Meursault, contre-enquête

Couverture du livre « Meursault, contre-enquête » de Kamel Daoud aux éditions Actes Sud
  • Date de parution :
  • Editeur : Actes Sud
  • EAN : 9782330064488
  • Série : (non disponible)
  • Support : Poche
Résumé:

Cet homme qui soliloque dans un bar, nuit après nuit, c'est le frère de l'Arabe tué par un certain Meursault dans un célèbre roman du XXe siècle. Soixante-dix ans après les faits, rage et frustration inentamées, le vieillard rend un nom et une histoire au mort resté «l'Arabe» jusqu'ici. Ce roman... Voir plus

Cet homme qui soliloque dans un bar, nuit après nuit, c'est le frère de l'Arabe tué par un certain Meursault dans un célèbre roman du XXe siècle. Soixante-dix ans après les faits, rage et frustration inentamées, le vieillard rend un nom et une histoire au mort resté «l'Arabe» jusqu'ici. Ce roman sur les héritages qui conditionnent le présent et sur le pouvoir exceptionnel de la littérature pour dire le réel a rencontré un succès phénoménal ; il est traduit dans une trentaine de langues.

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  • L'auteur prend le contre-pied d'Albert Camus, et traite dans ce roman du personnage opposé à Meursault, c'est-à-dire l'Arabe sans nom, l'homme assassiné par celui-ci. Il lui donne un nom Moussa (Moïse ..... renaissance !) par l'intermédiaire de son frère Haroun, le narrateur. Celui-ci s'adresse...
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    L'auteur prend le contre-pied d'Albert Camus, et traite dans ce roman du personnage opposé à Meursault, c'est-à-dire l'Arabe sans nom, l'homme assassiné par celui-ci. Il lui donne un nom Moussa (Moïse ..... renaissance !) par l'intermédiaire de son frère Haroun, le narrateur. Celui-ci s'adresse au lecteur dans le tutoiement. Moussa était son frêre aîné, de 7 ans. C'était son héros, son modèle.
    Un point me taraude en particulier : comment mon frère s'est-il retrouvé sur cette plaque ? On ne le saura jamais. Ce détail est un incommensurable mystère et donne le vertige, quand on se demande ensuite comment un homme peut perdre son prénom, puis sa vie, puis son propre cadavre en une seule journée....... On était Moussa pour les siens, dans son quartier, mais il suffisait de faire quelques mètres dans la ville des Français, il suffisait du seul regard de l'un d'entre eux pour tout perdre, à commencer par son prénom, flottant dans l'angle mort du paysage. En fait, ce jour-là, Moussa n'a rien fait d'autre que de trop s'approcher du soleil, en quelque sorte.
    Kamel Daoud reprend tous les faits, l'homme en premier, lui donne une identité, une famille : un père absent depuis longtemps, une mère qui vit depuis les événements dans le souvenir et la haine, une soeur qui n'existait pas donc un faux prétexte au meurtre, et pose les questions que l'on est en droit de se poser : au corps jamais retrouvé et enfin au procès.
    Meursault a-t-il été condamné pour le meurtre ou à cause de sa personnalité, ses fréquentations, ses attitudes ?
    Mais ce frère assassiné prend beaucoup, trop de place dans sa vie, dans celle de sa mère. C'est presque un héros et il devra, lui, trouver un moyen d'exister, lui aussi.... et commettra un acte que l'on peut désigner soit de vengeance, de bravoure, gratuit ou de justification.
    Le personnage de la mère est très présent et important pour le narrateur comme pour toute sa communauté :
    Chez nous la mère est la moitié du monde
    L'auteur prête à Haroun, je pense, beaucoup de ses pensées, son ressenti et on découvre je pense beaucoup de l'écrivain, sur la colonisation, la religion :
    La mosquée est si imposante qu'elle m'empêche de voir Dieu
    L'écriture est très belle, recherchée, juste, magnifique de poésie mais aussi forte :
    J'aime aller vers ce Dieu, à pied s'il le faut, mais pas en voyage organisé. Je déteste les vendredis depuis l'Indépendance, je crois. Est-ce que je suis croyant ? J'ai réglé la question du ciel par une évidence : parmi tous ceux qui bavardent sur ma condition - cohorte d'anges, de dieux, de diables ou de livres. J'ai su très jeune, que j'étais le seul à connaître la douleur, l'obligation de la mort, du travail et de la maladie. Je suis le seul à payer des factures d'électricité et à être mangé par les vers à la fin. Donc ouste ! du coup je déteste les religions et la soumission. A-t-on idée de courir après un père qui n'a jamais posé son pied sur terre et qui n'a jamais eu à connaître la faim ou l'effort de gagner sa vie ?
    C'est également un pamphlet sur le constat de notre monde actuel, il y a parfois de la colère, du combat :
    Regarde ..... la gamine avec son voile sur la tête alors qu'elle ne sait même pas ce qu'est le désir.
    Je pourrais, j'ai envie de vous transmettre toutes les émotions que l'auteur nous livrent avec gravité et réflexion mais il me faudrait presque recopier le livre. Quel richesse de vocabulaire, maîtriser une langue pour mieux transmettre ses sentiments, dans la langue d'Albert Camus qu'il admire mais dont il a voulu faire la version du point de vue de l'Arabe, cet inconnu, ignoré, dans la même langue que lui.
    Quant à moi, je n'aime pas ce qui s'élève vers le ciel, mais seulement ce qui partage la gravité. J'ose te le dire, j'ai en horreur les religions. Toutes ! Car elles faussent le poids du monde. J'ai parfois envie de crever le mur qui me sépare de mon voisin, de la prendre par le cou et de lui hurler d'arrêter sa récitation de pleurnichard, d'assumer le monde, d'ouvrir les yeux sur sa propre force et sa dignité et d'arrêter de courir derrière un père qui a fugué vers les cieux et qui ne reviendra jamais.
    Comme Meursault, Haroun et Moussa ont une existence, une réalité, une famille, des voisins, une vie. Ne pas négliger l'autre, le reconnaître.
    J'ai écouté pas mal d'interviews de cet auteur et que ce soit dans ceux-ci ou dans ses écrits, chaque mot est pesé, rien de trop, rien de moins, de la justesse et le temps de les dire, d'y réfléchir, ne pas parler pour parler, pour ne rien dire mais pour faire passer un message.

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  • Kamel Daoud invente un frère à l'arabe tuée par Meursault dans L'étranger de Camus. Il en fait son narrateur. Un narrateur qui aidé, ou plutôt poussé, par sa mère a usé sa vie à la recherche du passé du frère mort.

    Une écriture riche et complexe, qui ne se laisse pas facilement apprivoisé. Un...
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    Kamel Daoud invente un frère à l'arabe tuée par Meursault dans L'étranger de Camus. Il en fait son narrateur. Un narrateur qui aidé, ou plutôt poussé, par sa mère a usé sa vie à la recherche du passé du frère mort.

    Une écriture riche et complexe, qui ne se laisse pas facilement apprivoisé. Un petit roman qui trouve sa place au côté de la tétralogie de l'absurde de Camus.

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  • Faut-il relire L’Étranger avant de découvrir Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud ? Certainement, car pour beaucoup d’entre nous cette lecture date de nombreuses années et la perception que l’on peut avoir à sa relecture est différente de celle que l’on a connue dans sa jeunesse (en...
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    Faut-il relire L’Étranger avant de découvrir Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud ? Certainement, car pour beaucoup d’entre nous cette lecture date de nombreuses années et la perception que l’on peut avoir à sa relecture est différente de celle que l’on a connue dans sa jeunesse (en particulier lorsqu’un livre est imposé par un programme scolaire !) de même il est intéressant de se souvenir précisément du roman d’Albert Camus avant d’aborder le roman de Kamel Daoud. Voilà, j’ai lu les deux, l’histoire est complète… L’histoire ? Mais laquelle ?
    Celle de « l’Arabe », cet inconnu tué sur une plage, simplement parce que Meursault était ébloui de soleil, aveuglé par les quelques gouttes de sueurs qui perlaient à son front, un jour de désœuvrement trop ordinaire ?
    Celle de Haroun, le narrateur, le frère de « l’Arabe », de celui qui depuis tant d’années n’a jamais eu de prénom ni de nom, jamais eu de vie, de famille, d’emploi, de rêves à accomplir, car personne ne s’y est intéressé ?
    Celle de « l’Arabe », qui pourrait être n’importe quel inconnu ou simplement ce frère qui vit dans un pays dont il a du mal à comprendre et à accepter les évolutions, la fin de la colonisation et les dégâts irréparables de la guerre dans la population, la place qui est aujourd’hui faite aux femmes, l’importance grandissante de la religion dans la vie de chacun, l’alcool ou le vin qu’on ne boit plus, les cafés où l’on avait l’habitude de se retrouver et qui ferment les uns après les autres ; celui qui vit dans la solitude, qui a connu le désintérêt et la manque d’amour d’une mère, celle qui a perdu un fils, le vrai, le seul qui compte ; celui enfin qui cherche une identité dans un pays qui n’est plus le sien, comme il peut parfois l’exprimer ?
    Alors, oui, la boucle est bouclée, car « l’Arabe » a enfin une identité, mais à la lecture de ce Meursault, contre-enquête on tourne la dernière page avec une certaine frustration et une grande interrogation. Car Kamel Daoud est un auteur qui dit et qui ose, avec des mots qui marquent et interpellent, même si parfois le style et l’approche peuvent dérouter le lecteur. On sent en filigrane les reproches, l’héritage dont on veut se défaire, les critiques exprimées sans complaisance et surtout les attentes de l’auteur envers un pays qui change et qui trop souvent contraint.

    https://domiclire.wordpress.com/2016/11/17/meursault-contre-enquete-kamel-daoud/

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  • Une belle réponse à Albert Camus, et un dénouement qui manquait au lecteur avec « l’Etranger ».
    Après ce cadavre de l’Etranger jamais nommé, son frère ici le dévoile. Il ressasse l’heure, le jour de l’assassinat, cherche ce corps avalé par la mer, évoque les mobiles du crime…. Il faut dire que...
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    Une belle réponse à Albert Camus, et un dénouement qui manquait au lecteur avec « l’Etranger ».
    Après ce cadavre de l’Etranger jamais nommé, son frère ici le dévoile. Il ressasse l’heure, le jour de l’assassinat, cherche ce corps avalé par la mer, évoque les mobiles du crime…. Il faut dire que depuis, Moussa est transparent aux yeux de sa mère qui n’avait de sentiments que pour son frère.
    Jusqu’où les mèneront les tourments de leur vie, celle de sa mère et la sienne ?

    Malgré des difficultés à entrer dans l’histoire à cause d’un style que j’ai d’abord trouvé tortueux, je ne pouvais m’empêcher de faire le parallèle de l’œuvre de Camus avec ce remarquable premier roman de K. Daoud.
    Sans chercher à comparer les deux écrits, j’ai retrouvé des similitudes notamment dans les relations de Moussa avec sa mère qui ressemblent fortement aux relations que décrivaient Camus dans « le premier homme », lorsqu’il revient à Alger après la mort de son père. Ici, dans le texte, le père n’est plus là non plus.
    Il en est de même avec ses réflexions sur la colonisation.
    Kamel Daoud va loin avec ses propos sur une idéologie qui le dérange « la religion est un transport en commun qu’il ne prend pas »,ou sur la liberté des femmes, et sur la colonisation.
    Un roman que je recommande vivement, parce qu’il prolonge l’œuvre de Camus qui est ma référence littéraire, mais aussi pour le talent et le courage de Kamel Daoud qui n’hésite pas à parler librement.

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  • Un livre super intéressant. D'une pertinence inouïe. L'auteur questionne l'identité et la mémoire, sans oublier les relations entre la France et l'Algérie. L'intelligence avec laquelle le récit est mené nous conduit à nous demander pourquoi avant Kamel Daoud aucun auteur ne s'était intéressé au...
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    Un livre super intéressant. D'une pertinence inouïe. L'auteur questionne l'identité et la mémoire, sans oublier les relations entre la France et l'Algérie. L'intelligence avec laquelle le récit est mené nous conduit à nous demander pourquoi avant Kamel Daoud aucun auteur ne s'était intéressé au sort de l'Étranger de Camus.

    "Arabe, je ne me suis jamais senti arabe, tu sais. C'est comme la négritude qui n'existe que par le regard du Blanc. Dans le quartier, dans notre monde, on était un musulman, on avait un prénom, un visage et des habitudes. Point. Eux étaient les "étrangers",les roumis que Dieu avait fait venir pour nous mettre à l'épreuve, mais dont les heures étaient de façon comptées: ils partiraient un jour où l'autre, c'étaient certain. C'est pourquoi on ne leur répondait pas, on se taisait en leur présence et on attendait, adossé au mur."

    Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête, Actes sud (2014), p. 70

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  • Le sujet est superbe, ayant adoré "L'étranger" j'ai trouvé cela sublime. J'ai pourtant eu du mal à m'accrocher à ce livre, ne trouvant pas toujours le fil rouge, et m'égarant parfois. Bon, je l'ai fini, j'étais content, mais un peu laborieux pour moi

    Le sujet est superbe, ayant adoré "L'étranger" j'ai trouvé cela sublime. J'ai pourtant eu du mal à m'accrocher à ce livre, ne trouvant pas toujours le fil rouge, et m'égarant parfois. Bon, je l'ai fini, j'étais content, mais un peu laborieux pour moi

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  • Kamel Daoud, journaliste pour Le Quotidien d’Oran, aime et admire Albert Camus. Cependant, il lui fait un reproche important : ne jamais citer le nom de l’homme tué par Meursault, sur une plage d’Alger, un assassinat raconté dans L’Étranger, chef-d’œuvre paru en 1942. Il le nomme simplement...
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    Kamel Daoud, journaliste pour Le Quotidien d’Oran, aime et admire Albert Camus. Cependant, il lui fait un reproche important : ne jamais citer le nom de l’homme tué par Meursault, sur une plage d’Alger, un assassinat raconté dans L’Étranger, chef-d’œuvre paru en 1942. Il le nomme simplement l’Arabe et cela revient vingt-cinq fois dans ce roman. Il n’a même pas un prénom. Comme l’écrit Kamel Daoud : « … on ne tue pas un homme facilement quand il a un prénom. »
    Ici, l’auteur se met dans la peau du jeune frère de la victime, Haroun, qui, au soir de sa vie, se confie, dans un bar d’Oran, à un inconnu, « monsieur l’inspecteur universitaire ». À son tour, il ne cite jamais Camus et fait comme si L’Étranger avait été écrit par l’assassin, Mersault lui-même.
    Personnage important du récit, la mère qu’il nomme M’ma, est omniprésente. Elle est même derrière lui lorsqu’il commet à son tour un crime : « Le Français qui avait eu le malheur de venir se réfugier chez nous cette nuit d’été 1962, moi, avec mon bras qui ne retombait pas après le meurtre, M’ma avec sa monstrueuse exigence enfin vengée. »
    Joseph Larquais, parent des propriétaires qui employaient M’ma, est comme une victime expiatoire du meurtre de celui qu’il nomme enfin Moussa Ould el-Assasse. Ces Français ayant pris la fuite, Haroun et sa mère s’étaient installés dans leur maison, à Hadjout, ex-Marengo, comme cela s’est passé presque partout lors de l’indépendance de l’Algérie.
    L’écriture est précise, agréable et ne ménage personne. Lorsque Haroun et sa mère quittent Alger, il parle d’ « un immense labyrinthe fait d’immeubles, de gens écrasés, de bidonvilles, de gamins sales, de policiers hargneux et de plages mortelles pour les Arabes. » Plus loin, il ajoute : « Alger, dans ma mémoire, est une créature sale, corrompue, voleuse d’hommes, traitresse et sombre. »
    Puis, il parle de la société algérienne depuis l’indépendance, de la religion aussi lorsque son voisin récite le Coran à tue-tête : « La religion pour moi est un transport collectif que je ne prends pas… aller à Dieu à pied mais pas en voyage organisé… je déteste la religion et la soumission… » Il n’oublie pas cette langue française apprise pour devenir « l’instrument d’une enquête pointilleuse et maniaque. »
    Enfin, il y a l’amour rencontré grâce à Meriem qui enquête à partir d’un livre d’un auteur célèbre qui avait raconté la mort d’un Arabe et en avait fait un livre bouleversant « comme un soleil dans une boîte. » Haroun en tombe amoureux dès la première minute mais : « Elle appartient à un genre de femme qui, aujourd’hui, a disparu de ce pays : libre, insoumise et vivant son corps comme un don, non comme un péché ou une honte. »
    Kamel Daoud écrit avec son cœur et ne mâche pas ses mots au risque d’être menacé dans sa vie même, une raison de plus pour lire Meursault, contre-enquête.

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  • Bien sur, tout le monde connaît le propos de ce livre : donner un prénom à L’Arabe du célèbre roman d’Albert Camus L’étranger.
    Ce n’est bien sûr qu’un prétexte pour l’écrivain pour nous parler de son pays et de son problème d’identité après ce qu’il nomme L’Independance.
    Mais ce que j’ai aimé,...
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    Bien sur, tout le monde connaît le propos de ce livre : donner un prénom à L’Arabe du célèbre roman d’Albert Camus L’étranger.
    Ce n’est bien sûr qu’un prétexte pour l’écrivain pour nous parler de son pays et de son problème d’identité après ce qu’il nomme L’Independance.
    Mais ce que j’ai aimé, dans cette lecture, c’est me laisser porter par la langue de l’auteur, celle qu’adopte le narrateur en racontant son histoire et celle de son frère le soir, au bar. Le dernier à servir du vin dans le pays.
    Plus qu’une contre-enquête, c’est à une recherche à laquelle nous assistons.
    L’image que je retiendrai :
    Celle de l’omniprésence de la référence à 2 heures de la journée, l’après-midi ou la nuit.
    Quelques citations :
    « Quelqu’un m’a dit récemment que les livres qui se vendaient le mieux dans ce pays étaient les livres de cuisine. Moi je sais pourquoi. Alors que M’ma et moi ont se réveillait de notre drame, titubant et enfin apaisés peut-être, le reste du pays mangeait, à pleine bouche, la terre et le reste du ciel et les maisons et les poteaux et le oiseaux et les espèces sans défense. » (p.83)
    « C’est une nationalité, « Arabe », dis-moi ? Il est où, ce pays que tous proclament comme leur ventre, leurs entrailles, mais qui ne se trouve nulle part ? » (p.113)

    https://alexmotamots.wordpress.com/2015/08/29/meursault-contre-enquete-kamel-daoud

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  • Dans un bar, un homme raconte l'histoire de Moussa, l'arabe tué par Meursault dans l'Etranger, et sa propre histoire, car Moussa était son frère.
    Il le réhabilite, lui rend son nom, sa réalité. Il découd le récit de Camus pour rendre à son frère son identité, et retrouver la sienne.

    Ce...
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    Dans un bar, un homme raconte l'histoire de Moussa, l'arabe tué par Meursault dans l'Etranger, et sa propre histoire, car Moussa était son frère.
    Il le réhabilite, lui rend son nom, sa réalité. Il découd le récit de Camus pour rendre à son frère son identité, et retrouver la sienne.

    Ce court récit n'en est pas moins riche et poignant.
    On découvre un visage d'Alger sans complaisance, abrupt, et l'auteur revisite avec brio, selon moi, le mythe construit par Camus.

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  • L'an dernier j'avais lu l'adaptation BD de L'étranger par Ferrandez (un petit coup de coeur, mon avis est ici) et relu l'original de Camus. Je l'ai repris comme point de départ de cette lecture.

    Un livre court mais dense qui pousse à de nombreuses réflexions. L'écriture est sublime, riche...
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    L'an dernier j'avais lu l'adaptation BD de L'étranger par Ferrandez (un petit coup de coeur, mon avis est ici) et relu l'original de Camus. Je l'ai repris comme point de départ de cette lecture.

    Un livre court mais dense qui pousse à de nombreuses réflexions. L'écriture est sublime, riche et sobre à la fois. Haroun, le narrateur s'adresse à nous à la première personne, il est dans un bar et tutoie son interlocuteur. Il lui raconte l'histoire de la mort de son frère écrite par l'assassin, un certain Meursault qui doit sa liberté à sa plume. Il est clair que la référence est celle de l'oeuvre de Camus.

    Il nous raconte son point de vue comme dans un miroir. L'arabe cité à vingt-cinq reprises dans le livre, c'est son frère Moussa qui n'est pas nommé. Ce manque d'identité change TOUT.
    Mais au fait, l'étranger c'est qui après l'indépendance en 1963 ?
    C'est le problème de l'identité, de la nationalité, héritage du passé et de la colonialisation qui est soulevé.

    Haroun a sept ans lorsque son frère est tué, il sera victime vingt ans durant, jusqu'à sa vengeance en 1962, ce meurtre gratuit à l'aube de l'indépendance sera la réponse à sa frustration.

    Le récit est défendu avec beaucoup de verve, avec une langue magnifique qui nous amènera à beaucoup de réflexion.

    Daoud versus Camus, effet miroir : son héros Meursault/Moussa, les problèmes avec sa mère (son pays ?) , le meurtre gratuit, la solitude.

    Un bel hommage à la littérature française.

    Un roman sur la recherche de l'identité mais dans lequel il clame sa haine de la religion et l'aveuglement de son peuple dans le refuge de ce Dieu et de sa religion.

    Un récit primé à juste titre qui ne pourra vous laisser indifférent.

    Ma note : 9.5/10

    Les jolies phrases

    Le premier savait raconter, au point qu'il a réussi à faire oublier son crime, alors que le second était un illettré que Dieu a créé uniquement, semble-t-il, pour qu'il reçoive une balle et retourne à la poussière, un anonyme qui n'a même pas eu le temps d'avoir un prénom.

    Quand les colons s'enfuient, ils nous laissent souvent trois choses : des os, des routes et des mots - ou des morts.

    Comme un vrai fils de veilleur de nuit, je dors peu et mal, aujourd'hui encore - je panique à l'idée de fermer les yeux pour tomber je ne sais où sans mon prénom en guise d'ancre. M'ma m'a transmis ses peurs et Moussa son cadavre. Que veux-tu qu'un adolescent fasse, ainsi piégé entre la mère et la mort ?

    Etrange histoire tout de même. C'est ton héros qui tue, c'est moi qui éprouve de la culpabilité, c'est moi qui suis condamné à l'errance.

    Toi, tu veux retrouver un cadavre, alors que moi je cherche à m'en débarrasser. ... C'est un déni d'une violence choquante, tu ne trouves pas ? Dès que la balle est tirée, le meurtrier se détourne et se dirige vers un mystère qu'il estime plus digne d'intérêt que la vie de l'Arabe. Il continue son chemin, entre éblouissement et martyr. Mon frère Zoudj, lui, est discrètement retiré de la scène et entreposé je ne sais où. Ni vu ni connu, seulement tué. A croire que son corps a été caché par Dieu en personne ! Aucune trace dans les procès-verbaux des commissariats, lors du procès, dans le livre ou dans les cimetières. Rien.

    Arabe, je ne me suis jamais senti arabe, tu sais. C'est comme la négritude qui n'existe que par le regard du Blanc. Dans le quartier, dans notre monde, on était musulman, on avait un prénom, un visage et des habitudes. Point. Eux étaient "les étrangers", les roumis que Dieu avait fait venir pour nous mettre à l'épreuve, mais dont les heures étaient de toute façon comptées : ils partiraient un jour ou l'autre, c'était certain.

    J'ai toujours cette impression quand j'écoute réciter le Coran. J'ai le sentiment qu'il ne s'agit pas d'un livre mais d'une dispute entre le ciel et une créature! La religion pour moi est un transport collectif que je ne prends pas. J'aime aller vers ce Dieu, à pied s'il le faut, mais pas en voyage organisé.

    Les sentiments vieillissent lentement, moins vite que la peau. Quand on meurt à cent ans, on n'éprouve peut-être rien de plus que la peur, qui à six ans, nous saisissait lorsque, le soir, notre mère venait éteindre la lumière.

    C'est le génie de ton héros : décrire le monde comme s'il mourait à tout instant, comme s'il devait choisir les mots avec l'économie de sa respiration.

    La gratuité de la mort de Moussa était inadmissible. Or ma vengeance venait d'être frappée de la même nullité.

    Je ne sais pas pourquoi à chaque fois que quelqu'un pose une question sur l'existence de Dieu, il se tourne vers l'homme pour attendre la réponse.

    J'avais refroidi tous les corps de l'humanité en en tuant un seul.

    http://nathavh49.blogspot.be/2015/04/meursault-contre-enquete-kamel-daoud.html

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