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Ne t'arrête pas de courir

Couverture du livre « Ne t'arrête pas de courir » de Mathieu Palain aux éditions L'iconoclaste
Résumé:

"Je voulais qu'il change. Qu'il s'en sorte. Qu'il arrête de voler et qu'il devienne champion olympique. Je rêvais. Je refusais de voir une réalité que pourtant il ne me cachait pas".
De chaque côté du parloir de la prison, deux hommes se dévoilent. L'un, Mathieu Palain, est devenu journaliste... Voir plus

"Je voulais qu'il change. Qu'il s'en sorte. Qu'il arrête de voler et qu'il devienne champion olympique. Je rêvais. Je refusais de voir une réalité que pourtant il ne me cachait pas".
De chaque côté du parloir de la prison, deux hommes se dévoilent. L'un, Mathieu Palain, est devenu journaliste et écrivain alors qu'il se rêvait footballeur. L'autre, Toumany Coulibaly, cinquième d'une famille de dix-huit enfants, est un athlète hors normes et un braqueur de pharmacies. Champion le jour, voyou la nuit : il y a une "énigme Coulibaly" que Mathieu Palain tente d'éclaircir autant qu'il s'interroge sur lui-même.
"L'enfermement, l'amitié et la délinquance, pourquoi certains s'en sortent et d'autres pas. J'ai longtemps tourné autour de ces obsessions. Et puis j'ai rencontré Toumany."

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Avis (27)

  • Parce qu’il a y a une dizaine d’année, il a rencontré aux États-Unis Dewey Bozella, un afro-américain condamné pour un meurtre qu’il n’a pas commis mais qui lui a coûté vingt-six ans de sa liberté, parce qu’une jeune fille qu’il a connu enfant devenue activiste de l’ETA a été incarcérée pour...
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    Parce qu’il a y a une dizaine d’année, il a rencontré aux États-Unis Dewey Bozella, un afro-américain condamné pour un meurtre qu’il n’a pas commis mais qui lui a coûté vingt-six ans de sa liberté, parce qu’une jeune fille qu’il a connu enfant devenue activiste de l’ETA a été incarcérée pour terrorisme, parce que son père était éducateur de la PJJ, Mathieu Palain s’est intéressé très tôt à l’environnement carcéral. Alors, quand il a lu dans la presse que l’athlète Toumany Coulibaly qui a son âge, qui a grandi quasi au même endroit que lui, qui a été champion de France du 400 m en salle en 2015, purgeait une peine pour cambriolages, Mathieu Palain a voulu en savoir plus. Il a donc écrit au champion. Un an après, ce dernier lui a répondu. S’en est suivi deux ans de parloir. Deux années au cours desquelles ils ont parlé à cœur ouvert.

    Ne t’arrête pas de courir est le fruit de vingt-quatre mois d’échanges et de l’enquête qu’a menée l’auteur afin de tenter d’éclaircir pourquoi un sprinter courrait le jour, volait la nuit, doublé d’une réflexion sur l’enfermement. L’idée que des juges puissent encore voir la prison comme une solution le révolte. Au-delà du cas Coulibaly, il s’interroge sur ce qui fait que certains s’en sortent d’autres pas.

    Ne t’arrête pas de courir est un livre passionnant à plus d’un titre. Il apporte un éclairage sur la personnalité de Toumany Coulibaly, ce champion d’athlétisme d’origine malienne, cinquième d’une fratrie de dix-huit enfants, au père absent, aux deux mères toujours en couche. Coulibaly a commis son premier vol alors qu’il n’avait que six ans. Il reconnaît être insaisissable. Il veut tellement plaire aux autres, exister, qu’il ne sait pas dire non, même s’il sait que ça va le mettre dans des histoires. Il est faible Coulibaly. Il a des pulsions incontrôlables. Il vole des téléphones, braque des pharmacies. Comme il n’aime pas la violence, qu’il ne se bat pas, il n’a pas basculé dans le grand banditisme. Mais il a le vol compulsif. Dès qu’il quitte la piste de course, il part voler. C’est plus fort que lui. Multirécidiviste, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Ni son séjour au Mali, ni sa femme, ni la naissance de ses enfants, ni le sport à haut niveau. Reste la prison. Après avoir effectué un travail sur lui et bénéficié d’un suivi psychologique, Coulibaly en est certain, il veut maintenant s’en sortir. Il veut se réinsérer, trouver un emploi de comptable, devenir un bon père de famille et après, s’il le peut encore, courir.

    Mathieu Palain l’écrit, « Il ne faut jamais s’arrêter de courir. C’est au bout du chemin qu’on trouve la liberté ». Celui de Toumany Coulibaly a commencé le mardi 16 février 2021. Ne t’arrête pas courir, cours Coulibaly, cours !

    Le second livre de Mathieu Palain est un document très éclairant, passionnant et surtout qui donne de l’espoir.

    https://the-fab-blog.blogspot.com/2022/03/mon-avis-sur-ne-tarrete-pas-de-courir.html

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  • Qui est Toumany Coulibaly ? Vous connaissez peut-être ce nom, au moins ce qu'on a pu en lire dans les journaux, entre deux faits divers. C'est ainsi que Mathieu Palain découvre son histoire, alors qu'il parcourt la presse quotidienne : « le 22 février 2015, quelques heures après avoir remporté...
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    Qui est Toumany Coulibaly ? Vous connaissez peut-être ce nom, au moins ce qu'on a pu en lire dans les journaux, entre deux faits divers. C'est ainsi que Mathieu Palain découvre son histoire, alors qu'il parcourt la presse quotidienne : « le 22 février 2015, quelques heures après avoir remporté le titre de champion de France du 400 m, Toumany Coulibaly ne sabre pas le champagne [...] il pose sa médaille sur la table de la cuisine, attrape une cagoule et rejoins quatre complices pour cambrioler une boutique de téléphones portables »
    Etrangement touché par cette histoire, Mathieu Palain qui n'a que 6 mois d'écart avec Coulibaly, qui a grandi dans le même coin de banlieue, décide de lui écrire une lettre, à Fresnes. Coulibaly est en prison pour différentes affaires, et il pourrait y rester jusqu'en 2023.
    Naît alors une amitié spontanée et sincère, entre l'athlète-braqueur et le journaliste, des entretiens, des SMS, des visites au parloir. Palain nous raconte sans jugement Coulibaly, son enfance, son talent incroyable pour la compétition, les gens qui croient en lui, ceux qu'il a déçus, le gâchis de sa carrière, ses récidives incompréhensibles. Toumany, lui, continue à courir, à s'entraîner à la dure, dans les couloirs bondés de Fresnes, et le lecteur est partagé entre la compassion et l'envie de le secouer, et puis l'espoir d'une vie meilleure, bientôt.

    Mais le texte devient passionnant quand, à partir de ce récit de vie brûlée, le journaliste cherche à comprendre ce qui résonne en lui, le bouscule et l'interpelle. Il y déploie également une réflexion intéressante sur la justice, sur les prisons et la détention, la vie dedans, l'après, dehors. Un document plein d'humanité et de révolte, dans lequel Palain touche à l'intime avec élégance. Et il me donne envie de découvrir le premier texte de l'auteur "Sale gosse".

    « Il ne faut jamais s'arrêter de courir. C'est au bout du chemin que l'on trouve la liberté. »

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  • Je dois être restée un peu adolescente car fascinée par les bad boys mais celui-ci a
    une valeur très particulière.
    D’abord le titre qui donne tout de suite le temps, on a presque envie de lire ce roman
    à voix haute du début à la fin, de zapper la ponctuation et de se laisser glisser dans la...
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    Je dois être restée un peu adolescente car fascinée par les bad boys mais celui-ci a
    une valeur très particulière.
    D’abord le titre qui donne tout de suite le temps, on a presque envie de lire ce roman
    à voix haute du début à la fin, de zapper la ponctuation et de se laisser glisser dans la
    vie et dans la parlure de Mathieu Palain. « Ne t’arrête pas de courir » résonne comme
    un mantra, un moyen d’avoir de l’emprise sur sa vie à quand une on a une vie qui ne
    cesse d’empirer. Toumany Coulibaly, va donc donner à l’auteur des leçons de vie à
    travers le parloir, pourquoi lui et pas nous ? Quelles fées doivent se pencher au-dessus
    d’un berceau pour se faire un nom loin des rubriques de faits divers ? Un second
    roman qui donne clairement envie de lire le 3ème opus très vite

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  • Ce livre est l’histoire d’une rencontre, entre deux hommes, d’une même génération, provenant d’un même lieu de naissance et de vie, une banlieue parisienne. Mathieu Palain est journaliste et vient de faire une enquête sociale sur le monde de la prison et souhaite rencontrer Toumany Coulibaly....
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    Ce livre est l’histoire d’une rencontre, entre deux hommes, d’une même génération, provenant d’un même lieu de naissance et de vie, une banlieue parisienne. Mathieu Palain est journaliste et vient de faire une enquête sociale sur le monde de la prison et souhaite rencontrer Toumany Coulibaly. Celui-ci est en prison, après avoir commis plusieurs vols mais il est surtout un ancien champion français d’athlétisme. Le jour, il est médaillé d’or du 400 mètres et le soir, il braque des boutiques de téléphonie et/ou des pharmacies.
    Mathieu Palain, un an après lui avoir écrit pour le rencontrer, va pendant plusieurs semaines aller au parloir rencontrer Toumany et il va mener une sorte d’enquête, en rencontrant des proches du jeune homme.
    Ce livre parle très bien du milieu judiciaire, pénitentiaire et sportif (entraînement, stages). Il y a de l’empathie entre les deux hommes et Mathieu Palain va essayer de comprendre et d’aider ce jeune sportif.
    L’auteur va aussi nous parler de son enquête et de ses enquêtes et pourquoi il s’intéresse ainsi à ce milieu de la prison, d’ailleurs un ami lui demande « quand lui va finir en prison !! » Il a un rapport quasi intime, personnel, familial car une amie de sa famille, Lorentza, a été incarcérée. Cette jeune femme avec qui il passait des vacances d’été, au Pays basque, a eu une longue peine pour terrorisme basque. Elle va aussi faire une demande pour pouvoir devenir mère même si elle a beaucoup d’années de peine.
    En tant que free lance, il va aussi mener une enquête aux Etats Unis et rencontrer un prisonnier noir qui avait clamé son innocence pendant des années, avant d’être enfin libéré et qui mène une vie paisible en banlieue new yorkaise. Il a été aussi en immersion dans l’hôpital pénitentiaire de Fresne, faire des rencontres de personnel de prison (un portrait touchant d’un prisonnier border line et de sa directrice de prison, un peu punk) et il va s’interroger sur la vie d’après, la vie après des mois ou des années derrière les barreaux.

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  • Écriture sans reproche, motivation clairement ressentie, lecture fluide, le récit de Mathieu Palain est agréable à parcourir.
    Par contre, une fois la dernière page tournée, je me pose la question du thème.

    Est-ce le sport de haut niveau, la vie en prison, la délinquance originaire, le...
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    Écriture sans reproche, motivation clairement ressentie, lecture fluide, le récit de Mathieu Palain est agréable à parcourir.
    Par contre, une fois la dernière page tournée, je me pose la question du thème.

    Est-ce le sport de haut niveau, la vie en prison, la délinquance originaire, le travail du journaliste, le vol pathologique ? C’est en fait tout cela en même temps, et si chaque sujet est traité avec sincérité et clarté, il m’a manqué une colonne vertébrale, un centre d’interêt plus clairement identifié pour apprécier pleinement ces lignes.

    Rien de nouveau sur la vie en prison, ni sur la difficulté du quotidien dans les cités cosmopolites de la périphérie parisienne.

    Retiendrai- je les temps records du 400 mètres ? Pas sûr.

    Reste la personnalité du personnage central, à la fois héros et mis au ban, qui a mis à mal ses dons exceptionnels et, malgré les multiples avertissements puis les sanctions sévères, les infractions se succèdent, au gré de pulsions incontrôlables.

    Il est aussi intéressant de constater qu’au delà du livre à écrire, il semble s’être noué une amitié sincère avec une sorte de fascination de la part de l’auteur, à la fois pour les performances sportives et le terrain pathologique de Toumany Coulibaly.

    Les enquêtes journalistiques se déclinent en littérature avec cette propension à mêler la vie personnelle de l’écrivain au récit proprement dit. Jaenada a ouvert la voie. Il faut cependant être vigilant pour ne pas s’y perdre.

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  • En rencontrant Toumamy Coulibaly, en tentant de le comprendre, Mathieu Palain s’est lancé dans une aventure risquée mais ô combien passionnante et enrichissante !
    Très instructif aussi, N’arrête pas de courir débute avec le premier parloir entre Mathieu Palain, journaliste, et Toumamy...
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    En rencontrant Toumamy Coulibaly, en tentant de le comprendre, Mathieu Palain s’est lancé dans une aventure risquée mais ô combien passionnante et enrichissante !
    Très instructif aussi, N’arrête pas de courir débute avec le premier parloir entre Mathieu Palain, journaliste, et Toumamy Coulibaly, Champion de France du 400 mètres mais voleur multirécidiviste. Ils ont le même âge et ont grandi dans la même banlieue, au sud de Paris.
    Débute alors une série de rencontres durant lesquelles Coulibaly se livre de plus en plus, exprime ses doutes, ses souffrances. Après avoir subi la surpopulation abominable de la maison d’arrêt, il est maintenant dans le centre de détention de Réau (Seine-et-Marne).
    Sportif très doué pour courir le 400 mètres, une des courses les plus pénibles de l’athlétisme, un sport qui ne nourrit pas son homme, Coulibaly parle du Mali d’où vient sa famille, pays où il passe plusieurs années dans un village loin de Bamako. Si son père l’a envoyé au Mali rejoindre sa mère alors que celui-ci vide les poubelles à Paris, c’est parce que Toumamy, né le 6 janvier 1988, a déjà fait plusieurs bêtises.
    Élève du CM1, il a volé la gameboy d’un camarade puis continue dans les magasins, pour l’adrénaline, sans en tirer profit. Déjà, à cet âge-là, il connaît sa première garde à vue de quatre heures.
    Quand il revient en France, en 2004, il a 16 ans et s’intéresse aux filles. Trois ans plus tard, il rencontre Rita qui lui donnera trois enfants et ne l’a jamais abandonné malgré les vols, les cambriolages perpétrés par cet homme qui ne sait pas dire non lorsqu’on le sollicite pour un mauvais coup.
    Construit en trois grands mouvements, le récit s’éloigne parfois de son principal sujet. Mathieu Palain fait part de ses expériences souvent en lien avec le milieu carcéral. Quand il évoque Lorentxa Beyrie, militante basque incarcérée depuis des années, lui reviennent en mémoire ses vacances au Pays Basque. C’est sûrement à partir de là que l’auteur a commencé à s’intéresser aux personnes détenues. Il enquête sur la plus grande prison pour femmes à Rennes. Il part aux États-Unis pour rencontrer Dewey Bozelli, libéré de Sing Sing après vingt-six ans d’incarcération pour un crime qu’il n’a pas commis. Mathieu Palain va aussi à la rencontre des violeurs et pédophiles soignés dans l’hôpital pénitentiaire de Fresnes puis a connu aussi beaucoup d’autres lieux de privation de liberté, tout cela complété par une participation à des groupes de paroles et même une ascension du Mont Blanc avec deux hommes en détention à Bourg-en-Bresse qui n’avaient pas vu un arbre depuis deux ans.
    L’intérêt de la lecture de N’arrête pas de courir ne décroît jamais car Mathieu Palain écrit de façon vivante et variée, n’abusant pas des dialogues, incluant même les courriers de Toumamy Coulibaly alors que ses permis de visite ont été suspendues.
    En effet, plusieurs psychologues le mettent en garde, lui disant de « penser à se protéger » et obtiennent de la direction du Centre de détention cette suspension qui n’altère pas la relation entre ces deux hommes du même âge, sportifs tous les deux.
    Si la fin du livre est ouverte, elle permet à Toumamy d’apporter des explications, tentatives de compréhension pour ces vols sans cesse recommencés comme au soir de son titre de Champion de France 2015 du 400 m, en salle. Dans la violence du système carcéral, Toumamy Coulibaly a tenté d’y voir plus clair, de se comprendre lui-même pour que son retour à la vie normale soit réussi. Rita, ses trois enfants et lui-même le méritent bien.
    Quelle belle fin avec le texte de la chanson de Lluis Llach : Voyage à Itaque : « Bon voyage aux guerriers, pourvu que les dieux des vents leur soient favorables, que leurs filets se remplissent de lumière, d’aventure et de connaissance », poème envoyé par Lorentxa.
    N’arrête pas de courir, de Mathieu Palain, fait partie des huit livres en lice pour le Prix des Lecteurs des 2 Rives 2022.

    Chronique illustrée à retrouver sur : https://notre-jardin-des-livres.over-blog.com/

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  • Mathieu Palain et Toumany Coulibaly sont nés la même année, en 1988, à six mois d'écart et ont grandi tous deux dans la même banlieue, au sud de Paris.
    Le premier est devenu journaliste, avec comme univers de prédilection, la prison, et écrivain alors qu'il rêvait d'être footballeur. Quant à...
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    Mathieu Palain et Toumany Coulibaly sont nés la même année, en 1988, à six mois d'écart et ont grandi tous deux dans la même banlieue, au sud de Paris.
    Le premier est devenu journaliste, avec comme univers de prédilection, la prison, et écrivain alors qu'il rêvait d'être footballeur. Quant à Toumany Coulibaly, Malien d'origine, cinquième d'une famille de dix-huit enfants, il est un athlète hors-normes et un voleur multirécidiviste.
    Quand Mathieu Palain tombe sur un article qui traite de cet athlète sacré champion de France du 400 mètres qui a choisi de gâcher son talent et sa vie et qui comparaît à nouveau devant le tribunal correctionnel d'Evry pour une tentative de cambriolage alors qu'il est actuellement en détention pour des faits similaires, il est aussitôt intéressé, ignorant si c'est le fait que ça parlait de sport ou de ce coin de l'Essonne où il avait grandi. Toujours est-il que, bien que Toumany Coulibaly ait exprimé clairement son désir de ne plus avoir affaire à des journalistes, il décide tout de même de lui écrire à Fresnes, lui disant son désir de le rencontrer. Ce n'est qu'un an plus tard qu'il aura une réponse, depuis le centre de détention de Réau où l'athlète a été transféré. Mathieu Palain fait sa demande de parloir avec l'accord de Toumany et le bouquin démarre d'ailleurs avec la description détaillée de ce premier parloir. le courant passe bien et l'auteur qui a du coup plein de questions a envie de revenir et il revient bientôt chaque semaine, pendant deux ans. Une amitié naît et chacun va parler à coeur ouvert et se dévoiler.
    Il ressort de ces entretiens, un portrait absolument saisissant et bouleversant de cet homme surdoué dont l'existence aurait pu être toute autre. Difficile de ne pas être sensible à cet aveu de Toumany lorsqu'il pense que sa carrière de voleur débute quand la première fois de sa vie, il a eu honte pour sa mère suite à une réflexion d'un client dans un magasin, il n'avait alors que quatre ou cinq ans.
    Il va ainsi dérouler le fil de sa vie et tout au long du récit, tout comme Mathieu Palain, et comme ses entraîneurs successifs, j'ai été prise d'empathie pour ce gars qui ne peut s'empêcher, même après son admirable prestation lui rapportant le titre de champion de France de France du 400 mètres en salle, en 2015 sans effort apparent, de partir quelques heures plus tard avec des complices cambrioler une boutique de téléphones portables, après avoir déposé sa médaille sur la table. J'ai ressenti également de l'admiration pour sa persévérance à se maintenir à un certain niveau pendant son incarcération et sa faculté à s'adapter aux conditions pour le moins non adéquates à ce genre d'entraînement.
    Quel est cet appel impérieux qui le pousse à agir ainsi ? C'est ce que Mathieu Palain essaie de décrypter. Pour sa part, Toumany Coulibaly a, à un moment, affirmé : « Tu sais, Anne, c'est compliqué de te dire ça, mais j'ai plus d'adrénaline quand les flics me courent après qu'en remportant un 400 mètres. »
    Certes, comme nous lecteurs, l'auteur voudrait que Toumany change, qu'il s'en sorte et qu'il devienne champion olympique mais la réalité est autre, comment résister à cette pulsion irrésistible qui affecte notre athlète ?
    Tout en essayant de résoudre cette énigme, Mathieu Palain, en journaliste scrupuleux va s'interroger lui-même et tenter de déchiffrer ses propres obsessions et nous les confier. Et ainsi, deux récits de vie finissent par s'entrecroiser.
    L'aspect sportif est vraiment réjouissant au contraire de l'aspect judiciaire particulièrement déprimant.
    T. Coulibaly continue à s'entraîner et à courir dans les cours de promenade de ses lieux de détention, pour garder son niveau, avec l'espoir de reprendre à sa sortie si la Fédération le veut bien et rien n'est moins sûr. M. Palain, également, se met à courir lui aussi, et ils s'affronteront même, amicalement, lors d'une permission.
    Cette enquête journalistique romancée offre un récit particulièrement vibrant et fort, absolument prenant qui rend compte des visites en parloir, de la réalité du monde carcéral avec les effets délétères de l'enfermement prolongé et le processus de désocialisation puis de déshumanisation qui se met alors en place, mais c'est également un récit plein d'humanisme.
    Nul besoin d'être féru d'athlétisme pour apprécier et être emporté dans ce roman psychologique tout autant captivant que percutant : un vrai coup de coeur !
    Tout en abordant la complexité de la vie et la cruauté du sport de haut niveau, Ne t'arrête pas de courir, en lice pour Prix des Lecteurs des 2 Rives 2022, est une profonde réflexion sur la délinquance, l'enfermement, la récidive et la prison, faisant dire à l'auteur : « Seuls les idéologues et ceux qui n'y ont jamais été confrontés peuvent croire ou dire – au fond quelle différence – que la justice est la même pour tout le monde ».

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  • Mathieu Palain et Toumany Coulibaly sont nés la même année, en 1988, à six mois d’écart et ont grandi tous deux dans la même banlieue, au sud de Paris.
    Le premier est devenu journaliste, avec comme univers de prédilection, la prison, et écrivain alors qu’il rêvait d’être footballeur. Quant à...
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    Mathieu Palain et Toumany Coulibaly sont nés la même année, en 1988, à six mois d’écart et ont grandi tous deux dans la même banlieue, au sud de Paris.
    Le premier est devenu journaliste, avec comme univers de prédilection, la prison, et écrivain alors qu’il rêvait d’être footballeur. Quant à Toumany Coulibaly, Malien d’origine, cinquième d’une famille de dix-huit enfants, il est un athlète hors-normes et un voleur multirécidiviste.
    Quand Mathieu Palain tombe sur un article qui traite de cet athlète sacré champion de France du 400 mètres qui a choisi de gâcher son talent et sa vie et qui comparaît à nouveau devant le tribunal correctionnel d’Evry pour une tentative de cambriolage alors qu’il est actuellement en détention pour des faits similaires, il est aussitôt intéressé, ignorant si c’est le fait que ça parlait de sport ou de ce coin de l’Essonne où il avait grandi. Toujours est-il que, bien que Toumany Coulibaly ait exprimé clairement son désir de ne plus avoir affaire à des journalistes, il décide tout de même de lui écrire à Fresnes, lui disant son désir de le rencontrer. Ce n’est qu’un an plus tard qu’il aura une réponse, depuis le centre de détention de Réau où l’athlète a été transféré. Mathieu Palain fait sa demande de parloir avec l’accord de Toumany et le bouquin démarre d’ailleurs avec la description détaillée de ce premier parloir. Le courant passe bien et l’auteur qui a du coup plein de questions a envie de revenir et il revient bientôt chaque semaine, pendant deux ans. Une amitié naît et chacun va parler à cœur ouvert et se dévoiler.
    Il ressort de ces entretiens, un portrait absolument saisissant et bouleversant de cet homme surdoué dont l’existence aurait pu être toute autre. Difficile de ne pas être sensible à cet aveu de Toumany lorsqu’il pense que sa carrière de voleur débute quand la première fois de sa vie, il a eu honte pour sa mère suite à une réflexion d’un client dans un magasin, il n’avait alors que quatre ou cinq ans.
    Il va ainsi dérouler le fil de sa vie et tout au long du récit, tout comme Mathieu Palain, et comme ses entraîneurs successifs, j’ai été prise d’empathie pour ce gars qui ne peut s’empêcher, même après son admirable prestation lui rapportant le titre de champion de France de France du 400 mètres en salle, en 2015 sans effort apparent, de partir quelques heures plus tard avec des complices cambrioler une boutique de téléphones portables, après avoir déposé sa médaille sur la table. J’ai ressenti également de l’admiration pour sa persévérance à se maintenir à un certain niveau pendant son incarcération et sa faculté à s’adapter aux conditions pour le moins non adéquates à ce genre d’entraînement.
    Quel est cet appel impérieux qui le pousse à agir ainsi ? C’est ce que Mathieu Palain essaie de décrypter. Pour sa part, Toumany Coulibaly a, à un moment, affirmé : « Tu sais, Anne, c’est compliqué de te dire ça, mais j’ai plus d’adrénaline quand les flics me courent après qu’en remportant un 400 mètres. »
    Certes, comme nous lecteurs, l’auteur voudrait que Toumany change, qu’il s’en sorte et qu’il devienne champion olympique mais la réalité est autre, comment résister à cette pulsion irrésistible qui affecte notre athlète ?
    Tout en essayant de résoudre cette énigme, Mathieu Palain, en journaliste scrupuleux va s’interroger lui-même et tenter de déchiffrer ses propres obsessions et nous les confier. Et ainsi, deux récits de vie finissent par s’entrecroiser.
    L’aspect sportif est vraiment réjouissant au contraire de l’aspect judiciaire particulièrement déprimant.
    T. Coulibaly continue à s’entraîner et à courir dans les cours de promenade de ses lieux de détention, pour garder son niveau, avec l’espoir de reprendre à sa sortie si la Fédération le veut bien et rien n’est moins sûr. M. Palain, également, se met à courir lui aussi, et ils s’affronteront même, amicalement, lors d’une permission.
    Cette enquête journalistique romancée offre un récit particulièrement vibrant et fort, absolument prenant qui rend compte des visites en parloir, de la réalité du monde carcéral avec les effets délétères de l’enfermement prolongé et le processus de désocialisation puis de déshumanisation qui se met alors en place, mais c’est également un récit plein d’humanisme.
    Nul besoin d’être féru d’athlétisme pour apprécier et être emporté dans ce roman psychologique tout autant captivant que percutant : un vrai coup de cœur !
    Tout en abordant la complexité de la vie et la cruauté du sport de haut niveau, Ne t’arrête pas de courir, en lice pour Prix des Lecteurs des 2 Rives 2022, est une profonde réflexion sur la délinquance, l’enfermement, la récidive et la prison, faisant dire à l’auteur : « Seuls les idéologues et ceux qui n’y ont jamais été confrontés peuvent croire ou dire – au fond quelle différence – que la justice est la même pour tout le monde ».
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