Roissy

Couverture du livre « Roissy » de Tiffany Tavernier aux éditions Sabine Wespieser
Résumé:

Les discussions des voyageurs de toutes nationa- lités, les panneaux où viennent s'afficher les nu- méros de vol, les boutiques, les enseignes cligno- tantes, les annonces lumineuses, les bribes échan- gées par les personnels navigants ou au sol, les demandes affolées des passagers en transit,... Voir plus

Les discussions des voyageurs de toutes nationa- lités, les panneaux où viennent s'afficher les nu- méros de vol, les boutiques, les enseignes cligno- tantes, les annonces lumineuses, les bribes échan- gées par les personnels navigants ou au sol, les demandes affolées des passagers en transit, égarés dans le vaste aéroport : tel est le quotidien de la narratrice de ce roman, son environnement visuel et sonore, depuis qu'elle a élu domicile à Roissy.
Sans cesse en mouvement, toujours tirant derrière elle une petite valise, elle va d'un terminal à l'autre, engage des conversations, s'invente des vies, éter- nelle voyageuse qui pourtant ne montera jamais dans un de ces avions dont le spectacle l'apaise.
Passée maîtresse dans l'art de l'esquive, elle sait comment éviter les questions trop pressantes.
Cette femme sans domicile fixe, dont Tiffany Tavernier fait l'héroïne de son nouveau roman, est ce qu'il est convenu d'appeler une « indécelable ».
Arrivée à Roissy dans une grande confusion mentale, sans mémoire ni passé, elle a trouvé dans ce non lieu qui les englobe tous un cocon protecteur. Au fil des jours, elle s'y est reconstruit une vie. Les subterfuges qu'elle déploie pour rester propre et bien habillée, les rencontres incongrues, les épisodes cocasses - comme ces sangliers qui ont envahi les pistes -, mais aussi les angoisses d'être repérée par les forces de l'ordre, elle les confie à Vlad, l'homme dont elle partage parfois le matelas dans la galerie souterraine d'où lui ne sort jamais.
Instituant habitudes et rituels comme autant de remparts au désarroi qui souvent l'assaille, s'attachant aux lieux et aux êtres - notamment à cet « homme au foulard » présent tous les jours, comme elle, à l'arrivée du vol Rio-Paris -, la femme sans nom fait corps avec l'immense aérogare.
Mais, bientôt, ce fragile équilibre est rompu.
Quand Vlad tombe très malade, la bulle de sécu- rité vole en éclats. Avec un art consommé de la narration, Tiffany Tavernier nous entraîne alors sur les chemins d'une belle et difficile reconquête.
Bouleversée par la relation qui se noue avec Luc, « l'homme au foulard », celle qui lui dit se prénom- mer Anne va, petit à petit, apprendre à renoncer à son présent d'aéroport pour accepter qui elle est.
Magnifique portrait de femme rendue à elle-même à la faveur des émotions qui la traversent, Roissy est un livre puissant, qui interroge l'infinie capacité de l'être humain à renaître à soi et au monde.

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  • une valise qu’elle traîne. Rien que de plus normal à l’aéroport de Roissy.
    Un autre vol, un départ, une arrivée, elle regarde tout et remarque cet homme « L’homme au foulard » qu’elle retrouve toujours sur l’arrivée du vol de Rio « Il est beau. Beau de cette attente qui tend son corps vers...
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    une valise qu’elle traîne. Rien que de plus normal à l’aéroport de Roissy.
    Un autre vol, un départ, une arrivée, elle regarde tout et remarque cet homme « L’homme au foulard » qu’elle retrouve toujours sur l’arrivée du vol de Rio « Il est beau. Beau de cette attente qui tend son corps vers l’impossible ». Pourtant, cet homme si attirant lui fait peur, est-ce un policier, un inspecteur ?
    Anna, c’est le prénom qu’elle nous donne, erre dans l’aéroport toute la journée, toujours avec une valise, jamais en partance, jamais en attente d’un vol retour. Elle fait partie de ce que l’on nomme « les indécelables ». Il ne faut surtout pas se faire remarquer par toutes les caméras de surveillance et c’est un art qu’elle semble maîtriser, changeant de vêtements au gré des valises qu’elle dérobe et qui lui permettent de changer d’allure. L’aéroport est son quartier, son domicile. Elle se fond parmi les voyageurs, anonyme entre les anonymes. « Je reste encore un long moment à regarder le flot des passagers. J'imagine leur vie, leur métier, leur invente des destinées que j'aimerais coucher sur le papier, ce que je ne ferai pas par superstition, comme si écrire sur eux pourrait influer le cours de leur existence. Tout est si confus en moi. Pour rien au monde je ne voudrais provoquer un désastre. Le mien suffit. » Elle se créée une nouvelle vie, s’invente, lorsqu’on lui pose la question des destinations, des vies, car, sa vie, elle ne la connait pas ou plutôt, ne la connait plus. Anna est amnésique, ne sait comment elle s‘est retrouvée là. Depuis, elle y a fait son nid. Tout ce monde l’entoure, la protège, des réminiscences fulgurantes qui lui arrivent parfois sur son passé. Roissy, c’est son chez elle. Elle discute avec les passagers, profite des sanitaires pour se refaire une beauté, se laver, va faire ses courses à l’épicerie de l’aéroport… Bref, elle s’est construit une nouvelle vie. Le côté face est moins glamour. Elle dort dans les sous-sols de Roissy aux côtés de Vlad. Jesias, Liam, Joséphine une espèce de famille recomposée. D’autres SDF, sans papiers tentent de survivre, aidés par les Restos du cœur ou une autre association caritative. C’est un monde de violence, de renoncement à laquelle Anna ne veut pas appartenir.
    L’homme au foulard est toujours là. A son regard et son attitude, elle finit par comprendre qu’il ne fait pas partie de la police. Non, il attend chaque fois le vol retour de Rio, celui qui s’est abimé en mer où sa jeune femme se trouvait. Il ne peut se résigner et venir à Roissy l’aide à survivre. Entre eux, une amitié se noue. Ils sont la béquille de l’autre, puis les choses évoluent vers plus de tendresse, vers une renaissance.
    Une écriture fine, imagée, un roman intense, dramatique, réaliste, avec sa petite part de rêve. Un live qui ferait un beau film sous la direction de Bertrand Tavernier, son père.
    Merci Joëlle pour ce cadeau coup de cœur.

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  • Roissy
    Surtout, ne pas cesser de bouger, ne pas rester assise, changer de terminal, de vêtements, de coiffure, de valise même, se rendre invisible par le mouvement permanent. C’est ainsi que l’aéroport de Roissy, immense plateforme de transit, peut devenir un lieu où survivre, quand on n’a plus...
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    Roissy
    Surtout, ne pas cesser de bouger, ne pas rester assise, changer de terminal, de vêtements, de coiffure, de valise même, se rendre invisible par le mouvement permanent. C’est ainsi que l’aéroport de Roissy, immense plateforme de transit, peut devenir un lieu où survivre, quand on n’a plus d’endroit où aller, quand on ne sait plus qui on est.
    Anna, la narratrice, qu’on découvre quelque part dans l’immensité d’un couloir, partiellement amnésique, tente d’y survivre, fourmi parmi les centaines de milliers de fourmis qui y travaillent, ou y transitent.
    En huit mois d’errance, Anna en a appris tous les recoins, chaque terminal, chaque sanitaire, locaux techniques, sous-sols et combles, elle en connaît les dangers et les codes : sa survie en dépend.
    Une rencontre, celle d’un autre échoué des tarmacs, Luc, va peu à peu, très progressivement, l’obliger à dévoiler une partie de sa vie cachée, et de son secret.
    J’ai été cueillie par ce texte qui m’a surprise et intriguée dans les premiers chapitres, puis j’ai accompagnée Anna dans sa fuite, curieuse de savoir où allait nous conduire l’auteure. Le dernier quart du livre est à mon goût moins réussi avec des longueurs et des chapitres un peu laborieux, pour ne pas dire fatigants à lire débouchant sur un dénouement que personnellement j’ai trouvé un peu décevant, me laissant frustrée avec trop de questions sans réponses et une sensation d’inachevé.
    Tiffany Tavernier, également scénariste, nous livre avec « Roissy » en cette rentrée littéraire 2018, un beau roman, original, vif, onirique parfois, et émotionnel…qui a beaucoup d’atouts pour devenir un joli film.

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  • Une vie en phase terminal

    Anna vit depuis des mois à l’Aéroport de Roissy. En racontant son histoire Tiffany Tavernier nous fait partager ce monde très particulier et réussit un roman d’une rare intensité dramatique.

    J’imagine bien le père de Tiffany Tavernier, le réalisateur Bertrand...
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    Une vie en phase terminal

    Anna vit depuis des mois à l’Aéroport de Roissy. En racontant son histoire Tiffany Tavernier nous fait partager ce monde très particulier et réussit un roman d’une rare intensité dramatique.

    J’imagine bien le père de Tiffany Tavernier, le réalisateur Bertrand Tavernier, s’emparer du roman de sa fille pour en faire un film. Non seulement parce que l’histoire qu’elle nous raconte a tous les ingrédients d’un formidable suspense dans un décor qui fera vagabonder l’imagination des spectateurs, mais surtout parce qu’il viendrait compléter une filmographie qui n’offrait jusqu’à présent que des personnages principaux masculins. Tombés du ciel de Philippe Lioret (avec Jean Rochefort) et Le Terminal de Steven Spielberg (avec Tom Hanks) s’inspiraient tous deux de la vie Mehran Karimi Nasseri, un réfugié iranien qui a vécu dans le terminal 1 de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle du 8 août 1988 jusqu'en août 2006.
    Cette fois nous ne sommes plus en présence d’un apatride à la situation administrative inextricable, mais suivons une femme amnésique.
    Quand débute de roman saisissant, celle qui se faire appeler Anna a déjà pris ses quartiers dans l’aéroport. Elle vit ici depuis de longs mois, passant d’un terminal à l’autre, et semble s’être parfaitement intégrée à la foule des voyageurs. Elle a compris que le seul moyen de ne pas attirer l’attention sur elle consistait à se fondre dans la foule, à se promener en traînant derrière elle une valise. On la voit devant le kiosque à journaux se renseigner sur l’actualité, devant le tableau des départs en train d’étudier les vols des différentes compagnies et d’enregistrer les retards, histoire de pouvoir renseigner l’une ou l’autre des personnes attendant un proche ou une relation professionnelle. On la voit aussi aux toilettes se refaire une beauté, passer son rouge à lèvres tout en vérifiant sa mise. Elle va aussi au café et à l’épicerie pour tenter de trouver de quoi se nourrir, mais son plaisir ce sont les arrivées. Les voyageurs qui débarquent ont en effet tous quelque chose à raconter…
    « Je reste encore un long moment à regarder le flot des passagers. J'imagine leur vie, leur métier, leur invente des destinées que j'aimerais coucher sur le papier, ce que je ne ferai pas par superstition, comme si écrire sur eux pourrait influer le cours de leur existence. Tout est si confus en moi. Pour rien au monde je ne voudrais provoquer un désastre. Le mien suffit. »
    Ce fameux désastre a pour nom amnésie. Au fil de ses rêves ou des images qui vont lui revenir en mémoire, on va apprendre que cela peut être lié à la mort d’une petite fille ou à un accident de voiture, voire à la combinaison des deux. Mais comment a-t-elle échoué à Roissy? A-t-elle voulu fuir? A-t-elle été victime d’un vol? Questions qui vont rester sans réponse et insuffler au lecteur cette étrange sensation d’implacabilité. Comme dans la série Le prisonnier, elle aura beau tout essayer, elle se retrouvera toujours à son point de départ.
    En fine observatrice, Tiffany Tavernier va nous livrer quelques statistiques impressionnantes sur le quotidien d’un grand aéroport, sur le personnel et sur les voyageurs. Un exemple frappant parmi d’autres: un jour un asiatique s’arrêt dans la boutique des vins fins trouve qu’une bouteille de Château Yquem à 1990 euros n’est pas assez chère pour lui «il lui reste un peu plus. Il sort alors une liasse de billets qu’il se met à compter. Allez hop! Va pour un Château Yquem 1996! Le type paie, et là, c’est le bouquet! Juste avant de sortir, il se retourne et confie, tout heureux: “C’est pour ma sœur, elle adore le bon vin pour faire ses Vinaigrettes.” »
    Plus impressionnant encore est l’envers du décor. Dans les pas d’Anna, on va découvrir ce qui se cache derrière les portes «de service», le nombre de SDF installés dans l’aérogare et les combats qu’ils mènent pour leur défendre «leur» territoire. Après avoir tenté de les éviter – elle n’entend pas être assimilée aux SDF – Anna va finir par s’acoquiner avec Vlad et partager avec lui un matelas dans un recoin souterrain. Mais ce dernier va tomber malade puis être victime d’une vengeance. Il ne devra son salut qu’à l’intervention d’Anna qui se retrouve à nouveau seule face à cette tribu invisible mais arrogante, voire dangereuse à l’image de Josias qui la coince aux toilettes et lui offre de partager sa couche après avoir appris que Vlad avait fini à l’hôpital. « L'avait-il su par Liam, son frère à moitié dingue qui, lorsqu'il est en crise, voit parfois tout du passé ou de l'avenir d'une personne? Par Joséphine, qui, bien qu'obèse, trouve la force de sillonner, matin et soir, les aérogares, observant tout, voyant tout, au point que l'œil de Dieu, s'il existait, ne ferait pas mieux qu'elle, ou alors par lui-même, Josias, un de ces jours de dispute avec les siens où, pour se calmer, il lui faut faire sept fois le tour des terminaux, sans discontinuer?  »
    Ce qui rend le roman si prenant, c’est sa construction dramatique. Car la tension va encore monter d’un cran quand Anna va croiser le regard d’un homme qui semble encore plus perdu qu’elle. Cet homme vient tous les jours à Roissy pour y attendre sa femme, passagère du Rio-Paris qui s’est abîmé en mer. Aucun cadavre n’ayant été trouvé, il se dit qu’elle peut débarquer à n’importe quel moment. Il ne vit désormais que dans cette attente. Au fil de leurs échanges, ils vont devenir de plus en plus intimes. Mais deux désespoirs font-ils un espoir? Je vous laisse le découvrir.
    http://urlz.fr/7WDN

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  • Impossible de refermer ce livre sans demeurer encore quelques instants au coeur de cet immense Roissy, lieu magique et effrayant, où une vie peut en effacer une autre par un départ vers un nouvel avenir, un nouvel espoir …
    C’est là que notre héroïne que nous appellerons provisoirement Anna...
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    Impossible de refermer ce livre sans demeurer encore quelques instants au coeur de cet immense Roissy, lieu magique et effrayant, où une vie peut en effacer une autre par un départ vers un nouvel avenir, un nouvel espoir …
    C’est là que notre héroïne que nous appellerons provisoirement Anna tentera de survivre et surtout de retrouver la mémoire. Lourde tâche car il faut être en perpétuel mouvement pour ne pas se faire repérer par la sécurité de l’aéroport. Donner sans cesse le change afin de passer pour une voyageuse sur le départ ou sur le retour …
    Elle y croisera des accidentés de la vie (toute comme elle) : Liam et ses carnets incohérents, son frère Josias et leur mère Joséphine, Vlad le mystérieux, Lucien le barman au grand coeur, et enfin l’homme au foulard qu’elle tente régulièrement d’éviter à l’arrivée du vol de Rio …
    Tiffany Tavernier nous dessine une sublime “cour des miracles” des temps modernes, y plante des portraits inoubliables de laissés pour compte, dans un monde pressé et trop souvent indifférent à la souffrance humaine.

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  • Tiffany Tavernier tombe un jour sur une photo et un article de journal qui la saisissent : une femme d'une quarantaine d'années, plutôt bien habillée, se révèle en réalité être une SDF. Enfin, plus exactement, son domicile est l'aéroport d'Heathrow près de Londres. Lorsque le journaliste, pour...
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    Tiffany Tavernier tombe un jour sur une photo et un article de journal qui la saisissent : une femme d'une quarantaine d'années, plutôt bien habillée, se révèle en réalité être une SDF. Enfin, plus exactement, son domicile est l'aéroport d'Heathrow près de Londres. Lorsque le journaliste, pour conclure l'article, lui demande pendant combien de temps elle compte vivre dans cet aéroport, elle répond : « Toute ma vie ».
    Tiffany Tavernier comprend qu'elle tient là un sujet de roman.
    Roissy. L'auteur y passe des mois et des mois à observer ceux que l'on appelle « les indécelables » : l'aéroport est leur lieu de vie et pour échapper aux caméras de surveillance et aux vigiles, ils se font passer pour des voyageurs. Le long des couloirs, ils traînent une valise ; dans les salles d'attente, ils dorment sur les fauteuils ou lisent les journaux abandonnés ; dans les cafétérias, ils vont parfois se payer une boisson ou un sandwich ; dans les boutiques, ils osent à peine effleurer du regard les foulards en soie et les beaux sacs de cuir.
    Ils font semblant d'attendre un départ qui n'arrivera jamais.
    « Comportement sobre. Exposition sobre. Ne jamais laisser de traces : jeter les mégots dans les poubelles, jeter les déchets dans les poubelles. Aucun geste excessif. Se gratter, mais pas jusqu'au sang. Boire, mais pas au goulot. Courir, non. Hurler, non. S'en tenir aux codes. Aux limites. A la procédure. »
    La narratrice s'appelle Anna, elle connaît par coeur cet espace gigantesque où travaillent cent vingt mille personnes et où passent un million de voyageurs par an. Un monde à part, une planète où se mélangent toutes les langues, toutes les nationalités, toutes les classes sociales. Elle vit là depuis quelques mois. Elle connaît tout de cet espace qu'elle hante nuit et jour, elle sait comment faire semblant. On l'interroge ? Elle répond qu'elle part pour Shanghai, qu'elle y a rencontré quelqu'un, qu'elle va peut-être s'y installer. Elle ferme un instant les yeux pour imaginer les lieux où elle n'ira jamais. Deux heures après, elle explique à un quinquagénaire un brin curieux qu'elle va à Manille.
    Le personnel de l'aéroport commence à lui devenir familier, certains lui disent bonjour.
    Elle imagine la vie des uns, des autres, regarde les avions décoller, promesse d'un nouveau départ, pour elle aussi, un jour, peut-être.
    « Hier, je suis partie à Naples, Nairobi et Abidjan, m'improvisant tour à tour prof d'histoire, chef de produit L'Oréal, femme d'expat' militaire… Femme d'expat', c'était une première et j'ai été brillante. »
    Elle vit en se laissant « traverser par la foule » dans un lieu en dehors du monde, une limite au-delà de laquelle on ne peut plus aller. À moins de faire demi-tour et ça, elle n'en veut pas.
    Elle n'est pas seule : il y a Vlad dont le passé est un mystère et les autres, Liam, Joséphine, Josias…
    « Pour eux, comme pour moi, ce monde est notre dernière chance. Le quitter, ne serait-ce qu'une seule fois, ce serait renoncer à tous les voyages, à toutes les identités, perdre, en somme, le peu de matière qu'il nous reste, rompre définitivement le fil qui nous tient encore en vie, briser la magie par laquelle chacun de nous s'invente hors la violence du monde. »
    Et cette femme, Anna, qui est-elle ? Elle ne le sait pas. Un choc lui a fait tout oublier de son passé qui lui revient par bribes lors de terribles cauchemars…
    Il lui faudra pourtant sortir de son jeu de cache-cache pour entrer en contact avec l'autre, un homme, qui a aussi son histoire...
    Un très beau texte tellement cinématographique que je ne serais pas étonnée de le voir prochainement porté à l'écran. C'est tout un monde complètement fascinant que l'on découvre et dans lequel on se trouve plongé, comme l'a été l'auteure elle-même : un lieu de mouvements, de sons, de lumières et de mots - l'aéroport a son propre langage- où les gens se croisent, se mêlent, s'évitent et se rencontrent parfois.
    Le roman de Tiffany Tavernier nous permet aussi de voir ceux que l'on ne voit pas, des gens meurtris, ravagés par l'existence et qui refusent de retourner « à la rue », se sentant vaguement protégés par les vitres de l'aéroport comme dans une bulle, un cocon. Roissy est peut-être aussi le seul lieu où ils puissent imaginer un nouveau départ… Qui sait ? Des avions qui s'envolent, il y en a tous les jours.
    Tiffany Tavernier a parfaitement mis en scène le quotidien de ces « indécelables », leur façon de se planquer parmi les autres, de se fondre au risque de s'oublier peut-être, aussi.
    C'est certain, jamais plus je ne verrai Roissy comme avant…
    Un très bon roman !

    LIRE AU LIT le blog

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  • https://leslivresdejoelle.blogspot.com/2018/09/roissy-de-tiffany-tavernier.html

    La narratrice passe ses journées dans l'aéroport de Roissy, elle se déplace sans cesse d'un terminal à l'autre tirant sa valise derrière elle pour passer pour une voyageuse. Elle s'invente des vies et des voyages,...
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    https://leslivresdejoelle.blogspot.com/2018/09/roissy-de-tiffany-tavernier.html

    La narratrice passe ses journées dans l'aéroport de Roissy, elle se déplace sans cesse d'un terminal à l'autre tirant sa valise derrière elle pour passer pour une voyageuse. Elle s'invente des vies et des voyages, apaisée par la vue des avions dans lesquels elle ne montera jamais. Elle marche sans arrêt pour ne pas se faire repérer, change sans cesse de vêtements et de coiffure, avec la crainte permanente d'être démasquée par les forces de l'ordre. "J'étouffe à faire semblant". C'est une "indécelable", une SDF déguisée en passagère, "une ombre en transit". Pour dormir elle squatte avec Vlad une des galeries souterraines qui se déploient sous l'aéroport et se débrouille comme elle peut pour manger et se laver.

    Elle est là depuis huit mois, depuis qu'elle a été retrouvée dans l'aéroport dans une grande confusion mentale, frappée d'amnésie. Elle ressent le vide en elle et a peur des déferlantes de souvenirs qui resurgissent brutalement par flashs. Elle se demande si elle a perdu la mémoire à la suite d'un choc émotionnel, d'un accident, si elle est responsable d'un drame, si elle est folle... " Ce trou en moi, le drame qu'il abrite. Ne pas remuer tout cela". "J'ai trois cent noms, autant de vies que je le désire, pourquoi m'entêter à revenir au pire".

    Roissy constitue pour elle un cocon protecteur, un refuge où elle observe les passagers, imagine leurs vies, leurs voyages, où elle engage des conversations, un lieu perçu comme une sorte de paradis où des liens se créent avec des SDF, avec du personnel complice... Mais c'est un paradis où elle doit en permanence se contrôler, ne pas attirer l'attention sur elle par des comportements inappropriés.

    Un jour, le fragile équilibre qu'elle a trouvé est menacé car Vlad tombe gravement malade. Puis un homme l'aborde... C'est "l'homme au foulard" qu’elle observe depuis un moment car il vient tous les jours attendre l'arrivée du vol Rio-Paris, le même que celui qui s'est écrasé en mer quelques années plus tôt. D'abord effrayée, elle comprend qu'il ne lui fera pas de mal et noue une complicité avec lui.

    Tiffany Tavernier a l'art d'installer en quelques pages une atmosphère, de nous immerger dans un lieu. Elle nous fait découvrir cet entre-deux-mondes qu'est Roissy, un monde à part fascinant. Elle m'a fait découvrir un aspect de cet aéroport que je n'imaginais pas. C'est un lieu où travaillent 120 000 personnes qui forment une communauté réunie par le badge que chacun porte, un lieu qui a son propre langage que l'auteure nous fait découvrir par quelques définitions dont elle parsème le récit, un lieu de passage pour des milliers de voyageurs, un lieu où se côtoient le bonheur de voyager et la plus grande misère.
    Mais ce roman ne nous fait pas découvrir qu'un lieu, il dresse aussi le portrait d'une femme terriblement émouvante à la mémoire perdue, une femme à la sensibilité exacerbée, à l'écoute du monde, qui vit dans le contrôle et l'angoisse permanents. Tiffany Tavernier nous restitue à merveille son quotidien, son environnement visuel et sonore. Elle nous fait rentrer dans la peau de cette femme qui ne sait plus qui elle est et qui lutte contre ses souvenirs.
    Cette femme, grâce à une belle rencontre, va essayer de partir à la difficile reconquête d'elle-même et tenter de renoncer à cette vie dans l'aéroport qui la rassure pour se réconcilier avec celle qu'elle est.
    Un lieu et une atmosphère forts, une héroïne bouleversante et inoubliable, des personnages secondaires émouvants, une histoire originale qui invite à la réflexion, une écriture fluide et très visuelle, une certaine tension narrative, un dénouement réussi font de ce texte un roman puissant traversé par la question de l'identité. Bref, un gros coup de cœur !

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  • Roissy comme je ne l’avais jamais imaginé et où je ne m’étais jamais vu en pauvre « maillot » barbotant, au milieu des autres, dans une « baignoire ».
    Ca va être difficile, la prochaine fois, de ne pas scruter la foule à la recherche d’une Anna, toujours en partance mais jamais partante. Je le...
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    Roissy comme je ne l’avais jamais imaginé et où je ne m’étais jamais vu en pauvre « maillot » barbotant, au milieu des autres, dans une « baignoire ».
    Ca va être difficile, la prochaine fois, de ne pas scruter la foule à la recherche d’une Anna, toujours en partance mais jamais partante. Je le ferai à mon prochain départ, ça m’aidera à patienter, c’est certain. A l’arrivée, vous savez bien, on n’a jamais le temps, une correspondance, une voiture à louer, un taxi à prendre, il faut partir le plus vite possible. Mais au départ, le temps on l’a, surtout quand notre vol est un peu retardé. A l’arrivée, après les contrôles, en face de vous, sur votre chemin parfois, il y a ceux qui attendent comme Luc. Luc il patiente à l’arrivée du Paris-Rio. Je me souviens une fois, un peu avant Noël à Montréal, j’attendais ma femme. Il y avait beaucoup de monde, du bruit, de l’agitation et puis quand ils sont enfin arrivés (c’est toujours trop long l’attente quand on attend quelqu’un qu’on aime) il y a eu une petite bousculade, quelques uns avaient des appareils photos (ça date un peu, aucun smartphone, désolé) et essayaient de passer au premier rang. Elle est arrivée, m’a souri et, juste derrière elle, les flashes ont crépité pour un autre passager. Il parait que c’était Garou, le chanteur mais moi je n’attendais qu’elle. Pourquoi je vous dis ça ? Parce que, comme la femme de Luc, aujourd’hui elle n’est plus là, disparue non pas dans un avion au-dessus de l’Atlantique, mais beaucoup plus banalement dans une chambre d’hôpital.
    Alors forcément, la lecture de ce roman qui raconte la rencontre improbable de cette SDF amnésique et de ce Luc qui vient attendre sa femme, tous les jours à l’arrivée du Rio-Paris, ça m’interpelle. Elle a perdu la mémoire et tente d’en retrouver des fragments alors qu’il voudrait tant pouvoir oublier que le vol dans lequel son amour avait pris place n’arrivera jamais.
    Le malheur de l’un réussira-t-il à apprivoiser la mémoire de l’autre ? Qui sait ce que l’amour peut provoquer ?
    C’est fort et percutant car écrit sobrement. Les phrases aussi courtes que les chapitres s’enchainent comme les écrans se mettent à jour dans l’aéroport. On apprend sidéré, au fil du récit on comprend pourquoi, que c’est un bon endroit pour un sans domicile fixe. Les anecdotes et les commentaires des professionnels enrichissent la narration à l’exemple de la première phrase de mon compte-rendu dont je vous laisse découvrir la signification.
    Une bonne histoire d’amour dans un bon documentaire pour le prix d’un vol « low cost », que demander de plus ? Prenez un aller simple et si vous voulez apercevoir Anna, laissez trainer votre valise, pas trop longtemps quand même, car la sécurité veille.

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