Molécules

Couverture du livre « Molécules » de Francois Begaudeau aux éditions Verticales
  • Date de parution :
  • Editeur : Verticales
  • EAN : 9782070197224
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

« Le photographe s'accroupit pour cadrer serré Jeanne Deligny. Les trois premiers clichés le laissent insatisfait. L'angle optimal se cherche encore. Pourtant les visages c'est ce qu'il préfère shooter. Il n'a pas déjeuné, c'est sa faim qui le déconcentre. Il s'écarte pour que le capitaine Brun... Voir plus

« Le photographe s'accroupit pour cadrer serré Jeanne Deligny. Les trois premiers clichés le laissent insatisfait. L'angle optimal se cherche encore. Pourtant les visages c'est ce qu'il préfère shooter. Il n'a pas déjeuné, c'est sa faim qui le déconcentre. Il s'écarte pour que le capitaine Brun examine de près la plaie béante au cou et les joues lacérées. À première vue, trois fois une joue, deux fois l'autre. À confirmer. Un sillon monte jusqu'à la tempe, un second balafre le front. Sans cela elle serait jolie. L'était il y a une heure. L'est encore malgré les yeux exorbités de qui s'est vu mourir. »

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Avis(3)

  • François Bégaudeau, je l’ai rencontré à travers son roman "Entre les murs" et j’avais aimé cette écriture particulière, capable de transcender son empathie pour ses personnages. Car, même s’il parle parfois d’eux dans des termes moqueurs, on le sent vibrer pour ces jeunes au point d’adopter leur...
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    François Bégaudeau, je l’ai rencontré à travers son roman "Entre les murs" et j’avais aimé cette écriture particulière, capable de transcender son empathie pour ses personnages. Car, même s’il parle parfois d’eux dans des termes moqueurs, on le sent vibrer pour ces jeunes au point d’adopter leur vocabulaire dans ses propos. Enseignante au moment de cette lecture, j’avais été admirative…

    Là, c’est une toute autre histoire qu’il nous raconte. Dans "Molécules", Jeanne, infirmière dans un centre psychiatrique est découverte morte sur son palier, le visage lacéré de coups de cutter. On pourrait dire que nous avons affaire à un roman policier. En effet oui, il y a une enquête, oui nous assistons à des interrogatoires, oui nous sommes confrontés à des suspects et, oui, les policiers finissent par trouver un coupable : un ancien amoureux éconduit. Mais ne croyez pas que je vous livre la clé, car là n’est pas l’essentiel.

    L’histoire est, en fait, le prétexte à une étude approfondie des personnages. François Bégaudeau ne s’arrête pas simplement sur les principaux – le mari, la fille... – il s’intéresse aussi à la concierge de l’immeuble, aux patients du centre, des êtres fragiles et différents, et à bien d’autres que d’aucuns qualifieraient de secondaires. L’écriture est jubilatoire qui permet de passer allègrement de la tragédie à la comédie et n’a pas son pareil pour nous faire vivre des scènes hilarantes "Au fond du parc, deux piquets orphelins et une raquette prise dans les fils électriques suspendus composent un reliquat d’activité badminton. Un vingtenaire s’égosille à expliquer à une femme deux fois plus âgée que jeter sa raquette en l’air n’est pas la meilleure méthode pour jouer." L’auteur emploie aussi nombre d’expressions "retoquées" à sa manière – "Le capitaine Brun ne dit mot sans consentir." "Hamza répond que justement la foi vient en priant". De la même façon, d’élégantes périphrases enluminent des réflexions pour le moins scabreuses "La pharmacienne ayant, comme déjà dit, gobé force queues, il semble imprudent de confier la direction de l’enquête à un officier de police judiciaire qui se trouve elle-même posséder une bouche susceptible de prodiguer des faveurs licencieuses à une partie conséquente de la population masculine." Et je ne parle pas du regard malicieux porté sur les forces de l’ordre, les juges et les experts…

    Ce roman est décidément un régal de lecture où le loufoque se combine au poignant, l’absurde au raisonnable, l’humour à la gravité, le rire aux pleurs. Du rire aux pleurs, c’est bien ça car jamais n’est exclue, malgré la légèreté apparente, une tendresse discrète à l’égard des éprouvés. Et, si je n’ai pas tourné les pages aussi vite que désiré c’est uniquement pour savourer les mots triturés en tous sens. Je ne peux terminer sans évoquer le plaisir ajouté tout au long du récit, à l’évocation de lieux chers à mon cœur, amoureuse que je suis de la ville d’Annecy.

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  • http://contemplerlesvivants.blogspot.fr/2016/12/jai-lumolecules-de-francois-begaudeau.html

    "Tuer ce n'est jamais à proprement parler tuer une personne, mais se guérir du mal que l'assassin s'imagine que sa victime lui cause. Les deux débouchant, en tout état de cause, sur l'intolérable...
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    http://contemplerlesvivants.blogspot.fr/2016/12/jai-lumolecules-de-francois-begaudeau.html

    "Tuer ce n'est jamais à proprement parler tuer une personne, mais se guérir du mal que l'assassin s'imagine que sa victime lui cause. Les deux débouchant, en tout état de cause, sur l'intolérable disparition d'un être."


    Le roman s'ouvre sur le personnage de Jeanne, une femme d'une quarantaine d'année, travaillant avec des personnes handicapées mentales. Dès les premières pages, le style de François Bégaudeau se démarque et déstabilise : en effet, il ne présente pas vraiment ses personnages, et l'on devine seulement à travers quelques indices que la plupart d'entre eux sont atteints de maladie mentale. Le temps de comprendre la situation, le lecteur se retrouve donc embarqué dans une étrange aventure.

    "Les premières gouttes s'écrasent sur les bras nus et Didier n'en tire aucune gloire. Il s'immobilise pour saluer le grand tilleul de la cour. Quand la pluie parle, les oiseaux se taisent. "

    En seulement quelques pages, l'auteur nous décrit Jeanne, son mari pharmacien, sa fille Léna, lycéenne, qui rentre de l'école et s'attend à retrouver les crêpes que sa mère lui a promises.
    Seulement, Jeanne a été retrouvée assassinée sur son palier...
    L'histoire se découpe alors en plusieurs parties, s'articulant autour de différents personnages : d'un côté, le roman nous propose de suivre l'enquête du Capitaine Brun et du brigadier Calot, depuis les premiers indices jusqu'à l'arrestation du coupable. A partir de là, le roman délaisse les policiers pour s'attacher aux pas du coupable, depuis ses aveux jusqu'à son emprisonnement, en passant par son procès.
    En parallèle, on suit également le parcours des proches de Jeanne : son mari, Charles, sa fille, Léna, mais aussi ses collègues et les résidents du centre où elle travaillait, et en particulier Didier, son protégé.
    C'est ainsi un roman choral, s'étendant sur de nombreuses années, que nous propose François Bégaudeau. Il réalise avec Molécules une sorte d'autopsie d'un meurtre, en montrant les différentes facettes de la mort de Jeanne et les répercussions pour plusieurs personnes, à court, moyen, et long terme.

    La première qualité du roman tient donc dans cette habilité à s'articuler autour d'un événement central, avec cette impression que plus on s'en éloigne dans le temps, plus il reste présent à travers ses conséquences.
    C'est ainsi un scénario particulièrement ingénieux et original que nous offre l'auteur.
    Une autre qualité du roman réside dans le talent de François Bégaudeau à nous croquer des personnages auxquels on s'attache rapidement et qui ont chacun leur identité malgré leur côté éphémère. Que ce soit le Capitaine Brun et son collègue le brigadier Calot, fan de statistiques, qui se livrent à d'étonnantes joutes verbales pour tenter de résoudre l'enquête, ou un collègue de Jeanne, ou encore la désopilante concierge de l'immeuble, François Bégaudeau réussit en quelques lignes à leur donner une personnalité propre, même s'ils sont voués à disparaître. Les personnages plus importants, à l'image de Léna ou de Gilles, le meurtrier de Jeanne, sont suivis sur plusieurs chapitres (et plusieurs années).
    Enfin, l'une des forces majeures de ce livre est bien entendu le style de François Bégaudeau, très surprenant. En effet, il livre peu d'explication, décrit les choses comme elles se déroulent, et, surtout, fait preuve d'un certain humour noir.

    "La veille, l'assistante sociale Annick a levé les doutes quant à l'opportunité d'une gerbe dans le contexte d'une crémation. Sa tante est partie de cette manière, partie en fumée on va dire, et il y avait des gerbes."

    Il existe un mélange entre une écriture très littéraire, et même parfois un peu poétique, voire philosophique, et des phrases humoristiques ou ironiques. Ces particularités dynamisent le roman et rendent la lecture très vivante, forçant le lecteur à être attentif.

    "On avait lié le phénomène à la nature de l'habitus étudié, postulant grossièrement que les spasmes littéraires compensent un déficit érotique. Ceux des filles, s'entend. Nos spasmes littéraires à nous étaient d'ordre esthétiques."

    Armé de ce style personnel, François Bégaudeau aborde les thèmes de la mort, de l'amour et surtout de la sexualité, de la culpabilité et de la vengeance. Il pose la mort de Jeanne comme point de départ pour discuter en fait de la nature humaine et de ce dont elle est capable, mais de façon extrêmement subtile. Là où le roman pourrait emprunter de nombreux raccourcis psychologiques, il s'en éloigne au contraire de façon toujours plus surprenante.


    "Dédouaner un criminel, c'est un peu conjurer le crime : maintenir la possibilité d'un monde vivable. D'un monde sauvable."


    Ainsi, Molécules a été un véritable coup de cœur, même si j'imaginais une histoire totalement différente.
    François Bégaudeau m'a emportée, et j'ai dévoré le roman en quelques jours à peine ! Dès le début, il parvient à nous embarquer au sein de l'histoire pour ne plus nous lâcher. De plus, le roman se se déroule dans la région où je suis née, ce que j'ignorais et s'est révélé une agréable surprise.
    Molécules correspond tout à fait à ce que j'attends d'une lecture : complexité, personnages atypiques, scénario intelligent, autant d'ingrédients qui nous amènent à sortir de notre zone de confort (eh oui, c'est le même chose que j'attends au cinéma !).
    Je ne peux que vous recommander Molécules, qui saura vous surprendre, à condition d'accepter les choses comme elles viennent !
    Je pense me lancer rapidement dans d'autres livres de François Bégaudeau, et pourquoi pas commencer par Entre les murs, dont l'adaptation au cinéma m'a vraiment convaincue ?

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  • François Bégaudeau n'en finit pas de m'épater. Chacun de ses romans est, pour moi, un festival d'écriture qui me tient en éveil et stimule des neurones dont j'avais même oublié l'existence ! Prenez "Molécules" par exemple : à partir d'un fait divers sordide, le meurtre d'une infirmière par un...
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    François Bégaudeau n'en finit pas de m'épater. Chacun de ses romans est, pour moi, un festival d'écriture qui me tient en éveil et stimule des neurones dont j'avais même oublié l'existence ! Prenez "Molécules" par exemple : à partir d'un fait divers sordide, le meurtre d'une infirmière par un amoureux éconduit, il parvient à nous rendre attentif à tous les personnages, de l'équipe d'enquêteurs à la concierge de l'immeuble. En glissant d'un point de vue à l'autre, il nous donne une vue générale et intime à la fois de l'enchaînement des évènements. Il ne s'agit pas là de pesantes analyses psychologiques mais de quelque chose de plus léger et plus grave, quelque chose qui donne à voir des êtres humains confrontés à une réalité dont ils ne maîtrisent rien.
    En faisant rendre gorge à tous les clichés, tics de langage et autres constructions vides à force d'être routinières, l'auteur nous amène à reconsidérer le rapport à la fiction autant que les carcans langagiers dans lesquels sont enfermés êtres et personnages. Les registres et les genres sont dépassés et le choix des mots, leur agencement, nous font passer du burlesque à la tragédie sans dissonance, mais toujours dans la justesse la plus affûtée. C'est jubilatoire et plein d'émotions. Un régal !

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