L'invention des corps

Couverture du livre « L'invention des corps » de Pierre Ducrozet aux éditions Actes Sud

4.285714285

7 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Actes Sud
  • EAN : 9782330081751
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

Miraculé du massacre des 43 disparus d'Iguala dans la nuit du 26 septembre 2014, le jeune Álvaro qui n'a plus rien à perdre fuit le Mexique dans une course-poursuite avec le destin pour finir dans les griffes d'un «wonderboy »de la Silicon Valley versé dans le transhumanisme. Exploration... Voir plus

Miraculé du massacre des 43 disparus d'Iguala dans la nuit du 26 septembre 2014, le jeune Álvaro qui n'a plus rien à perdre fuit le Mexique dans une course-poursuite avec le destin pour finir dans les griffes d'un «wonderboy »de la Silicon Valley versé dans le transhumanisme. Exploration tentaculaire des réseaux qui irriguent et reformulent le contemporain, «L'Invention des corps »prend le réel en filature pour mieux nous forcer à le regarder en face. Souffle, amplitude, vitesse - Pierre Ducrozet métabolise les enjeux de la modernité avec un sens crucial du suspense et de la mise en espace, en rejeton de Ballard et DeLillo.

Donner mon avis

Les derniers avis

  • 0.25

    Alvaro, Mexicain, est un programmeur, entendez par-là un codeur informatique. C'est un hacker reconnu dans le milieu. Enseignant, il se rend avec ses étudiants sur la place des Trois-Cultures de Mexico pour rendre hommage à ceux qui, en octobre 1968, ont été fusillés par l'armée républicaine. Nous sommes le 26 novembre 2014, les événements d'Iguala font 43 victimes enlevées et assassinées par la police. Alvaro est un rescapé, il fuit son pays et passe la frontière américaine. Adèle, elle, travaille depuis quelques années dans un laboratoire de biologie moléculaire et cellulaire de Strasbourg. Elle est de passage à Mexico pour une conférence. Parker Hayes, un transhumaniste de la Silicon Valley convoite les services de la chercheuse. Lui a créé le Cube à San Francisco. Il a fait fortune en investissant dans Facebook, il a gagné 800 fois sa mise, une manne financière qui lui permet d'expérimenter de nouvelles idées. Ce qu'il redoute le plus au monde, c'est de mourir. Il a décidé de s'entourer des plus brillants cerveaux pour travailler sur les cellules souches, celles qui ont cette capacité à régénérer indéfiniment le corps humain pour lui offrir l'immortalité.

    Ce roman est d'une fulgurance incroyable. Vous l'aurez compris, pour chacun, le temps est compté.

    Alvaro vient de vivre une tragédie, son corps meurtri en gardera l'empreinte toute son existence. Il fuit l'indicible, la peur immense, l'effroi terrible. Pour oublier, il marche, longtemps, longtemps, à en crever. Pourtant, c'est bien sa vie qu'il veut sauver. J'ai été profondément troublée par l'état de dé-pression du corps après d'épouvantables événements, la prise de conscience de sa survivance et le retour progressif des sensations. Les témoignages de survivants d'attentats que j'avais pu entendre dans les médias trouvent dans ce roman leur parfaite transcription. Sous la plume de Pierre DUCROZET, nous sommes dans une approche organique, le corps est composé de chair et d'os, mais il ne saurait en rester là !

    Quand, à la place d'un emploi d'informaticien, Parker Hayes lui propose de livrer tout ce qui lui reste à des expérimentations, de servir de cobaye tout simplement, il accepte. Alvaro livre son corps à la science. Autant je me souvenais que cette matière était ma bête noire à l'école, autant j'ai pris plaisir à me fondre dans l'univers de la recherche décrit par l'auteur. Enorme prouesse, je puis vous l'assurer. L'écrivain a le talent fou de rendre accessibles des données scientifiques d'une grande complexité, il nous rend intelligent(e)s. Rien que pour ça, je l'admire.

    Mais la science ne serait rien sans les technologies. Et là, Pierre DUCROZET va remonter le fil de l'histoire, il va nous ramener à la genèse même des réseaux informatiques. Souvenons-nous, nous sommes en 1969, Werner travaille alors sur l'arpanet, un réseau militaire américain. Les premières graines de l'internet sont semées.Depuis, quatre décennies ont fait leur travail, entre philosophie du projet et développements, chacun pourra évaluer les réalisations et mesurer les écarts. Entre émancipation et asservissement, mon coeur balance.

    Nous sommes aujourd'hui au XXIème siècle, science et informatique permettent de repousser les limites pour le meilleur et pour le pire. Pierre DUCROZET nous livre un roman d'anticipation en explorant les voies du transhumanisme, ce mouvement culturel et intellectuel qui croît en la régénérescence à l'infini du corps humain.

    La boucle aurait pu ainsi être bouclée mais c'est sans compter le talent de l'auteur. Il va réaliser un tour de force qui va subitement rebattre les cartes, mais là, je ne vous en dirai pas plus !

    Ce roman aurait pu être ennuyeux tant il est dense, il est au contraire passionnant et porté par une écriture d'exception, une véritable révélation.

    Bravo à Pierre DUCROZET ! C'est une lecture coup de poing, de celles que l'on n'oublie pas. Pas étonnant que le jury Flore lui ait décerné ce prix.

    http://tlivrestarts.over-blog.com/2017/11/l-invention-des-corps-de-pierre-ducrozet.html

  • Lechoixdeslibraires.com

    Un jeune professeur d'informatique mexicain fuit aux États-Unis après avoir réchappé d'un massacre dans son pays. Une chercheuse européenne en biologie cellulaire se laisse acheter pour poursuivre ses recherches dans un laboratoire bien au-delà de ses rêves par un milliardaire mégalomane. Un transgenre chinois, petite génie du code informatique sous logiciel libre, aspire à exploiter la totalité du potentiel cérébral humain, en interface avec les machines...

    Voici les trois personnages principaux de ce roman très ambitieux, qui entendait brasser l'intelligence artificielle, les recherches sur l'immortalité enfin à portée de science, l'oxymore de notre réalité virtuelle, et notre place dans le monde - mais lequel ?

    Pari réussi avec brio ! Porté par une intrigue puissamment romanesque et une langue fine qui embrasse avec justesse aussi bien le détail que le grand angle, ce roman pose avec clarté les grandes questions de notre devenir humain.

  • 0.25

    L’invention des corps de Pierre Ducrozet :


    Point de départ de ce roman : Les tragiques événements d’ Iguala, la nuit du 26 septembre 2014.

    Le personnage principal : Álvaro, jeune prof mexicain, surdoué de l’informatique est en cavale depuis la disparition de quarante-trois étudiants qui ont été enlevés et assassinés par la police. Il est un rescapé du massacre.

    Alvaro traumatisé par ce qu’il a vu cette nuit-là, n’a plus qu’une solution, fuir. Sa cavale va l’amener jusqu’aux Etats-Unis. Clandestin, à la recherche d’un poste d’informaticien, petit génie de surcroit, il est passionné par le cryptage informatique et le hacking. Il prend contact avec un magnant du Net, Parker, qui s’intéresse de très près à la biologie et surtout à l’allongement de la vie grâce aux nouvelles technologies, rêvant d’être immortel ! Une réelle obsession pour cet homme qui va proposer à Alvaro, d’être son cobaye pour des expériences qui pourront l’aider à trouver la solution de l’immortalité dans un futur proche ! Diminuer psychologique, physiquement et financièrement il accepte !
    Par ce biais, il va rencontrer une chercheuse Adèle, très talentueuse ayant l’optique de mettre à contribution ses recherches afin de guérir des maladies comme la leucémie, le diabète ou la maladie de Parkinson. Elle va vite comprendre la supercherie de Parker, qui est complètement fou ! Adèle sera irrémédiablement attirée par Alvaro, cet écorché, qui dégage quelque chose d’inexplicable et de puissant. Et là commence une seconde cavale, où ces deux personnages vont s’apprivoiser et s’aimer d’un amour si pur qu’il va guérir leurs blessures, portés par la même envie, le même objectif « sauver le monde » de cette nouvelle technologie destructive.

    Un roman très riche où l’histoire tourne autour des réseaux sociaux et d’internet et notamment des « grands » créateurs de ce monde : Google, Microsoft, Facebook, Ebay, Apple, Uber. De cette technologie qui bascule de l’autre côté du « bien » et qui desserve les êtres humains et du monde futur ! Comme Parker, qui va créer une ile privée où aucune limite ou aucune loi n’y seront imposées. Où l’éthique et la moralité ne feront plus parties de ce nouveau monde, et surtout continuer l’ expérimentation humaine pour atteindre l’immortalité.

    Mais attention, d’autres y sont formellement opposés et luttent contre ces nouvelles technologies qui mettraient en péril la survie de l’être humain. Werner Fehrenbach, est un génie, un chercheur reconnu dans le monde entier, réunit les forces positives avec Lin Dai, un transgenre, Ellen, Oxana, Khan, Alvaro, Adéle et d’autres petits génies de leur génération et vont lutter pour que le Net reste une intelligence positive et non détourné à des fins qui pourraient anéantir le monde.

    Ce livre est une explosion d’informations…une histoire haletante ! Alvaro est un personnage qui nous happe d’une façon tellement FORTE, qu’une fois que vous aurez commencé à lire ce roman, vous rentrez dans un monde que SEULS, les lecteurs de ce livre pourront comprendre !

  • 0.2

    L’épopée d’Alvaro m’a happée dès les premières pages, un livre que je n’ai pas lâché.
    Alvaro, jeune mexicain toujours en décalage avec les autres, avec son corps, découvre par hasard l’informatique ; il va alors explorer, exploiter, maîtriser car il est très doué à tel point qu’il est repéré et recruté par des hackers pour truquer une élection (bizarre, un contexte qui me parle….). Son parcours va l’amener à donner des cours d’informatique à des jeunes en difficulté et c’est là qu’il se retrouve au cœur des évènements d’Iguala où 43 étudiants vont disparaître tragiquement. Rescapé, Alvaro se réfugie à Los Angeles. Il est approché puis recruté par Parker Hayes, un magnat de la Silicone Valley qui a fait fortune en mettant en place le paiement en ligne Casflow. Alvaro découvre très vite qu’il n’est pas recruté pour ses compétences informatiques mais pour servir de cobaye à des tests et essais sur les cellules souches. C’est là qu’il croise Adèle, jeune biologiste française, engagée aussi par Parker, en charge des essais cliniques sur Alvaro. Adèle est vite fascinée par Alvaro, son corps tendu et hermétique, sa peau, ses blessures. Adèle doit prélever des cellules souches sur Alvaro pour un projet de thérapie régénérative. En effet, Parker a une obsession : retarder le vieillissement, la mort, faire progresser les thérapies à partir de cellules souches. C’est le personnage « savant fou » du récit, il détient la fortune et le pouvoir, tous les moyens à disposition pour lui permettre d’accéder à l’immortalité et vaincre sa hantise du corps. Parker s’inscrit dans le courant transhumaniste.
    D’autres personnages vont entrer en scène dont Lin, surdoué aussi en informatique, garçon ou fille, peu importe, un corps sans véritable identité doté d’un cerveau hors normes qu’il (elle) rêve de connecter. Et puis Werner, gourou d’internet, visionnaire qui ne partage plus du tout la même vision que Parker, Werner a profité et usé son corps, il est parfaitement lucide et fasciné par les jeunes surdoués qu’il croise.
    Un livre dense, une lecture très documentée. J’ai beaucoup appris sur les rêves et les principes fondateurs à l’origine de Google, Facebook ; il est aussi question des rêves d’immortalité qui ont jalonné l’histoire des hommes. Une foule d’informations qui m’a amenée à rechercher, à me questionner, belle prouesse littéraire, le propos est très ambitieux.
    J’avoue avoir été un peu perdue parfois étant totalement hermétique au langage informatique, n’étant pas non plus scientifique de formation, et avoir trouvé quelques longueurs ; pour autant j’ai surmonté, creusé, pioché, me suis laissée emportée, inquiète du sort à venir d’Alvaro et Adèle, frissonnant pour leur survie lorsqu’ils s’opposent à Parker.
    Quant à l’écriture, elle est précise, toujours en mouvement. Le style épouse parfaitement l’action ; ainsi lorsque Alvaro est pris dans la fusillade d’Iguala ou lorsqu’il passe la frontière, le style devient haché, les phrases sont courtes, écrites dans l’urgence et les nerfs du lecteur sont mis à rude épreuve. Lorsque la tension s’apaise le style redevient fluide, les phrases s’étirent. De très belles pages.
    Le lecteur curieux trouvera matière à chercher, s’informer, le lecteur fiévreux prendra conscience des limites du web et s’interrogera, tous les lecteurs seront séduits par le récit, la tension puis le rapprochement des corps d’Alvaro et Adèle.
    Le final est saisissant, jusqu’aux dernières pages la tension est vive. Un grand moment de lecture !

    AVIS DE LA PAGE 100 :
    Je suis séduite, curieuse et impressionné par ce récit. Après une brève présentation d’Alvaro, le personnage principal, le récit devient haletant. La fusillade et l’enlèvement des étudiants éprouvent les nerfs du lecteur. Le style de l’auteur épouse alors parfaitement la tension ; subitement, les phrases sont courtes, écrites dans l’urgence, s’adapter, faire vite, s’extraire. Le lecteur est à bout de souffle. Puis retour à la vie d'Alvaro, « joyeusement désespéré ». L’arrivée à Los Angeles et la rencontre avec deux autres personnages clés ouvre une autre perspective, le récit prend un chemin que je n’avais pas imaginé, où il est notamment question du Transhumanisme.
    Je poursuis avec enthousiasme !

  • 0.2

    Nos corps mis en réseau seraient-ils sensiblement augmentés, pourrons-nous retrouver l'utopie d'un internet décentralisé, neutre, empli de bidouilles et de pirates ? Dans L'invention des corps Pierre Ducrozet, dans un roman en rhizome, avec une prose limpide et inventive, pose avec justesse de telles questions ? Pourtant, ce roman ambitieux et renseigné laisse une impression ambivalente.

    https://viduite.wordpress.com/2017/08/21/linvention-des-corps-pierre-ducrozet

  • 0.25

    Pierre Ducrozet part d’un fait historique réel, le massacre de 43 étudiants à Iguala dans l’État de Guerrero au Sud du Mexique. Son personnage principal, Alvaro, enseigne l’informatique à l’École Normale d’Ayotzinapa, point de départ de la manifestation. Il est avec eux lors de l’attaque armée de la police locale, mais parvient à s’échapper puis à migrer clandestinement aux États-Unis.
    « Le sol a cessé d’être un lieu de droit. L’espace numérique, incorruptible, loyal, devient le seul refuge possible. »
    Pour Alvaro, hacker particulièrement doué, l’informatique est le seul espoir de réinsertion. Il rencontre à Los Angeles, Parker Hayes, le fondateur richissime de Cashflow. Ce dernier, ne sachant plus comment utiliser sa fortune rêve de créer une île, pays hors de lois.
    « Quand les Américains se sont arrêtés dans leur conquête de l’Ouest, faute de territoires nouveaux à conquérir, ils ont commencé à envahir le monde. »
    Que peut-il manquer à ces milliardaires qui ont pouvoir économique, politique et social? Une seule chose, le pouvoir sur la mort! Au Cube, Parker Hayes réunit les meilleurs chercheurs pour des recherches sur la lutte contre le vieillissement avec la reproduction de cellules souches.
    Migrant recherché, Alvaro, en passant la frontière a laissé « dans le désert son ancienne peau au milieu des os et des yuccas. » Rescapé, il n’a plus rien à perdre et a besoin d’argent.
    Il accepte de devenir le cobaye de Parker Hayes, aidé par Adèle Cara, une biologiste française.

    « Si j’écrivais un roman (…), je le construirais ainsi, en rhizome, en archipel, figures libres, interconnexions, hypertextes, car ça devrait être le fondement d’un récit contemporain. C’est une époque merveilleuse, vous savez: notre être peut se développer, comme le réseau qu’il a devant lui, en arbre, en végétal, en pente ou en fontaine. Nous pouvons devenir sauvages, croître, devenir multiples, innombrables. Internet n’est pas une interface, c’est notre désir réalisé d’être un autre, ce sont nos lignes de fuite incarnées. »

    Voilà la grande force de ce roman. Un récit contemporain et tentaculaire qui nous entraîne avec rythme et intelligence vers la puissance de science et de l’informatique. L’argent allié aux possibilités de la science autorise toutes les dérives mais les puristes et les surdoués croient toujours aux vertus du World Wide Web. Werner Fehrenbach, né sur les ruines d’un monde, réunit les forces positives avec Lin Dai, un transgenre qui « a grandi sur un patchwork insensé de matières ». Toutes les têtes brûlées du Net veulent que « l’intelligence circule de manière fluide » sans que l’argent et pouvoir ne viennent dévier son cours.

    L’invention des corps de Pierre Ducrozet, est, pour l’instant, le roman le plus original et puissant tant sur le fond que la forme que j’ai pu lire en cette rentrée littéraire.
    Un roman qui se démarque, sans aucun doute.

  • 0.1

    Rendez-vous de la page 100 :

    Après avoir échappé de justesse à la mort lors des tragiques événements d’Iguala, Alvaro s’enfuit. Loin. De son travail. De sa famille. De son pays. Sa route croise celle d’un transhumaniste qui veut percer le secret de la vie éternelle et qui lui propose une indécente somme d’argent s’il accepte de devenir cobaye.
    Le style est informel, déroutant. Les phrases se mêlent, comme les événements s’accélèrent, se précipitent. La narration est haletante mais on suit le périple d’Alvaro comme si on flottait au-dessus de son corps, un peu comme son esprit semble vivre cette fuite. J’avoue ne pas trop savoir si j’apprécie ou non ce premier tiers. L’intrigue commence à peine à vraiment se mettre en place et je ne cerne pas encore bien les personnages, mais si le mouvement amorcé suit son cours comme je le pense, l’histoire devrait rapidement devenir très intéressante !

    Avis Explolectrice :
    C’est l’histoire d’Alvaro, jeune professeur d’informatique mexicain. Il se rend avec ses étudiants à une manifestation contre les actions, et les inactions, du gouvernement. Le groupe se retrouve au sein des horribles événements d’Iguala, au cours desquels 43 étudiants sont portés disparus. Il parvient à s’échapper et à fuir. Mais il ne se contente pas de rentrer chez lui. Il fuit la ville, sa famille, sa vie, son identité même. Il va jusqu’à fuir son pays, prenant des risques incroyables pour passer aux Etats-Unis. Et ensuite, il vit de rien, sans but, avant de croiser la route d’un transhumaniste ambitieux qui rêve d’immortalité.

    On suit donc la route d’Alvaro, à la fois droite, comme sa détermination à fuir, et sinueuse, à l’image des obstacles qu’il devra sans cesse franchir. Alvaro est un personnage extrêmement intéressant. Il a une volonté de survivre tellement puissante qu’il semble sortir de son corps pour survivre une fois qu’il a échappé à l’horreur du massacre. L’écriture retranscrit parfaitement l’urgence de cet homme à fuir. Elle est informelle. Les phrases se mêlent, sans ponctuation, avec du discours direct mélangé à la narration sans la ponctuation adéquate. Quelques pages suffisent à se faire à ce style particulièrement immersif qui donne la sensation de vivre dans les pensées des différents protagonistes. Grâce à cette écriture, on peut également comprendre et choisir d’adhérer, ou non, aux idées des personnages. Éthique et morale sont au coeur de ce récit haletant, via la lâcheté d’un gouvernement, ou encore via l’expérimentation humaine pour atteindre l’immortalité.

    Mais le parcours atypique et tellement compréhensible d’Alvaro est sans cesse interrompu par les présentations, longues, des personnages qui interviennent par la suite. J’ai eu l’impression de suivre une arborescence extrêmement riche en partant du bout des branches. Chaque nouveau personnage important s’accompagne d’un descriptif détaillé de sa vie et de ses actions, de son implication dans son domaine de compétence. Ainsi, j’ai découvert l’origine d’internet, dans ses moindres détails. C’était intéressant, mais j’ai trouvé la façon de présenter ces personnages trop brusque. Toutes les informations sont données en bloc. Ces longues digressions m’ont souvent fait perdre de vue l’histoire. Je dois bien reconnaître que grâce à toutes ces informations, les personnages sont aboutis, on n’a pas de mal à les cerner, et originaux. Adèle par exemple est une femme éloignée des clichés, mal à l’aise dans son corps, peu intéressée par les règles sociales de féminité. Alvaro quant à lui se fuit dans l’espoir de trouver celui qu’il est vraiment. Quant à Lin, elle est née femme dans un corps d’homme et a dû affronter la transphobie et la méchanceté des autres alors qu’elle est un génie. Ainsi, ces éléments qui m’ont gênée avaient tout de même un intérêt certain. C’est une question de goût !

    Je ne parviens pas à déterminer si j’ai vraiment aimé L’invention des corps. Les personnages y sont brillants, le style informel m’a charmée et les nombreuses pistes de réflexion ouvertes par Pierre Ducrozet m’ont fait me questionner. Le seul point négatif à mes yeux est représenté par les chronologies qui coupent trop brutalement la narration. Ce que je peux dire avec certitude, c’est que je ressors de cette lecture grandie. Ce roman ne m’a pas laissée indifférente.

  • 0.25

    Chronique #Explolecteur

    2014, Álvaro, petit génie de l’informatique, un ancien des Anonymous, est professeur. Peu à l'aise avec les gens, il cherche malgré tout à se trouver une place dans ce pays divisé qu'est le Mexique. Comme chaque année les étudiants montent à Mexico pour la manifestation de soutien à leurs camarades fusillés en 1968. Mais ils n'arriveront jamais jusque là. Ils seront arrêtés à Iguala. C'est à ce moment là que le récit prend une toute autre tournure. Il prend aux tripes. La violence dégueule, nous empoigne. L'écriture de Pierre Ducrozet se veut saccadée, une écriture au souffle coupée par la peur, par ce déchaînement de haine. Les morts gisent, innocents étudiants et professeurs assassinés délibérément par la police.
    Álvaro, miraculeux, réchappe au massacre de cette nuit du 26 septembre 2014. Cabossé par les coups et ce qu'il a vu, il décide de quitter le pays coûte que coûte, clandestinement. Arrivé à Los Angeles, il rencontre Parker, un géant de la Silicon Valley, qui s'intéresse de très près à la biologie et plus particulièrement à l'allongement de la vie grâce aux technologies. Si Alvaro espérait mettre ses compétences à profit, il sera en réalité recruté pour jouer le cobaye sous les mains habiles d’Adèle, une jeune femme recrutée pour ses connaissances sur les cellules souches. Quelles expériences vont-elles être faites sur le jeune homme ? Quel est le but réel de ces recherches ? Rapidement on pressent que rien ne se passera comme prévu, qu’un corps même réparé ne peut retirer les souffrances ancrées dans le corps psychique.

    « Multi-univers », « rhizome », des mots qui collent parfaitement à ce roman puisque Pierre Ducrozet nous embarque à la fois entre passé, présent et futur, entre Histoire, sciences, transhumanisme et connectivité. C’est une véritable fresque d’évolution qui s’est dessinée sous mes yeux : entre le corps fait de chair, qui emprisonne ce que nous sommes vraiment, les corps scientifiques, le corps araignée qu'est celui du réseau et du monde connecté, le tout sur fond d’immigration et de soif de liberté dans un monde où la violence se déchaîne. S’il cherche à réparer le corps Qui : l’auteur, le narrateur ou le personnage principal ?, enveloppe de nos muscles et organes, il cherche aussi à réparer le corps dans sa globalité, en surface, en profondeur. Corps physique, corps abstrait. Le roman pousse à une réflexion géante sur cette représentation des corps, cette imbrication de faits et d'expériences qui définissent l'être physique et communautaire.

    Dès les premières pages j’ai eu envie de poursuivre d’une traite ce roman intense, sans reprendre mon souffle comme son héros. Jusqu’à suffoquer sous la lecture de ces pages denses, de ces mots sans cesse en mouvement. Comme son héros.
    Incontestablement un excellent roman contemporain qui m'a rappelé certains épisodes de la série Black Mirror, ces mises en parallèle de ces incroyables avancés technologiques au service de l'Homme et de la science. Mais aussi leurs vices et leurs limites, qu’il s’agisse de ceux de l’Homme ou de ceux de la technique. Plus qu'un roman, j'ai entraperçu dans L'invention des corps une réflexion philosophique sur la liberté, le libre arbitre ou encore les désirs.

    L'avis de la page 100

    A peine 100 pages et déjà un roman riche de détails et d'intérêt.
    Roman multi-univers, Pierre Ducrozet m’a entraîné dès les premières pages dans la course folle du jeune Álvaro qui côtoie la pauvreté du Mexique, sa violence puis l’immigration pour finir dans un monde scientifique où la soif d’argent et de technologie se fait pressentir.
    Je sens poindre la découverte vibrante sous les fulgurances, l’écriture précise, adaptée à chaque univers et sous les réflexions évidentes et sous-jacentes dont je ne ressortirais probablement pas indemne. Verdict dans 204 pages.

  • Lechoixdeslibraires.com

    Le nouveau livre de Pierre Ducrozet, jeune auteur français dont nous avions tant aimé la biographie romancée de l'artiste new-yorkais Basquiat "Éroica", est une cavale incandescente, saturée d'angoisses et d'énergie, d'analyse de notre monde actuel, de sa violence, de ses ambiguïtés. Un roman en mouvement, chorégraphique, lumineux énergique, optimiste dans sa noirceur. Il y a quelque chose dans l'écriture de Pierres Ducrozet qui renouvelle l'actuel panorama de la littérature française. On sent naître quasiment un roman américain, un Page Turner qui se situe dans le monde des réseaux, du transhumanisme et qui est avant tout une grande histoire d'amour, de rédemption, d'appropriation des corps, des luttes et des survies. Son rythme incandescent vous laisse en quête et en désir jusqu'à la dernière page, il y a des fulgurances, il y a de la générosité. On pourrait retrouver un peu de Sylvain Prudhomme ou d'Alban Lefranc, mais Pierre Ducrozet a un univers bien à lui, celui de la poussière, du voyage, d'une génération ancrée dans le vivant.
    // GRANDE DÉCOUVERTE //

Voir tous les avis

Où trouver ce livre en librairie ?

Service proposé en partenariat avec Place des Libraires

Discussions autour de ce livre

Il n'y a pas encore de discussion sur ce livre
Soyez le premier à en lancer une !

Les articles associés

Widget

Code à intégrer dans votre page

Code à intégrer dans votre page

Lancez une discussion

Pour lancer une discussion, vous devez être connecté...
Vous n'avez pas encore de compte ? Rendez-vous ici et laissez-vous guider !

Du même auteur

Les clefs du zoo Pierre Ducrozet EVEIL ET DECOUVERTES

Voir tous les livres de Pierre Ducrozet

Autres éditions

L'invention des corps Pierre Ducrozet ACTES SUD

4.285714285

Voir toutes les éditions

Récemment sur lecteurs.com