Les soldats de Salamine

  • _ « Toutes les guerres sont pleines d’histoires romanesques, n’est-ce pas ?
    _ Seulement pour celui qui ne les vit pas. Seulement pour celui qui les raconte. Pour celui qui va à la guerre pour la raconter, et non pour la faire. Comment s’appelle ce romancier américain qui est entré dans Paris… ?
    _ Hemingway.
    _Hemingway, oui. Quel clown ! »
    Ce livre, et c’est là qu’est sa force, sa puissance, raconte le lien fugace d’un regard échangé par un vilain matin pluvieux de fin janvier 1939 entre un des fondateurs de la Phalange ayant échappé au peloton d’exécution et le soldat anonyme qui, l’ayant retrouvé dans la forêt, aurait dû l’abattre mais ne l’a pas fait. Pendant la débâcle de l’armée républicaine, une cinquantaine de prisonniers est passée par les armes. Parmi eux, le plus illustre est l’un des fondateurs et idéologue de la Phalange, l’écrivain Rafael Sanchez Mazas. Il s’échappe, se terre dans la forêt, on le poursuit et… « C’est alors qu’il le voit. Debout, tout près du fossé…il empoigne de ses grosses mains son fusil. En proie à l’absurde résignation de celui qui sait que son heure a sonné, Sanchez Mazas regarde à travers ses lunettes de myope voilées d’eau le soldat qui va le tuer…C’est ainsi, la tête enflammée, affolée et confuse, que Rafael Sanchez Mazas –poète exquis, idéologue fasciste, futur ministre de Franco – attend la décharge qui doit en finir avec lui…Au moment même où le soldat atteint le bord du fossé, un cri proche traverse le bruissement végétal de la pluie :
    _ Il y a quelqu’un par là ?
    Le soldat regarde Sanchez Mazas ; celui-ci fait de même…
    _ Par ici, il n’y a personne !
    Il fait ensuite demi-tour et s’en va.
    Avouez que vous aimeriez bien savoir pourquoi, car si le miraculé a eu le temps de raconter son histoire, l’auteur de cet acte inouï de clémence est resté anonyme et sa décision inexpliquée. Ce livre-enquête en deux parties (l’écrivain d’abord, le soldat républicain ensuite) tutoie la réponse et révèle un personnage plus romanesque que possible qui répond à sa guise à quelques questions vertigineuses :
    Qu’est-ce qu’un héros ? Comment le devient-on ? Le veut-on vraiment ? Les héros sont-ils tous morts ? Les morts subissent-ils une seconde mort lorsque plus aucun vivant ne se souvient d’eux ? Il fustige l’ingratitude des descendants qui ont la chance de vivre en paix (nous), l’anonymat scandaleux dans lequel sont maintenus ses jeunes compagnons qui n’auront pas eu de vie et donne crédit et consistance à cette idée très dérangeante qui prétend que : "C'est toujours un peloton de soldats qui, au dernier moment, sauve la civilisation ». A l’heure où fleurissent commentateurs, comptables, et autres rapporteurs, le titre, emprunté à un roman jamais écrit de Sanchez Mazas, est un hommage aux Soldats de Salamine, entendons par là les modestes et anonymes qui font l’Histoire avec leur sang, qu’elle se soit déroulée 500 ans avant JC à Salamine ou en janvier 39 près de Gérone.
    Un livre fort, émouvant, une histoire fascinante qu’on n’oublie pas !

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