Les rats dans les murs

Couverture du livre « Les rats dans les murs » de Howard Phillips Lovecraft aux éditions Publie.net
Résumé:

Cette fois, on est loin de Providence. On est dans la vieille Angleterre, ses ruines gothiques et ses fantômes. Et quand Lovecraft, comme d'habitude, remonte le temps, on trouvera les Romains et les druides. Mais ce n'est pas si simple. Edgar Poe aussi situait souvent ses histoires dans les... Voir plus

Cette fois, on est loin de Providence. On est dans la vieille Angleterre, ses ruines gothiques et ses fantômes. Et quand Lovecraft, comme d'habitude, remonte le temps, on trouvera les Romains et les druides. Mais ce n'est pas si simple. Edgar Poe aussi situait souvent ses histoires dans les légendes mystérieuses du vieux continent et ses brouillards. Pour lui, avec souvenir autobiographique de son enfance à Londres.
Et Lovecraft donne très vite la couleur par rapport à Poe : le narrateur inclut Poe dans son patronyme, et comme c'est une histoire à faire peur, il prend le mot français, et le nom devient De la Poer. Quant aux ancêtres du narrateur, bien sûr c'est en Virginie qu'ils ont émigré (et c'est un beau morceau d'histoire américaine qui surgit, de la guerre de sécession à l'expansion industrielle de Boston, puis la participation américaine aux tranchées de la 1ère guerre mondiale.
Attention: texte en reflets, texte trompeur. Logique: imparable. Rien qui puisse jamais être pris en dafaut dans la cohérence de chaque détail, chaque paragraphe.  C'est la bonhomie, qui trompe: le narrateur, par rapport aux étranges visiteurs de Lovecraft, tout pétris de mystique, est un brave homme et ça s'entend dans sa façon de parler. Il y a des clichés (un petit patron de Boston à la retraite, ça ne pense pas comme Hegel, et encore moins comme les sombres éclaireurs de Lovecraft, Huysmans notamment). Mais c'est justement la façon e parler du bonhomme qui participe à la cohérence d'ensemble: il nous raconte honnêtement ce qu'il a vu et ce à quoi il a assisté.
Et c'est probablement, ce respect phrase à phrase de toutes les nuances de Lovecraft dans cette majestueuse manipulation de strates très précises de la rhétorique ordinaire, qui était le défi de la traduction. Lovecraft ne parle pas ses textes: chaque bribe de langue est assignée à un temps, un usage, un locuteur précis.
Au bout, on est dans une folie à la Artaud, avec invention de langue. Les rats circulent dans la folie et non plus dans les murs. Mais vous aurez beau jeu de prendre paragraphe à paragraphe chaque avancée du texte, vous serez au défi de trouver le glissement. Le crime au bout est abject: mais qui donc a-t-on tué, dans ce fils par procuration comme une vengeance de celui qu'a pris la guerre européenne?
En fait, tout tient à ce chat, Nigger-Man, ici rendu par Négro - on sait que chez Lovecraft c'est une frontière pas bien saine. C'est un chat noir. Ça vous dit quelque chose, le chat noir?
On ressort de tout ça un peu gluant, pas bien à l'aise. Mais si c'était ça, le fantastique?

François Bon

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