Passionné(e) de lecture ? Inscrivez-vous gratuitement ou connectez-vous pour rejoindre la communauté et bénéficier de toutes les fonctionnalités du site !  

Mahmoud ou la montée des eaux

Couverture du livre « Mahmoud ou la montée des eaux » de Antoine Wauters aux éditions Verdier
  • Date de parution :
  • Editeur : Verdier
  • EAN : 9782378561123
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Syrie.
Un vieil homme rame à bord d'une barque, seul au milieu d'une immense étendue d'eau. En dessous de lui, sa maison d'enfance, engloutie par le lac el-Assad, né de la construction du barrage de Tabqa, en 1973.
Fermant les yeux sur la guerre qui gronde, muni d'un masque et d'un tuba, il... Voir plus

Syrie.
Un vieil homme rame à bord d'une barque, seul au milieu d'une immense étendue d'eau. En dessous de lui, sa maison d'enfance, engloutie par le lac el-Assad, né de la construction du barrage de Tabqa, en 1973.
Fermant les yeux sur la guerre qui gronde, muni d'un masque et d'un tuba, il plonge - et c'est sa vie entière qu'il revoit, ses enfants au temps où ils n'étaient pas encore partis se battre, Sarah, sa femme folle amoureuse de poésie, la prison, son premier amour, sa soif de liberté.

Donner votre avis

Avis (8)

  • Douloureusement beau

    De ces récits qui cogneront longtemps à la porte de la mémoire. Le.fond la forme tout s' imbrique pour s ancrer.

    Je connaissais la plume de l auteur, ici elle se fait plus aérienne plus fluide, toujours aussi puissante.

    Antoine wauter est un poète et seul les poètes...
    Voir plus

    Douloureusement beau

    De ces récits qui cogneront longtemps à la porte de la mémoire. Le.fond la forme tout s' imbrique pour s ancrer.

    Je connaissais la plume de l auteur, ici elle se fait plus aérienne plus fluide, toujours aussi puissante.

    Antoine wauter est un poète et seul les poètes peuvent décrire l'horreur en chantant la vie.

    thumb_up J'aime comment Commentaire (0)
  • Quelque peu surprise et déstabilisée par la forme en débutant ce roman, j'ai ensuite été rapidement conquise par la beauté et la poésie de la plume d'Antoine Wauters. J'ai même été saisie par la rapidité avec laquelle je me suis immergée dans ce long poème en vers libres qui décrit le chaos...
    Voir plus

    Quelque peu surprise et déstabilisée par la forme en débutant ce roman, j'ai ensuite été rapidement conquise par la beauté et la poésie de la plume d'Antoine Wauters. J'ai même été saisie par la rapidité avec laquelle je me suis immergée dans ce long poème en vers libres qui décrit le chaos syrien.
    Mahmoud, un vieil homme rame à bord d'une barque en bois de pin, seul endroit où il est bien, plonge au fond du lac El-Assad, plongeant ainsi dans ses souvenirs et redonnant vie à ceux qu'il a aimés et perdus.
    Essayant d'oublier la guerre qui gronde et l'a anéanti tout comme sa femme Sarah et leurs garçons Salim et Brahim et leur fille Nazafé, pour ne pas se noyer dans un océan de chagrin, muni de son masque et de son tuba, il plonge et s'immerge dans ses souvenirs et c'est sa vie entière qu'il revoit en s'adressant à sa chère épouse à qui il rend un vibrant hommage, l'écriture se révélant salutaire pour fuir la réalité.
    Il se remémore ce quotidien simple, naturel empli de petits bonheurs auprès de ses parents, comment il a connu Leila, son premier amour à l'école Baïbba où il enseignait la grammaire avant que sa maison d'enfance comme celle de 11 000 autres familles ne soit engloutie par le gigantesque barrage que fit construire en 1973 le chef d'État syrien Hafez El-Assad. Sans nullement oublier la réalité historique et politique de son pays, qui l'a malheureusement frappé de plein fouet, ce long poème dans lequel reprennent vie également ses enfants tout jeunes fait office d'arme pour le vieil homme, pour tenir à l'écart notamment ses trois années de prison de 87 à 90, où il a subi tortures morales et physiques, mais aussi la répression brutale opérée par le régime lors du Printemps arabe entraînant une guerre civile et toutes les horreurs perpétrées par les hommes de main de Bachar el-Assad, ce timide ophtalmologue devenu un monstre peu après son accession à la présidence de la République.
    Ce court opuscule de seulement 130 pages balaie l'histoire de la Syrie depuis la construction du barrage de Tabqa en 1973. Il pourrait être une immersion dans les ténèbres et dans le sang.
    Antoine Wauters en allant puiser dans la mémoire de Mahmoud, dans ses souvenirs, ses pensées et ses rêves une forme de résistance à la terrible réalité, en a fait une élégie, un véritable petit bijou !
    Je suis ressortie de ma lecture subjuguée par la beauté, la douceur, la tendresse, la délicatesse exprimées dans ce long soliloque et la grande mélancolie qui s'en dégage.
    Baignant dans cette splendide écriture, je n'en ai pas moins appris beaucoup sur la Syrie, à commencer par la construction insensée de ce barrage sur l'Euphrate, qui, outre avoir submergé de nombreux villages, a noyé des millénaires d'histoire, même si de nombreuses missions de tous pays sont venues fouiller et en exhumer des vestiges. La région est, en effet, située dans le fameux « croissant fertile », là où les premières formes d'agriculture et d'écriture ont vu le jour, là où sont apparues les premières villes, comme Antoine Wauters l'explique en appendice, dans quelques notes fort instructives et intéressantes.
    Des combats ont eu lieu pour le contrôle de ce barrage qui a un intérêt stratégique.
    « le barrage fait l'objet d'une lutte incessante.
    D'un côté, des fous qui veulent notre engloutissement.
    De l'autre, des soldats des Forces démocratiques et de la coalition, qui filent entre les balles afin de colmater les brèches.
    Les premiers hurlent, brandissent des drapeaux noirs.
    Les autres se cachent et s'aplatissent dans la poussière. »
    Et le niveau d'eau ne cesse donc de monter…
    Avec Mahmoud ou la montée des eaux, Antoine Wauters, cet écrivain et poète belge s'est remarquablement glissé dans la peau d'un vieux poète syrien offrant au lecteur un texte splendide, riche et dense, un véritable coup de coeur en ce qui me concerne !

    thumb_up J'aime comment Commentaire (0)
  • Un long poème en prose, celui de Mahmoud, qui évoque son enfance dans la cité engloutie, sa vie d’enseignant puis de poète, sa vie de père, son emprisonnement par petites touches.

    J’ai aimé découvrir la vie d’un homme pas si paisible : sa première femme et sa fille toutes deux décédés ; ses...
    Voir plus

    Un long poème en prose, celui de Mahmoud, qui évoque son enfance dans la cité engloutie, sa vie d’enseignant puis de poète, sa vie de père, son emprisonnement par petites touches.

    J’ai aimé découvrir la vie d’un homme pas si paisible : sa première femme et sa fille toutes deux décédés ; ses enfants qui s’engagent contre le gouvernement ; son amitié avec quelques hommes du village.

    J’ai aimé découvrir un peu de l’histoire de la Syrie : la famille El-Assad qui ne s’appelait pas comme cela au départ ; les grands travaux du père ; la mort du fils ainé et l’arrivée imprévue de l’ophtalmologue (le second fils) revenu de Londres pour succéder à son père.

    Un beau texte à déguster sur la vie, tout simplement.

    Une citation :

    mais le vrai mal, oui, c’est elle, c’est l’absence. (p.117)

    L’image que je retiendrai :

    Celle de la mort tragique de sa seconde femme, Sarah.

    https://alexmotamots.fr/mahmoud-ou-la-montee-des-eaux-antoine-wauters/

    thumb_up J'aime comment Commentaire (0)
  • Quelque peu surprise et déstabilisée par la forme en débutant ce roman, j’ai ensuite été rapidement conquise par la beauté et la poésie de la plume d’Antoine Wauters. J’ai même été saisie par la rapidité avec laquelle je me suis immergée dans ce long poème en vers libres qui décrit le chaos...
    Voir plus

    Quelque peu surprise et déstabilisée par la forme en débutant ce roman, j’ai ensuite été rapidement conquise par la beauté et la poésie de la plume d’Antoine Wauters. J’ai même été saisie par la rapidité avec laquelle je me suis immergée dans ce long poème en vers libres qui décrit le chaos syrien.
    Mahmoud, un vieil homme rame à bord d’une barque en bois de pin, seul endroit où il est bien, plonge au fond du lac El-Assad, plongeant ainsi dans ses souvenirs et redonnant vie à ceux qu’il a aimés et perdus.
    Essayant d’oublier la guerre qui gronde et l’a anéanti tout comme sa femme Sarah et leurs garçons Salim et Brahim et leur fille Nazafé, pour ne pas se noyer dans un océan de chagrin, muni de son masque et de son tuba, il plonge et s’immerge dans ses souvenirs et c’est sa vie entière qu’il revoit en s’adressant à sa chère épouse à qui il rend un vibrant hommage, l’écriture se révélant salutaire pour fuir la réalité.
    Il se remémore ce quotidien simple, naturel empli de petits bonheurs auprès de ses parents, comment il a connu Leila, son premier amour à l’école Baïbba où il enseignait la grammaire avant que sa maison d’enfance comme celle de 11 000 autres familles ne soit engloutie par le gigantesque barrage que fit construire en 1973 le chef d’État syrien Hafez El-Assad. Sans nullement oublier la réalité historique et politique de son pays, qui l’a malheureusement frappé de plein fouet, ce long poème dans lequel reprennent vie également ses enfants tout jeunes fait office d’arme pour le vieil homme, pour tenir à l’écart notamment ses trois années de prison de 87 à 90, où il a subi tortures morales et physiques, mais aussi la répression brutale opérée par le régime lors du Printemps arabe entraînant une guerre civile et toutes les horreurs perpétrées par les hommes de main de Bachar el-Assad, ce timide ophtalmologue devenu un monstre peu après son accession à la présidence de la République.
    Ce court opuscule de seulement 130 pages balaie l’histoire de la Syrie depuis la construction du barrage de Tabqa en 1973. Il pourrait être une immersion dans les ténèbres et dans le sang.
    Antoine Wauters en allant puiser dans la mémoire de Mahmoud, dans ses souvenirs, ses pensées et ses rêves une forme de résistance à la terrible réalité, en a fait une élégie, un véritable petit bijou !
    Je suis ressortie de ma lecture subjuguée par la beauté, la douceur, la tendresse, la délicatesse exprimées dans ce long soliloque et la grande mélancolie qui s’en dégage.
    Baignant dans cette splendide écriture, je n’en ai pas moins appris beaucoup sur la Syrie, à commencer par la construction insensée de ce barrage sur l’Euphrate, qui, outre avoir submergé de nombreux villages, a noyé des millénaires d’histoire, même si de nombreuses missions de tous pays sont venues fouiller et en exhumer des vestiges. La région est, en effet, située dans le fameux « croissant fertile », là où les premières formes d’agriculture et d’écriture ont vu le jour, là où sont apparues les premières villes, comme Antoine Wauters l’explique en appendice, dans quelques notes fort instructives et intéressantes.
    Des combats ont eu lieu pour le contrôle de ce barrage qui a un intérêt stratégique.
    « Le barrage fait l’objet d’une lutte incessante.
    D’un côté, des fous qui veulent notre engloutissement.
    De l’autre, des soldats des Forces démocratiques et de la coalition, qui filent entre les balles afin de colmater les brèches.
    Les premiers hurlent, brandissent des drapeaux noirs.
    Les autres se cachent et s’aplatissent dans la poussière. »
    Et le niveau d’eau ne cesse donc de monter…
    Avec Mahmoud ou la montée des eaux, Antoine Wauters, cet écrivain et poète belge s’est remarquablement glissé dans la peau d’un vieux poète syrien offrant au lecteur un texte splendide, riche et dense, un véritable coup de cœur en ce qui me concerne !

    thumb_up J'aime comment Commentaire (0)
  • « Au début, les premières secondes, je touche

    toujours mon cœur pour vérifier qu’il bat.

    Car j’ai le sentiment de mourir.

    J’ajuste mon masque, me tenant à la proue.

    Je fais des battements de jambes. »

    Chaque jour Mahmoud Elmachi plonge pour retrouver son enfance, son village...
    Voir plus

    « Au début, les premières secondes, je touche

    toujours mon cœur pour vérifier qu’il bat.

    Car j’ai le sentiment de mourir.

    J’ajuste mon masque, me tenant à la proue.

    Je fais des battements de jambes. »

    Chaque jour Mahmoud Elmachi plonge pour retrouver son enfance, son village disparu, englouti par les eaux du lac el-Assad, résultante de la construction du barrage sur l’Euphrate à Tabqa, dans les années 70 par Hafez El Assad père de l’actuel président.

    « Qui le croirait, hein ?

    Qui croirait que sous cette barque se trouvent

    la vaisselle ancienne, nos tables, nos lits, ainsi que

    la petite ardoise encadrée de bois laqué où j’écrivais mes

    premiers mots, quand rien n’était encore perdu et tout

    semblait possible ? Qui croirait que ce village, bien avant

    nous, fut l’une des premières cités de l’histoire ?

    Qui croirait ton vieil Elmachi, Sarah ? »

    Maintenant, c’est le fils, dit « ophtalmologiste » qui gouverne le pays et le met à feu et à sang, surtout depuis le printemps arabe où se sont perdus ses deux fils et sa fille. Maintenant, il est vieux et malade. Sa femme Sarah est une sage. Elle l’écoute et Antoine Wauters lui donne la parole dans deux chapitres.

    Lorsqu’il plonge, il palme, « je palme lentement pour maintenir mon corps d’aplomb ».

    Mahmoud est malade, son cancer progresse. Il revoit sa vie d’avant, avant la création de ce lac, avant la mort de Leïla sa première femme tant aimée, avant la disparition de ses trois enfants et, pour la dernière plongée, Sarah.

    « Mon grain de beauté me fait mal, mais je ne suis

    plus dans la lassitude des choses, ici.

    Je suis bien.

    Ce n’est pas une distance physique. C’est du temps.

    Je rejoins ce qui s’est perdu. Je rejoins le temps perdu »

    Mahmoud est poète et se sert des mots pour narrer la Syrie de l’ophtalmologiste. Au milieu de l’eau, peut-être que tout cela devient supportable, peut-être car la réalité se raccroche à son passé. « Une barque à mi-chemin entre les mondes » Et puis, il y a la peur de la catastrophe imminente, le barrage est la proie de dures batailles et pourrait sauter, une nouvelle catastrophe écologique et humaine.

    Chant, ode à l’amour mais également oraison funèbre aux victimes du régime syrien. Quelle écriture, quel très beau texte, quelle humanité. Ce livre, écrit en vers libres avec juste les mots nécessaires pose la poésie contre la barbarie. Les mots de l’amour, du souvenir, de la vie contre les maux de la violence.

    Grand coup de cœur

    thumb_up J'aime comment Commentaire (0)
  • Mahmoud Elmachi est un vieil homme. Il se rend tous les jours au bord d’un lac pour plonger vers ses souvenirs. Le village de son enfance se trouve englouti sous ce lac suite à la construction d’un barrage.
    Il raconte sa vie de professeur de lettres, d’instituteur avant l’arrivée au pouvoir de...
    Voir plus

    Mahmoud Elmachi est un vieil homme. Il se rend tous les jours au bord d’un lac pour plonger vers ses souvenirs. Le village de son enfance se trouve englouti sous ce lac suite à la construction d’un barrage.
    Il raconte sa vie de professeur de lettres, d’instituteur avant l’arrivée au pouvoir de Bachar el-Assad. Sa rencontre avec sa première femme Leïla est l’un de mes passages préférés. Il est plein de poésie et d’amour, encore baigné de lumière, avant que le malheur ne s’abatte sur lui. Mahmoud évoque les moments d’emprisonnement et de torture qu’il a subis. Le roman devient alors plus bouleversant. Il peut serrer la gorge du lecteur et devenir insoutenable. En peu de mots et de phrases, Antoine Wauters arrive à faire passer beaucoup d’émotions et à nous faire entrer dans la vie de ce vieil homme triste, au cœur de l’histoire douloureuse de la Syrie.
    Mahmoud s’adresse à sa femme, Sarah. Il se sait malade et il a décidé de ne pas se soigner. Il passe ainsi en revue toute sa vie, ses joies et ses peines. Son récit est entrecoupé de poèmes écrits en italique.
    Tout n’est pas que tristesse. La voix de Sarah offre un autre regard sur leur histoire et permet de combler les vides laissés par Mahmoud.
    Leurs enfants sont partis se battre. Ce sont leurs fantômes qui surgissent dans le texte : Brahim, Salim, Nazifé.
    Ce roman est écrit en vers libres, sorte de long poème. C’est beau et émouvant.
    Je découvre la plume d’Antoine Wauters, magnifique et très poétique. Ce qui est sûr c’est que ce ne sera pas le dernier livre que je lirai de cet auteur belge. J’ai d’ailleurs commandé « Pense aux pierres sous tes pas » et je me réjouis de cette future lecture.
    « Mahmoud ou la montée des eaux » a reçu le Prix Marguerite Duras 2021.

    thumb_up J'aime comment Commentaire (0)
  • « Moi, Mahmoud Elmachi, je n’espère plus rien. »
    Entre sa cabane au bord du lac el-Assad et sa barque, ce septuagénaire flotte dans ses souvenirs.
    Le lac el-Assad est né de la construction du barrage Tabqa en 1973 qui a englouti son village et a obligé des milliers de personnes à vivre...
    Voir plus

    « Moi, Mahmoud Elmachi, je n’espère plus rien. »
    Entre sa cabane au bord du lac el-Assad et sa barque, ce septuagénaire flotte dans ses souvenirs.
    Le lac el-Assad est né de la construction du barrage Tabqa en 1973 qui a englouti son village et a obligé des milliers de personnes à vivre ailleurs.
    De cette violence voulue par les autorités comme toujours pour le bien du peuple et la prospérité du pays, c’est toute une mémoire qui tend à disparaître.
    Mais Mahmoud fait de la résistance à sa façon, chaque jour il part et plonge juste avec un tuba pour voir au fond des eaux les vestiges de sa vie.
    Temps où la vie avait des couleurs malgré ses malheurs, il y avait aussi le bonheur.
    Il est faible mais plonge chaque jour plus profondément. Beaucoup le prennent pour un vieux fou.
    « Je prends ensuite une grande, profonde respiration,
    Et tout ce que je connais mais que je fuis, tout ce que,
    Je ne supporte plus mais qui subsiste, tout ce qui nous tombe dessus sans qu’on l’ait jamais demandé, je le quitte.
    Une sensation exquise.
    La meilleure. »
    Ses fantômes sont vivants, ils s’appellent : Aïcha, Brahim, Salim, Nazifé et Sarah.
    Nous découvrons sa vie et la leur au fil de l’eau.
    Un long poème pour dire l’indicible, les vers nous enveloppent comme l’eau enveloppe Mahmoud.
    Le lac c’est le liquide amniotique qui le fait se sentir vivant, relié à sa vie, le cordon ombilical de ses souvenirs fait pulser son sang, le réchauffe, le fait palpiter.
    L’enfance lorsqu’il y avait des paysages, ses senteurs, de la vie, celle qui respectait la longue tradition d’un pays, berceau des civilisations…
    La barbarie ne passera pas.
    J’ai été éblouie par la forme de ce livre, le rythme, qui dit la violence du monde et comment ce vieil homme usé lutte avec une liberté absolue pour résister par la mémoire.
    Le propos est puissant et les mots vous envahissent, vous frissonnez, vous avez mal et vos yeux sont comme le lac il y a la montée des eaux.
    Il y a aussi un phénomène hypnotique, le lecteur est comme l’ombre de Mahmoud Elmachi qu’il n’oubliera pas puisqu’il nous offre « des sorbets au goût de liberté ».
    « L’écriture comme une barque entre mémoire et oubli.
    C’est reparti. »
    Une façon magnifique « de sucrer les choses à volonté ».
    Un des plus beaux textes qui m’aient été offerts de lire ces dernières décennies.
    ©Chantal Lafon

    thumb_up J'aime comment Commentaire (0)
  • Mahmoud Elmachi est aujourd'hui un vieil homme. Certains le surnomment le vieux fou.
    Chaque jour inlassablement, il prend sa barque et son tuba et plonge au milieu du lac el-Assad. Il y plonge de plus en plus profondément jusqu'à l'engloutissement.

    Il s'enfonce sur ce qu'était son village,...
    Voir plus

    Mahmoud Elmachi est aujourd'hui un vieil homme. Certains le surnomment le vieux fou.
    Chaque jour inlassablement, il prend sa barque et son tuba et plonge au milieu du lac el-Assad. Il y plonge de plus en plus profondément jusqu'à l'engloutissement.

    Il s'enfonce sur ce qu'était son village, la terrasse du café Farah, la maison de son enfance, de ses amours.

    L'eau monte un peu plus chaque jour, le sommet de la mosquée ne sera bientôt plus visible.

    Ce lac créé artificiellement suite à la construction du barrage de Tabqa, non loin de Raqqa de 1968 à 1973, a englouti les souvenirs de la vie d'antan, une vie meilleure, celle de son enfance, les dattiers, les siestes, les nouvelles du monde écoutées à la radio. Tout cela c'était avant !

    Le barrage devait selon Hafez apporter à la Syrie, berceau des civilisations, la force, le travail et la prospérité. Changer le cours du fleuve c'était pour irriguer les terres, donner à chacun la prospérité... de belles promesses... mais hélas ce barrage c'est aussi un enjeu stratégique et les combats font rage et l'eau monte chaque jour !

    Mahmoud en plongeant se souvient et lâche prise. L'absence lui pèse plus que tout.

    Il se souvient de sa jeunesse, de son travail, lui l'instituteur qui devait écrire les louanges du régime, muselé, se taisant jusqu'à manquer d'air et crier l'appel à la liberté !

    Il se souvient de ses amours; Leila, Sarah.. et ses enfants partis en quête de liberté. Il pense à l'horreur, la répression mais aussi à l'espoir, celui du printemps...

    Il reste seul avec son grain de beauté qui lui fait mal.... et les combats qui font rage.

    C'est un roman magnifique écrit en vers libres d'une force incroyable. Une pépite comme le reste de l'oeuvre d'Antoine Wauters. Une écriture poétique qui dénonce la dérive de notre monde, qui donne voix aux victimes et aux opprimés du régime syrien.

    C'est puissant, émouvant. Certains passages sont à lire à voix haute apportant encore plus de puissance, de force à un espoir, un cri de liberté.

    Les larmes sont montées comme les eaux à la fin de ce récit magnifique.

    Un roman percutant de la rentrée, incontournable à mon sens. Une claque ! Un récit qui permet de comprendre , de découvrir ou approfondir l'histoire du peuple syrien.

    Il est dans la première sélection de trois prix : Prix du roman Fnac, Prix littéraire du journal Le Monde et Prix Marguerite Duras.

    A ne rater sous aucun prétexte!

    Enorme coup de coeur ♥♥♥♥♥


    Les jolies phrases

    Quand on a perdu un enfant, ou plusieurs enfants,
    ou un frère, ou n'importe qui comptant follement
    pour nous, alors on ne peut plus avoir un buisson
    de lumière dans le coeur. On ne peut plus avoir
    qu'un ridicule morceau de joie. Un fétu minuscule.
    Et on se sent comme moi depuis tout ce temps :
    séparé.
    Détruit.

    Bachar rentre au pays et il devient un autre.
    Les monstres naissent dans la nuit.

    Il est toujours trop tard quand on ouvre les yeux.
    Penchés au-dessus de nous, les monstres tiennent de
    longs ciseaux glacés et les pointent en notre direction.
    Tchack ! Voilà comment ils font.
    Ils nous prennent nos rêves
    et les coupent en menus morceaux.

    Ecrire le dévorait.
    Il y mettait sa vie.
    Or écrire, je pensais, non, j'en étais sûre comme
    on est sûr de porter la vie, doit être une chose simple, ou
    alors elle est intenable.
    Comme vivre et comme aimer.

    La nostalgie est une chose pure.

    À l'époque, je n'avais jamais vu autant de force chez
    quelqu'un. Tu ne reculais devant rien. Un miracle,
    la liberté n'ayant rien d'un sport national
    par chez nous.
    Ailleurs, elle est sur toutes les bouches.
    Chez nous, elle coud les lèvres de ceux
    qui en parlent.

    Il leur lit un de mes poèmes (oui, à moi, femme du poète
    Elmachi) où je dis que les mots sont la main visible du
    silence, la forme qu'il revêt pour être compris de nous.

    Ce n'est pas moi qui observe le lac, mais lui,
    lui qui fixe la surface du monde, ses plantes,
    ses arbres fruitiers et les fourmis des sables.
    Mon visage raviné.
    Il écoute aux portes de nos vies.
    Il comprend.

    Vieillir, c'est devenir l'enfant que plus personne ne voit.
    L'enfant dont on dit qu'il a les cheveux gris.
    Dont on attend des choses, promesses, gloires et
    accomplissements, alors que tout ce qu'il souhaite,
    c'est rester à jouer avec son bâton en regardant tomber la
    pluie, les mains couvertes de boue.

    L'oubli est une seconde mémoire.

    La vie, c'est d'être toujours mouillé.

    Qui a dit que vieillir, c'est oublier ?
    J'ai rejoint la mémoire des choses, Sarah.
    Chaque jour, je nage jusqu'à me revoir enfant.

    Est-ce cela, vieillir ?
    Mieux voir hier qu'aujourd'hui ?
    Mieux voir jadis que maintenant ?
    Chercher à oublier mais voir tout revenir ?
    Le passé est une bombe. Il explose.
    Eux, c'est cela qu'ils nomment oubli, qu'ils nomment
    vieillir.

    Moi, je ne suis jamais allée aussi loin, je ne me suis
    jamais livrée comme toi au poème, mais je l'ai connue,
    cette solitude. La solitude de qui se risque à écouter
    la voix des pierres,
    l'isolement de l'eau,
    je la connais.
    C'est elle, à chaque fois que tu plonges,
    ton vieux masque à la main, c'est elle que tu rejoins.
    Le vide.
    L'accession à l'oubli.
    Ta main est solitude, Mahmoud.
    Descend encore.
    Plus bas.
    Autrefois, les gens qui te lisaient disaient que tu avais le don
    des images. Mais toi, tu me disais que tu ne voyais rien,
    que tu étais aveugle. Mon seul talent consiste à m'effacer,
    disais-tu. M'effacer en traçant des signes... Eux voient le
    poète Elmachi, et moi je ne vois que l'oiseau que j'étais hier,
    je ne vois que la fourmi en quoi m'a transformé ce poème.
    Une vie à écrire. Tout ça pour me rendre compte que les
    mots ne disent rien, qu'il n'y a rien au fond d'eux, qu'un peu
    de silence. Et de paix.

    Les mots ne sont que les bras armés du silence,
    et je n'ai plus envie de me battre.

    Toute ma vie, j'ai écrit parce que je souffrais de voir,
    se briser ce pays : celui des rêveries de l'enfant.
    Toute ma vie, je l'ai passée à me battre pour conserver
    le privilège de pouvoir respirer auprès de vous.

    Á Alep, un de nos amis avait cette image. Tu te souviens ?
    Il disait que si on recouvrait une carte de la terre avec des
    petites pastilles colorées indiquant l'endroit où se trouvent
    nos livres, on aurait une vision plus sereine des choses,
    davantage de confiance.
    Du même auteur j'ai lu

    https://nathavh49.blogspot.com/2021/08/mahmoud-ou-la-montee-des-eaux-antoine.html

    thumb_up J'aime comment Commentaire (0)

Donnez votre avis sur ce livre

Pour donner votre avis vous devez vous identifier, ou vous inscrire si vous n'avez pas encore de compte.