Mon désir le plus ardent

  • C'est son désir le plus ardent, et pourtant c'est une descente en rapides hors catégorie qui se profile devant elle...
    Publié cette année aux Editions Gallmeister, " Mon désir le plus ardent " de Pete Fromm est une "putain" de leçon de vie, face à une "putain " de maladie.
    A dix-neuf ans, Maddy parcourt avec maîtrise les rapides de classe V du Wyoming, avec en point de mire rien de moins que la chaîne des Tétons au cœur des Rocheuses.
    Sa relation avec Troy, un garçon plus âgé, est balayée d'un coup de pagaie, tout autant que ses convictions, lorsque son regard croise celui de Dalt. Parce que c'était lui ; parce que c'était elle...le jeune rafteur lui ôte instantanément toute hésitation.
    p. 24 : " Pour une raison qui m'échappe, je le crois : moi la Reine des Glaces, je crois que tout ira bien entre nous pour toujours. "
    Puis les amis et la famille sont là, en ce jour si particulier où ils échangent non pas des alliances, mais unissent leurs mains dans l'eau, prenant pour témoin de leur engagement le courant de la rivière, là où leur amour a pris vie.
    p. 25 : " Au lieu d'échanger des alliances qui en plus d'être des symboles de possession archaïques, selon Dalton, sont également à l'origine des innombrables mines d'or à ciel ouvert qui éventrent nos montagnes et empoisonnent nos rivières, nous allons tremper nos mains dans l'eau et la laisser couler entre nos doigts mêlés, nous unissant dans un voyage aussi long que celui du courant, un cycle plus grand et plus éternel que n'importe quel anneau. "
    C'est leur désir le plus ardent...
    Quelques heures seulement après leur union, au moment de s'élancer vers leur lune de miel, Maddy est sujette à une brutale saute d'humeur, mais que Dalt apaise en douceur.
    Dalt, fou amoureux, désir fonder une famille avec Maddy. Mais prise de vertiges de plus en plus fréquents, elle ne souhaite pas inquiéter Dalt qui doit se rendre en Mongolie pour accompagner des clients.
    p. 56 : " Nous allons nous remettre à cette histoire de bébé. Dès ce soir. Il faut que ça marche. Parce qu'il fait partie de notre plan. Notre désir le plus ardent. "
    Préoccupée, Maddy finit par consulter un médecin. Le diagnostic tombe tel un couperet. SP. Sclérose en plaques. Elle n'a que vingt sept ans.
    Lorsqu'enfin elle réussit à joindre Dalt au fin fond de la Mongolie, elle ne peut que lui annoncer son état de grossesse.
    p. 116 : " - Quand maman m'a dit que tu étais dans son ventre. J'ai pleuré ce soir-là, au milieu de nulle part en Mongolie.
    -Pourquoi ?
    -Parce que j'étais si heureux.
    -Etre heureux ne fait pas pleurer.
    -Parfois si. Quand c'est la meilleure chose que tu n'aies jamais connue. Quand tu n'arrives pas à croire à la chance que tu as. "
    Mais à son retour, elle lui annonce sa maladie. D'un optimisme sans faille, il soutient sa femme, sans jamais faillir.
    p. 73 : " J'allais bien jusqu'à la naissance d'Atty, mais depuis, ce n'est plus qu'une chute sans fin. "
    Puis, par amour pour sa femme, et pour lui octroyer quelques mois de répit sur l'évolution de sa maladie, et par désir de paternité, il lui fait part de son envie d'un second enfant.
    Maddy sait que la maladie reprendra de plus belle après cette nouvelle maternité, et mettra à mal son rôle de mère ; les symptômes prendront petit à petit possession de son corps, inexorablement.
    L'amour est central dans ce roman, au-delà des doutes, au-delà des peurs.
    p. 162 : " - Tu ne te rends pas compte de ta force. Je te vois endurer tout ça et je me dis, si seulement c'était moi, je n'hésiterais pas à prendre sa place, tout en sachant qu'en réalité, j'en serais incapable, parce que je n'ai pas une once de ta force. "
    L'abnégation dont fait preuve Dalt, bien que culpabilisante pour Maddy, n'est qu'amour et bienveillance.
    Je suis bien incapable de vous dire si ce sont les larmes ou les sourires qui l'ont emporté tant j'ai été prise par le flot narratif incomparable de Pete Fromm. Aucun pathos. La maladie est abordée sans détour ni déni. C'est une histoire d'amour et de résilience bien avant d'être l'histoire d'une maladie.
    p. 121 : " Je sens céder un barrage, et l'espace d'une seconde, je nous revois avant, nos mains qui ne se quittaient que le temps d'accomplir les tâches absolument nécessaires à notre survie, avant de se retrouver aussi vite que possible, comme si l'un était tout ce dont l'autre avait besoin autant que de respirer. "
    Il n'y a pas de complaisance devant l'amplitude grandissante des symptômes, il n'y a que de l'amour pour les apprivoiser. La sincérité et la spontanéité des échanges dans le couple n'en sont qu'une preuve supplémentaire au détour de chacune des pages.
    Du très très grand Pete Fromm !

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