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Mauvaises herbes

Couverture du livre « Mauvaises herbes » de Dima Abdallah aux éditions Sabine Wespieser
Résumé:

Dehors, le bruit des tirs s'intensifie. Rassemblés dans la cour de l'école, les élèves attendent en larmes l'arrivée de leurs parents. La jeune narratrice de ce saisissant premier chapitre ne pleure pas, elle se réjouit de retrouver avant l'heure « son géant ». La main accrochée à l'un de ses... Voir plus

Dehors, le bruit des tirs s'intensifie. Rassemblés dans la cour de l'école, les élèves attendent en larmes l'arrivée de leurs parents. La jeune narratrice de ce saisissant premier chapitre ne pleure pas, elle se réjouit de retrouver avant l'heure « son géant ». La main accrochée à l'un de ses grands doigts, elle est certaine de traverser sans crainte le chaos.
Ne pas se plaindre, cacher sa peur, se taire, quitter à la hâte un appartement pour un autre tout aussi provisoire, l'enfant née à Beyrouth pendant la guerre civile s'y est tôt habituée.
Son père, dont la voix alterne avec la sienne, sait combien, dans cette ville détruite, son pouvoir n'a rien de démesuré. Même s'il essaie de donner le change avec ses blagues et des paradis de verdure tant bien que mal réinventés à chaque déménagement, cet intellectuel - qui a le tort de n'être d'aucune faction ni d'aucun parti - n'a à offrir que son angoisse, sa lucidité et son silence.
L'année des douze ans de sa fille, la famille s'exile sans lui à Paris. Collégienne brillante, jeune femme en rupture de ban, mère à son tour, elle non plus ne se sentira jamais d'aucun groupe, et continuera de se réfugier auprès des arbres, des fleurs et de ses chères adventices, ces mauvaises herbes qu'elle se garde bien d'arracher.
De sa bataille permanente avec la mémoire d'une enfance en ruine, l'auteure de ce beau premier roman rend un compte précis et bouleversant. Ici, la tendresse dit son nom dans une main que l'on serre ou dans un effluve de jasmin, comme autant de petites victoires quotidiennes sur un corps colonisé par le passé.

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Avis (9)

  • un certain mal être s'empare du lecteur en lisant cette alternance de deux voix: celle d'un père et celle sa fille qui rentrent de l'école à Beyrouth sous les alertes à la bombe Ils jouent tout au long du livre à"aller bien" alors que peu à peu les traumatismes les anéantissent. Dur, noir et...
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    un certain mal être s'empare du lecteur en lisant cette alternance de deux voix: celle d'un père et celle sa fille qui rentrent de l'école à Beyrouth sous les alertes à la bombe Ils jouent tout au long du livre à"aller bien" alors que peu à peu les traumatismes les anéantissent. Dur, noir et ,pour ma part ,une certaine difficulté à savoir qui parle ;les souvenirs du passé se mêlant aux angoisses du quotidien .Un livre marquant ,exceptionnel!!!!

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  • Ce premier roman nous plonge dans le quotidien d’une famille à Beyrouth en 1983, donc au Liban en pleine guerre civile.
    Le chapitres alternent entre la voix de l’enfant puis la voix de l’adulte. Chacun apporte son point de vue, ses sentiments, la façon dont il vit tout cela.
    C’est un récit...
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    Ce premier roman nous plonge dans le quotidien d’une famille à Beyrouth en 1983, donc au Liban en pleine guerre civile.
    Le chapitres alternent entre la voix de l’enfant puis la voix de l’adulte. Chacun apporte son point de vue, ses sentiments, la façon dont il vit tout cela.
    C’est un récit poignant, vu avec les yeux d’une enfant de 8 ans. Elle va avec la peur au ventre à l’école. Elle espère qu’on ne lui pose pas la question incontournable à laquelle elle ne sait répondre : de quelle confession est-elle ? chrétienne ou musulmane ? Elle n’est ni l’une, ni l’autre. Ses parents ne croient pas en Dieu. La famille de sa mère est un peu chrétienne et celle de son père un peu musulmane.
    Selon la situation, sa mère montre ses papiers chrétiens ou musulmans. Elle est journaliste et professeure de français. Elle rentre souvent tard. C’est donc son père, écrivain, qui s’occupe d’elle et de son petit frère.
    Elle essaie d’écrire des poèmes comme son père. Elle aime arroser les plantes sur le balcon avec lui. C’est son modèle, « son géant ».
    « La poésie c’est peut-être ce qu’on écrit quand on n’arrive pas à pleurer comme les autres. »
    Elle est différente des autres enfants. Elle est sensible. Elle a du mal à s’adapter à l’école dont elle ne comprend pas les règles. « Je suis un cube qu’on essaye de faire entrer dans le monde rond du matin au soir. »
    Et un soir, elle n’arrive plus à effacer, oublier les moments difficiles de sa vie, la peur des bombes, des contrôles, les valises prêtes pour fuir à tout moment. C’est sa première crise d’angoisse. Son père impuissant, ne sait comment la rassurer. « J’aurais voulu être fort, et être fort, ici, c’est tuer, c’est torturer. »
    Trois ans plus tard, elle part pour Paris avec sa mère et son frère, laissant son père au Liban.
    Elle raconte alors sa vie à Paris, les choses qu’elle aime bien comme la bibliothèque de la rue Mouffetard où elle passe la majeure partie de son temps à lire des BD et des romans.
    Peu à peu elle oublie les mots arabes et ne parle plus qu’en français, elle perd son identité. On la voit ainsi grandir, abandonner l’école, partir pour se perdre alors que les crises d’angoisses sont toujours présentes.
    Père et fille n’arrivent pas à se parler, ils s’écrivent. Il boit beaucoup. On assiste à sa lente chute.
    Un texte délicat, plein de grâce et de poésie, bouleversant.
    Elle a reçu le prix « envoyé par la Poste » 2020.

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  • C’est un livre à deux voix celle d’une jeune fille et son père, entre un journal intime et un roman épistolaire. Les mots valsent entre ce père, journaliste et écrivain, qui exprime ses tourments à tenter de protéger sa fille, et cette dernière qui résiste, ne pleure pas malgré les explosions,...
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    C’est un livre à deux voix celle d’une jeune fille et son père, entre un journal intime et un roman épistolaire. Les mots valsent entre ce père, journaliste et écrivain, qui exprime ses tourments à tenter de protéger sa fille, et cette dernière qui résiste, ne pleure pas malgré les explosions, les corps déchiquetés ... et qui lui écrit des poèmes « La poésie, c’est peut être ce qu’on écrit quand on n’arrive pas à pleurer comme les autres ».
    Elle est née à Beyrouth pendant la guerre civile et a appris à ne rien montrer de ses peurs, plongeant dans le regard de ce père, ce géant, lui tendant la main comme on s’accroche à un fil pour ne pas sombrer. Elle qui craint les fantômes plus que bombes, grandit au milieu de la désolation et trouve refuge dans les plantes, y compris (et surtout) les mauvaises herbes « celles qui poussent au mauvais endroit au mauvais moment, mais qui prolifèrent ailleurs […], qui s’acharnent à vivre dans les milieux les plus hostiles ». Car il faut vivre malgré tout et ne pas montrer sa peur.
    Quand le départ s’impose, le déracinement va lentement immiscer son poison dans les veines et surtout le cœur de cette jeune femme, ce cœur qui garde tout, trop, qui gonfle et finit par devenir incontrôlable. Enfant, habituée pendant des années à déménager, à n’emporter que l’essentiel dans un sac à dos bleu, devenue adolescente puis adulte, elle est perdue devant ces objets, ces souvenirs qui s’accumulent et dont elle ne sait quoi faire.
    Très beau premier roman sur la relation forte mais silencieuse entre un père et sa fille, séparés à cause d’une guerre civile qui dévisagea leur pays, sur l’arrachement à une terre (même sous les bombes) et sur le comment on se (re)construit malgré tout.
    L’écriture est à la fois forte, poétique et d’une sincérité qui m’a profondément touchée.
    Une dernière citation de cette auteure pour illustrer cette difficulté à vivre l’exil «  De ce quartier peut-être, où on n’est pas seuls à être de nulle part. De ce quartier où, vu qu’on est nombreux à être un peu d’ici, un peu de là-bas, un peu de bientôt ailleurs, on en fait un petit pays, un endroit où l’on se ressemble et qui finit par nous ressembler ».
    Premier roman de cette auteure libanaise qui, comme son géant de papa, écrit pour mieux se relever. Puissant et bouleversant !

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  • Un premier roman très touchant.
    Lu dans le cadre du Prix des lecteurs pour les Escales du Livre 2021 de Bordeaux.
    L'oubli ou la persistance des souvenirs pour rester debout et affronter l'avenir : que faire, effacer, se souvenir, oublier, avoir des habitudes de "petit vieux" ou avoir l'esprit...
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    Un premier roman très touchant.
    Lu dans le cadre du Prix des lecteurs pour les Escales du Livre 2021 de Bordeaux.
    L'oubli ou la persistance des souvenirs pour rester debout et affronter l'avenir : que faire, effacer, se souvenir, oublier, avoir des habitudes de "petit vieux" ou avoir l'esprit nomade et ne s'attacher à rien, à seulement aux quatre membres de la famille. Voici le dilemme des deux personnages principaux de ce récit.
    Une enfance dans un pays en guerre, la narratrice, petite fille, jeune adolescente, jeune femme, mère nous raconte son enfance, ses silences, la gestion personnelle de sa "boule au ventre", de ses crises d'angoisse, ses façons personnelles d'affronter la peur, les fantômes, les autres, enfants ou adultes. Avec beaucoup de délicatesse, de poésie, elle raconte l'enfance et le rôle de ce père, ce géant qui vient la chercher à l'école et à qui sa petite main s'accroche pour aller se réfugier à la maison avec sa mère et son jeune frère, ses bouderies quand l'ascenseur ne fonctionne pas à cause des coupures incessantes d'électricité et qu'elle préfère rester sur la marche de l'entrée, les "leçons" de son père qui lui parle des plantes en pot sur les balcons des différentes maisons qu'ils occupent. Sa vie d'adolescente, dans un Paris apaisé, sa vie de jeune femme et de mère.
    Puis en écho la voix du père, ce père qui ne se sent pas du tout un chevalier avec sa jeune enfant, qui doute de ses capacités de père, de son rapport à la guerre et de son incapacité de prendre partie pour l'un ou l'autre camps de cette guerre civile, il préfère s'installer le matin sur la terrasse, une tasse à café, une cigarette et des feuilles blanches pour écrire.. Il est assez taiseux et restera seul quand la famille décidera de s'installer à Paris.
    De belles pages avec une écriture très imagée, on se retrouve sur les terrasses des cafés du Jardin du Luxembourg ou du Jardin des Pantes, sous le banc fantôme du cerisier japonais ou dans un simple café en bord de mer à Beyrouth.
    Un beau portrait de fille et de père, de l'exil, de la vie sous les bombes. Un récit aussi sur Beyrouth et ses guerres civiles et son actualité.
    Comment survivre avec ses peurs, ses doutes, ses questionnements, cette boule au ventre. Avoir l'impression que ses souvenirs, ses images sont un tonneau à la Sisyphe, qu'il faut perpétuellement remonter cette montagne.
    Un premier roman très touchant, et le souvenir de belles pages sur de simples plantes, et pas que des mauvaises herbes.

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  • …/…
    J'ai aimé ce récit d'un attachement à la fois merveilleux et destructeur, d'un déracinement quel que soit le lieu où on habite. On connaît cette fidélité aux parents, à la famille dans laquelle on grandit, même si cet attachement est toxique. La plume de Dima Abdallah est douce et poétique....
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    …/…
    J'ai aimé ce récit d'un attachement à la fois merveilleux et destructeur, d'un déracinement quel que soit le lieu où on habite. On connaît cette fidélité aux parents, à la famille dans laquelle on grandit, même si cet attachement est toxique. La plume de Dima Abdallah est douce et poétique. Elle traduit aussi la violence de la guerre et des drames qui se jouent dans les cœurs et les corps de la fillette et de son père. J'ai été touchée par la perception de cette angoisse et de cette inadaptation au monde et de la manière dont cela se traduit dans les corps et les comportements. Comment ils tentent de faire bonne figure et de continuer à vivre. Le lecteur suit leurs évolutions au cours d'une quarantaine d'années, de 1983 à 2019, les descentes aux enfers et les sursauts. L'incapacité du père à "se faire violence", selon la formule populaire, pour dépasser ses angoisses et être présent pour sa famille. Comment, d'ailleurs, "se faire violence" quand toute sa vie n'a été que violence et terreurs ? Le père, puis sa fille plus tard, écrit, noircit les pages les unes après les autres. Je me suis souvent demandée d'ailleurs pourquoi ces deux-là ne s'écrivaient pas. Pourquoi ils n'avaient pas alimenté une correspondance par delà la Méditerranée, pour s'écrire ce qu'ils étaient incapables de se dire. Cela m'a semblé tellement dommage.
    …/…
    Un premier roman riche, sensible et violent à la fois, touchant et poétique. Une nouvelle auteure à suivre très certainement.

    https://itzamna-librairie.blogspot.com/2020/12/mauvaises-herbes-dima-abdallah.html
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  • Joli roman sur les relations père-fille; les mauvaises herbes ce sont les inadaptés, les marginaux, à l'image de cette fille et de son père, fondamentalement libres et dissidents...ce n'est pas un livre sur la guerre au Liban, même si on devine que c'est sous-jacent mais sur la difficulté à...
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    Joli roman sur les relations père-fille; les mauvaises herbes ce sont les inadaptés, les marginaux, à l'image de cette fille et de son père, fondamentalement libres et dissidents...ce n'est pas un livre sur la guerre au Liban, même si on devine que c'est sous-jacent mais sur la difficulté à communiquer. L'auteur alterne avec subtilité les pensées du père et celles de sa fille....

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  • https://leslivresdejoelle.blogspot.com/2020/09/mauvaises-herbes-de-dima-abdallah.html

    Le récit commence en 1983 à Beyrouth, dans un pays en guerre civile depuis onze ans. La narratrice, qui est née au Liban six ans plus tôt, attend avec les autres élèves rassemblés dans la cour de l'école que...
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    https://leslivresdejoelle.blogspot.com/2020/09/mauvaises-herbes-de-dima-abdallah.html

    Le récit commence en 1983 à Beyrouth, dans un pays en guerre civile depuis onze ans. La narratrice, qui est née au Liban six ans plus tôt, attend avec les autres élèves rassemblés dans la cour de l'école que leurs parents viennent les chercher. Encore une fois les bombardements se sont intensifiés et il faut évacuer l'école. Au milieu des autres enfants, elle est la seule à ne pas pleurer trop heureuse de quitter l'école où elle se sent très seule et de retrouver son père, "son géant", son héros. La main cramponnée au petit doigt de son père, elle s'enfuit certaine qu'il ne peut rien lui arriver. Son père est un intellectuel, un poète qui s'emploie à être un roc, à cacher son angoisse en faisant semblant que tout va bien et en sortant des blagues pour la faire rire.

    L'enfant est elle aussi habituée à faire semblant de ne pas avoir peur, à tout verrouiller en elle, en premier lieu la boule qui ne quitte pas sa gorge. Elle veut aussi protéger son petit frère en ne montrant rien de ses peurs. La famille est sans cesse contrainte de fuir précipitamment en emportant seulement les valises et le gros sac de soldats en plastique de son frère, laissant toutes leurs affaires derrière eux, les jouets des enfants et les plantes que la petite fille aime tant... Ils vivent ainsi de maison en maison qui ne sont pas leurs véritables maisons. Parfois la petite fille ne peut pas cacher ses crises d'angoisse quand elle se retrouve dans l'impossibilité de respirer...

    L'année des douze ans de la petite fille, la famille s'exile à Paris en laissant le père derrière eux. Ils échangeront des lettres, se reverront occasionnellement...

    C'est son histoire que raconte ici Dima Abdallah. La voix de la petite fille et celle qu'elle prête à son père alternent de chapitre en chapitre. Elle explore sa relation avec son père, la communication impossible entre eux deux, enfermés dans le silence, incapables de se parler de leurs émotions, de se dire ce qu'ils pensent, ce qu'ils ressentent "Je suis un spécialiste des banalités, des généralités et des lieux communs. Je suis un expert dans l'art de la fuite. Je ne suis bon qu'à lui dire que je pense à elle". La guerre est bien entendu présente dans ce texte, mais seulement en toile de fond car ce roman est essentiellement une histoire d'amour entre une fille et son père. La mère et le frère sont peu évoqués, ils sont juste à la périphérie de cette histoire. C'est une petite fille qui cache sa tristesse et ses angoisses à son père pour l'épargner, ne le sentant peut-être pas assez fort pour les entendre. C'est un père qui livre bataille en écrivant, seule façon de résister à l'absurde "C'est mon combat, c'est ma guerre à moi.... Écrire l'absurde pour tuer l'absurde". Il y a des moments forts tout au long du livre mais je retiens tout particulièrement l'image magnifique de la main de la narratrice cramponnée au doigt de son père, les images de son départ du Liban. Père et fille se retrouvent sur le sujet de la botanique, un sujet de discussion pour éviter de parler du reste... prendre soin des fleurs et des plantes devient leur passion commune et le fil conducteur de ce texte. "Il ne sait pas lui. Je ne peux pas lui dire. Il ne sait pas ce que c’est pour moi, des les entendre crier et des les abandonner, lui, la marjolaine, le jasmin et le rosier". Tous deux trouvent l'écriture comme porte de sortie, ce sera la poésie pour eux deux.
    Tous deux se sentent inadaptés au monde qui les entoure, ce sont des "mauvaises herbes" qui s'acharnent à pousser dans l'improbable. Ce roman parle aussi d'inadaptation au monde, d'exil qui est avant tout intérieur, d'enracinement impossible à force d'avoir passé sa vie à fuir, " Peut-être qu'à force, de nomade, on devient déraciné... Peut-être que le sentiment d'être de nulle part reste à tout jamais."
    J'ai adoré l'écriture éminemment poétique, la douce musicalité des mots, des phrases pour marteler des propos très percutants. C'est une histoire très forte souvent dure mais éclairée par l'amour que se portent le père et la fille. Un magnifique premier roman.

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  • Dima Abdallah nous emmène dans ce Liban meurtri de cette guerre civile des années 1980, et nous l'accompagnons ensuite en France, dans sa capitale, là où elle se résout à prendre racines, après quelques allers-retours à Beyrouth. Mauvaises herbes n'est pas un roman qu'il faut lire comme tel, il...
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    Dima Abdallah nous emmène dans ce Liban meurtri de cette guerre civile des années 1980, et nous l'accompagnons ensuite en France, dans sa capitale, là où elle se résout à prendre racines, après quelques allers-retours à Beyrouth. Mauvaises herbes n'est pas un roman qu'il faut lire comme tel, il réclame patience, délicatesse et circonspection, le temps qu'il faut après tout pour voir ses plants s'épanouir. Il faut les lire comme des lettres, que l'auteure s'adresse à elle-même, qu'elle adresse à son père, que lui-même, sur la base de son imaginaire, lui adresse. Sur cette famille hybride de quatre membres, aux enfants, qui ont lentement mûri sous le soleil libanais, entre église maronite et islam, s'identifiant à la fois à tout le monde et personne, seules les voix du père et de la fille ont droit au chapitre, c'est assez déconcertant. Les silhouettes maternelles et fraternelles, muettes et fuyantes, hantent le texte, ici et là, sans que jamais la narratrice leur laisse la moindre place pour s'exprimer. Ce n'est pas un échange, pas plus qu'un dialogue, c'est l'émotion, le regret d'une âpreté incommodante et fugace, la nostalgie douceâtre d'une rencontre manquée entre une fille désormais adulte et son père, resté à Beyrouth, alors même que le reste de la famille trouvait refuge en France sous l'impulsion maternelle.
    La clef de ce roman réside donc dans cette relation filiale ou personne d'autre qu'eux n'a sa place: la relation avec la mère est surement apaisée comme je me l'imagine, à défaut d'avoir la moindre réponse à cette interrogation, mon imagination a paré à cette absence. Quant au lien avec le frère, il reste encore plus énigmatique. Empruntant les mots qu'ils n'ont jamais eus l'un pour l'autre, l'adulte qu'elle est devenue revisite son histoire avec un père qui a le mot rare et peu généreux et qui choisit de s'effacer de la vie de ce noyau familial. Comment comprendre ce père absent, ce père muet, autrement qu'en retraçant avec un brin de mélancolie leur histoire à tous les deux, son enfance dans ce pays en guerre, dans lequel il est fait prisonnier: reconstituer son départ en France, reconstruire leur relation, de silences, de mensonges, de bienveillance, de gestes d'amour, anodins, mais bien présents. Elle se rattache à ces herbes, la marjolaine qui constitue le mince fil qui la relie encore à cette figure paternelle absente. J'ai apprécié la sensibilité de l'auteure, cette délicatesse dont elle fait preuve face au père, cette façon qu'elle a de ne pas s'acharner à essayer de briser ce silence, empruntant plutôt le langage herboriste et celui de la littérature pour tenter de nouer un dialogue, quand bien même fictif, avec lui.
    Dima Abdallah revit cette guerre, au centre de tout, de leur vie, de leur départ, de l'éclatement familial, cette guerre qui n'est pas la sienne mais celle de son père, de ses parents, les dissensions ethniques, religieuses qui déchirent le pays et qui déchire sa propre famille, les musulmans d'un côté, les maronites de l'autre. Elle revit, explore, comprend et s'agace, elle recrée la voix de ce père tant aimé, elle recherche les mots d'amour, même les gestes, qu'il est incapable de lui prodiguer, consumé qu'il l'est par ce conflit fratricide au sein de la ville tant aimée, mais détruite, dont les ruines et les cendres rappellent celles de ce père anéanti, dévasté, qui utilise ses dernières forces à poser ses ultimes mots sur un papier.
    Ai-je aimé ce roman? Je n'ai honnêtement aucun avis tranché à vous donner. Je n'ai pas franchement détesté, j'ai été sensible à cette fille à la recherche d'un père insaisissable, qui fait l'impossible pour le comprendre, renouer avec lui à leur façon. En revanche, j'ai eu du mal à m'adapter à ce mode de narration, très sélectif, à travers lequel l'auteure met un point d'honneur à en dévoiler le moins possible. Je suis très clairement restée sur ma faim, j'aurais aimé en savoir plus sur cette jeune femme qui essaie de se construire malgré l'absence coupable du père, j'aurais aimé en connaitre plus sur cette famille, sur leur rapport avec la narratrice. Sur les circonstances de cette séparation, sur les relations avec la mère, le frère, sur la vie dans le Beyrouth des années 80. Beaucoup de silence, d'omissions, de questions laissées sans réponses, trop justement. Des années entières sont tues, cette barrière de protection qu'elle a obstinément dressée entre son lecteur et le reste de sa vie devient trop opaque à mesure que son histoire prenne forme pour que l'on ne finisse pas déboussolé. Tout juste sait-on que ses parents se sont rencontrés à l'université, que c'est là-bas qu'ils sont tombés amoureux, nous n'en saurons guère plus. Pourquoi le père prend-il le parti de rester dans ce Liban en guerre alors que la mère décide de sortir ses enfants de là? On le ressent, cet attachement profond et vital du père à son pays, plus viscéral que le lien qui le rattache à sa propre famille, on l'éprouve ce déracinement qui secoue la jeune femme, cette nostalgie douce-amère d'un pays qui lui manque même si elle ne s'y est jamais sentie à sa place. Mais elle est de ces Mauvaises herbes qui arrivent à pousser n'importe ou, malgré tout.
    L'essentiel, après tout, est de savoir si la jeune fille déracinée finira par trouver un terreau où planter ses racines, repiquer ses plants, durablement. On savoure ce double langage, botanique et littéraire, qu'elle empreinte pour parler des seuls liens qui rattachent son père à la vie, et plus que tout, cette jeune femme à son père. Apprendre à comprendre, apprendre à ne pas pouvoir comprendre, apprendre à accepter, apprendre à lâcher prise, à oublier les démons qui ne sont pas, ou plus, les siens, et comprendre qu'après tout, la vie n'est pas plus compliquée qu'un morceau de vieux comté et d'un brin de causette chez la fromagère du coin. La résilience. Un compromis entre l'ici et là-bas, une greffe soignée et aboutie. Enfin. On expire, profondément, on reprend haleine avec notre narratrice, cette auteure en devenir, qui a enfin trouvé le moyen de se délester de son bagage, de créer et cultiver son propre jardin littéraire, à travers ses propres feuilles, blanches.
    C'est un roman qui se lit un peu comme on respire, on hume, on exhale le parfum d'une fleur, en inspirant à plein poumons pour mieux s'imprégner de son parfum. Puis en expirant, pour revenir la respirer de temps en temps. C'est un livre débordant de poésie, que la légèreté de la trame narrative peut aisément dérouter. le récit, en revanche, n'est jamais asphyxié par la gravité du sujet. Installez-vous confortablement et dégustez!

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