Mémoire de fille

Couverture du livre « Memoire de fille » de Annie Ernaux aux éditions Gallimard
  • Date de parution :
  • Editeur : Gallimard
  • EAN : 9782070196661
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

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  • Un récit intime et autobiographique d'une femme de 60 ans qui se penche sur la jeune fille qu'elle a été et sur l'événement douloureux qui a probablement fait d'elle ce qu'elle est aujourd'hui, une plongée dans une époque révolue celle d'avant 68, de ses us et coutumes : c'est très bien écrit !

    Un récit intime et autobiographique d'une femme de 60 ans qui se penche sur la jeune fille qu'elle a été et sur l'événement douloureux qui a probablement fait d'elle ce qu'elle est aujourd'hui, une plongée dans une époque révolue celle d'avant 68, de ses us et coutumes : c'est très bien écrit !

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  • C’est le récit autobiographique de l’auteure qui, cinquante ans après, ose une introspection de la jeune fille qu’elle était lorsque, durant l’été 1958, alors qu’elle était monitrice dans une colonie, elle se voit céder à un homme.

    C’est ainsi que l’on découvre la naïveté et l’innocence de...
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    C’est le récit autobiographique de l’auteure qui, cinquante ans après, ose une introspection de la jeune fille qu’elle était lorsque, durant l’été 1958, alors qu’elle était monitrice dans une colonie, elle se voit céder à un homme.

    C’est ainsi que l’on découvre la naïveté et l’innocence de cette jeune femme de 18 ans avant, pendant et jusque deux ans après l’évènement sexuel râté de cet été-là, dans le contexte de l’époque. Comment ces deux nuits, tel un choc émotionnel, ont bouleversé sa vie. Et d’ailleurs, ce n’est que bien des années plus tard qu’Annie Ernaux analyse et se penche réellement sur ce fait qui a eu tellement d’importance pour elle. Elle écrit au sujet de « la fille de 58 », souvent à la troisième personne, pour avoir ce regard extérieur sur sa propre vie. Même si, je cite, « avoir reçu les clés pour comprendre la honte ne donne pas le pouvoir de l’effacer. »

    « Mais ce que je retrouve dans l’immersion de cet été-là, c’est un désir immense, informulable, qui renvoie à l’insignifiance la bonne volonté des filles qui font tout, fellation, etc., avec conscience, les rites sécurisés des sadomasos, la sexualité décomplexée de tous ceux qui ignorent le désespoir de la peau. »

    L’écriture est fine, intelligente et exigeante. Elle détaille une véritable exploration psychologique de ce qu’était l’auteure ces années-là, ses relations aux autres aussi, aux hommes autant qu’aux femmes. Elle a évoqué, au plus près de la réalité, à quel point la honte de cette expérience sexuelle a résonné en elle, autant que l’envie de passer outre devant l’admiration de cet homme charpenté. Elle voit, avec ses yeux d’aujourd’hui, à quel point il s’est fourvoyé d’elle, et comment ses yeux d’hier la rendaient aveugle.

    « C’est l’absence de sens de ce que l’on vit au moment où on le vit qui multiplie les possibilités d’écriture. »

    Ainsi, avec tout le recul qui lui fut nécessaire, elle raconte, par flashs, et elle semble panser les plaies. Jusqu’à ce que son esprit classe cet évènement qui l’a hantée des années durant. La boucle est bouclée. Le secret est dévoilé et il repose désormais l’esprit et peut-être aussi le cœur de celle qui le portait depuis bien trop longtemps. En tout cas, j’ai vraiment cette sensation quand je lis les toutes dernières pages.

    La suite sur mon blog : https://ducalmelucette.wordpress.com/2018/05/06/lecture-memoire-de-fille-dannie-ernaux/

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  • Annie Ernaux a créé une œuvre presque essentiellement autobiographique. Chaque roman concerne une partie de sa vie. Pour « Mémoire de fille », l’approche a été plus difficile pour elle. En effet, les évènements intervenus en 1958 ont longtemps hanté l’autrice. Il lui a donc fallu du temps et...
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    Annie Ernaux a créé une œuvre presque essentiellement autobiographique. Chaque roman concerne une partie de sa vie. Pour « Mémoire de fille », l’approche a été plus difficile pour elle. En effet, les évènements intervenus en 1958 ont longtemps hanté l’autrice. Il lui a donc fallu du temps et attendre un âge avancé pour enfin s’y attaquer.

    Longtemps, pour se préserver, elle avait rejeté ce passé dans les limbes de l’oubli. Elle a décidé de se décharger de ce poids. Pour se faire, elle s’est mise en retrait en observant la jeune fille qu’elle était, comme une personne étrangère. Ce mode de narration lui permet d’être objective et surtout de ne pas tenir compte de ses sentiments. Elle s’en tient uniquement aux faits. Elle peut ainsi regarder les évènements de l’époque avec ses yeux d’aujourd’hui. Ce qui lui paraissait honteux et inavouable, peut enfin être porté au grand jour.

    Je comprendrais que certains/es jeunes lecteurs/rices trouvent le désarroi de cette adolescente un peu exagéré par rapport au monde moderne. Mais il faut replacer les évènements dans leur contexte et bien prendre en compte les usages de l’époque. En effet la réputation d’une adolescente était très vite faite et des choses acceptées aujourd’hui avec la libération progressive de la femme, ne l’auraient pas été jadis. C’est pour cette raison que l’autrice a souffert des quand-dira-t-on et qu’elle en gardait un très mauvais souvenir.

    Même si la deuxième partie du texte, moins recentrée sur l’affaire, m’a un peu moins passionné, j’ai pris beaucoup de plaisir avec ce court roman. L’écriture d’une grande dextérité, aussi exigeante qu’agréable, dégage une somme de sentiments et magnifie ce souvenir difficile. En voulant expier ses « fautes », Annie Ernaux nous livre un concentré de littérature vraie, qui ne vous laissera pas indifférent.

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  • J'ai bien aimé la première partie quand Annie Ernaux revient sur ce qui s'est passé ce fameux été 58 mais j'avoue que je me suis vite lassée de son ruminage. Nous avons toutes eu une première fois plus ou moins agréable, mais est il nécessaire la ressasser tout au long de sa vie ?

    J'ai...
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    J'ai bien aimé la première partie quand Annie Ernaux revient sur ce qui s'est passé ce fameux été 58 mais j'avoue que je me suis vite lassée de son ruminage. Nous avons toutes eu une première fois plus ou moins agréable, mais est il nécessaire la ressasser tout au long de sa vie ?

    J'ai trouvé ce texte très froid sans émotion à la limite du robotique. C'est la première fois que je lis cette auteure, parce qu'elle m'a souvent été vantée mais je reste sur ma faim.

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  • Se souvenir… Se rappeler… Et ne pas forcément vouloir être identifiée à cette personne, celle que l’on était jadis… Raconter son passé en utilisant un regard extérieur, en parlant d’«elle», mais en connaissant chaque bride de l’histoire ainsi que les ressentis qui en découlent… C’est ce...
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    Se souvenir… Se rappeler… Et ne pas forcément vouloir être identifiée à cette personne, celle que l’on était jadis… Raconter son passé en utilisant un regard extérieur, en parlant d’«elle», mais en connaissant chaque bride de l’histoire ainsi que les ressentis qui en découlent… C’est ce qu’arrive à faire Annie Ernaux, en nous présentant « la fille de 58 », et ceci à merveille avec simplicité et délicatesse !

    « J’ai voulu oublier cette fille. L’oublier vraiment, c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n’y suis jamais parvenue. »

    Mémoire de fille m’a transportée ! En une soirée, je me suis plongée dans ce court roman, et me suis focalisée sur cette plume qui m’était inconnue, sur ces mots puissants, sur ces phrases courtes et percutantes, emplies de convictions et de réalités !

    En entrant dans cet antre de l’intimité qu’Annie Ernaux nous dévoile sur un plateau, le lecteur vie en même temps qu’elle ces brides de passés qu’elle nous donne sans discuter : notamment sa première relation sexuelle, cette première expérience, ainsi que d’autres événements plus ou moins liés qui vont s’en suivre.

    « Je ne sais plus s’il lui vient déjà à la pensée que c’est « une nuit d’amour », sa première »

    Mémoire de fille, c’est aussi une petite leçon qui nous montre que peu importe les fautes/ décisions que l’on a commises/ prises dans le passé, celles-ci restent en nous et nous forgent. Ceci, même si l’on préférerait les oublier, même si l’on aimerait ne plus se rappeler du regard des autres…

    Un récit touchant, à sa manière.

    Un roman envoûtant qui m’a donné envie de découvrir cette autrice !

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  • A une époque où il y a de plus en plus d'auteurs (gens qui écrivent) et trop peu d'écrivains, Annie Ernaux est pour moi l'Ecrivain, celle qui a crée une oeuvre qui fait sens.
    Née en 1940, elle est élevée en Normandie (Yvetot), par ses parents ouvriers devenus petits commerçants, donc de milieu...
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    A une époque où il y a de plus en plus d'auteurs (gens qui écrivent) et trop peu d'écrivains, Annie Ernaux est pour moi l'Ecrivain, celle qui a crée une oeuvre qui fait sens.
    Née en 1940, elle est élevée en Normandie (Yvetot), par ses parents ouvriers devenus petits commerçants, donc de milieu modeste.
    La petite Annie Duchesne va devenir agrégée de lettres et écrivain.

    C'est ce parcours, la construction d'une femme, qu'Annie Ernaux dissèque en allant du personnel à l'universel, de l'intime au collectif. Une vie analysée et retranscrite manifiquement, ancrée dans son siècle, du privé au sociologique.
    La meilleure définition est donnée par elle-même : «Ce qui m'importe, c'est de retrouver les mots avec lesquels je me pensais et pensais le monde autour»

    Dans mémoire de fille, elle revient sur l'année de ses dix-huit ans, 1958,année éludée dans les seize livres précédents celui-ci, et qui aurait du être l'entrée Annie Duchesne dans sa vie de femme.
    "Dans ces conditions, dois-je fondre la fille de 58 et la femme de 2014 en un « je » ? Ou, ce qui me paraît, non pas le plus juste – évaluation subjective – mais le plus aventureux, dissocier la première de la seconde par l'emploi de « elle » et de « je », pour aller le plus loin possible dans l'exposition des faits et des actes. Et le plus cruellement possible, à la manière de ceux qu'on entend derrière une porte parler de soi en disant « elle » ou « il » et à ce moment-là on a l'impression de mourir."

    Ce paragraphe dit le pourquoi et le comment de cette quête, et nous montre que l'écriture d'Annie Ernaux est épurée et que cette épure n'est pas synonyme de platitude et n'est pas dénuée d'émotion.

    L'été 58 est pour elle le moment de se défaire du carcan familial et social mais cette jeune fille n'a pas les codes lui facilitant l'entrée dans l'inconnu, pas, plus difficile à franchir que le geste de "libérer ses cheveux du chignon" hors du regard maternel.
    Elle veut vivre une histoire d'amour, être femme.

    Elle débarque comme monitrice dans la colonie de vacances comme une jeune fille qui n'a d'autre bagage que celui qu'elle s'est forgée à travers ses lectures et qui l'a éloignée de son milieu, bardée de l'orgueil d'être différente des siens.
    Surprotégée par ses parents et éloignée des réalités de la vie, ils l'ont voulu différente d'eux.

    Elle va la vivre cette grande aventure de la première fois avec quelqu'un de plus âgé, de plus gradé et surtout avec quelqu'un pour qui ce pas si important pour elle, n'est rien pour lui.
    A partir de cet évènement "Je" déconstruit "Elle" dans ce contexte de 1958, dix ans avant la "chienlit" abhorrée par le Général. Epoque où la valeur d'une fille se résumait à "sa conduite".
    Dans une sorte de candeur, impropre à la situation elle ne s'attend pas à l'opprobre qui lui tombe dessus.
    En parallèle les études avec les facilités et les difficultés d'un monde où elle remarque davantage ce qu'elle ne sait pas, que de se prévaloir de ses capacités.
    L'échec de ne pas être faite, dans la pratique, pour ce métier dont son père rêvait pour elle, après son succès à l'Ecole Normale, pour lui : le saint graal.
    Quand on naît ou quand on est entre deux mondes? difficile d'appréhender l'impact des décisions que l'on prend.
    Le chemin n'est pas tout tracé, la part d'inconnu est grande.
    Trouver sa voie, donner sa voix pour une vie.
    Sans cesse Annie Ernaux, avec pugnacité et maestria retrace le parcours de "Elle" en donnant du "Je".
    C'est un rendez-vous, avec ses lecteurs qui aiment la retrouver et qui reconnaissent les portraits croisés du père et de la mère et de cette fille, figures familières.
    Un texte qui a été en gestation tellement d'années qu'il a un écho implacable dans l'oeuvre d'Annie Ernaux.
    La désobéissante Annie Duchesne est devenue Annie Ernaux l'insoumise.

    @Chantal Lafon de Litteratum Amor 25 septembre 2016

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  • Quelle plongée dans l’adolescence m’a offert l’auteure : l’âge pendant lequel on doit faire des choix pour son avenir ; ce moment pendant lequel on cherche absolument à appartenir à un groupe.

    Mais Annie n’appartient à aucun monde : ni celui des monos de camp de vacances, ni celui des filles...
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    Quelle plongée dans l’adolescence m’a offert l’auteure : l’âge pendant lequel on doit faire des choix pour son avenir ; ce moment pendant lequel on cherche absolument à appartenir à un groupe.

    Mais Annie n’appartient à aucun monde : ni celui des monos de camp de vacances, ni celui des filles huppées du lycée. Qu’importe, elle se découvre peu à peu, s’émancipant de sa famille en douceur. Reviendront alors son « sang » et son appétit.

    L’auteure explore également son rapport à l’écriture, ainsi que son rapport au passé. Retourner sur les lieux des événements ne lui apporte rien, et pourtant elle cherche souvent des traces des personnes qui ont croisé sa route à cette époque.

    Tout au long de ma lecture, j’ai senti l’auteure apaisée.

    L’image que je retiendrai :

    Celle de l’adolescente calquant ses vêtements et ses études sur ceux de cette femme du camp de vacances, tentant de lui ressembler.

    http://alexmotamots.fr/?p=2072

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  • https://animallecteur.wordpress.com/2016/07/11/memoire-de-fille-annie-ernaux/

    Durant ma scolarité (et là c’est le gros trou de mémoire…) j’ai étudiée un livre d’Annie Ernaux (je ne sais plus si c’était au collège ou au lycée et je ne sais plus quel titre c’était) mais je n’ai pas oublié...
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    https://animallecteur.wordpress.com/2016/07/11/memoire-de-fille-annie-ernaux/

    Durant ma scolarité (et là c’est le gros trou de mémoire…) j’ai étudiée un livre d’Annie Ernaux (je ne sais plus si c’était au collège ou au lycée et je ne sais plus quel titre c’était) mais je n’ai pas oublié que j’ai bien aimé son écriture et que du coup j’ai lu Les années, La place, et L’événement. En voyant la sortie de ce dernier j’ai été emballée. Ne vous méprenez pas je n’ai pas été déçue.

    Dans ce roman, l’auteure fait le bilan d’une vie qui a changé après sa première expérience sexuelle. Elle revient sur cette honte qui la ronge et surtout qui ronge la Annie D. qu’elle était il y a presque une soixantaine d’années. On navigue entre le « elle » qui était cette Annie qui est partie en colonie à S., qui a fait fille au pair en Angleterre, et surtout qui a perdue sa virginité et le « je » qui est la Annie Ernaux d’aujourd’hui qui revient sur ses souvenirs de jeunesse et ses origines sociales.

    Certes ce roman n’est pas émotionnellement ultra fort, il n’y a pas de romantisme ou de tendresse mais il ne laisse pas indifférent, on se rend compte à cette lecture que Annie Ernaux n’était autre qu’une féministe en devenir.

    Mémoire de fille est un roman initiatique sur l’apprentissage de l’amour, du sexe et de l’amitié tout en étant le reflet d’une époque révolue dans laquelle il est bon de s’y plonger. A conseiller à toutes les jeunes filles et aux autres!

    Une note : 8/10

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  • malgré le style et l'écriture d'Annie Ernaux, toujours agréables, ce livre est un peu lassant. Ce nouveau retour sur une période de sa vie qu'elle analyse dans tous les sens semble être le problème d'une intelectuelle frustrée par son milieu d'origine.A notre époque cela peu paraître...
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    malgré le style et l'écriture d'Annie Ernaux, toujours agréables, ce livre est un peu lassant. Ce nouveau retour sur une période de sa vie qu'elle analyse dans tous les sens semble être le problème d'une intelectuelle frustrée par son milieu d'origine.A notre époque cela peu paraître superficiel et léger ...

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  • "J'ai voulu l'oublier cette fille. L'oublier vraiment, c'est-à-dire ne plus avoir envie d'écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n'y suis jamais parvenue."

    C'est le début de la quatrième de couverture. Ce récit était indispensable pour...
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    "J'ai voulu l'oublier cette fille. L'oublier vraiment, c'est-à-dire ne plus avoir envie d'écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n'y suis jamais parvenue."

    C'est le début de la quatrième de couverture. Ce récit était indispensable pour Annie Ernaux, le chaînon manquant de son oeuvre disent certains. Indispensable d'analyser, de disserter sur cette fille de 1958 qu'elle était et sur ce que cette image est devenue.

    "Je ne construis pas un personnage de fiction, je déconstruis la fille que j'étais"

    Annie Ernaux précise également qu'elle utilise le "je" pour l'écrivain et le "elle" pour la fille de 1958, monitrice à la colonie de S, celle qui fêtera ses dix-huit ans quinze jours plus tard.

    Tout est neuf pour Annie Duchesne; la mixité, ne pas être avec ses parents. Elle rêve de liberté, d'une envie de découvrir la vie, de vivre une histoire d'amour. Cependant, le poids de la religion, de son éducation lui pèsent énormément. C'est la première fois qu'elle a l'occasion de s'évader, enfant unique, fille d'épicier dans un milieu rural, élevée par les bonnes soeurs,

    Elle ne se fait pas prier lorsque le moniteur en chef de la colo la regarde, l'emmène dans sa chambre. Cela va trop vite mais elle ne peut plus reculer, elle est encore vierge, elle découvre l'homme, son sexe et a besoin de cette histoire. Elle croit naïvement à l'amour et devient celle que tout le monde montre du doigt, la "fille facile" (nous sommes tout de même dix ans avant '68), elle s'obstinera à subir le mépris qu'elle ne comprend pas car elle a aussi ce besoin d'appartenance de groupe.

    Annie Ernaux nous parlera aussi de l'humiliation, de la honte, de ce sang qui refuse de couler deux ans durant et de sa boulimie suite au choc.

    Elle nous confie l'intime d'une façon bouleversante mais aussi l'évolution de la société, de sa jeunesse dans les années 60 et comme à son habitude jette un regard sur son milieu social, les perceptions et l'évolution culturelle.

    Avec beaucoup d'orgueil elle écoute Brassens et le Golden Gate Quartet au lieu d'Yvette Horner, lit "Les fleurs du mal" au lieu de "Nous deux",

    Nous la suivrons les deux années suivantes à la recherche toujours du mode d'emploi de la vie, de l'image qu'elle voudra donner d'elle lorsqu'elle comprendra qu'elle a été la femme objet dont on s'est servie, sa honte elle la dépassera avec la lecture de Simone de Beauvoir. La littérature est évidement très présente.

    J'ai été touchée et émue par la première partie. L'écriture est parfaite, maîtrisée comme toujours, très profonde.

    Une petite réserve sur la seconde partie ce qui explique ma note de 8/10.

    Cela reste une très belle lecture.


    Les jolies phrases

    Comment faire pour retrouver l'imaginaire de l'acte sexuel tel qu'il flotte dans ce moi au seuil de la colonie ? Comment ressusciter cette ignorance absolue et cette attente de ce qui est alors tout l'inconnu et le merveilleux de l'existence - le grand secret chuchoté depuis l'enfance mais qui n'est alors ni décrit ni montré nulle part ? Cet acte mystérieux qui introduit au banquet de la vie, à l'essentiel - mon Dieu, ne pas mourir avant - et sur lequel pèsent l'interdit et l'effroi des conséquences en ces années Ogino, les pires en ce qu'elles font miroiter la tentation de huit jours de "liberté" par mois juste avant les règles.

    Comme si j'avais besoin qu'ils soient vivants pour continuer d'écrire. Besoin d'écrire sur du vivant, sous la mise en danger du vivant, pas dans la tranquillité que donne la mort des gens, rendus à l'immatérialité d'êtres fictifs.

    Je suis incapable de trouver dans ma mémoire un sentiment quelconque, encore moins une pensée. La fille sur le lit assiste à ce qui lui arrive et qu'elle n'aurait jamais imaginé vivre une heure avant, c'est tout.

    Ce n'est pas à lui qu'elle se soumet, c'est à une loi indiscutable, universelle, celle d'une sauvagerie masculine qu'un jour ou l'autre il lui aurait bien fallu subir.

    Chaque jour et partout dans le monde il y a des hommes en cercle autour d'une femme, prête à lui "jeter le pierre".

    Parce que le bonheur du groupe est plus fort que l'humiliation, elle veut rester des leurs.

    Elle a découvert la fête, la liberté, les corps masculins. Elle est dans l'orgueil de l'expérience, de la détention d'un savoir nouveau dont elle ne peut mesurer, imaginer ce qu'il produira en elle dans les mois qui viennent. L'avenir d'une acquisition est imprévisible.

    Elle n'a pas rencontré ses semblables, c'est elle qui n'est plus la même.

    C'est fou ce que la philo peut nous rendre raisonnable. A force de penser, de répéter, d'écrire qu'autrui ne doit pas nous servir de moyen mais de fin, que nous sommes rationnels et que, partant, l'inconscience et le fatalisme sont dégradants, elle m'a enlevé le goût de flirter.

    D'avoir reçu les clés pour comprendre la honte ne donne pas le pouvoir de l'effacer.

    Il me faut admettre que c'est elle, par son verdict - atroce sur le moment - qui m'a, sinon sauvée, du moins fait gagner beaucoup de temps.

    J'ai commencé à faire de moi-même un être littéraire, quelqu'un qui vit les choses comme si elles devaient être inscrites un jour.

    Explorer le gouffre entre l'effarante réalité de ce qui arrive, au moment où ça arrive et l'étrange irréalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé.

    https://nathavh49.blogspot.be/2016/07/memoire-de-fille-annie-ernaux.html

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