Point cardinal

Couverture du livre « Point cardinal » de Léonor De Récondo aux éditions Sabine Wespieser

4.083333333

12 notes

Résumé:

Sur le parking d'un supermarché, dans une petite ville de province, une femme se démaquille méticuleusement, tristement. Enlever sa perruque, sa robe de soie, rouler ses bas sur ses chevilles : ses gestes ressemblent à un arrachement. Bientôt, celle qui, à peine une heure auparavant, volait... Lire la suite

Sur le parking d'un supermarché, dans une petite ville de province, une femme se démaquille méticuleusement, tristement. Enlever sa perruque, sa robe de soie, rouler ses bas sur ses chevilles : ses gestes ressemblent à un arrachement. Bientôt, celle qui, à peine une heure auparavant, volait quelques instants de joie et dansait à corps perdu sera devenue méconnaissable. Laurent, en tenue de sport, a remis de l'ordre dans sa voiture et dissimulé dans le coffre la mallette contenant ses habits de fête. Il s'apprête à retrouver femme et enfants pour le dîner.
Petit garçon, Laurent passait des heures enfermé dans la penderie de sa mère, détestait l'atmosphère virile et la puanteur des vestiaires après les matchs de foot. Puis il a grandi, a rencontré Solange au lycée, il y a vingt ans déjà. Leur complicité a été immédiate, ils se sont mariés, Thomas et Claire sont nés, ils se sont endettés pour acheter leur maison. Solange prenait les initiatives, Laurent les accueillait avec sérénité. Jusqu'à ce que surviennent d'insupportables douleurs, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus réfréner ses envies incontrôlables de toucher de la soie, et que la femme en lui se manifeste impérieusement. De tout cela, il n'a rien dit à Solange. Sa vie va basculer quand, à la faveur de trois jours solitaires, il se travestit pour la première fois chez eux. À son retour, Solange trouve un cheveu blond...
Léonor de Récondo va alors suivre ses personnages sur le chemin d'une transformation radicale. Car la découverte de Solange conforte Laurent dans sa certitude : il lui faut laisser exister la femme qu'il a toujours été. Et convaincre son entourage de l'accepter.
La détermination de Laurent, le désarroi de Solange, les réactions contrastées des enfants - Claire a treize ans, Thomas seize -, l'incrédulité des collègues de travail : l'écrivain accompagne au plus près de leurs émotions ceux dont la vie est bouleversée. Avec des phrases limpides, des mots simples et d'une poignante justesse, elle trace le difficile chemin d'un être dont toute l'énergie est tendue vers la lumière.
Par-delà le sujet singulier du changement de sexe, Léonor de Récondo écrit un grand roman sur le courage d'être soi.

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Les derniers avis

  • 0.2

    « on ne sait jamais d'où viennent les coups, et les pires viennent souvent des proches. »



    Mathida, son amie Cynthia, le zanzibar, la musique, la douceur de la soie, faux cils, lèvres pulpeuses.

    Laurent, sa femme Solange, Claire et Thomas ses enfants, le vélo deux fois par semaine, le match de foot avec Thomas.

    Mathilda et Laurent sont une seule et même personne, juste un corps qui n’est pas le bon.Il n’a pas le courage de se regarder en face, le désordre intérieur, le mensonge. Qu’est-ce-que ça change, est-ce que cela fait de lui un mauvais père, un salopard. Il doit consulter, se convaincre que le sexe dont il est doté est le sien. Lutter contre soi-même. Tout est contradictoire en lui. Il a longtemps cru qu’être père lui suffirait pour rester homme.Le traitement aux hormones, l’intervention chirurgicale en Belgique pour devenir enfin qui il est vraiment : Lauren.

    Ce beau roman aborde un sujet délicat, un homme qui se sent femme et qui va devenir femme, mais avec une écriture limpide, des mots simples, Léonor de Récondo aborde cette histoire avec beaucoup de tact, de douceur et de compassion. Un roman troublant sur l’identité sexuelle.

  • 0.1

    Sur un parking de supermarché, Mathilda se démaquille. A l'abri des regards, un coup de lingette sur le visage, le masque tombe et Laurent démarre. Il rentre chez lui comme s'il revenait d'un entraînement sportif, prend rapidement une petite douche et « bonjour tout le monde ! », s'assoit à table pour le dîner. Une soirée agréable entre sa femme et ses deux ados, une soirée de plus à cacher la vérité : Laurent se sent femme, Laurent veut changer de sexe.
    C'était risqué de la part de Léonor de Récondo de se lancer dans un sujet dont on parle souvent ces temps-ci dans les journaux, à la télé et même au cinéma : on ne compte pas en effet les témoignages, souvent terribles d'ailleurs, de ces hommes qui se sentent femmes et de ces femmes qui se rêvent dans un corps d'homme. Risqué parce que sans un traitement un peu original, un point de vue un peu différent, on risquait de retomber dans du déjà vu, déjà lu, déjà entendu.
    Hélas, c'est précisément ce que j'ai ressenti. Je dirais pour être honnête que j'ai passé un bon moment de lecture (je l'ai lu en une soirée) comme j'aurais regardé un bon téléfilm. Point cardinal est un roman agréable à lire mais qui ne m'a rien appris de nouveau sur le sujet, j'ai même, il faut bien le dire, parfois eu le sentiment que toutes les scènes attendues étaient là, que chacune d'entre elles relevait du cliché au détriment parfois de toute vraisemblance.
    Une vraie déception donc.
    Ce à quoi je m'attendais de la part de Léonor de Récondo ? Une analyse plus fouillée de la conscience des personnages, ici trop archétypiques, trop caricaturaux. J'imagine aisément que vivre une telle situation entraîne immanquablement l'impression d'être littéralement écartelé entre la nécessité de vivre en accord avec soi-même et la violence, l'espèce de raz de marée familial que va assurément provoquer l'aveu de ce que l'on est réellement.
    Une vraie tragédie, une tempête sous un crâne.
    Mais de cela, il n'en est rien ou presque : le portrait qui nous est fait de Laurent laisse suggérer qu'il ira jusqu'au bout - et c'est ce qu'il fait - quels que soient les dommages collatéraux comme on dit : il en a besoin, c'est sa vie, il a attendu assez longtemps.
    Mais son fils de seize ans est détruit, totalement anéanti et sans vouloir trop en raconter, il finira par quitter la maison pour aller en pension. Et Laurent (devenu Lauren) retourne au restaurant avec sa femme (comme avant), et Laurent (Lauren) s'achète de jolis vêtements (sans se cacher et avec le sourire complice et bienveillant de la vendeuse), et Laurent (Lauren) poursuit son petit bout de chemin. Il est heureux, enfin !
    Mais quid de l'inquiétude de ce père pour son fils absent ? Quid du déchirement du père et du fils (je me sentirais bien incapable d'aller faire un brin de shopping, sachant mon gamin au trente-sixième dessous, prêt à n'importe quel geste insensé!) ? Et évidemment, quid de ce que devient le gamin ? Laurent dit à un moment qu'il est un père avant d'être une femme. Ah bon ! Peut-être. En tout cas, ça ne se voit pas. Ou pas assez. Dommage.
    Bien involontairement je pense, l'auteur ne donne finalement pas une image très positive de ce Laurent essentiellement occupé de sa petite personne.
    J'imagine que la réalité est beaucoup plus complexe, qu'un homme ou une femme transexuel(le) est avant tout père ou mère et que le devenir de l'enfant a une place centrale lorsque l'on se demande si c'est oui ou non le moment de se révéler.
    Quant au fait de résoudre les problèmes en téléphonant à une radio pour raconter que son père est devenu une femme ou bien en écrivant un article pour le journal du collège comme le fait la fille de Laurent, cela ne me semble pas du tout crédible. C'est beau, ça fait très téléfilm bons sentiments/tout le monde s'aime/bonne nuit à tous/faites de beaux rêves mais rien de tout cela n'est plausible sauf au pays des Bisounours !
    Non, je crois que le parcours des trans est beaucoup moins lisse, que les embûches sont hautes comme des montagnes et que le quotidien ressemble souvent à l'enfer : tout est silence, non-dit, torture morale, souffrance pur jus, détresse sans nom. Il suffit de lire ou d'écouter quelques témoignages : c'est du lourd. La jolie fin où tout le monde s'aime et tout le monde s'embrasse, non, je n'y crois pas. C'est sympa cet optimisme, ça fait chaud au coeur, ça rassure, on se dit que notre monde, il est beau, il est gentil mais est-ce la réalité ?
    Car la vérité, je l'imagine aisément, est beaucoup plus sombre, beaucoup plus violente, elle porte le nom de deuil blanc, de honte, de culpabilité, de responsabilité, elle pose des questions d'identité, de repères et elle se heurte longuement voire à jamais à l'incompréhension, au désespoir voire à la haine avant que les choses ne s'apaisent (si elles s'apaisent un jour...) Bien sûr, il est question de tout cela dans le livre, je ne le nie pas, mais insuffisamment à mon sens ou de façon beaucoup trop superficielle : Laurent donne l'impression de surmonter finalement assez facilement tous les obstacles.
    Par ailleurs, une autre question me taraude : la lingerie, le maquillage, les perruques, le parfum semblent tenir une place essentielle pour Laurent. Même si je sais que la transformation physique d'un trans est importante, je me demande si tout ce travestissement est nécessaire. Je m'interroge : est-on obligé de passer par là pour être femme ? La féminité se résume-t-elle à cela ? Finalement, suis-je femme moi qui ne porte ni talons hauts, ni soie, ni maquillage ? A-t-on besoin, pour se sentir femme, d'aimer danser en string rouge et en porte-jarretelles dans des boîtes de nuit ? Ou est-ce un cliché de plus ? (Et si c'était le cas, ce serait vraiment désolant!) Je me pose la question même si j'ai bien conscience que moi, en tant que femme, je n'ai précisément pas besoin de passer par ces symboles un peu outranciers. Mais, est-ce une nécessité pour un trans de passer par là ? Voilà le type de question que j'aurais aimé voir aborder dans le livre par exemple.
    Évidemment, finir un roman sur une touche plus sombre, en s'inquiétant par exemple du devenir d'un adolescent dont on s'est plus ou moins débarrassé en le mettant en pension est moins léger, ça plombe un peu, c'est sûr, ça pèse même un peu lourd sur la conscience mais cela a au moins le mérite de poser les vraies questions sur un sujet que l'on connaît mal, ce qui permettrait éventuellement d'avoir un jour un point de vue plus juste et donc plus apaisé sur un thème encore tabou et sur lequel pèsent des clichés qui n'aident certainement pas à comprendre et donc à accepter. Et c'est bien dommage.

    Lire au lit : http://lireaulit.blogspot.fr/

  • 0.2

    J'ai d'abord découvert ce titre a travers la rencontre littéraire organisé par mon libraire passionné de proximité, une rencontre avec Leonor de Recondo, remplie d'émotions et de finesse et de fascination pour l'ecrivaine, son inspiration et sa transmission de la recherche littéraire autour du IL pour aller vers ELLE. Cette envie de s'immerger dans l'experience transsexuelle par la fascination du sens des mots. Du coup ma lecture à résonner comme un morceau de musique où chaque note conduit à l'émotion. Quelle humanité de l'auteur pour au final avoir réussi à retranscrire la quête intime du besoin de transsexualite sans avoir soi même fait cette expérience ! Un roman de la rentrée littéraire qui j'espère va émerger lors de la saison des Prix pour une découverte au plus grand nombre.

  • 0.25

    http://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2017/09/point-cardinal-de-leonor-de-recondo.html

    "Doit-on être ce que voient les autres, être tel qu'on nous a aimé? "

    Le roman commence par une scène où Mathilda se démaquille, enlève sa perruque et se déshabille dans sa voiture pour redevenir Laurent. Laurent est marié à Solange depuis vingt ans, ils ont deux enfants, Thomas, seize ans et Claire, treize ans. Il aime sa femme avec qui il a réalisé son souhait de construire une famille. Il pensait que cette union et la paternité lui apporteraient une stabilité et ferait taire la femme qui est en lui. En proie à un tiraillement intérieur et à une grande souffrance il échange la nuit sur des forums transsexuels et se rend régulièrement au Zanzi bar avec Cynthia, un homme qui a changé de sexe, qui le comprend et le soutient. Lorsque sa femme part trois jours avec leurs enfants, il reste seul chez eux et se travestit pour la première fois à son domicile. Faire vivre Mathilda chez lui confirme à Laurent que son corps n'est pas le bon.

    Lorsqu'à son retour, Solange découvre un cheveu blond, elle est persuadée être trompée, suit son mari lorsqu'il est censé aller à la salle de sports et découvre tout. Il peut alors lui confier ce qu'il lui cache depuis toujours par honte, il lui avoue son tiraillement mis en sourdine pendant des années avec la naissance de leurs enfants, sa solitude, son mal-être profond et sa lutte de tous les instants.

    Solange décide de se battre avec lui contre ce qu'elle considère comme une maladie, il leur faut trouver un spécialiste à qui son mari puisse en parler. Laurent s'y soumet avec l'espoir de parvenir à contrôler Mathilda. Jusqu'au jour où il provoque un véritable ébranlement de l'édifice familial en déclarant à table "Les enfants je suis une femme". Chacun va réagir selon son âge, sa sensibilité et son sexe, Thomas a une réaction violente et s'enferme avec sa rage.

    Avec la question de l'identité et du changement de sexe Léonor de Récondo a choisi de traiter un sujet particulièrement difficile. Cela aurait pu être périlleux mais elle a échappé à tous les écueils en écrivant un roman sans aucun voyeurisme. Tout est dit de façon juste, pudique, délicate et sensible dans ce récit où le "Il" devient progressivement "Elle".
    Léonor de Récondo a choisi un personnage marié et père de famille qui a eu à cœur de construire avec sa femme une vie stable dans la norme et qui, lorsqu'il réalise qu'il n'a plus d'autre choix que d'être en accord avec lui-même, va faire preuve de détermination et de force. Un homme qui a le courage d'assumer sans fuir. Les réactions de sa femme et de ses enfants sont décrites avec beaucoup de justesse ainsi que le regard des autres, les réactions des collègues, le mur d'incompréhension et les ricanements face à la métamorphose de Laurent.
    Il y a beaucoup d'amour dans ce récit, de la part de Solange mais aussi de leur fille Claire. Quant à la plume de Léonor de Récondo, j'ai retrouvé toute sa délicatesse et la sobriété que j'avais tant appréciées dans "Amours" dans ce roman qui offre de multiples pistes de réflexion.

  • 0.25

    Ecriture sobre, description des sentiments de chaque membre d'une famille confrontée à la décision du père de famille de devenir une femme...Excellent ouvrage, un sujet difficile et brillamment traité ...Beaucoup d'humanité ...Un beau livre !

  • 0.05

    La lecture de "Amours" le précédent roman de Léonor de Recondo m'avait enthousiasmé comme de nombreuses lectrices et lecteurs. Après des secrets bourgeois et lesbiens magnifiés par un texte délicatement ciselé, voici l'auteure s'attaquant à un sujet vraiment plus casse-gueule : le changement de sexe.
    Laurent, marié avec Solange son amour de jeunesse , deux enfants adolescents, cadre dans une entreprise d'éolienne, a de plus en plus de mal à cacher la personne qu'il sait être réellement au fond de lui : une femme. Depuis quelques temps, habillé en créature un peu idéale, il fréquente secrètement le Zanzi, bar où se retrouvent d'autres transgenres comme lui. Mais l'absence de son épouse et de ses enfants pendant trois jours seront le point de départ d'une révélation qui, on peut s'en douter, bouleversera sa vie, celles de ses proches et de ses collègues de bureau.
    De plus en plus traité au cinéma comme en littérature, la notion de genre et surtout la difficulté à être autre que ce que la nature a donné, demeure un sujet encore tabou ou tout du moins très délicat. L'homosexualité a encore du mal à passer, alors la transsexualité... on n'ose pas imaginer ! C'est sans doute avec une volonté toute pédagogique que Léonor de Recondo semble avoir conçu son roman, comme un petit plaidoyer sur la tolérance et la différence, sur l'acceptation de soi. L'entreprise est généreuse mais, à mes yeux, ratée. Cela s'appelle "Point cardinal" mais " Le changement de sexe pour les nuls" aurait été plus approprié ou même "Oui-Oui devient une fille". A vouloir donner à son histoire un caractère tolérant, simple et à la portée du premier venu ( il faut convaincre le lectorat le plus large), le roman s'enfonce dans une sorte de sitcom improbable, presque gnangnan, en tous les cas trop belle pour être crédible. On a l'impression que le syndrome Laëtitia Colombani a encore frappé ! Le style vise la simplicité, la phrase n'est pas en reste. On rajoute quelques jolis clichés pour faire avancer l'action et une profondeur psychologique de téléfilm de deuxième partie de soirée sur la TNT sans aucune réelle mise en perspective. Tout coule de source dans cette histoire parce que voyez-vous, tant que l'amour circule, tout va bien. On prend des hormones, puis on file en Belgique se faire opérer et hop Laurent devient Lauren et elle peut ainsi enfiler des culottes de soie sans avoir à aplatir son sexe. ( là encore, un homme qui se sait femme, c'est enfiler quelques attributs assez connotés comme de beaux et longs cheveux blonds, des robes moulantes et des sous-vêtements en soie, comme si la féminité se réduisait à ces stéréotypes...)
    Tous les personnages, nullement attachants, épousent un caractère unique ( pourquoi embêter le lecteur avec de l'ambiguïté ? ) , Laurent veut être une femme un point c'est tout, l'épouse est aux cents coups mais l'aime toujours et sera donc exemplaire, les enfants renâclent ( les teignes !) , les collègues sont surpris. Tout ce petit monde brossé à la truelle n'est qu'une accumulation d'archétypes consensuels. Se sentir femme pour un homme ce n'est pas simple mais en lisant "Point cardinal", les petits soucis des doutes sur sa vraie nature s'envoleront. En contant cela comme une randonnée en escarpins au pays des hormones et des perruques peroxydées, Léonor de Recondo a réussi son changement de genre, elle est passée d'auteure brillante à romancière de gare... Elle va pouvoir s'acheter des kilos de culottes en soie... Dommage pour nous...

  • 0.2

    Léonor DE RECONDO aime écrire sur le corps, l’amour et surtout sur les amours transgressives. Dans son nouveau roman, elle évoque le thème du transgenre ou la transidentité avec intelligence et subtilité. Un roman réussi sur un sujet délicat et complexe voir scabreux.

    Laurent se travestit en secret le samedi soir, il a besoin de se vêtir en femme, de la douce caresse de ses bas et de la hauteur de ses talons pour se sentir bien. Laurent est marié depuis 20 ans à Solange et ils sont parents de deux adolescents plutôt sages. Laurent est un père aimant et attentionné, un mari à l’écoute qui adore son épouse avec qui il partage une belle complicité. Mais Laurent ressent de plus en plus la nécessité d’être lui-même et donc de vivre au grand jour sous les traits d’une femme. Il vit un vrai malaise, se cache, ment pour pouvoir assouvir ce besoin vital d’être femme. Jusqu’au jour où Solange, prise de doutes et soupçonnant un aldultère, le suit alors qu'il a rendez-vous dans un bar pour transexuels. Solange découvre alors la double vie de Laurent. La vie du couple bascule, la famille se disloque, Laurent ne veut plus vivre dans le mensonge, il veut vivre sa vie de femme publiquement au risque de tout perdre…

    Léonor DE RECONDO nous livre un roman intimiste dans lequel elle évoque le transgenre sans voyeurisme aucun et démontre à travers le personnage de Laurent qu’il est impossible « d’aller contre nature ». Elle s’attache à nous exposer avec finesse et intelligence les conséquences personnelles et relationnelles d’une telle transformation.

    J’ai trouvé son roman tout en nuances et en retenue car son héros pourrait être n’importe qui, rien ne le prédispose véritablement à ce grand bouleversement, il n’y a pas de caricature, c’est un père de famille comme les autres.

    Le fait d’exposer ce sujet au sein d’une cellule familiale m’a aussi convaincue de sa justesse. Léonor DE RECONDO n’a pas voulu faire du sensationnel ou du vulgaire, elle raconte un moment de vie qui bouscule nos idées reçues et nos convictions, et c’est en ça que son livre sonne juste et touche. Rien de grotesque ni de trash pour aborder ce sujet si « casse-gueule », elle est restée dans le vrai, l’authentique sans effet de style et c’est pour moi la force de ce roman.

    Car Laurent, on l’aime avec ses qualités, ses extravagances, ses doutes, ses peurs et ses démons, on le soutient, on s’insurge, on le comprend même si au début on a du mal à imaginer un tel scénario. Naître homme et vouloir devenir une femme, ça dérange, ça questionne...

    Léonor DE RECONDO a trouvé le bon angle pour écrire un roman sur le transgenre sans tomber dans le pathétique mais plutôt en accompagnant en douceur son lecteur à comprendre, à s’émouvoir et finalement à souhaiter que Laurent puisse assouvir son désir vital de devenir Lauren.

    POINT CARDINAL est un livre assez unique et poignant, à lire absolument !



    MYMY
    http://cousineslectures.canalblog.com/archives/2017/09/17/35682026.html

  • 0.25

    Comme elle l’a révélé récemment dans La Grande Librairie (France 5), le point de départ de ce roman, c’est un article de presse. Un entretien avec Caitlyn Jenner (ancien sportif de haut-niveau, et ex beau-père d’une certaine Kim K), qui est devenue femme, aujourd’hui pleinement épanouie.

    La première scène du livre pose les jalons de l’histoire. Elle nous permet de faire la connaissance de Mathilda, qui retourne à sa voiture, sur un parking de supermarché. Ses mains effeuillent doucement son visage, lequel était dissimulé sous une couche d’artifices et de maquillage. Et là, Mathilda redevient Laurent, ce père de famille ordinaire, attendu pour dîner par sa femme et ses enfants. Personne ne connaît son secret. Seule Cynthia, sa camarade du ZanziBar, qui est déjà passée par là, l’accompagne et le soutient face à ses questionnements intimes.

    On comprend rapidement l’enjeu du roman. Tout au long de l’histoire, l’auteure s’attache donc à donner un sens à la quête d’identité de Lauren(t). Elle explore aussi justement que possible les dimensions psychologique et physique qu’implique un changement de sexe. Ce qui pourrait être perçu comme une lubie ou une détresse passagère, comme le pensent certains de ses proches, apparaît comme pour Lauren(t) comme quelque chose d’inscrit au plus profond de son esprit et de sa chair. Le lecteur ne peut qu’être admiratif et ému devant une telle évidence.

    Cependant, on ne peut pas résumer Point Cardinal à un roman sur l’identité transgenre. C’est bien plus que cela. C’est avant tout un roman sur la réalisation et l’acceptation de soi. Sur la nécessité d’être en accord avec soi-même pour être pleinement vivant. Le personnage de Laurent en est la parfaite illustration. Mais bien plus que la transition personnelle du père de famille, le roman évoque aussi l’entourage, familier et professionnel. Bien que Laurent soit le point central de cette histoire, l’auteure n’en oublie pas pour autant de considérer ce que ressentent femme, enfants et collègues. Parce qu’il n’est pas de changement intérieur sans conséquence extérieure. Pas de transformation individuelle sans un bouleversement à plus grande échelle…

    Ce qu’il est aussi important de souligner, c’est la façon que Léonor de Recondo a d’évoquer le sujet de la transidentité dans ce qu’il a de plus profond et de plus intime. L’histoire se déroule sous nos yeux avec finesse et fluidité. L’écriture se veut respectueuse et élégante, la lecture est fluide. Le piège aurait été de tomber dans l’excès ou le pathos, mais il n’en est rien.

    En finalement peu de pages, ce roman réussit à bousculer les préjugés, à éveiller les consciences. C’est en tout cas l’effet que ce livre a eu sur moi, au-delà de l’émotion que j’ai ressenti en le lisant. Je ne peux maintenant plus que vous inciter à en faire de même… En espérant qu’il vous touche autant qu’il m’a touchée.

  • 0.25

    Léonor de Récondo appartient à un type d’auteurs dont le suivi, d’un roman à l’autre, nous comble .Commencé avec Rêves oubliés, belle chronique d’une famille de réfugiés républicains espagnols tentant de maintenir le souvenir de l’autre côté des Pyrénées, continué avec Pietra Viva, pertinente interrogation sur la place de l'artiste dans la Cité, et enfin Amours, décrivant les tourments et déchirements d’une femme bourgeoise en proie à des sentiments déviants, Léonor de Récondo continue ce parcours par Point cardinal ,son dernier roman .Cette romancière nous avait séduits par la précision de son écriture, son style dépouillé , la nuance dans l’élaboration des portraits et la restitution de la vie psychologiques des personnages.

    Autant dire d’emblée que nous retrouvons toutes ces qualités dans Point cardinal. Le décor c’est celui d’une petite ville, dans une région non située géographiquement .Laurent Duthillac est un bon père de famille, tout ce qu’on fait de plus classique en la matière. Il vit avec Solange, professeure des écoles, rencontrée dans l'adolescence et pour laquelle il éprouve depuis cette période, un vif amour .Ils ont deux enfants, Claire, âgée de treize ans, et Thomas, âgé de dix-neuf ans .Une famille on ne peut plus banale, un pur symbole du conservatisme social à ceci près que dès les premières lignes du roman, ce qui en rehausse immédiatement l’intérêt, Laurent se travestit dans un bar nommé le Zanzibar, où il y retrouve entre autres Cynthia, dans la même situation que lui . Cette situation pourrait durer, sans danger pour son couple et sa famille, mais lors d’un week-end prolongé durant lequel il se retrouve seul à la maison, il se travestit et laisse échapper par mégarde une mèche de cheveux blonds que son épouse découvre plus tard...
    Le grand mérite de Léonor de Récondo est d’éviter le côté graveleux, racoleur vers lequel ce genre de récit peut basculer .Nous assistons fort heureusement à une tout autre exposition .C’est un coup de projecteur sur la formation de l’identité sexuelle d’un être humain qui est proposé ici, une illustration des souffrances engendrées par le doute sur cette identité, puis la certitude d’appartenir psychologiquement et psychiquement à un autre sexe…Ainsi, Laurent avoue-t-il à sa famille qu’il est une femme .La description du plaisir compulsif que prend Laurent à aller acheter des vêtements de lingerie féminine est révélatrice : «Il en achète trois, papiers, boîtes, emballages superflus, jetés dans la première poubelle. Il s’enferme dans les toilettes, se déshabille fébrilement( …) enfile la soie, remonte lentement la culotte le long de ses jambes, la plaque contre son ventre .La vague de plaisir submerge tout son corps .Une extase qui le transportant cœur battant n au centre se sa chair, en son point cardinal, là où Mathilda pousse un cri. »
    D’autres passages du roman explicitent cette recherche d’une nouvelle identité sexuelle : des souvenirs d’enfance liés au caractère viril des sports d’équipe, la sensation de ne pas éprouver la « justesse du corps » Pourtant, Point cardinal est un témoignage sur le courage d’être soi, et pose la question de savoir jusqu’où peut aller la recherche d’une vérité personnelle. Dan s ce cas, cette démarche conduite Laurent, après consultation d’un psy, d’un médecin, après une confrontation avec ses collègues de travail sur sa nouvelle identité sexuelle, à devenir Lauren : « Et maintenant, Thomas et Claire qui jouent, se disputent, grandissent .Lauren les voit si clairement, dans les vagues, le jardin, sous le soleil, sous la pluie, chaque jour unique et changeant, chaque jour qui passe avec Mathilda, avec toutes celles du Zani .Lauren en pleine lumière. »

  • Lechoixdeslibraires.com

    Laurent est marié, père de deux grands ados. Quand Solange, son épouse et complice depuis le lycée, trouve un jour un long cheveu blond sur ses vêtements, c'est un véritable choc. Un choc qui n'est rien face à ce qu'elle découvrira peu après : que le cheveu blond est celui d'une perruque lorsque Laurent se transforme secrètement pour devenir Mathilda... Leonor de Récondo, avec talent et habileté, traite ici un sujet étonnant et risqué, celui de l'identité et du changement de sexe. Un roman absolument captivant, parfois dérangeant, qui ne peut laisser indifférent.

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