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Les nuits d'été

Couverture du livre « Les nuits d'été » de Thomas Flahaut aux éditions Editions De L'olivier
Résumé:

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Avis (8)

  • Ce roman est une fine évocation de la classe ouvrière d’aujourd’hui, l’usine où les opérateurs ont remplacé les ouvriers, ce qu’est l’héritage social, ce que signifie être transfuge sociale, comment fonctionne les rapports de domination...
    Le tableau bâti autour de ces notions pourrait sembler...
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    Ce roman est une fine évocation de la classe ouvrière d’aujourd’hui, l’usine où les opérateurs ont remplacé les ouvriers, ce qu’est l’héritage social, ce que signifie être transfuge sociale, comment fonctionne les rapports de domination...
    Le tableau bâti autour de ces notions pourrait sembler indigeste ou intimidant car partial ou lourdement idéologique. Cela n’arrive pas car l’auteur orchestre un récit à la fois plein de douceur et d’attention aux personnages : deux amis d’enfance engagés comme saisonniers dans l’usine suisse où leurs pères ont sué avant eux, et la sœur de l’un d’entre eux étudiante en sociologie et axant sa thèse sur le travail frontalier qui façonne la vie de la Franche-Comté depuis des générations.
    Il parle de ce que fait le travail sur les corps et les esprits. J’ai souvent pensé à Joseph Pontus et son « A la ligne » lorsque Thomas Flahaut évoque le bruit, la fatigue, les corps qui souffrent. Mais j’ai aussi pensé à Annie Ernaux et son écriture sans effets de manches.
    Dans « les nuits d’été », il est aussi grandement question du passage à l’âge adulte, avec les rêves et les désillusions propres à la fin de l’adolescence : la fin de l’insouciance, les choix qui s’opèrent (souvent par défaut), les ami.e.s qu’on garde ou qu’on perd, la famille dont on s’éloigne...
    Au final, j’ai aimé ce vrai beau roman d’apprentissage, poignant et profond.

    Ce livre a été sélectionné par les 68 premières fois et voyage auprès des lecteurs/lectrices engagé.e.s dans l'aventure.

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  • Thomas et Louise, des jumeaux âgés de 25 ans, et Mehdi sont des amis d’enfance, des amis du quartier, celui des Verrières, en Franche-Comté, pas loin de Montbéliard. Mais si le père avait trimé pour que Thomas s’en sorte et parte à la ville faire des études qui lui permettrait d’échapper à la...
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    Thomas et Louise, des jumeaux âgés de 25 ans, et Mehdi sont des amis d’enfance, des amis du quartier, celui des Verrières, en Franche-Comté, pas loin de Montbéliard. Mais si le père avait trimé pour que Thomas s’en sorte et parte à la ville faire des études qui lui permettrait d’échapper à la vie des ouvriers, celui-ci s’est sans doute un peu fourvoyé. Ou bien avait-il des aspirations plus hautes que ses capacités, toujours est-il que fort de ses échecs aux études de médecine, c’est dans l’usine qu’il pose aujourd’hui son bardât pour avancer.

    Voilà donc Mehdi et Thomas désormais collègues à l’usine, la seule qui embauche dans ce coin où la zone a gagné du terrain. Celle-là même où travaillaient déjà leurs pères, qu’ils avaient rêvé de fuir, mais qui inexorablement les ramène à leur condition. Job d’été ou études manquées, qu’importe puisque finalement les voilà qui triment comme le autres, sans aucun espoir de s’en sortir un jour. Il faut alors apprendre le maniement des machines, le bruits, les odeurs, la solidarité et l’entraide, les gestes de sécurité et le rythme intensif de la production.

    Jusqu’au jour où… les actionnaires, les délocalisations, les patrons peu soucieux de leurs ouvriers, tout y passe et l’usine ferme pour se réinstaller plus loin, mais avec beaucoup moins de travailleurs. Au grand désarroi de toutes ces familles qu’elle faisait vivre dans la vallée.

    Dans cette usine, Louise va poursuivre sa thèse sur les ouvriers frontaliers. Elle se rapproche de Mehdi le solitaire, l’enfant resté au pays qui travaille dans les stations de ski l’hiver et à l’usine tous les étés, qui rentre à moto par l’autoroute transjurane pour passer la frontière entre la France et la Suisse. Lui seul dans ce trio sait déjà ce que veut dire la précarité.
    ...
    chronique complète en ligne sur le blog Domi C Lire https://domiclire.wordpress.com/2021/02/16/les-nuits-dete-thomas-flahaut/

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  • Lu dans le cadre la sélection du prix des lecteurs des Escales du Livre de Bordeaux 202 et sélection 2021 des 68premières fois

    Second texte de cet auteur, aprés Ostwald, dont j'avais apprécié la lecture. le charme de notre groupe des 68premières fois est de suivre les primo romanciers.
    Ce...
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    Lu dans le cadre la sélection du prix des lecteurs des Escales du Livre de Bordeaux 202 et sélection 2021 des 68premières fois

    Second texte de cet auteur, aprés Ostwald, dont j'avais apprécié la lecture. le charme de notre groupe des 68premières fois est de suivre les primo romanciers.
    Ce texte aborde la vie entre le Jura et la Suisse et les travailleurs frontaliers, qui traversent la frontière le soir pour travailler dans les usines suisses, en 3/8.
    Thomas est un jeune étudiant qui rentre pour l'été, après avoir échoué ses études universitaires à Grenoble et qui va se faire engager comme intérimaire dans une usine suisse.
    Mehdi, un ami d'enfance qui est resté dans la petite ville de province, où il vivote en poste d'intérimaire et aider son père, un ouvrier en pré retraite qui vend des poulets rôtis dans les parkings des grandes surfaces.
    Louise, la soeur jumelle de Thomas, étudiante en sociologie,, qui finit son parcours universitaire et va rédiger son mémoire de fin d'étude, qui va porter sur les ouvriers frontaliers.
    Car on se situe à la frontière entre le Jura et la Suisse.
    Ce roman parle de la vie à l'usine, des usines qui déménagent entre les frontières, qui ouvrent, qui ferment et dont les données salariales sont de simples données mathématiques.
    A travers des personnages touchants, l'auteur nous parle de l'évolution de la vie au travail, de beaux portraits de l'ancienne génération (des pères qui ont été broyés par le travail sur des chaînes d'usine...), de l'actuelle génération (certains essaient de s'en sortir par le biais des études ou qui essaient de trouver leur place dans ce nouveau monde du travail..)
    Un texte qui m'a rappelé la lecture de "Elise ou la vraie vie" que j'avais eu le plaisir de relire lors de la dernière sélection des 68 ainsi que "à la ligne".
    Il y a dans ces pages de beaux moments, sur les routes de montagne sur les motos, sur les relations entre les ouvriers dans la nuit des usines. Car ce titre pourrait faire penser aux douces nuits d'été, de vacances, mais que nenni, ici il parle ici des nuits de travail, dans des chaînes d'usine où des pièces sont fabriquées, calibrées, où le travail des ouvriers est chronométré et dans lequel les salariés, titulaires ou intérimaires, ne savent pas la plupart du cas, à quoi sert ces satanées pièces !!!
    J'ai apprécié aussi les pages descriptives du milieu social, les pages sur les relations entre les personnages.
    Et je vais continuer mes lectures sur ces thèmes sociaux, générationnels, en lisant "leurs enfants après eux" de Nicolas Mathieu, qui est dans ma PAL depuis trop longtemps.

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  • Thomas et Louise sont jumeaux. Ils ont grandi dans le quartier des Verrières, dans le Jura suisse. Leur père s’est usé à l’usine pour qu’ils fassent des études et échappent à cet environnement qui brise le dos, les âmes et les illusions. Louise poursuit une thèse sur le monde ouvrier mais Thomas...
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    Thomas et Louise sont jumeaux. Ils ont grandi dans le quartier des Verrières, dans le Jura suisse. Leur père s’est usé à l’usine pour qu’ils fassent des études et échappent à cet environnement qui brise le dos, les âmes et les illusions. Louise poursuit une thèse sur le monde ouvrier mais Thomas a lâché prise et en ce début d’été, il retrouve Medhi, l’ami d’enfance, à l’usine, celle de leur parents.

    Cela raconte le monde ouvrier, la volonté d’en sortir, la solidarité, et surtout le côté inexorable à y être maintenu malgré les fermetures, les démantèlements et les transformations d’une industrie à bout de souffle.

    Il y a un peu de Nicolas Mathieu et de Laurent Petitmangin dans ce roman social qui se situe aussi dans l’Est. De Joseph Ponthus aussi (oui rien que ça !!) quand il s’agit de décrire les mouvements, les tâches mécaniques à effectuer sur ces machines qui bientôt disparaîtront. C’est l’histoire d’une mutation, celle du monde ouvrier, d’un désenchantement, celui d’une génération, le tout porté par une écriture à la fois mélancolique, parfois rageuse mais toujours sobre. Et c’est beau !

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  • Ce roman figurait sur ma liste de livres à lire de la rentrée littéraire 2020. D’autres livres ont retenu mon attention, puis la rentrée littéraire d’hiver 2021 est arrivée et la lecture de ce livre s’est encore éloignée. Heureusement les 68 premières fois ont sélectionné ce second roman pour...
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    Ce roman figurait sur ma liste de livres à lire de la rentrée littéraire 2020. D’autres livres ont retenu mon attention, puis la rentrée littéraire d’hiver 2021 est arrivée et la lecture de ce livre s’est encore éloignée. Heureusement les 68 premières fois ont sélectionné ce second roman pour lui permettre de toucher davantage de lecteurs. Et quelle belle lecture ! Merci pour ce premier envoi !
    Ce roman se lit facilement. Je suis très vite entrée dans la vie de Thomas, Louise et Mehdi. Je l’ai presque lu d’une traite. Impossible d’abandonner les personnages dans leurs tourments. Bref je me suis attachée à ces jeunes gens.
    Thomas Flahaut alterne les voix des 3 personnages principaux. On revit ainsi certaines scènes deux fois mais avec un point de vue différent. C’est l’histoire d’une génération, d’ados qui essaient de devenir adultes mais avec le poids de l’héritage social ils ont toutes les peines du monde à y arriver et à trouver leur place.
    Louise et Thomas sont jumeaux. Ils ont 25 ans. Ils font leurs études à Besançon. Thomas rate son examen et ne peut plus s’inscrire à l’université. Il n’ose pas le dire aux « darons ». Ces parents qui ont mis tous leurs espoirs dans la réussite de leurs enfants. Le père a travaillé de nuit dans une usine suisse toute sa vie afin de gagner de l’argent et permettre à son fils de « profiter du jour ». Ils habitent dans un quartier d’Audincourt, « Les Verrières ».
    Au début du roman il y a des références à Charlie Chaplin. Vous l’aurez compris, il est question de classes sociales dans ce roman. Les copains se sont sentis trahis lorsque Thomas est parti au lycée général alors qu’eux allaient au lycée professionnel. Cet été, il va travailler dans la même usine que son père retraité. Il y retrouve Mehdi, un copain d’enfance. On passe de nombreuses nuits à Lacombe avec eux et Miranda (la machine), les cadences, la fatigue. L’usine ne rapproche pas Thomas et son père, ils restent toujours chacun dans leur silence, leurs non-dits.
    Je vous laisse découvrir les deux autres personnages qui ont autant à vous dire sur ces travailleurs frontaliers et cette génération de désillusionnés. Et comme ce sont des jeunes, vous trouverez aussi quelques fêtes, de l’amour, beaucoup d’alcool et quelques joints !
    Le titre fait référence aux nuits d’été passées à l’usine mais aussi à un disque aimé par la « daronne », « Les nuits d’été » de Berlioz. Il est vrai qu’il y a une part de mélancolie dans ce roman.
    Ce roman social me rappelle celui de Nicolas Mathieu (« Leurs enfants après eux », Goncourt 2018). Il sonne juste, on sent qu’il y a une part de vécu.
    Bref, un coup de cœur pour moi !

    Louise à propos du père : « C’est vrai qu’il est chiant à toujours répéter que ce qu’on a, on ne le doit pas à la chance, mais à notre mérite, à notre travail. Il aurait aimé avoir cette chance-là. Mais réussir, c’est rien d’autre que la conséquence d’avoir tout fait comme on nous a dit de faire. C’est du dressage. On t’a dressé pour que tu puisses pas envisager la vie autrement qu’en étant diplômé. On t’a programmé le cerveau pour que tu angoisses à l’idée de pas l’être. »

    « Pour les darons, grandir, ça a été apprendre à rester à sa place. Pour Thomas et Louise, grandir, ça a été apprendre à fuir »

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  • Un livre glané et recommandé par ma libraire.
    Les Verrières quartier d’une ville frontalière entre le Doubs et la Suisse.
    Les jumeaux Thomas et Louise et Mehdi leur ami de toujours ont grandi dans ce quartier.
    Pour ces trois-là pendant leur enfance les Verrières c’était le monde. Puis en...
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    Un livre glané et recommandé par ma libraire.
    Les Verrières quartier d’une ville frontalière entre le Doubs et la Suisse.
    Les jumeaux Thomas et Louise et Mehdi leur ami de toujours ont grandi dans ce quartier.
    Pour ces trois-là pendant leur enfance les Verrières c’était le monde. Puis en grandissant le monde c’était ailleurs, chacun a fait, à sa manière, l’expérience de cet ailleurs. Ici et maintenant, ils sont de retour et ce quartier pue l’étroitesse, l’enfermement presque le malaise pour ces adultes qui ne savent plus où est leur place.
    D’emblée j’aime la tonalité du roman, Thomas raconte l’usine où il n’a pas eu d’autre choix que de s’y faire engager le temps de l’été.
    « Une nouvelle semaine commence ainsi, aussi normale, habituelle, que si elle était pour Thomas la centième. Il prend place devant la Miranda. Ses mains se mettent à penser à sa place lorsqu’elle gueule, tressaute. Il faut replacer le fil de cuivre cassé dans la fileuse. Il faut ramasser le stator tordu par le bras mécanique en grimpant dans le ventre de la machine quand la pompe à air foire… »
    Son idée de l’usine, un personnage à part entière dans leur vie, est faite des images de Charlot dans Les Temps Modernes et des gueulantes du père qui y a laissé sa santé, son existence faite de renoncement.
    Entre ces deux images il y a ce qui est tu, car personne ne dit tout de ce travail où la machine n’est pas au service de l’homme mais tout le contraire l’homme sert la machine.
    Il y a des odeurs, des rites, des codes. Parlons des couleurs, le gris c’est pour la majorité : les opérateurs ceux qui obéissent, le rouge pour les commandants enfin ceux qui sont plutôt des intermédiaires du pouvoir. Et une nouvelle couleur débarque au cœur de l’été, le vert. Couleur de l’espoir pas vraiment, ce sont des techniciens qui viennent démonter les outils de production.
    Les ouvriers sont vraiment des pions.
    Louise prépare une thèse sur les ouvriers frontaliers du Doubs.

    Jules son ami a une famille bourgeoise, parents architectes, lui-même a fait des études de philosophie mais finalement s’est réorienté professionnellement vers le métier de charpentier. Ses parents sont fiers de lui, cela n’a pas posé de problème. Louise entre dans un monde où elle se sent pauvre. Pas matériellement mais pourrait-on dire sur le plan culturel et aussi celui de la liberté.
    Le lecteur entre dans ce monde en voie de disparition inéluctablement.
    L’écriture avec beaucoup de finesse imprime ce mouvement vers le crépuscule.
    Ces jeunes sont pris entre deux feux : des parents qui veulent absolument que leurs enfants aient une vie meilleure, sans savoir définir ce que cela défini et l’usine qui les broie.
    Cette jeunesse doit en permanence essayer de s’inventer une vie mais c’est comme si ces jeunes devaient escalader à mains nues un mur aux parois lisses.
    C’est un constat émaillé par les entretiens de Louise.
    Ce qui est remarquable c’est qu’il y a beaucoup de poésie dans ce roman pour décrire ce monde où les prolétaires ne sont plus les mêmes, ils doivent se réinventer pour ne pas passer de l’état de prolétaires à l’état de pauvres.
    « Fier, il l’est aussi d’entrer comme une phalange armée dans le petit pays d’à côté pour signifier à ses habitants qu’ils sont là, qu’ils ne sont pas invisibles, eux qui œuvrent la nuit à l’usine, qui perdent là leur jeunesse. »
    C’est un crève-cœur de voir ce savoir-faire disparaître, et de comprendre que les générations futures seront dans le virtuel.
    Dans les milieux dit « simples » combien d’enfant savent ce que font réellement leurs parents comme métier ?
    Comment s’identifier ? Comment se réaliser ?
    Des questions qui montrent un avenir peu enviable, où la fatigue vient du vide.
    Très beau roman qui interroge car il sonne juste.
    @Chantal Lafon-Litteratum Amor 07 novembre 2020.

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  • https://leslivresdejoelle.blogspot.com/2020/09/les-nuits-dete-de-thomas-flahaut.html

    " Pour les darons, grandir, ça a été apprendre à rester à sa place. Pour Thomas et Louise, grandir, ça a été apprendre à fuir."

    Nous sommes dans une région industrielle de l'Est de la France à la...
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    https://leslivresdejoelle.blogspot.com/2020/09/les-nuits-dete-de-thomas-flahaut.html

    " Pour les darons, grandir, ça a été apprendre à rester à sa place. Pour Thomas et Louise, grandir, ça a été apprendre à fuir."

    Nous sommes dans une région industrielle de l'Est de la France à la frontière franco-suisse. Le temps d'un été, Thomas travaille pour la première fois comme intérimaire de nuit chez Lacombe, l'usine où son père a trimé toute sa vie. Il n'a pas encore annoncé à ses parents qu'il a raté ses examens universitaires détruisant leur espoir de le voir s’élever dans l'échelle sociale. Il retrouve son ami d'enfance Mehdi qui travaille tous les étés chez Lacombe après des emplois de saisonnier l'hiver dans des stations de ski.

    Avec ce travail de nuit Thomas découvre le corps à corps avec les machines que chacun surnomme Miranda dans le bruit de l'atelier qui le poursuit dans son sommeil. Son emploi est dénommé "opérateur de production" et non "ouvrier" comme à l'époque de son père. " Un ouvrier, ça fait une œuvre. Ça sait ce que ça fait. Ça signifiait un monde et une fierté. Quant t'es opérateur, tu fais des opérations. C'est tout. Tu vaux moins que la machine, t'es pas fier." Ce travail n'a aucun sens pour Thomas et ses compagnons qui ne savent même pas à quoi vont servir les pièces qu'ils fabriquent. Épuisé par son travail de nuit, Thomas passe ses journées à dormir. " Un univers aride où la douleur est repoussée sans cesse au bout de l'opération, au bout de la nuit, au bout de la semaine, au bout de la saison, jusqu'au congé annuel, jusqu'à la retraite, jusqu'à l'accident."

    Louise, la sœur jumelle de Thomas, est aussi revenue sur les lieux de leur enfance car elle prépare une thèse de doctorat sur les ouvriers frontaliers du Doubs. La crainte de se mettre à sa thèse et le besoin de ressentir la satisfaction de voir les résultats de son travail la pousse à s'engager dans la cueillette des plants de tabac.

    L'auteur originaire de Montbéliard a puisé dans son vécu pour nous immerger dans le milieu ouvrier de sa région d'origine nous offrant un roman proche de l'univers de Nicolas Mathieu dans "Leurs enfants après eux". A travers le parcours de ces trois jeunes, l'auteur raconte la jeunesse des classes populaires, leurs rêves, leurs espoirs mais aussi leurs désillusions. Il parle de l'ordinaire du quotidien, de l'absence d'horizon, de l'évolution du travail en usine, de l'aliénation au travail, de la précarité des intérimaires, de la dureté du travail de nuit mais aussi des difficultés de communication entre enfants et parents, entre frère et sœur. Le premier roman de Thomas Flahaut, Ostwald, ne m'avait pas plu à cause d'une ambiance sombre et pesante couplée à une narration décousue. J'ai préféré ce deuxième roman qui ne renvoie pas la même désespérance et nous permet de côtoyer des personnages avec lesquels j'ai vite ressenti une certaine proximité. Il n'y a pas de désespoir dans ce nouveau roman mais une ambiance très mélancolique.

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  • C'est un titre qui évoque la douceur, la volupté, la légèreté, peut-être la fête. Qui rappelle, dès la première ligne que pour certains, les étés ne riment pas avec vacances et farniente, mais avec boulot, usine et chaîne de production. Pourtant, ce n'est pas un titre trompeur. L'atmosphère...
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    C'est un titre qui évoque la douceur, la volupté, la légèreté, peut-être la fête. Qui rappelle, dès la première ligne que pour certains, les étés ne riment pas avec vacances et farniente, mais avec boulot, usine et chaîne de production. Pourtant, ce n'est pas un titre trompeur. L'atmosphère tissée par Thomas Flahaut est charnelle, presque amoureuse. Les machines-outils sont des personnages que l'on caresse, dont on prend soin. Il nous dresse le portrait d'un monde qui disparaît, avec une sensibilité et une tendresse qui englobent tous les protagonistes de l'histoire. Autant j'avais trouvé Ostwald, son premier roman, très sombre, autant j'ai perçu dans celui-ci une lumière permanente, même au plus près du drame ou du désespoir.

    Nous sommes dans l'Est de la France, région frontalière avec la Suisse où se rendent nombre de travailleurs chaque jour. Mehdi a ses habitudes chez Lacombe depuis quelques années, en été, tandis qu'il travaille l'hiver dans les stations de ski. Pour Thomas, son ami d'enfance, c'est le premier contrat. Il n'a pas encore dit à ses parents qu'il avait foiré ses examens et que ses espoirs de vie meilleure étaient pour l'instant mis de côté. Lacombe, c'est l'usine où son père a travaillé toute sa vie, jusqu'à épuisement. Un père qui pensait que ses enfants verraient autre chose. Louise, la sœur de Thomas prépare justement une thèse sur les travailleurs frontaliers. Elle observe, interviewe. Il y a du mouvement à l'usine, on demande plus de productivité, des réunions de types en costard se multiplient ; le contremaître a beau rassurer, l'inquiétude gagne. Puis la colère, teintée d'impuissance. La nuit cependant, on tente de danser quand même. Et puis de s'aimer.

    C'est le roman d'une génération qui se heurte à la violence du monde du travail piloté par l'argent ; qui cherche en vain un peu de sens à l'image de Thomas qui s'interroge sur le vocabulaire employé pour le définir. Il est "opérateur de production" et non "ouvrier" comme on disait avant. La notion d’œuvre a disparu au profit de celle d'opération. Avant lui, Mehdi a fait l'expérience de la précarité, jamais sûr d'une saison à l'autre de pouvoir louer une chambre où dormir. Son organisme a intégré la fatigue inhérente tandis que Thomas, dans sa filière d'études longues découvre la vie avec retard et un corps plus fragile. Et a du mal à supporter des conditions que son père a pourtant subies toute sa vie. C'est l'histoire d'une génération qui a besoin de retrouver le sentiment de servir à quelque chose, à l'image de Louise qui part faire la cueillette des fruits parce qu'elle a besoin de voir le résultat concret de son travail. Tenter de dépasser la souffrance, les désillusions, tout ce que lui renvoient les hommes et les femmes qu'elle interroge.

    Il y a bien sûr dans ce roman des éléments d'une expérience vécue par l'auteur, il le raconte lui-même d'ailleurs. Mais il parvient à sublimer son matériau pour faire résonner une petite musique teintée de mélancolie et livrer un roman poignant et délicat qui se lit presque en apnée. Je ne peux que vous inciter à découvrir cette voix d'un jeune auteur en lice pour le Prix de la Vocation.

    (chronique publiée sur mon blog : motspourmots.fr)

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