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L'imprudence

Couverture du livre « L'imprudence » de Hui-Phang Loo aux éditions Actes Sud
  • Date de parution :
  • Editeur : Actes Sud
  • EAN : 9782330121235
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Une jeune femme photographe qui vit à l'instinct, dans l'urgence de ses projets, de ses désirs, retourne dans son Laos natal pour l'enterrement de sa grand-mère. En compagnie de sa mère et de son frère aîné brisé par l'exil, en retrouvant son grand-père, elle réapprend ce qu'elle est, comprend... Voir plus

Une jeune femme photographe qui vit à l'instinct, dans l'urgence de ses projets, de ses désirs, retourne dans son Laos natal pour l'enterrement de sa grand-mère. En compagnie de sa mère et de son frère aîné brisé par l'exil, en retrouvant son grand-père, elle réapprend ce qu'elle est, comprend d'où elle vient et les différentes ardeurs qui la travaillent, qui l'animent. Un premier roman audacieux, sensuel et délicat qui révèle le corps comme seul territoire de liberté.

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Articles (1)

Avis (15)

  • Contrairement à son frère d’une dizaine d’années son aîné, la narratrice n’a gardé aucun souvenir du Laos, qu’avec leurs parents ils ont fui lorsqu’elle était encore en bas âge, dans les années 1980. A désormais vingt-trois ans, elle est l’assistante d’un photographe à Paris, où elle mène une...
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    Contrairement à son frère d’une dizaine d’années son aîné, la narratrice n’a gardé aucun souvenir du Laos, qu’avec leurs parents ils ont fui lorsqu’elle était encore en bas âge, dans les années 1980. A désormais vingt-trois ans, elle est l’assistante d’un photographe à Paris, où elle mène une existence très libre et collectionne les aventures d’un soir. Son frère, lui, ne s’est jamais remis de son exil et sombre dans la déprime. Au décès de leur grand-mère restée au Laos, les deux jeunes gens et leur mère retournent pour quelques semaines dans leur pays d’origine.

    Mise à part l’aïeule Wàipó dont l’ombre omniprésente cimente tout le récit, personne n’a de prénom dans cette histoire construite en ricochet entre le « je » de la narratrice, le « tu » du frère et le « il » du grand-père, comme si, pour ces trois là, départis de leur identité par l’exil et la séparation, un seul repère pouvait subsister : le souvenir aimant de celle qui fut le pilier de la famille.

    Le leitmotiv du texte est le déracinement et la perte d’identité des exilés. Tandis que ses parents vivent retranchés dans une bulle protectrice reproduisant en France leur cadre laotien, pendant que son frère refuse obstinément sa vie de transplanté qui ne remplacera jamais celle qu’on lui a volé, la narratrice constate que sa double appartenance ne fait que la rendre étrangère partout. Les premiers s’isolent dans le contrôle obsessionnel d’un quotidien rigide et replié sur lui-même, le second cherche l’oubli dans une dérive dépressive ouverte à toutes les addictions, la dernière s’enivre d’une liberté sexuelle qui serait restée inconcevable au Laos, trouvant refuge dans le seul territoire qui lui appartienne en propre : son corps.

    Parfois dérangeant par sa sensualité crue, d’une lecture fluide et agréable, ce roman du déracinement et de la quête d’identité impressionne par la profondeur des souffrances évoquées et par l’intelligence de l’écriture. L’on ne peut qu’être touché par ce texte, dont on imagine aisément quelques possibles proximités avec le parcours personnel de l’auteur.

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  • Roman court, très court, d'à peine 160 pages d'une écriture fluide et poétique, décrivant l'exil et le besoin de comprendre ses racines.  

    La narratrice, une jeune femme photographe d'origine vietnamienne apprend le décès de sa grand-mère et  rejoint son frère et sa mère à  Savannakhet  au...
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    Roman court, très court, d'à peine 160 pages d'une écriture fluide et poétique, décrivant l'exil et le besoin de comprendre ses racines.  

    La narratrice, une jeune femme photographe d'origine vietnamienne apprend le décès de sa grand-mère et  rejoint son frère et sa mère à  Savannakhet  au Laos

    Partie à cinq ans avec ses parents, sur la barque d'un passeur, elle était revenu à trois reprises (re) découvrir ses grands-parents et nouer des liens avec sa grand-mère.

    Son frère ne s'est jamais vraiment remis de cet exil survenu à ses 11 ans, et, à 33 ans, c'est la première fois qu'i l revient. Sa séparation d'avec sa grand-mère fut pour lui un déchirement qu'il ne peut réparer.

    Au cours des trois semaines de ce séjour, chacun d'eux devra retrouver des repères, faire la paix avec le passé et leur présent et recréer les liens nécessaires avec leurs origines. 

    La tendresse qui unit la narratrice à son grand-père ; la découverte de leurs similitudes, toute en pudeur et en non-dits est un fort moment de ce roman 

    Une auteur que je découvre et dont je vais rechercher les autres productions

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  • La narratrice avait 1 an lorsque ses parents vietnamiens ont fui le Laos pour la France avec son frère de 11 ans qui ne voulait pas partir.
    Dès ses 18 ans elle a quitté sa famille, les traditions, la province pour Paris. Elle est devenue photographe et mène une vie sexuelle très libre. Son...
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    La narratrice avait 1 an lorsque ses parents vietnamiens ont fui le Laos pour la France avec son frère de 11 ans qui ne voulait pas partir.
    Dès ses 18 ans elle a quitté sa famille, les traditions, la province pour Paris. Elle est devenue photographe et mène une vie sexuelle très libre. Son frère n’a jamais réussi son intégration, à plus de 30 ans il vit toujours chez ses parents avec la nostalgie du Laos où contrairement à sa soeur il n’est jamais retourné.
    A la mort de leur grand-mère « Waipo », ils partent pour Savannaketh avec leur mère.
    Elle se rapproche de leur grand-père, il lui montre ses coins préférés, ils fument ensemble et il finit par lui ouvrir son coeur et ses souvenirs.
    Dans la deuxième partie du livre elle s’adresse à son frère.
    Son livre décrit très pudiquement la difficulté de l’intégration, même quand on pense et vit comme une française, le visage renvoie aux origines. Au Laos, elle est également une étrangère.
    Très court roman, plein de poésie mais aussi très centré sur le désir sexuel de la narratrice.

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  • Si ce livre de Loo Hui Phang est court, il ne manque pas d'un certain intérêt.

    La question porte sur le déracinement et le lecteur voyage entre le Laos et la France. L'écrivaine avait quitté son pays natal toute jeune.

    Avec ce premier roman, Loo Hui Phang ne se cache pas d'avoir écrit un...
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    Si ce livre de Loo Hui Phang est court, il ne manque pas d'un certain intérêt.

    La question porte sur le déracinement et le lecteur voyage entre le Laos et la France. L'écrivaine avait quitté son pays natal toute jeune.

    Avec ce premier roman, Loo Hui Phang ne se cache pas d'avoir écrit un texte "engagé", un cri d'amour pour son frère - et malgré le petit nombre de pages, une lecture touchante et qui ne laisse pas indifférent.

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  • Bien heureusement : la force d’un livre ne se compte pas au nombre de mots ! Car oui, l’Imprudence, de Loo Hui Phang, est un livre court, mais c’est un livre vif et percutant ! Se sauver, se construire, aimer quand on a été déraciné : comment et à quel prix ?

    L’auteur nous entraîne entre la...
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    Bien heureusement : la force d’un livre ne se compte pas au nombre de mots ! Car oui, l’Imprudence, de Loo Hui Phang, est un livre court, mais c’est un livre vif et percutant ! Se sauver, se construire, aimer quand on a été déraciné : comment et à quel prix ?

    L’auteur nous entraîne entre la France et le Laos, pays que la narratrice a quitté à seulement 1 an, avec ses parents et son frère aîné, et où elle retourne suite au décès de sa grand-mère Waîpo. Il est donc question dans ce livre, d’exil, d’identité, de recherche de liberté. Et d’incompréhension entre la narratrice et son frère. Chacun a en effet vécu l’exil de façon opposée. Ce dernier a choisi un exil paisible (en apparences du moins), ne remettant pas en question ses racines et les coutumes qu’elles portent, et ne comprenant pas les choix de sa sœur, qui a préféré arracher son indépendance et s’affranchir de racines où elle ne se reconnaissait pas. Mais chacun est déraciné ou plutôt pas vraiment enraciné, et se réfugie dans des addictions pour survivre dans cet entre-deux mondes : l’un à travers la drogue, l’autre à travers un rapport très fort au corps. Le retour au pays sera l’occasion pour la narratrice se mieux se comprendre, de trouver des réponses, et d’apaiser son addiction au sexe.

    La force du livre, où du moins ce qui m’a le plus frappé, réside cependant surtout dans la façon dont le sujet est traité.

    Tout d’abord, l’auteur révèle une plume engagée : la narratrice ne se cache pas, elle emprunte le JE. Tout comme, elle interpelle très directement son frère à qui s’adresse ce livre. Elle le nomme directement TU. Cette forme de dialogue lui permet de lui écrire des choses qu’elle ne parvient pas à lui dire, mais constitue également un dialogue, une réflexion, avec elle-même. Je, Tu… et la grand-mère Waîpo (qui signifie tout simplement grand-mère en mandarin).

    Ensuite, une plume tantôt enragée, tantôt poétique, et des phrases ciselées qui donnent du rythme et de la force au récit. Aucune économie de mots ici. La douleur ressentie par la narratrice face à l’incompréhension de son frère est décrite avec fougue : « Je ne suis qu’une enfant pervertie par l’exil, et ne récolte que ton amertume » lui crie-t-elle. Une plume également très scénographique, qui provient sans doute de la formation de scénariste et réalisatrice de Loo Hui Phang. La narratrice est d’ailleurs (comme par hasard… !) photographe et l’écriture est en effet également souvent imagée, quasiment photographique, comme médium d’une ouverture au monde mais aussi d’une ouverture à soi. Il y a du Duras dans cette écriture.

    Enfin, une plume courageuse qui sert parfaitement le propos de cette quête de liberté. Car oui, il aura probablement fallu du courage mais aussi un peu d’égoïsme salvateur à la narratrice pour oser chercher sa liberté et son identité à travers son corps mais aussi à l’autre bout du monde à travers ses racines familiales jusque-là inconnues. Tout comme il en a probablement fallu à sa grand-mère, 60 ans auparavant. Deux très beaux portraits de femmes qui se ressemblent beaucoup malgré l’écart générationnel : toutes deux emplies de soif d’aimer, et de choisir qui aimer.

    Un cri d’amour donc à son frère. Un cri d’amour aussi à sa famille restée au Laos. Et un cri d’amour bien sûr à la vie. Est-ce cela l’Imprudence ? Comme le définit si bien Loo Hui Phang, un « abandon aveugle à toute forme de désir ». N’est pas aussi une définition de la liberté ? « Le geste total, l’imprudence, je l’ai commis aussi…. ». Vous l’aurez compris, un livre coup de cœur !

    Lecture réalisée dans le cadre des 68premieresfois
    https://accrochelivres.wordpress.com/2019/12/16/limprudence-loo-hui-phang/

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  • Il serait fort imprudent d’ouvrir sans y penser ou sans en avoir le temps cet excellent premier roman de Loo Hui Phang, dramaturge, réalisatrice, scénariste et, par ailleurs, déjà auteure de bandes dessinées et romans graphiques reconnue, car, dès les premières pages, l’on se retrouve happé par...
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    Il serait fort imprudent d’ouvrir sans y penser ou sans en avoir le temps cet excellent premier roman de Loo Hui Phang, dramaturge, réalisatrice, scénariste et, par ailleurs, déjà auteure de bandes dessinées et romans graphiques reconnue, car, dès les premières pages, l’on se retrouve happé par le rythme souple, fluide bien que soutenu des paroles de sa narratrice. Dans ce texte court, vibrant d’émotions et de sensualité et que l’on devine très autobiographique, l’auteure nous invite à nous glisser à ses côtés dans cet entre-deux mondes où l’imprudence l’a conduite et la maintient, comme une règle de vie insolente et immuable. Car l’entre-deux est son royaume, elle qui naquit au Vietnam mais grandit en Normandie, tournant le dos au poids des traditions familiales mais suivant les traces de sa grand-mère, brûlant son corps à tous les désirs mais en quête de l’Amour unique, évoquant les départs qui ont jalonné son histoire comme celle de sa famille à l’occasion d’un douloureux retour. Dans une culture bâtie siècle après siècle à la force du rituel et de la tradition, l’imprudence est partout où l’on fait un pas de côté, où l’on relève la tête, où l’on renonce à mettre ses pas dans les pas de son père. L’imprudence consiste à tourner le dos, à traverser les mers, à dépasser les bornes, à s’affranchir de ses souvenirs, de ses douleurs, de ses limites. A oser, peut-être, être soi-même.

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  • Un beau texte sensible sur la famille, l'exil, l'identité, l'amour, le désir, les racines. Une jeune fille, dont les parents ont quitté le Vietnam pour la France, revient au Laos pour l'enterrement de sa grand mère. Elle y vient avec sa mère et son frère. Très intime, ce texte nous décrit les...
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    Un beau texte sensible sur la famille, l'exil, l'identité, l'amour, le désir, les racines. Une jeune fille, dont les parents ont quitté le Vietnam pour la France, revient au Laos pour l'enterrement de sa grand mère. Elle y vient avec sa mère et son frère. Très intime, ce texte nous décrit les sentiments, les ressentis de cette jeune fille qui décrit sa famille. L'image très présent de la pyramide, au sein de la famille, de la société, du sport (description du tennis de table pratiqué par son frère arrivé à 10 ans à Cherbourg). Une belle écriture qui nous parle au plus prés de cette famille et l'auteure décrit très bien les sentiments des exilés, des recherches de racines, des prudences ou imprudences dans la vie. Comment parler à nos proches quand ceux ci sont taiseux et délicats, de pages de relations, entre cette jeune fille, son père, sa mère, son frère et son grand père. Des recherches de racines et d'histoire familiale. Parle aussi de déterminisme social. de beaux portraits de femmes de plusieurs générations.

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  • "Nous savons tous les deux
    Que le monde sommeille
    Par manque d’imprudence."
    Jacques Brel, "Jojo"

    "Je sais la peine que mon évasion a infligée, le chaos, l'effondrement de la pyramide. Il n'y avait pas d'alternative, sinon une mort lente. Pour cette autre vie, je suis partie au milieu de...
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    "Nous savons tous les deux
    Que le monde sommeille
    Par manque d’imprudence."
    Jacques Brel, "Jojo"

    "Je sais la peine que mon évasion a infligée, le chaos, l'effondrement de la pyramide. Il n'y avait pas d'alternative, sinon une mort lente. Pour cette autre vie, je suis partie au milieu de la nuit, sans me retourner et, dans le fond, je ne suis pas revenue. Voilà. J'ai détourné le lit du fleuve, d'un geste, de ce même mouvement accompli par Wàipó, soixante ans auparavant, avec le même égoïsme salvateur, le même élan aveugle. Le geste total, l'imprudence, je l'ai commis moi aussi."

    Dans cette sélection automnale des 68 premières fois, se dessinent quelques affinités accidentelles dans des récits qui se font écho à peu de distance. Hasard des envois et réceptions.
    "L’Imprudence", premier roman de Loo Hui Phang, est venu à moi dans les jours qui ont suivi la réception de "Ceux que je suis" (Olivier Dorchamps, Finitude) et "Tous tes enfants dispersés" (Beata Umubyeyi Mairesse, Autrement). Ces romans abordent tous trois les thèmes du déracinement et de l’exil, questionnent l’identité et les origines, rappellent la difficulté à se sentir doublement étranger, tant à son pays de naissance qu’à celui d’adoption.

    Le texte est ici concis, enclos dans un espace restreint d’à peine 140 pages d’une écriture très travaillée, faite de phrases courtes qui racontent dans l’urgence, semble-t-il, autant le besoin d’émancipation que celui de se retourner pour partir à la découverte de ses racines familiales.

    La famille de la narratrice a fui le régime totalitaire du Laos alors qu’elle n’était qu’un bébé d’à peine un an. Avec ses parents et son frère âgé alors de 11 ans, elle a trouvé refuge à Cherbourg, en France, un pays où elle peut désormais mener une vie "libre et plurielle".

    Le récit à la 1re personne concède une place substantielle à des passages écrits à une 2e personne, adresses imaginaires à ce frère qui se sent "imposteur […] vivant une vie de Français", qui ne s’est jamais remis d’avoir dû abandonner son pays en même temps que ses grands-parents.

    "Quand je parle en français, je mens. Et quand je pense en français, je me travestis. Tu vois ? J’imite quelqu’un d’autre."

    Ce récit dit l’absolue nécessité de mettre des mots sur les ressentis avant que le temps ne les altère.
    Livre du déracinement, de l’impossibilité d’un territoire auquel s’ancrer quand on est "une enfant pervertie par l’exil",

    "Au premier regard, cela est prononcé. Je ne suis pas d’ici. Tout le monde le voit. Tout le monde le sait. Je sais que l’on sait. Et cette chose est posée là, entre les autres et moi."

    "L’Imprudence" pose un regard subtil sur ces familles qui ne seront jamais chez elles où qu’elles aillent. Étrangère en France comme au Laos où elle revient pour enterrer Wàipó sa grand-mère, la narratrice confesse que "le seul endroit sur terre dont [elle peut] revendiquer l'appartenance est le périmètre de [sa] peau. C'est là le seul vrai lieu qui est le [sien]."

    Ce décès est l’occasion non seulement de revenir à Savannakhet, un retour difficile s’il en est puisqu'il souligne crûment les évidences,

    "Au milieu des natifs, je n’étais qu’une touriste, ou pire : une traîtresse déguisée en occidentale. […] une étrangère déguisée en Vietnamienne, une exfiltrée occidentale travestie en autochtone. […] Quoi que je fasse, le Laos, et avec lui l’Asie tout entière, me recrachait comme un corps étranger"

    mais aussi de lever le voile sur la légende familiale.

    Lever le voile, c’est découvrir Wàipó parmi les restes accumulés dans de vieux sacs ; Wàipó qui encore gamine a fui Huê en même temps que les mauvais traitements de son père ; Wàipó qui est allée récupérer son mari adultère chez sa maîtresse française. Wàipó, héroïne de la famille et inventrice de sa propre fiction, dont la vie force l’admiration pour ce qu’elle laisse entrevoir de liberté âprement conquise :

    "Il y avait, je crois, chez notre grand-mère une soif d'absolu et de romanesque. Les angles abrupts de sa vie, les décisions tranchantes, les revirements perpendiculaires. Elle qui adorait les films d'aventures chinois, qui avait adopté ce terme, Wàipó, s'inventait une identité, une lignée, une famille chinoise, à distance de son enfance vietnamienne à Huê. Notre grand-mère avait le goût de la fiction. Elle ne pouvait vivre qu'ainsi, dans la maîtrise de son récit intime."

    Lever le voile, c’est tenter de nouer le dialogue avec ce grand-père taiseux et hiératique qui, pourtant, accepte de se livrer peu à peu, derrière les volutes de ses 555 :

    "La seule chose qui me console […], c’est de penser que, là-bas, tu es quelqu’un. Là-bas, tu as le choix. Tu me ressembles tellement."

    À elle d’enfin connaître l’apaisement grâce au sens que l’on peut donner a posteriori au parcours accompli jusqu’alors :

    "Je pourrais mourir d’entendre cela. Tant de mouvement. Cet afflux. La grâce que je n’attendais plus."

    C’est beau, n’est-ce pas, ces deux femmes qui, à des années d'écart, à des milliers de kilomètres l'une de l'autre, se veulent héroïne de leur propre fiction ?
    Alors pourquoi ce roman m’a-t-il laissée à distance ?
    Je l’ai trouvé froid et austère alors qu’il est terriblement bien écrit, froid au point de n’être pas touchée par la vibrante déclaration d’amour d’une jeune sœur à son frère, froid au point de n'être émue par aucun des personnages, mis à part les grands-parents, tellement froid que je me suis demandé un temps si cette mise à l’écart de la lectrice que je suis n'était pas intentionnelle. Diablement frustrant.

    Il y a des rendez-vous manqués dont on ne sait dire si un autre jour, en un autre lieu, la rencontre aurait pu se faire. "L’Imprudence" est, pour moi, de ceux-là.

    1er roman
    Lu pour la session automne des #68premieresfois

    https://www.calliope-petrichor.fr/2019/11/10/l-imprudence-loo-hui-phang-actes-sud/

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