Passionné(e) de lecture ? Inscrivez-vous gratuitement pour rejoindre la communauté et bénéficier de toutes les fonctionnalités du site !  

Les fantaisies speculatives de j.h. le semite

Couverture du livre « Les fantaisies speculatives de j.h. le semite » de Olivia Rosenthal aux éditions Verticales
  • Date de parution :
  • Editeur : Verticales
  • EAN : 9782843351990
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Les Fantaisies spéculatives de J.H. le sémite s'inscrivent dans la droite ligne des Sept Voies de la désobéissance. Après avoir, pour mieux les déconstruire, intériorisé les stéréotypes d'un traité de sagesse extrême -orientale, Olivia Rosenthal part cette fois d'un autre corpus culturel, le... Voir plus

Les Fantaisies spéculatives de J.H. le sémite s'inscrivent dans la droite ligne des Sept Voies de la désobéissance. Après avoir, pour mieux les déconstruire, intériorisé les stéréotypes d'un traité de sagesse extrême -orientale, Olivia Rosenthal part cette fois d'un autre corpus culturel, le Pentateuque soit les cinq premiers livres de l'Ancien Testament, dont elle extrait, pour mieux les mettre en porte -à-faux, certains préceptes. En tout, dix commandements tirés de l'héritage du judaïsme, successivement cités en tête de chapitre, qui vont donner lieu à d'insolentes applications transgressives, des détournements de sens jouissifs, des contre -pieds sarcastiques ou incongrus.
J. H., le personnage central de ce roman, n'est pourtant pas voué à la désobéissance. Il est, au contraire, hésitant de nature, écartelé entre son inscription dans les traditions juives et de subites envies de s'émanciper de ces rituels ancestraux. Ne sachant trop que faire de son éducation, mais ne sachant pas non plus faire sans, il est perpétuellement traversé de discours contradictoires, mis en péril par une série de dilemmes non pas tant métaphysiques que concrets.
Butant contre tel ou tel interdit de la loi juive, J. H., ce biologiste à la rationalité désarmante de naïveté, ce mari tout bêtement amoureux, ce fils pas du tout indigne, ce juif ni pratiquant ni assimilé cherche des solutions existentielles si simples qu'elles vont, peu à peu, l'entraîner dans d'extrêmes complications familiales, professionnelles, sexuelles. Dès lors, J. H en devient, presque malgré lui, un Candide moderne livré aux aléas rocambolesques de son rapport fluctuant à l'identité juive. En chemin, il s'imaginera éleveur de porcs chez sa mère, hésitera à changer de sexe, à commettre quelque inceste, à adopter un protégé palestinien, à ruiner sa carrière universitaire, autant d'aventures qui l'aideront à distinguer la judaïté normative dont il a hérité et celle, si difficile à définir, qui lui appartient en propre.
À moins que cet irréductible noyau identitaire qui taraude l'anti-héros de ce roman cette judaïté qui ne craint ni le doute, ni l'ironie, ni le scandale, réside justement dans le principe même de ces « fantaisies spéculatives », dans cette liberté prise avec le carcan des lois fondatrices, dans cette façon d'ignorer les tabous millénaires pour s'inventer d'autres destins possibles, ici et maintenant. Mais, en prenant de telles libertés, J. H. prend aussi le risque d'être qualifié, comme ses initiales le laisse présager, de Juif Honteux ; lui qui se sait pourtant traversé par tant d'autres prête-noms « Justicier Hébraïque », « Jeune Homme », « Judas Héroïque », « Jobard Hétérodoxe ». C'est là, sans doute, l'audace ultime d'Olivia Rosenthal que d'avoir su par les voies détournées d'un art littéraire de la désobéissance mettre les pieds dans le plat d'une question à la fois chargée d'affects personnels et d'actualité brûlante : le repli communautaire.

Donner votre avis