Murène

Couverture du livre « Murène » de Valentine Goby aux éditions Actes Sud
  • Date de parution :
  • Editeur : Actes Sud
  • EAN : 9782330125363
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Hiver 56, François a 22 ans quand un accident le prive de ses bras. Bien au-delà de l'effroi, ce livre puissant raconte le combat de ce garçon, sa force et ses difficultés pour réintégrer non pas sa vie, mais une autre vie. Jusqu'au jour où, par-delà la vitre d'un aquarium, une murène lui... Voir plus

Hiver 56, François a 22 ans quand un accident le prive de ses bras. Bien au-delà de l'effroi, ce livre puissant raconte le combat de ce garçon, sa force et ses difficultés pour réintégrer non pas sa vie, mais une autre vie. Jusqu'au jour où, par-delà la vitre d'un aquarium, une murène lui réinvente un avenir et va lui ouvrir les portes d'une aventure singulière : les balbutiements du handisport.  

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Avis (29)

  • Drôle de titre, intriguant mais pas très porteur… C’est la note moyenne de ce roman sur Babelio qui m’a décidée… Et bien m’en a pris !
    Un vrai coup de cœur littéraire… Je ne me rappelle pas avoir lu d’aussi belles lignes depuis bien longtemps. Et sur un sujet difficile et tellement hors de...
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    Drôle de titre, intriguant mais pas très porteur… C’est la note moyenne de ce roman sur Babelio qui m’a décidée… Et bien m’en a pris !
    Un vrai coup de cœur littéraire… Je ne me rappelle pas avoir lu d’aussi belles lignes depuis bien longtemps. Et sur un sujet difficile et tellement hors de notre quotidien : Le handicap. Le handicap quand on est valide, c’est comme la maladie quand on est en pleine forme, le deuil quand on n’est pas concerné… C’est un concept lointain avec des implications dont on ne soupçonne rien. Les représentations de l’esprit sont probablement conditionnées au ressenti physique et si le corps n’a pas vécu l’expérience, il reste étranger en partie à la souffrance extérieure à lui. C’est d’ailleurs peut-être une forme de protection instinctive, expression du réflexe de conservation.
    C’est pourquoi l’empathie est bien souvent occasionnelle et nécessite une forme de disponibilité à l’autre bien rare dans le genre humain qui éprouvera plutôt le soulagement pour lui-même ou la pitié, et la condescendance.
    Avec Murène, on vit la bascule, de valide à invalide, de la vie à la presque mort, de l’insouciance au désespoir… Le talent de l’auteur pour embarquer le lecteur et le plonger dans ce cauchemar est époustouflant ! C’est presque une expérience extrême. Là pour moi, il y a une sacrée plume, violente, intense, métaphorique, fulgurante, qui laisse le lecteur épuisé, presque exsangue.

    Lorsqu’on sortira de l’hôpital avec François, il y aura de longs chapitres, extrêmement difficiles mais littérairement très réussis, qui contribueront à rendre compte avec une acuité remarquable de ce que peut devenir une vie après la bascule. La multitude des gestes du quotidien qu’on exécute sans même y penser et qu’il va falloir reconquérir, un à un, au prix d’ajustements, de solutions bricolées, d’humiliations, de perte d’estime de soi, de béquilles plus ou moins tolérables…
    Cette longue première partie m’a littéralement impressionnée.

    La tension du roman va malheureusement retomber dans son dernier tiers.

    Le récit de la découverte du handisport et de ses différentes implications, de son évolution technique et administrative, de sa reconnaissance par le grand public, les premières compétitions, les premiers JO, les exploits et les performances des « fauteuils » ou des « amputés » m’ont clairement beaucoup moins passionnée. Ces pages m’ayant davantage fait l’impression d’une lecture documentaire, en soit tout à fait intéressante, mais d’où le héros du roman « Murène » s’estompait, au profit de personnages du handisport moins porteurs.

    C’est pourquoi je pondère les 5 étoiles largement méritées pour les deux premiers tiers du récit en seulement 4 au moment de le refermer. Mais ce roman est pour moi, un des meilleurs que l’ai lu cette année (et je lis beaucoup) et j’en recommande vivement la lecture!

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  • Février 1956, un hiver sibérien sévit à Paris. François Sandre, un grand et beau jeune homme de vingt-deux ans a la vie devant lui. Il vient de rencontrer Nine et ne rêve qu'à la serrer dans ses bras. Il rejoint ce jour-là, Porte de Clichy, Toto, un camionneur qui doit le conduire dans une...
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    Février 1956, un hiver sibérien sévit à Paris. François Sandre, un grand et beau jeune homme de vingt-deux ans a la vie devant lui. Il vient de rencontrer Nine et ne rêve qu'à la serrer dans ses bras. Il rejoint ce jour-là, Porte de Clichy, Toto, un camionneur qui doit le conduire dans une scierie près de Charleville-Mézières, dans les Ardennes, pour aider Georges, un cousin. Mais le camion se retrouve immobilisé sur la route gelée et François part dans la neige chercher de l'aide. Toto attendra en vain... Le corps de François est retrouvé inanimé au pied d'un wagon désaffecté au lieu-dit hameau de Bayle, près des rails d'une voie ferrée, sous une caténaire. Grièvement brûlé, il ne devra sa survie qu'à l'amputation de ses membres supérieurs.
    Magnifique écriture de Valentine Goby qui réussit à nous faire entrer dans la tête de François et à nous faire ressentir les souffrances de ce corps mutilé, à une époque où la chirurgie et la médecine en étaient encore à leurs balbutiements de même que les appareillages et prothèses, même si, avec les guerres, des progrès avaient été faits. Elle brosse également un très beau portrait de cette infirmière Nadine qui saura accompagner chacun de ses gestes de paroles lors de son hospitalisation.
    Puis, ce sera le retour à Paris, chez ses parents. François va devoir combattre pour affronter cette nouvelle vie où " Il ne pourra plus se brosser les dents, boutonner une chemise, se raser, cirer-lacer-délacer ses chaussures, enduire un mur, pincer la joue de Sylvia, boire une chope, attraper un ballon, écrire une lettre, sculpter un bâton, glisser la clé dans la serrure, déplier le journal, rouler une cigarette, tirer la luge, décrocher le téléphone, se peigner, changer un pneu de vélo, ceinturer son jean, se torcher, payer à la caisse, couper sa viande, se suspendre aux branches, tendre un ticket de métro, héler le bus, applaudir, mimer Elvis à la guitare, signer, serrer une fille contre lui, danser avec une fille, donner la main à une fille, passer les cheveux d'une fille derrière son oreille, dénouer un ruban, toucher l'oreille d'une fille, la cuisse d'une fille, le ventre d'une fille, le sexe d'une fille, son sexe à lui, se pendre, s'ouvrir les veines, se tirer une balle, même se foutre en l'air il ne peut pas." Terrible, bouleversant, les mots me manquent pour exprimer ce que j'ai ressenti à l'évocation de l'avenir qui lui est réservé.
    Mais une métamorphose, une mutation profonde va s'opérer lorsque, grâce à l'Amicale sportive des mutilés de France, il va pouvoir profiter de séances en piscine. Il faut dire que lors d'une visite à l'aquarium avec sa sœur Sylvia, la rencontre derrière une vitre, d'une murène, cette silhouette grossière, sans écailles ni nageoires pectorales et ventrales, d'apparence monstrueuse mais si gracieuse va le happer. À la suite de cette vision, il n'aura de cesse d'apprendre à nager. Cette murène va en quelque sorte lui réinventer un avenir. Le sport va être pour lui l'occasion de se dépasser bien sûr, mais aussi de rencontrer d'autres gens, de discuter, de se trouver un travail... Ce sera une voix de salut, l'eau lui permettant de découvrir une nouvelle forme de sociabilité, ce sera une véritable renaissance. Il va de nouveau vivre, c'est à dire adhérer à l'existence.
    Valentine Goby, à travers ce roman va retracer tous les balbutiements du handisport, un pari incertain pour ces sportifs, avec toutes les difficultés rencontrées pour être crédibles, jusqu'aux jeux paralympiques de Tokyo en 1964. Cette dimension historique contribue beaucoup à la force de ce roman.
    Si ce roman est une totale fiction, Valentine Goby que j'ai eu la chance de rencontrer aux Correspondances de Manosque dit avoir été frappée par la beauté insolite de ce nageur chinois Tao Zheng triomphant aux jeux paralympiques de Rio en 2016. C'est cette image qui a tout déclenché !
    Quel magnifique roman que Murène ! C'est un roman très riche, d'une grande sensibilité, d'une grande justesse de ton, dans un style dense et puissant sur un sujet pas facile qui sait nous faire partager la moindre émotion, le moindre découragement, le moindre espoir de François. C'est un roman qui continue à m'habiter, même une fois achevé.
    Chronique à retrouver sur : http://notre-jardin-des-livres.over-blog.com/

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  • http://leslivresdejoelle.blogspot.com/2019/08/murene-de-valentine-goby.html

    " Le plus cruel, ce n'est pas le vide, c'est l'absence. Le manque. Le chagrin gît dans l'empreinte"

    Hiver 1956. François Sandre est un jeune homme de vingt-deux ans bourré d'énergie et un peu casse-cou qui...
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    http://leslivresdejoelle.blogspot.com/2019/08/murene-de-valentine-goby.html

    " Le plus cruel, ce n'est pas le vide, c'est l'absence. Le manque. Le chagrin gît dans l'empreinte"

    Hiver 1956. François Sandre est un jeune homme de vingt-deux ans bourré d'énergie et un peu casse-cou qui travaille sur les chantiers. Un jour, dans les Ardennes, François marche dans la neige puis croise une voie ferrée qui semble désaffectée et grimpe sur un wagon oublié. La neige... une ligne à haute tension... et le voilà victime d'un dramatique accident électrique.

    Pour sauver la vie de ce jeune homme très gravement brûlé, le chirurgien va devoir l'amputer de ses deux bras carbonisés mais aussi de ses épaules. Il devient un homme tronc sans moignons à l'image des mannequins Stockman que connait bien sa mère couturière. En 1956, le recours au coma artificiel n'existe pas encore, François doit affronter d'atroces souffrances exacerbées au moment des pansements, souffrances auxquelles s'ajoutent d'insupportables douleurs dans ses membres fantômes."Il décrète son corps étranger à lui-même".

    Valentine Goby nous raconte le parcours de François, son bref séjour à l'hôpital où il créera un très beau lien avec une infirmière Nadine, sa détresse, ses multiples frustrations, la découverte de la multitude de gestes qui lui sont devenus impossibles, la nécessité de devoir tout réapprendre, marcher, manger, s'habiller... La tentation d'en finir... Puis c'est le retour à la maison, entouré de ses parents et de sa jeune sœur de quinze ans qui le soutiennent inlassablement chacun avec leurs armes. Il doit vivre la dépendance, "Il y a celle qui le lave... celle qui le nourrit...celui qui l'appareille... l'écrivain public qui devient sa bouche ...", affronter les regards de pitié dans la rue, tenter d'apprivoiser seul l’appareillage rudimentaire que les médecins lui proposent, des prothèses qui lui permettent au mieux de retrouver une apparence normale, de disparaître, de ne plus être l'objet de tous les regards "une armure prothèse d'apparat, une alliée esthétique qui terrasse les fantômes et le protège des regards".

    La rencontre avec une murène dans un aquarium sera décisive pour François, il se lancera alors le défi fou d'apprendre à nager. Faire la murène, nager pour nager... La murène, une créature d'apparence monstrueuse mais magnifiquement gracieuse quand elle se déplace... Ensuite son adhésion à l'Amicale sportive des mutilés de France le mènera sur le chemin d'une belle renaissance.

    Valentine Goby dit avoir été frappée par l'image de Zheng Tao, un nageur chinois, médaille d'or aux jeux Paralympiques de Rio en 2016. Cette image lui a donné envie de partir avec cette fiction à la découverte de l'histoire du handisport.
    Avec François Sandre elle brosse le portrait d'un héros que je ne suis pas près d'oublier. Son endurance, sa combativité, sa résistance à la douleur, son ingéniosité pour adapter son environnement, pour assouplir son corps, pour gagner pas à pas un maximum d'autonomie puis sa volonté de dépassement de soi forcent l'admiration. Valentine Goby ne cache pas ses moments de doute, de découragement et de dépression. Le tout à une époque où n'existent ni soutien psychologique pour lui et pour ses proches, ni accompagnement à la rééducation pour les blessés civils des membres supérieurs. Les personnages secondaires sont tous plus attachants les uns que les autres, que ce soient les membres de sa famille ou certains handicapés que François côtoie, corps mutilés et âmes blessées.
    J'ai souffert avec François à l'hôpital puis tout au long de son parcours car Valentine Goby nous immerge au plus près de ses sensations physiques et morales, analyse avec une extrême finesse la psychologie de chacun. On sent qu'elle s'appuie sur une solide documentation pour traiter ce sujet grave sans jamais tomber dans le pathos ou le voyeurisme, elle a le don de parler du corps avec infiniment de justesse en évoquant avec beaucoup de pudeur les problèmes les plus intimes de son héros.
    Histoire d'une résilience, d'une renaissance, de la transformation profonde d'un homme qui va développer le potentiel qui lui reste, prendre conscience de la condition du handicap et s'engager dans le combat contre l'exclusion des handicapés, ce roman dépasse l'histoire de François pour nous amener dans les coulisses des débuts du handisport jusqu’aux Jeux paralympiques de Tokyo en 1964. "Le handisport qui substitue à l’idée de déficience celle de potentiel"
    J'ai aimé le mode de narration très fluide dans laquelle l'auteure s'introduit par moments en interpellant le lecteur. Mon intérêt n'a faibli à aucun moment dans ce récit très vivant et éminemment romanesque parsemé de passages sublimes, l'auteure m'a régalée avec son écriture précise, très détaillée dans laquelle émergent des fulgurances poétiques. Un roman passionnant, sensible, pudique, bouleversant que j'ai lu lentement pour mieux en apprécier toute la saveur.

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  • Hiver 1956, A vingt-deux ans, François Sandre a la fougue de la jeunesse et l'avenir pour lui.Victime d'un accident, les médecins ne sont guère optimistes à son sujet. Grièvement brûlé, il doit sa survie à une amputation des deux bras.

    Je pourrais juste vous dire que cette histoire est tout...
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    Hiver 1956, A vingt-deux ans, François Sandre a la fougue de la jeunesse et l'avenir pour lui.Victime d'un accident, les médecins ne sont guère optimistes à son sujet. Grièvement brûlé, il doit sa survie à une amputation des deux bras.

    Je pourrais juste vous dire que cette histoire est tout simplement magnifique et que l'écriture de Valentine Goby n' a jamais été aussi somptueuse. Mais ce livre est beaucoup plus pour moi. Il ne m'a pas quittée pendant plusieurs jours et j'ai eu ce sentiment qu'il m'accompagnait partout. François a peuplé mes nuits, il a été avec moi à chaque instant. Ce que son corps lacunaire lui imposait et ce dont il le priverait à jamais, les embûches, son quotidien et ses questions m'ont habitée intensément.

    Malgré son invalidité, François veut retrouver une autonomie et Organisation sportive des mutilés lui permet de se redécouvrir dans des bassins d'eau chlorée. Il apprend à nager. Les muscles endoloris par l'effort, il apprivoise sa respiration et découvre des sensations autres car l'eau a ce pouvoir de brouiller les stigmates et les handicaps.

    Valentine Goby nous immerge dans l'histoire d'une métamorphose et et retrace la naissance de l'handisport. J'ai vécu une histoire d'amour avec ce roman, j'ai eu le coeur broyé et malaxé, des poissons d'eau dans les yeux et surtout un respect immense pour François et ses compagnons d'infortune. Des personnes qui se hissent pour la vie, se dépassent, franchissent de grands obstacles tout comme la souffrance et le regard des autres.

    Tout en étant extrêmement bien documenté, ce récit évite tout pathos car Valentine Goby fait preuve d'une finesse intelligente et éblouissante par son style, par sa capacité à rendre l'indicible et les ressentis.
    Cette lecture lumineuse m'a nourrie et enrichie, symbiose parfaite d'une histoire et d'une écriture.

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  • Pour François, ce jour de février 1956 s'est changé en trou noir. Les journaux ne parlent que du gel qui glace la France. Une déflagration, le corps de François qui s'arque, le corps allongé sur le dos, foudroyé, des brûlures profondes, un accident électrique. le corps moulé par la neige fait un...
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    Pour François, ce jour de février 1956 s'est changé en trou noir. Les journaux ne parlent que du gel qui glace la France. Une déflagration, le corps de François qui s'arque, le corps allongé sur le dos, foudroyé, des brûlures profondes, un accident électrique. le corps moulé par la neige fait un excellent conducteur, une ligne de 25 000 volts qui vous grille en quelques secondes. Il n'est pas mort, c'est miraculeux. Il faut amputer ses deux bras, sa vie en dépend. Il continue à ne pas mourir, il cherche ses bras, ne les trouve pas.

    Valentine Goby nous plonge à l'intérieur du handicap à travers l'histoire de François, elle va décortiquer avec une plume rude parfois glaçante tout ce que ressent ce jeune homme, ses souffrances, ses doutes, ses désirs, ses amours. Elle ne nous épargne aucune des difficultés qu'il rencontre et cela fait la force de ce récit.

    Les amputations, le corps qui le torture, l'odeur de charogne, ses doigts qui n'existent plus et qui fourmillent, sa montre qui est comme une enclume sur un poignet qui n'est plus là. Les premiers jours décisifs, le besoin de morphine, les nausées. Il ne peut plus accomplir les gestes d'un enfant de quatre ans. Lui qui aimait grimper, défier les lois de la gravité, il refait les gestes d'un nourrisson.

    « Il ne pourra plus se brosser les dents, boutonner une chemise, se raser, cirer-lacer-délacer ses chaussures, enduire un mur, pincer la joue de Sylvia, boire une chope, attraper un bâton, glisser la clé dans la serrure, déplier le journal, rouler une cigarette, tirer la luge, décrocher le téléphone, se peigner, changer un pneu de vélo, ceinturer son jean, se torcher, payer à la caisse, couper sa viande, se suspendre aux branches, tendre un ticket de métro, héler un bus, applaudir, mimer Elvis à la guitare, signer, serrer une fille contre lui, danser avec une fille, donner la main à une fille, passer les cheveux d'une fille derrière son oreille, dénouer un ruban, toucher l'oreille d'une fille, la cuisse d'une fille, le ventre d'une fille, le sexe d'une fille, son sexe à lui, se pendre, s'ouvrir les veines, se tirer une balle, même se foutre en l'air il ne peut pas. »

    Il est devenu un buste sans bras comme les mannequins de l'atelier de couture De Robert son père. L'inéluctable pitié qu'il lit dans les regards.

    « Elle avait eu pour lui cette pitié dangereuse qu'on peut un temps confondre avec l'amour. »

    Vivre exige un effort colossal. Il revient d'entre les morts. le goût de la confiture qui convoque des images. La promesse d'un appareillage. L'amour d'une mère, la main invisible qui le précède, qui marche à ses côtés, qui débroussaille le chemin, mince et légère, mais solide comme le diamant. Il ne se souvient plus de Nine son amoureuse, ni de son visage, ni de son nom. Nadine l'infirmière qui le sauve du plongeon. Les médecins, les soignants qui sont décidés à lui rendre son corps, même s'il ne fait aucun effort. L'anxiété de quitter l'hôpital et de retrouver un monde dont il ne fait plus partie le grand silence de la montagne pour se retrouver. Et puis la rencontre derrière la vitre d'un aquarium, une tête grise, un bec-moignon, une silhouette grossière sans nageoires pectorales, il veut devenir une murène, apprendre à nager. Il s'y attelle de soir en soir à la piscine. L'inverse de la théorie de l'évolution de Darwin, il veut revenir à l'eau. le sport va être pour lui l'occasion de rejoindre le monde des gens normaux. Il a une vie à raconter, un travail, des projets.

    Un roman émouvant, car profondément humain, des personnages forts avec leur faiblesse et leur amour sans fin. Il y a bien sûr Mum, sa maman, Robert le papa, Sylvia la petite soeur qui lutte contre l'OAS quand lui lutte pour survivre. Bertrand, 15 ans, né sans bras, malin, drôle, dégourdi et provocateur, Joào le collègue de travail le compagnon de grève, condamné à être dans un fauteuil roulant après une chute d'un échafaudage et qui boit, joue sa pension, grossit et détruit sa famille.

    Valentine Goby nous décrit cette lutte quotidienne, cette envie de tout abandonner et puis il y a les balbutiements du handisport, le dépassement de soi, les limites de la chirurgie et des appareillages à la fin des années 50.
    J'ai été profondément touché par ce roman l'histoire d'un homme qui veut se métamorphoser en murène.

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  • Après son accident en février 1956 dans les Ardennes, François Sandre, 22 ans, n’est juste « pas mort, parce que vivant ce n’est pas sûr ». Amputé des deux bras, il va devoir réapprendre à vivre avec son handicap et tenter de réinventer un avenir qu’il imaginait bien plus heureux.
    Après une...
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    Après son accident en février 1956 dans les Ardennes, François Sandre, 22 ans, n’est juste « pas mort, parce que vivant ce n’est pas sûr ». Amputé des deux bras, il va devoir réapprendre à vivre avec son handicap et tenter de réinventer un avenir qu’il imaginait bien plus heureux.
    Après une reconstruction physique éprouvante, vient la réadaptation à la vie quotidienne, le tissage de nouveaux liens sociaux et surtout, la recherche d’une motivation pour continuer à vivre.
    Et puis un jour, en visitant un aquarium, François décide de devenir « murène » et apprend à nager. Il découvre alors le monde du sport pour handicapés qui est en train de se développer grâce à quelques passionnés et va se lancer dans la natation de compétition en participant aux grandes épreuves internationales.
    En parallèle de la guerre d’Algérie et des manifestations populaires pour son indépendance, nous assistons à la naissance de premiers Jeux Paralympiques qui vont contribuer à faire accepter le handicap au sein de notre société.
    Ce roman est un témoignage émouvant et une belle preuve de courage et de dépassement de soi. Il m’a intéressée pour la prise de conscience qu’il apporte face à la difficulté de vivre avec un handicap. L’histoire du handisport est également très instructive et c’est pour moi une découverte surprenante.
    L’écriture de Valentine Goby est superbe, colorée et imagée, elle est d’une grande sensibilité et même parfois très sensuelle. Pourtant j’ai trouvé le sujet trop difficile et si j’ai éprouvé beaucoup d’empathie pour le personnage et ses amis, je ne me suis jamais vraiment passionnée pour le roman lui-même que j’ai lu plus comme un documentaire.

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  • C'est le troisième ouvrage que je lis de Valentine Goby.
    Son livre KINDERZIMMER me hante encore !


    MURÈNE
    Par où commencer ?!

    Par une phrase p. 127 « Aimez-le sans relâche »


    En 1956, François, 22 ans, se retrouve lourdement handicapé, suite à un accident...
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    C'est le troisième ouvrage que je lis de Valentine Goby.
    Son livre KINDERZIMMER me hante encore !


    MURÈNE
    Par où commencer ?!

    Par une phrase p. 127 « Aimez-le sans relâche »


    En 1956, François, 22 ans, se retrouve lourdement handicapé, suite à un accident dramatique.

    L'avenir de ce jeune homme va être irrémédiablement bouleversé.

    Désormais, il fait partie d'une autre catégorie, celui des handicapés.
    Et dans les années 50, dans la société française où l'handicap est tabou, caché ou maladroitement toléré, il en faut du courage à François pour réussir à vivre dignement.


    Qu'est-ce que j'ai eu mal pour ce gamin, en lisant ces pages.
    Mon cœur se serrait, mes yeux s’agrandissaient d'horreur, n'arrivant pas à imaginer comment un être pouvait traverser une tragédie aussi épouvantable.

    Ses douleurs
    Sa détresse
    Ses espoirs
    Sa reconstruction
    Sa ténacité
    Ses colères
    Ses victoires
    Pour un avenir possible
    Pour une lueur d'espoir, de pouvoir vivre heureux.

    C'est un combat de tous les jours, se relever et espérer des jours meilleurs
    Ne pas sombrer
    Avoir droit à une vie décente.

    Une résurrection.

    Une résilience.


    C'est un très beau roman que je ne vais pas oublier, c'est certain.

    Je ne sais pas s'il me hantera autant que le roman Kinderzimmer mais il m'aura bouleversée.
    De nouveau, l'auteure aura su m'emporter, m'émouvoir, m'intéresser jusqu'à la dernière page.

    Alors oui, l'écriture est pointue et exigeante. Elle n'est pas facile mais de grande qualité, ce qui vaut bien l'effort de s'accrocher.

    Ce sont 384 pages fascinantes.

    L'histoire est passionnante, émouvante et instructive.

    Valentine Goby a su entremêler d'une manière magistrale plusieurs sujets très forts.
    Quel talent !

    A une époque où les personnes en situation d'handicap étaient des laissés-pour-compte.
    Le lecteur découvrira la place d'un invalide dans la société, sa prise en charge médicale et ses progrès timides, le Handisport et son histoire.
    Handisport qui aura sauvé tant de mutilés, à reprendre confiance en eux, à se sentir utiles et à donner un sens à leur vie.

    Vous l'aurez compris, c'est un texte puissant et superbement bien documenté.

    Et plus je pense à ce roman, plus je l'aime...
    Je l'aime MÊME beaucoup !

    Une ode à la vie.

    https://leslecturesdeclaudia.blogspot.com/2019/09/murene.html

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  • Hiver 1956. François Sandre, 22 ans, est amoureux, beau et athlétique. Le jeune homme quitte Paris temporairement pour les Ardennes afin de prêter main forte à son cousin dans une scierie. Mais, un accident survient sur une ancienne voie ferrée. Une électrocution à l’origine de graves brûlures....
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    Hiver 1956. François Sandre, 22 ans, est amoureux, beau et athlétique. Le jeune homme quitte Paris temporairement pour les Ardennes afin de prêter main forte à son cousin dans une scierie. Mais, un accident survient sur une ancienne voie ferrée. Une électrocution à l’origine de graves brûlures. Le chirurgien n’a pas le choix. Si François veut survivre, il doit l’amputer de ses deux bras.

    Le réveil à l’hôpital sera effroyable pour le jeune homme. Tout n’est plus que souffrances et désespoir, morphine et bandages jusqu’à ce que la peau se reconstruise, lentement. Mais comment vivre désormais avec un corps qui est totalement étranger? Pourquoi lutter alors que l’on est dépossédé de toute autonomie?

    Néanmoins, François parvient à ne pas sombrer et s’installe dans sa famille qui est présente pour le soutenir. Cependant, ce n’est que le point de départ d’un long chemin à parcourir avant d’accepter ce nouveau corps, accepter de ne plus pouvoir faire seul tous les gestes familiers du quotidien, accepter également le regard des autres.

    La créativité de François va lui permettre d’atténuer quelque peu sa dépendance. Mais c’est surtout la natation qui sera sa porte de sortie. Nager pour exister de nouveau.

    D’une main de maître, Valentine Goby nous narre cette douloureuse histoire de reconstruction. La plume est belle, précise, d’une grande justesse. L’auteure sonde le corps, l’ausculte.

    François est un personnage fort, qui ne peut que marquer les esprits par la ténacité dont il fait preuve, par sa capacité à se dépasser et à se réinventer.

    Un récit qui nous invite également à découvrir les débuts du handisport et les premières associations sportives regroupant des mutilés. Quant aux prothèses, on est encore bien loin des appareillages modernes de la médecine d’aujourd’hui.

    Un magnifique roman à la fois captivant, tragique et lumineux. L’histoire bouleversante d’une métamorphose, d’une bataille acharnée pour redonner un sens à l’existence. Une très belle leçon de vie.

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