• 0.2

    Gabriel et sa soeur, Ana, vivent au Burundi avec leur père français et leur mère rwandaise qui a dû fuir son pays lorsqu’elle était très jeune. Ils mènent une vie privilégiée, entre le lycée français et leur belle maison entretenue par une flopée de domestiques.

    Gabriel a douze ans et pas d’autres soucis que quelques chamailleries avec ses copains de l’impasse dans laquelle il vit.

    Et, un jour, tout bascule.



    J’ai trouvé ce roman superbe. J’ai été bouleversée par les descriptions que l’auteur donne de la fin de l’enfance de son narrateur, sa volonté de rester accroché à la douceur de la naïveté quand ses amis ont déjà basculé dans la crudité de l’âge adulte et sa mère dans la douleur de la folie. La terreur que peut inspirer l’inéluctable, la vie quand on se trouve privé de ce qu’elle avait de plus précieux, d’essentiel.

    C’est un roman magnifique. Ni sur l’Afrique, ni sur la guerre mais sur la vie et la pudeur de ceux qu’elle n’épargne pas.

  • 0.2

    C'est le regard de l'innocence posé sur les conséquences d'un pays déchiré par la guerre raciale...Premier roman de l'auteur...on a envie de demander : "y a t-il une suite ?"

  • 0.2

    Le génocide est une marée noire, ceux qui n'y sont pas noyés sont mazoutés à vie ! »

    Ce roman est construit comme un crescendo littéraire. De cette insouciance de l’enfance passée dans un pays où règne l’harmonie familiale, le Burundi, on saisit tous les parfums. Avec Gabriel, on partage ce quotidien fait de petits bonheurs même si la vie n’est pas toujours simple et que les tensions conjugales l’assombrissent parfois. Au fil des chapitres, L’auteur nous fait ressentir l’infâme engrenage de la violence haineuse et ses manifestations de plus en plus palpables. La multiplication des événements inquiétants avec une surenchère des actions violentes viennent peu à peu impacter le monde protégé de Gabriel et sa perception du monde, modifiant son rapport aux autres, proches, amis, membres de la famille et parents. Le piège se referme. Le jeune métisse ne pourra pas échapper à l’horreur du génocide.
    Ce livre, émouvant, drôle, plein de fraîcheur et de spontanéité, devient peu à peu sombre, dense et tragique, particulièrement intense et déchirant dans les dernières pages et jusque dans ses dernières lignes.

  • 0.15

    Je suis partagé. Si c'était un témoignage sur la tragédie du Rwanda, des livres plus forts ont été écrits sur le sujet. S'il s'agissait d'un premier roman autobiographique, alors il en a tous les défauts (mièvrerie) et toutes les qualités (spontanéité). Tout change page 116, en fait, quand la guerre n'est plus une menace (qui plane dans les 115 pages précédentes) mais une réalité. Il y a des passages d'une grande profondeur. Il y a aussi des facilités de style comme cette tendance à transformer des expressions françaises en les accommodant à la sauce africaine ("haut comme trois mangues", "ennuyé comme des varans crevés"). Une déception car la langue africaine regorge d'expressions imagées, mais ce n'était pas l'objet du livre.

  • 0.25

    Gaël Faye nous offre là un livre poignant, touchant et doux à la fois. L'auteur a une écriture magnifique car très poétique. Cette histoire, qui fait quelque peu écho à la sienne, nous fait vibrer du début à la fin. Les personnages sont attachants et très bien travaillés. En bref foncez !

  • 0.25

    Ce livre très bien écrit nous fait découvrir , à travers les yeux d'un enfant de dix ans , la montée de la violence entre ces deux ethnies. Bien que connaissant (mal) les faits il nous interpelle et nous fait réfléchir sur la fragilité de l'équilibre d'un pays, même le plus paisible.
    J'ai adoré le style de cet auteur, je relirai certainement ce roman car malgré le drame qui se joue il dégage de la légèreté , de l'insouciante et beaucoup de poésie .

  • 0.2

    On m'en avait dit tant de bien qu'il fallait bien que je lise un jour ou l'autre et j'avoue n'avoir pas été déçue... Cependant ceux qui aiment les chansons de Gaël Faye ne doivent pas s'attendre à une langue aussi belle et ciselée, les phrases du roman, simples, se réduisent souvent à sujet-verbe-complément, ce qui se justifie complètement par la narration d'un enfant de dix ans. Cet enfant, Gabriel - on ne doit pas être loin de Gaël - nous raconte sa vie d'enfant privilégié au Burundi, sa bande et bien sûr de la guerre entre Hutus et Tutsis dans le pays voisin, le Rwanda. Sa mère est directement touchée par cette guerre aussi stupide qu'incompréhensible à ses yeux d'enfant. Il nous raconte les horreurs (cette scène du cheval à l'agonie battu à mort suivie de près par celle de l'homme dans le taxi, brûlé vif est insoutenable) de cette violence qui oblige à prendre parti pour l'un des deux camps alors que Gaby souhaiterait resté neutre et à l'écart. Il raconte aussi sa découverte de la lecture, exil volontaire celui-là et salutaire avant l'exil en France. Oui, un bon premier roman, avec probablement des passages autobiographiques.

  • 0.2

    "Le bonheur ne se voit que dans le rétroviseur" Une phrase magnifique parmi tant d'autres dans ce roman bouleversant. Gabriel, né de mère rwandaise qui a fui son pays, et de père européen, vit au Burundi avec ses parents et sa soeur Ana. Des années d'enfance insouciantes qui laissent place au destin tragique de ce pays, aux génocides rwandais et burundais. On suit avec horreur la montée en puissance des conflits. L'écriture de Gaël Faye nous relate sans détour l'évolution de la situation à travers les yeux de cet adolescent, jusqu'à son exil en Europe et son retour sur place des années après. Un premier roman très prometteur, à lire absolument.

  • 0.1

    http://contemplerlesvivants.blogspot.fr/2016/12/roman-des-etudiants-quatrieme-lecture.html

    "La guerre, sans qu'on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n'ai pas pu. J'étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais."


    Le narrateur du roman, Gaby, est un petit garçon d'une dizaine d'années. Né d'une mère Rwandaise (qui a fui son pays il y a bien longtemps) et d'un père Français, il vit au Burundi avec ses parents et sa petite sœur Ana. Les guerres civiles, les coups d'état, les ethnies, Gaby ignore ce que signifient tous ces termes : il fait partie des privilégiés, habite dans une grande maison, entouré de domestiques.
    Au loin, il entend les échos de la guerre au Rwanda, sans vraiment s'en préoccuper. Pourtant, il a connu son oncle Alphonse, frère de sa mère, un ingénieur qui lui a appris les mathématiques avant de s'engager pour le front et de se faire tuer au Rwanda. FPR, réfugiés, guerre, autant de mots que connaît Gaby sans vraiment leur donner de sens. Sa vie, à lui, c'est l'école française de Bujumbura, ses copains Armand, Gino et "les jumeaux", leurs retrouvailles dans un vieux Combi Volkswagen, sa correspondante française, Laure, dont il tombe secrètement amoureux.
    Le roman s'ouvre sur ce que l'enfant appelle "le début de la fin du bonheur" : il s'agit de la séparation de ses parents. Première fêlure dans une enfance heureuse, qui signe la fin de l'innocence pour Gaby.
    Mais ce n'est que le commencement de la "fin du bonheur" : pour la première fois, des élections ont lieu au Burundi, signant la fin du parti unique Uprona, et le peuple vote alors pour le Frodebu, grand rival de l'Uprona. Mais la victoire est de courte durée : quelque temps plus tard, un coup d'état met le pays à feu et à sang. C'est le début d'une période de guerre, des massacres font rage dans les villages. Dans la capitale naissent des phénomènes appelés "villes mortes" : certains jours, il est décrété une interdiction de sortir. Les forces de l'ordre se chargent de circuler dans la ville et de punir les récalcitrants à coups de pierre. L'ambiance entre les habitants change, et la cordialité se change en un mélange de peur et de haine ; la guerre des ethnies Hutu/Tutsi reprend.


    "J'ai beau retourner mes souvenirs dans tous les sens, je ne parviens pas à me rappeler clairement l'instant où nous avons décidé de ne plus nous contenter de partager le peu que nous avions et de cesser d'avoir confiance, de voir l'autre comme un danger, de créer une frontière invisible avec le monde extérieur en faisant de notre quartier une forteresse et de notre impasse un enclos.
    Je me demande encore quand, les copains et moi, nous avons commencé à avoir peur."


    Plus tard, à l'occasion d'une séjour au Rwanda avec sa mère, Gaby rencontre sa tante Eusébie et ses cousins. On célèbre le mariage de son oncle Pacifique, qui s'est lui aussi-engagé dans la résistance rwandaise et se retrouve à précipiter son mariage d'une part à cause de l'instabilité politique, d'autre part car sa compagne est enceinte.
    Gaby découvre alors pour la première fois la situation de ce pays : des militaires encadrent les rues, le racisme est omniprésent. Il est prévu que ses cousins et la femme de Pacifique viennent se réfugier au Burundi lors des vacances de Pâques. Seulement, la situation dans ce pays ne cesse de se dégrader, et la petite famille ne gagnera jamais le Burundi...

    Au Burundi, les amis de Gaby -ceux qui ne sont pas partis, à l'image des jumeaux qui ont regagné l'Europe- commencent à parler en terme de résistance, d'armes, d'ennemis. La situation politique échauffe leurs esprits, et ils se sentent investis de la mission de protéger leur impasse contre les Hutu.
    Gaby, qui ne se retrouve pas dans ces pensées belliqueuses, se tourne vers la littérature, qu'il découvre par hasard chez une vieille voisine grecque et qui va être la révélation de sa vie. Cependant, le monde autour de lui change, et Gaby, partagé entre sa loyauté envers ses amis et ses valeurs, va être amené à quitter définitivement les rivages de l'enfance, d'une façon particulièrement cruelle et tragique.


    "L'image de leur innocence, de toutes les innocences de ce monde qui se débattaient à marcher au bord des gouffres. Et j'avais pitié pour elles, pour moi, pour la pureté gâchée par la peur dévorante qui transforme tout en méchanceté, en haine, en mort."


    Ainsi, Petit pays nous emmène loin, dans ce pays d'Afrique que l'on connaît beaucoup moins bien que son voisin, le Rwanda.
    Les premiers chapitres nous plongent dans l'enfance heureuse, idéalisée, que vit le petit Gaby, et dont l'adulte (qui ouvre le roman) est toujours nostalgique.
    Gaby apparaît dès le début comme un personnage à la croisée entre plusieurs cultures (rwandaises, burundaise, française), qui a du mal à définir son identité. Petit pays se révèle ainsi très actuel dans la question du déracinement, de l'appartenance à un pays ou à une ethnie.
    Mais ce roman aborde principalement le thème de l'enfance et du passage à l'âge adulte. Plusieurs rites de passage, à l'image de l'épisode du vélo volé qui fait prendre conscience à Gaby de ses privilèges, semblent ainsi jalonner le roman et aider Gaby à grandir. Seulement, le coup d'Etat puis la guerre civile perturbent l'épanouissement des enfants en les forçant à grandir plus vite et à prendre les armes comme des adultes, se trouvant des ennemis sans bien comprendre les causes de cette bataille.
    Mais pour Gaby, le temps de la guerre est aussi celui de sa découverte de la culture et de son ouverture vers d'autres horizons. Le meilleur et le pire vont donc cohabiter en lui, comme les cultures s'y mélangent. L'adulte qu'il est ensuite devenu revient ainsi sur les pas de l'enfant, espérant pouvoir se rassembler.


    "Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j'ai compris que je l'étais de mon enfance. Ce qui me parait bien plus cruel encore. "


    Je n'avais entendu que du bien de Petit pays : que ce soit dans les médias ou sur les blogs, on ne tarissait pas d'éloge sur ce premier roman.
    Mais, est-ce l'effet de matraquage, ou de trop grands espoirs placés dans le livre ? J'ai été déçue. J'étais extrêmement impatiente de lire ce livre, et finalement, l'émotion ne m'a pas vraiment atteinte.
    L'histoire est touchante et enrichissante, mais je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages et à partir dans ce pays avec eux, malgré les descriptions de Gaël Faye.
    L'écriture à hauteur d'enfant ne m'a pas convaincue, malgré de beaux passages sur l'absurdité d'une telle guerre civile (je repense aux dialogues du début, lorsque l'enfant interroge son père sur les raisons de la guerre qui oppose Hutu et Tutsi et que celui-ci, à court de réponse, finit par avouer que les deux ethnies se font la guerre "parce qu'[elles] n'ont pas le même nez") ou le regard porté sur l'inaction des organismes mondiaux comme l'ONU.
    J'ai été plus sensible à la dernière partie du livre, lorsque la guerre débute vraiment au Burundi, et que les enfants apparaissent clairement comme les premières victimes, emportés dans un tourbillon de violence qui les dépasse.
    Cependant, je n'ai à aucun moment été transportée au point de ne plus lâcher le livre.
    Bien sûr, je reconnais les qualités de Petit pays et sa nécessité, et je suis contente qu'un premier roman si sincère reçoivent des prix, mais sans doute que j'attendais trop de cette lecture, et le charme n'a pas opéré !

  • 0.25

    Quelle stupidité cette notion de races humaines comme le prologue de "Petit pays" le démontre si simplement ! Encore bien vivace dans beaucoup de cerveaux, elle est cause de tant de souffrances, de haine, de massacres inutiles qu’il faudra bien un jour finir par s’en débarrasser.

    À sa manière et avec beaucoup de talent, Gaël Faye y contribue dans un premier roman fort réussi et justement récompensé par le Prix Goncourt des Lycéens. Gabriel est le narrateur d’une histoire qui emprunte beaucoup au vécu de l’auteur mais, comme il l’a précisé, ce n’est pas une autobiographie.
    Le retour au pays obsède Gabriel et il oppose le réel des images à la vérité. Ses souvenirs remontent et il raconte son père, petit Français du Jura accomplissant son service civil en Afrique et qui épouse Maman, si belle. « Aimer. Vivre. Rire. Exister. » Ils sont trop jeunes dans ce Burundi voisin du Rwanda, le pays de Maman, où, déjà, on se déchire.
    La visite chez Jacques, au Zaïre où ils font bombance, est éloquente avec les propos racistes qu’entendent Gabriel (10 ans) et sa sœur Ana (7 ans). Jacques affirme : « Je suis plus Zaïrois que les nègres » et affuble Évariste, son cuisinier de noms de singes…
    Les épisodes se succèdent avec le vol de son vélo tout neuf et cet égoïsme que Gaby regrette… trop tard. Le chapitre sur les jumeaux revenant de chez leur grand-mère, à la campagne où ils ont été circoncis par surprise fait sourire contrairement au comportement de son père qui, après avoir payé les soins de Prothé, son cuisinier, retient l’argent sur ses prochains salaires…
    À l’école française de Bujumbura, Gabriel correspond avec Laure, en France, et ses lettres sont justes et émouvantes. Les liens avec la famille maternelle restée au Rwanda sont maintenus. Hélas, la guerre y fait rage. Gaby et ses copains ne peuvent ignorer ce qui se passe même s’ils adorent chiper les mangues des voisins.
    Le 1er juin 1993, les Burundais votent pour la première fois et donnent la victoire au Frodebu, victoire que l’armée et l’ancien président semblent accepter. L’embellie ne dure pas : « Nous ne le savions pas encore mais l’heure du brasier venait de sonner, la nuit allait lâcher sa horde de hyènes et de lycaons. »
    Le nouveau président est assassiné et la folie meurtrière est lancée. Au Rwanda où il se rend en famille pour un mariage, les massacres à venir sont annoncés par Radio 106 FM lorsque l’animateur déclare : « Les cafards doivent périr. » Un barrage militaire ajoute une tension extrême. Sa mère, dotée d’un passeport français, se fait traiter de « femelle serpent ! » et on lui demande de saluer bien bas « notre ami tonton Mitterrand ! »
    Après l’accident d’avion tuant les présidents rwandais et burundais, tante Eusébie raconte : « Partout dans le pays, les Tutsi étaient systématiquement et méthodiquement massacrés, liquidés, éliminés. » L’auteur ajoute : « Chaque jour, la liste des morts s’allonge, le Rwanda était devenu un immense terrain de chasse dans lequel le Tutsi était le gibier. » La mère de Gabriel voyait disparaître son peuple et ne pouvait rien faire…

    Décrivant le comportement de ses copains, Gaby montre comment l’engrenage de la violence gagne chaque jour jusqu’au moment où il faut tout laisser pour ne revenir que vingt ans plus tard dans un pays où tant de blessures ne peuvent se refermer et Gaby confie : « Je tangue entre deux rives… »

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