• Cinq petites nouvelles et c’est tout ? Oui mais elles sont de Sylvain Tesson avec « L’Éternel retour ». Alors ?
    Eh bien on y va, bien sûr et on va commencer par « L’Asphalte » puis « Les Porcs », « Le Lac », « L’île » et finir avec « Le Phare ». Des titres assez intrigants et qui font de demander ce que notre écrivain-voyageur a bien pu trouver à nous raconter cette fois. Mais avec lui, pas de souci avec son imagination débordante et sa vie d’aventurier. D’ailleurs il est infatigable, il faut le suivre et c’est bien volontiers pour ma part, car outre ses récits de voyages, sur la nature, ici c’est justement une confrontation de l’humain avec celle-ci.

    * Dans « L’Asphalte », on commence par voir le vieil Edolfius qui tousse, crache, s’étrangle à cause de la poussière soulevée par un camion.
    D’ailleurs : « Edolfius réfléchissait. Il se demandait au nom de quoi Tsalka, son village, n’avait pour desserte qu’une piste de cailloux. Pourtant, l’asphalte gagnait le reste du monde. Même en Afrique les villes tiraient leurs langues noires à travers la brousse. Toute l’humanité jusqu’au dernier des nègres foulait le goudron. » (page 11). Pourquoi pas chez lui en Géorgie, au piémont du Caucase ? Cette fois c’en est trop. « Tsalka ne peut échapper à la marche du siècle ». (page 18).
    Heureusement que l’État venait de signer un contrat avec une société pétrolière américaine et donc on intègre au programme l’ asphaltage tant attendu qui permettra le passage d’un pipeline.
    Mais les travaux ne vont pas se passer aussi aisément que cela et la question se pose de savoir si c’était une si bonne idée ? Le dénouement est étonnant et là, première gifle pour le lecteur.

    * Puis, bizarrement, on passe à la nouvelle « Les Porcs » mais avec l’auteur il ne faut s’étonner de rien car son esprit vagabonde dans ce tout petit livre de la collection Folio2 (deux euros – avec des extraits de « Une vie à coucher dehors »). Ici, c’est une plainte concernant l’élevage intensif de ces malheureuses bêtes : « La nuit, les cris sont dans ma tête. Ils me réveillent, vers une heure, après le premier sommeil. Mes cauchemars sont l’écho de ce mal ». Cette fois l’affaire se passe dans le Dorset. On a donc fait un saut jusque là-bas où « les cochons étaient des usines » (page 36). Sans parler de l’ammoniaque du lisier qui infectait les poumons. Mais le pire est la souffrance de ces animaux où « les plus angoissés étaient les porcelets » (page 37). Je préfère éviter d’en rajouter car avec Edgard Olivier Nowils qui a écrit cette lettre, la fin est autre gifle, une énorme, une tragique, qui, de plus, nous fait regarder les porcs d’un autre œil, vous verrez.

    * On passe à la nouvelle « Le lac » qui a lieu en Sibérie, autre voyage où l’on rencontre Piotr, dans sa cabane sur la rive d’un lac en novembre. « Pas un souffle. Le thermomètre cloué sur le sapin devant la cabane marquait - 27°C » - quelques traces d’ours – on découvre que Piotr s’appelle en réalité Ivan, « natif de Tomsk et vétéran de la Grande Guerre patriotique de 1941-1945 ». La fin de cette nouvelle ? Troisième gifle et pas des moindres.

    * J’en arrive à « L’île » en me rendant compte que je voulais en dire le moins possible sur ces nouvelles mais je suis trop taraudée par l’envie de dire quelques mots sur chacune.
    Alors cette île ? Sur ses côtes, le ketch Santa Maria avait été drossé par un typhon, une violente tempête dans le Pacifique. Les survivants ? Un Malais, un professeur hongrois, un paysan chinois du Sichuan, un Russe, un Ukrainien, un marin grec et un Breton. Pas de traces du reste de l’équipage ni du capitaine. Leur reste l’espoir de voir arriver d’autres bateaux qui les sauveraient mais les mois passent et on entend : « Nitchevo » ou « Meio » - dont la signification est « Rien ». On instaure l’espagnol comme langue officielle et on nomme l’île « Esperenza », ce qui veut tout dire. On imagine facilement que la survie est très difficile et je ne vous étonnerai pas en disant que l’on se prend encore une claque à la fin. Décidément ça commence à faire très mal. Sylvain n’y va pas de main morte.

    * On en arrive à la dernière nouvelle : « Le phare » qui « se dressait sur un promontoire à deux cents kilomètres de Vladivostok. Aucun phare de Russie n’occupait position plus australe ». Chaque jour Vladimir Vladimirovitch en gravissait les cent quatorze marches pour vérifier les lampes et un jour, une lettre arrive l’invitant à Brest où il va passer une semaine à grimper dans des phares, assister à des banquets, des conférences. A la fin des discours est prononcée la sempiternelle phrase : « Le phare, monument à la croisée de la mer, du ciel, de l’ombre et de la lumière ». (page 81). Puis arrive le 25 décembre où « le miracle de Noël fut que le Breton s’anima ».

    Ainsi finit ce recueil de nouvelles, toutes avec des chutes bien caustiques, destinées à nous faire réfléchir sur nos comportements. Elles sont très sobres, ont une connotation philosophique et en très peu de mots Sylvain Tesson nous démontre combien nous sommes déconnectés de la vraie Nature, celle que l’on ne peut pas contrôler nous, simples humains.

    La dernière phrase de ce magnifique petit ouvrage, un pur bonheur, est :
    « - A l’éternel retour ! A l’éternel retour ! ».

    En effet, nous revoici revenus à la réalité. Pour moi ce n’est pas un simple retour mais une continuation dans mon admiration pour cet écrivain qui n’arrête pas de nous charmer par tous ses ouvrages. Autant j’en ai lus, autant il m’en reste encore soit à relire, soit à en découvrir. Il est vrai qu’il a un charme non pas maléfique, mais diabolique et je dis donc : au suivant : Сле́дующий! (là je parle des livres) puisqu’il aime tellement parler le russe.

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