secondaires du bonheur

    Dans une France qui détruit ses campagnes et délaisse ses classes moyennes, le portrait sans concession d'un homme au bord de l'explosion sentimentale et sociale

    Florent-Claude Labrouste est « une inconsistante lopette de 46 ans ». C'est ainsi que le héros...
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    Les effets secondaires du bonheur

    Dans une France qui détruit ses campagnes et délaisse ses classes moyennes, le portrait sans concession d'un homme au bord de l'explosion sentimentale et sociale

    Florent-Claude Labrouste est « une inconsistante lopette de 46 ans ». C'est ainsi que le héros du nouveau roman de Michel Houellebecq se considère. Un « quadragénaire fourbu », un « loser », un « raté » : les qualificatifs ne manquent pas pour désigner ce cadre moyen déprimé, figure tutélaire des romans de l'auteur.

    Repoussant tout acte ou décision conflictuel, incapable de prendre sa vie en main, Florent, comme certains l'appellent, ne trouve refuge que dans l'ingestion d'houmous, et la prise d'un médicament : le Captorix.

    « C'est un comprimé blanc, ovale, sécable ». Antidépresseur fictif, ce remède a pour effet de la libérer de la sérotonine – l'hormone du bonheur – dans le corps, plus rapidement et plus efficacement que n'importe quel autre traitement équivalent. Mais celui-ci comporte des effets secondaires dont le principal est d'entraîner la perte de la libido et l'impuissance sexuelle. Seule solution pour lui d'arriver à « maintenir le désespoir à un niveau acceptable » et de tenter d'endurer « l'insupportable vacuité des jours ».

    Éviter de se tuer, car ce n'est pas la mort qui l'attire, mais il ne peut plus continuer ainsi. Entre une compagne qu'il méprise, du fait de sa cupidité et qui le trompe éhontément sans des gangs-bangs humains (mais aussi canins), et un poste d'ingénieur agronome au ministère de l'Agriculture dont la vacuité n'a d'égale que la rémunération, son premier réflexe, avant de prendre le médicament, est de disparaître. Il ne veut pas mourir. Il préfère partir.

    S'échapper de sa propre condition d'homme blessé, fuir son impuissance morale à affronter la vie en société. Quitter une société impuissante à l'intégrer, mais aussi elle-même incapable de moralité.

    La sérotonine est une hormone liée à l'estime de soi, à sa reconnaissance au sein du groupe. Un groupe qui ne reconnaît pas Florent-Claude Labrouste, dans une société qu'il ne reconnaît plus lui-même.

    Ainsi, son seul ami Aymeric, éleveur de vaches normandes et laitières, personnage fascinant d'aristocrate-paysan ayant fait le choix d'une agriculture durable et raisonnée, connaît une situation économique affligeante. La paysannerie est finie. le constat est sans appel. L'industrialisation et le productivisme du néo-libéralisme envahit tous les secteurs, au mépris des règles de bon sens ou de santé collectives. Les accords de libre-échange tuent les producteurs locaux, au sens propre comme au figuré. C'était une idée qu'il peinait à concevoir dans son ancien bureau du ministère, qui deviendra évidente dans la réalité. Un constat amer sur notre société.
    Toute cette partie sociale est remarquable, car l'auteur adopte ici un autre rythme. Son style bien connu fait de réflexions cyniques et sarcastiques, et parfois de diatribes provocatrices, se fait ici plus épuré et littéraire. Son constat est froid, rude et désincarné, mettant souvent le lecteur à distance comme pour l'en extraire. Il compose alors une sorte de poésie tragique dans « une société globalement inhumaine et merdique ».

    Mais ces observations acerbes sur la moralité de la société n'arrangent pas le moral de notre héros déprimé. L'impuissance de la société ne peut faire qu'échos à la sienne, en tant qu'être humain, mais aussi en tant qu'homme sexué.

    La décadence du mâle blanc occidental de classe moyenne supérieure, personnage de prédilection de l'univers houellebecquien est donc ici représenté par Florent-Claude Labrouste. Mais si sa déchéance, sa « déréliction », comme l'auteur le précise, c'est-à-dire, son abandon, son désespoir paraît ici sans fond, à quoi pourrait donc servir le Captorix, ce médicament qui diffuse la sérotonine de façon révolutionnaire.

    « C'est un comprimé blanc, ovale, sécable », comme nous le décrit l'auteur dès la première phrase de son roman. Une phrase scandée qui reste gravée jusqu'aux derniers mots. Mais si cet antidépresseur est « une drogue simple et dure, qui n'apporte aucune joie, qui se définit entièrement par le manque, et par la cessation du manque », il crée un autre manque. L'absence de désir qu'il entraîne n'arrange pas le désir de vivre de notre héros. Florent voudrait maintenant « bander comme un mammifère » et retrouver son « phallus triomphant ». Jusqu'à en devenir une obsession. Et même si, pour lui, « tous les hommes souhaitent des filles fraîches, écologiques et triolistes », quand il n'y a plus d'espoir et qu‘il s'agit de faire le bilan, les regrets prennent des atours de chagrin d'amour sincère et profond.

    Car à quoi peut donc bien servir la sérotonine ? C'est quoi le bonheur, finalement ? Si Florent attend qu'une femme vienne « sauver sa bite, son être et son âme », « les promesses du bonheur » prennent les traits d'un seul visage : Camille, son seul et grand amour, catalyse au fond toutes ses pensées, et le souvenir de ses parents morts ensemble dans l'amour ne cesse de le hanter.
    Cynique, vulgaire et drôle tellement il est excessif, Sérotonine explore les limites d'un monde fini d'individus désespérés dans une société qui écrase. Ce roman des « espérances déçues » est aussi un grand roman d'amour.

    Lu en janvier 2019.

    Ma chronique complète Les conseils des libraires/Fnac.com

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  • Soumission m'avait plu,MAIS là je n'arrête pas de souffler!!!!Si le thème de la souffrance rurale,de cet ingénieur qui a débuté chez Monsanto a de quoi interpeller,intéresser,si les références pointues de l'auteur donnent un côté "intello" à ce livre:qu'est-ce que je regrette "mes sous"!Des...
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    Soumission m'avait plu,MAIS là je n'arrête pas de souffler!!!!Si le thème de la souffrance rurale,de cet ingénieur qui a débuté chez Monsanto a de quoi interpeller,intéresser,si les références pointues de l'auteur donnent un côté "intello" à ce livre:qu'est-ce que je regrette "mes sous"!Des scènes crues qui m'ont fait rire tant certaines sont ridicules,l'apologie de l'alcool qui se comprend lorsqu'on est désespéré,ne m'ont pas choquées:inutiles!L'auteur semble s'être fait plaisir...Je vais rapidement passer à autre chose!Dommage,la ruralité,ses problèmes avaient de quoi plaire.

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  • J'aime bien Houellebecq. Bon, il est vrai que j'ai un peu/beaucoup de mal à supporter son obsession pour les chattes et les bites dont il est très souvent question ici - je serais même tentée de lui conseiller quelques méthodes douces et sans contre-indication telles que bains froids, sport,...
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    J'aime bien Houellebecq. Bon, il est vrai que j'ai un peu/beaucoup de mal à supporter son obsession pour les chattes et les bites dont il est très souvent question ici - je serais même tentée de lui conseiller quelques méthodes douces et sans contre-indication telles que bains froids, sport, spiritualité, tantrisme, groupe d'entraide… (« Bonjour, moi c'est Michel… ») qui pourraient soulager son corps, voire son esprit... J'en dirais autant de la légère homophobie/misogynie qui traverse l'oeuvre, que ce soit d'ailleurs du fait de l'auteur ou de celui de son personnage, dans les deux cas, ça me hérisse. Comme il le dit p 172 au sujet de Camille à qui il n'a pas demandé d'être une femme au foyer : « je n'avais pas été formaté pour une telle proposition, ça ne faisait pas partie de mon logiciel, j'étais un moderne... », eh bien moi aussi, je suis une moderne et des termes comme « pédale » ou « salope » me sont insupportables… C'est dit.
    Et pourtant, j'aime bien Houellebecq. Le grand névrosé mal dans une époque à bout de souffle m'amuse (oui, j'ai beaucoup ri en lisant ce texte) et, en même temps, m'émeut profondément. En effet, le ton est très mélancolique et j'avoue que j'ai été touchée par la tristesse infinie (et la beauté absolue, oui, vraiment ABSOLUE) qui se dégage de certaines pages évoquant l'amour, la solitude et le désespoir.
    J'aime retrouver ce regard lucide et caustique sur un monde qui se cherche sans trop savoir quelle voie prendre et des personnages qui se sentent comme étrangers à la société dans laquelle ils vivent. Je goûte aussi avec plaisir son refus du politiquement correct, sa façon bien à lui de démonter clichés et lieux communs et de montrer l'absurdité d'une société qui rend les hommes malheureux. Comme le disait je ne sais quel critique, Houellebecq « rend compte du monde » : il est effectivement extrêmement doué pour saisir son époque et nous en faire un tableau assez juste.
    Sachez aussi que cet opus houellebecquien me parle d'autant plus qu'il se passe… chez MOI, dans ma Basse-Normandie du bout du monde où les hasards des mutations m'ont conduite il y a fort longtemps. Il y a même deux scènes qui se déroulent précisément là où j'ai posé mes valises : la charmante cité thermale de Bagnoles de l'Orne, surnommée « trou du cul du monde » par un artiste de passage il y a quelques années. C'est vous dire que l'on parle peu de nous, nous qui ne sommes même pas à la périphérie de quoi que ce soit ! Il va de soi que l'on se sent d'autant plus touché par ce qui est raconté qu'on connaît par coeur les lieux décrits.
    En tout cas, les problèmes économiques des agriculteurs dont il parle à travers des scènes extrêmement touchantes où il évoque son unique ami Aymeric, eh bien, ici, ces problèmes, on en est conscient. On les vit presque au quotidien. Ils font la une des journaux, les gens en discutent sur le marché. Et ils sont incontestablement terribles.
    Notre Houellebecq national s'appelle ici Florent-Claude Labrouste. Notre Houellebecq ? Oui, il m'a semblé que ce roman, outre le portrait d'un homme profondément dépressif avait, dans les faits, une dimension quelque peu autobiographique (dans les deux cas, études d'Agro, emploi au ministère de l'Agriculture, installation en Andalousie dans la province d'Alméria, relation amoureuse avec une Asiatique...) Le personnage quitte dès le début du roman son amie japonaise Yusu… J'espère que ce n'est pas prémonitoire et que la nouvelle épouse de l'auteur a le sens de l'humour !
    Il faut savoir aussi que l'auteur, Michel Thomas de son vrai nom, a été élevé par sa grand-mère paternelle, dont il a repris le nom de jeune fille : Houellebecq, et cette femme était originaire de la Manche. Il y a donc ici incontestablement une forme de retour aux sources qui se sent dans l'attachement qu'il exprime pour les lieux qu'il traverse (Manche, Orne, Calvados).
    Donc notre Florent-Claude Labrouste n'aime ni son nom (on le comprend!) ni sa vie qu'il juge ratée. Et ce qu'il va nous raconter est l'histoire d'un effondrement (on pense à Thomas Bernhard).
    Installé en Andalousie, il attend son amie asiatique du moment qui semble l'énerver au plus haut point et qu'il souhaite quitter au plus vite (en imaginant, un moment, la jeter par la fenêtre).
    C'est ce qu'il va s'empresser de faire (la quitter, pas la jeter par la fenêtre) en rentrant à Paris et en... disparaissant, en s'évaporant ! Après avoir démissionné du ministère de l'Agriculture où il travaille, il va se planquer dans un hôtel parisien où il peut fumer sans avoir besoin de démonter le système d'alarme, puis il va tenter de revoir ses anciennes amies, ce qui lui donne l'occasion de raconter ce qu'il a vécu avec elles par le passé (Claire, Kate, Marie-Hélène - dont il oublie le nom au cours du récit - et Camille). Il essaie aussi de dénicher un médecin pas trop moralisateur qui lui prescrirait six mois de Captorix, un antidépresseur, sans lui faire la morale - ce qu'il trouvera en la personne du docteur Azote (quel personnage!) qui lui fournira en plus quelques idées pour qu'il évite de se suicider car les fêtes de fin d'année approchent et les suicides sont, paraît-il, assez fréquents à cette période…
    Il quitte donc Paris, tente de retrouver Camille dont les parents habitent à Bagnoles de l'Orne et reprend contact avec son seul et unique ami qui est agriculteur dans la Manche et qui crève à petit feu, le prix du lait se réduisant chaque jour plus vite qu'une peau de chagrin. (La situation n'est pas meilleure pour les producteurs d'abricots du Roussillon incapables de se défendre contre « le déferlement des abricots argentins » : je précise en passant qu'il y a, chez Houellebecq, du Emmanuel Carrère dans sa capacité à nous rendre passionnants des sujets qui a priori n'auraient pas forcément retenu toute notre attention. Ce sont tous deux d'excellents conteurs!) Son ami va mal, très mal. Victime de la politique libérale de l'Union Européenne et quitté par une femme refusant de s'enterrer dans un trou paumé, il est devenu alcoolique au dernier degré. Il tentera, dans un dernier sursaut, de sauver sa peau et celle de ses collègues…
    Le constat est sans appel : l'idéalisme est mort, le capitalisme libéral a créé de faux besoins et ne rend pas les gens heureux. La mondialisation a tué le monde paysan. Tenter d'agir individuellement est quasi impossible : nous ne sommes rien, tout se décide au-dessus et ailleurs : « je compris que le monde ne faisait pas partie des choses que je pouvais changer. » C'est la cata et on ne peut pas y faire grand-chose…
    D'ailleurs, il semble que le personnage houellebecquien ne soit pas acteur de sa destinée. Non, il subit plutôt qu'il n'agit, il est victime des circonstances, tout le dépasse dans cette société de plus en plus complexe qu'il maîtrise chaque jour de plus en plus mal.
    Face à cela, il faut tenter le tout pour le tout, sauver sa peau, de façon peut-être pas très morale mais, en tout cas, très pragmatique. Terminé l'idéalisme qui ne mène à rien...
    De plus, ce monde hygiéniste s'attaque aux libertés individuelles et la société de l'image réduit et falsifie le réel.
    Enfin, pour le personnage houellebecquien, la communication est de plus en plus difficile : parler au bon moment, utiliser des mots qui correspondent précisément à ce que l'on pense s'avère compliqué, comme on dit. Donc, l'homme est seul, fondamentalement seul.
    Ce monde, il lui faut se le « coltiner », comme il doit se « coltiner » les valises de Yusu dans les hôtels où ils débarquent. Le bonheur est tout simplement impossible : « nous devons aujourd'hui considérer le bonheur comme une rêverie ancienne, les conditions historiques n'en sont tout simplement plus réunies. » CQFD
    Finalement, seul l'amour pourrait sauver les hommes. Mais ils ne le saisissent pas, ne le voient pas. Ou trop tard...
    L'immense mélancolie et l'infinie tristesse qui émanent de certaines pages de ce roman sont d'une grande beauté et touchent à la poésie. Houellebecq a des phrases qui dans l'apparente simplicité de leur formulation nous émeuvent, ainsi lorsque le personnage évoque son amour avec Kate, voici ses mots, ils sont tellement forts : « Nous aurions pu sauver le monde et nous aurions pu sauver le monde en un clin d'oeil… mais nous ne l'avons pas fait, enfin je ne l'ai pas fait, et l'amour n'a pas triomphé, j'ai trahi l'amour et souvent quand je n'arrive plus à dormir c'est-à-dire à peu près toutes les nuits je réentends dans ma pauvre tête le message de son répondeur, « Hello this is Kate leave me a message », et sa voix était si fraîche, c'était comme plonger sous une cascade à la fin d'une poussiéreuse après-midi d'été, on se sentait aussitôt lavé de toute souillure, de toute déréliction et de tout mal. » Magnifique passage, poignant et beau à en pleurer… Il y a du romantisme chez Houellebecq, c'est évident.
    Il prend alors conscience qu'il aurait pu être heureux avec Kate et Camille. Or maintenant, c'est trop tard, aucun retour en arrière n'est possible.
    Tel Perceval, notre anti-héros n'a pas saisi sa chance. Et maintenant, il est trop tard.
    Son mal-être est sans issue, sans illusions, total et a priori définitif. Le personnage houellebecquien finit par symboliser l'homme moderne. Il est incontestablement l'héritier du personnage beckettien, un homme perdu dans un monde sans Dieu (?).
    Peu de perspectives donc.
    Il reste la chimie qui aide à supporter, à tenir le coup, à placer à l'horizon un leurre ayant la forme du bonheur et vers lequel on marcherait comme vers un mirage. « La possibilité du bonheur devait subsister ne fût-ce qu'à titre d'appât. »

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  • Bienvenue en Houellebecquie !
    Dès les premières pages, tu y es, retrouvant comme un vieil ami un nouvel avatar du héros houellebecquien, un mâle blanc fatigué, dépressif, le phallus en berne. Sans surprise. Juste que cette fois, le narrateur a un prénom absurde ( Florent-Claude ), qu'il est...
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    Bienvenue en Houellebecquie !
    Dès les premières pages, tu y es, retrouvant comme un vieil ami un nouvel avatar du héros houellebecquien, un mâle blanc fatigué, dépressif, le phallus en berne. Sans surprise. Juste que cette fois, le narrateur a un prénom absurde ( Florent-Claude ), qu'il est ingénieur agronome ( comme Houellebecq ) et que dès les premières pages, tu ne pressens pas, tu sais que c'est un homme en plein délitement, un homme en chute dont la fin est imminente, ce qui donne tout son sel à la causticité du titre : la sérotonine cette « hormone du bonheur », délivrée par le Captorix, l'antidépresseur dont ne peut se passer le Florent-Claude mais dont les effets sur la libido sont dévastateurs.

    On n'a jamais assez dit à quel point la prose de Houellebecq est drôle, et là, c'est clairement son roman le plus drôle. Le livre est parsemé de saillies drolatiques, violentes, provocatrices ( parfois gratuites ), emplies d'ironie noire, qui font presque systématiquement mouche grâce un style d'une maitrise très efficace : beaucoup de phrases ou de paragraphes changent de registre de langue ou d'échelle en cours de lecture, commençant par exemple dans un lyrisme très travaillé pour s'achever dans du trivial, du grossier, du très humain terre-à-terre.

    Tu avances donc comme dans un thriller très addictif ( tu veux savoir comment Florent-Claude ne s'en sort pas ) , brillant de drôlerie mais Houellebecq ne fait pas que dans la radiographie cynique d'un homme qui chute en mode « moi, ma bite, ma dépression, mon Captorix ».

    Sans parler d'oracle ou de prophétie comme on l'entend souvent à propos de Houellebecq, la saisie du contemporain est d'une rare acuité. Incroyables cinquante dernières pages qui mettent en scène la révolte des abandonnés, non pas les gilets jaunes, mais leurs frères jumeaux, les agriculteurs, qui affrontent violemment les CRS. Le livre est complètement au diapason du malaise qui saisit la France ( mais écrit bien avant l'explosion Gilets jaunes ), de la désespérance paysanne, un livre politique donc qui tire à boulets rouges sur l'ultra-libéralisme et la complicité de l'Union européenne qui l'accompagne, avec une empathie totale à l'égard des agriculteurs ( magnifique personnage du meilleur ami du narrateur, Aymeric ).

    Mais ce qui est le plus nouveau, c'est le romantisme désespéré qui court durant tout le roman. Vrai que le premier personnage féminin évoqué ( Yuzu la dernière compagne japonaise ) est gratiné, grotesque ( très drôle, forcément très drôle ), que le deuxième ( Claire, l'intermittente du spectacle ) est triste à pleurer, mais celui de Camille, le grand amour perdu, est d'une épure superbe, loin de la misogynie souvent affichée par l'auteur. Camille revient dans le récit comme une obsession à laquelle se raccrocher pour peut-être pouvoir vivre ; elle traverse les chapitres comme le souvenir du paradis perdu, un souvenir qui fait du bien mais qui fait tout aussi mal lorsqu'on ne peut le vivre à nouveau.

    " J'ai connu le bonheur, je sais ce que c'est, je peux en parler avec compétence, et je connais aussi sa fin, ce qui s'ensuit habituellement. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé comme disait l'autre, ( ... ) la vérité est qu'un seul être vous manque et tout est mort, le monde est mort et l'on est soi-même mort, ou bien transformé en figurine de céramique, et les autres aussi sont des figurines de céramique, isolant parfait des points de vue thermique et électrique, alors plus rien absolument ne peut vous atteindre hormis les souffrances internes, issues du délitement de votre corps indépendant."

    J'ai refermé ce livre bouleversée par ce romantisme noir que je n'avais jamais rencontré dans les romans de Michel Houellebecq, uniquement dans ces poésies. Un grand roman sombre et poignant.

    « Lorsqu'il faudra quitter ce monde
    Fais que ce soit en ta présence
    Fais qu'en mes ultimes secondes
    Je te regarde avec confiance
    Tendre animal aux seins troublants
    Que je tiens au creux de mes paumes ;
    Je ferme les yeux : ton corps blanc
    Est la limite du royaume. »
    Michel Houellebecq, Configuration du dernier rivage, « HMT III ».

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