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Les enfants de la Volga

Couverture du livre « Les enfants de la Volga » de Gouzel Iakhina aux éditions Noir Sur Blanc
Résumé:

Nous sommes dans la région de la Volga, dans les premières années de l'URSS, en 1920-1930. Jakob Bach est un Allemand de la Volga : il fait partie des descendants des Allemands venus s'installer en Russie au xviiie siècle.
Bach est maître d'école dans le village de Gnadenthal, une colonie... Voir plus

Nous sommes dans la région de la Volga, dans les premières années de l'URSS, en 1920-1930. Jakob Bach est un Allemand de la Volga : il fait partie des descendants des Allemands venus s'installer en Russie au xviiie siècle.
Bach est maître d'école dans le village de Gnadenthal, une colonie située sur les rives du fleuve. Un mystérieux message l'invite à donner des cours à Klara, une jeune fille vivant seule avec son père sur l'autre rive de la Volga. Bach et Klara tombent amoureux, et après le départ du père, ils s'installent ensemble dans la ferme isolée, vivant au rythme de la nature. Un jour, des intrus s'introduisent dans la ferme et violent Klara. Celle-ci meurt en couches neuf mois plus tard, laissant Bach seul avec la petite fille, Anntche.
Après la mort de Klara, Bach s'éloigne du monde et perd l'usage de la parole. Tout en élevant l'enfant, il écrit des contes, qui de manière étrange et parfois tragique s'incarnent dans la réalité à Gnadenthal. Un autre enfant fait alors son apparition à la ferme : Vasska, un orphelin vagabond qui bouleversera la vie d'Anntche et Bach...

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Articles (3)

Avis (7)

  • J'avais inscrit Gouzel Iakhina sur ma liste des auteurs à lire rapidement. J'avais à l'esprit, à ce moment-là, de lire son premier roman traduit en français Zouleikha ouvre les yeux. Mais la rentrée littéraire a changé mon programme et c'est ainsi avec ce second roman que je découvre l'auteure...
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    J'avais inscrit Gouzel Iakhina sur ma liste des auteurs à lire rapidement. J'avais à l'esprit, à ce moment-là, de lire son premier roman traduit en français Zouleikha ouvre les yeux. Mais la rentrée littéraire a changé mon programme et c'est ainsi avec ce second roman que je découvre l'auteure russe. La Russie est décidément une source inépuisable de thèmes romanesques : sa géographie et son histoire sont le terreau où se greffent les récits de fiction d'auteurs aussi variés qu’uniques. Elle emprunte ici un thème peu traité, il me semble, néanmoins passionnant, il a plein de choses à nous enseigner, celui de l'immigration allemande vers les terres de la Volga. Ce roman est un hybride de culture allemande qui s'est greffé à un morceau de territoire et de culture russe, une longue fable, un monde disparu, qui n'a pas réussi à passer les mailles du poids lourd soviétique. C'est un roman incroyablement riche et foisonnant, un conte pour adulte, qu'a composé là Gouzel Iakhina, de tous les retours que j'ai pu en lire, il a fait l'unanimité des lecteurs et lectrices.

    Entre Allemagne et Russie, l'auteure réussit un subtil mélange en important l'âme allemande sur le territoire russe : si la Russie et l'Allemagne ont toujours entretenu des relations étroites, j'ignorais cet exode de la population allemande vers les confins de la Volga. Et si ceux-ci ont réussi à vivre dans une relative paix jusqu'à l'avènement des révolutions russe et du bolchevisme, c'est de façon très communautaire, comme si derrière ce repli sur soi, il y avait volonté à conserver sa culture et ne pas voir celle-ci la dissoudre dans le grand espace russe. En pleine lumière, au centre de la scène, Jakob Bach, le Schulmeister, le maître d'école subit une évolution singulière au fil de ce roman très fouillé. D'homme de culture allemande partagé entre la solitude et la volonté de transmettre son savoir, à la fois un peu sauvage mais terriblement fin, mais lettré et terriblement cultivé il devient un homme illettré, ayant perdu l'usage de la parole, la volonté de lire ou d'écrire, totalement hermétique à la langue russe, ainsi qu'à sa culture. Katia, la jeune femme dont il s'éprend, apparaît elle-même en princesse des glaces, reine morte trop tôt qui laisse la place à sa fille, princesse orpheline de mère, élevée et surprotégée par son père.

    Si le nom de Bach ne nous alerte pas forcément au prime abord, peut-être que celui de Grimm, ou encore celui d'Hoffman, les noms de quelques autres protagonistes nous met la puce à l'oreille : Gouzel Iahkhina pioche copieusement dans le folklore germanique, en particulier celui des contes, pour façonner un récit sur le modèle d'un conte. Il y a l'Allemagne romantique, Schiller et Gœthe, le mélange de la poésie allemande à la réalité russe. Le monde des contes, allemands, est la trame de fond de ce roman, qui lui-même en est à sa manière. Mais il n'y a pas que les histoires allemandes, le folklore russe également très riches en contes transparait, notamment à travers cette Volga qui inonde les deux rives et le récit de sa richesse, de sa vie, tantôt tumultueuse, tantôt paisible, de tous les secrets qu'elle recèle dans ses profondeurs. Le titre à la lumière des éléments que parsème l'auteure peut confirmer cette lecture-là. La Volga est à mes yeux le personnage principal du roman, en prenant cette dimension fabuleuse au fil du récit, ce lieu atemporel qui définit des frontières, qui séparent les mondes, celui d'une réalité abrupte, celui d'une réalité secondaire, presque onirique. L'une des images les plus marquantes est cette vieille femme au rouet, qui a su titiller mes souvenirs de petite fille, que le Schulmeister Bach découvre dans la maison de Grimm, de l'autre côté du fleuve. Ce n'est pas pour rien que l'eau est dotée d'une puissance certaine dans la symbolique des contes merveilleux russes.

    Le réalisme de ce récit est constellé de signes mystérieux, d'une réalité supérieure que ne cesse de voir Bach : l'auteure a le don de créer des images d'une force suggestive impressionnante, la Volga devient le Styx impromptu de ce Charon allemand. Les images se succèdent les unes après les autres devant nos yeux, comme si nous étions de ces petits animaux qui tournaient autour du fleuve, spectateurs omniscients. Le roman est long, l'auteure prend doucement et patiemment le temps pour créer une ambiance, donner du caractère et de la profondeur à ses personnages, aux lieux, aux enjeux historiques et culturels. Il me semble qu'on pourrait lui reprocher quelquefois de se perdre dans des longueurs peut-être inutiles : on ne peut en revanche pas lui faire le reproche d'avoir tissé une histoire fade et tiède, terne. Tout se métamorphose, sous la plume de Gouzel Iakhina, en une réalité bien plus profonde qu'il n'y paraît. L'attention est donnée au détail le plus minime, rien n'est laissé au hasard puisque chaque motif fait appel à un pan de l'imaginaire du lecteur, est remarquable, il enrichit - ou alourdit la lecture- à chacun de voir. J'imagine que le travail de la traductrice, ici Maud Mabillard, est un labeur particulièrement exigeant avec Gouzel Iakhina. Maud Mabillard a d'ailleurs reçu le fameux prix de la traduction INALCO-FESTIVAL VO-VF pour le premier ouvrage de Gouzel Iakhina en 2019 qui n'est autre que Zouleikha ouvre les yeux. Et à défaut de vous passionner, elle vous cultivera par la richesse des détails historiques dont elle orne son récit.

    Mais la richesse du texte de l'auteure ne s'arrête pas là : il recèle également de longs passages contemplatifs sur la beauté du monde, elle nous apprend même à lire le monde comme s'il était un livre que l'on décryptait. S'exprime ici autant l'amour des mots et de son pouvoir créatif que du monde et de ses richesses, de son unicité. Et le pouvoir soviétique, dans son uniformisation aveugle et meurtrière des uns et des autres, est cette force qui vient peu à peu tout détruire, elle s'y approprie la littérature, la mâche jusqu'à ce qu'elle n'ait plus de gout et la recrache en une espèce de salmigondis informe et insipide, ce "remplacement des formes folkloriques" originelles. Certains passages en outre se caractérisent par une forme de réalisme magique, élargissant les limites un peu trop étriquées de la réalité soviétique qui a ensuite totalement fini de désenchanter le monde : est-ce une métaphore de ce régime qui a tout sali, tué dans l'œuf toutes les caractéristiques - et sa littérature en premier lieu - les charmes d'un monde avec ses attributs individuels, c'est ainsi que moi, en tout cas, je l'ai ressenti.

    C'est un texte qui emporte l'unanimité des avis que j'ai pu en lire : ce n'est pas moi qui l'affirme, c'est le palmarès des Explorateurs de Lecteurs.com, il obtient l'une des meilleures notes du classement (je n'ai pas lu ce titre dans ce cadre-là), il fait partie de la sélection du prix Médicis : tout ceci, on ne va pas se le cacher, n'étant pas forcément gage de bon goût, je vous laisse à votre découverte, si toutefois vous ne l'avez pas lu. Ce texte très dense possède, pour le moins, une richesse de contenu, d'influences que l'auteure modèle à sa guise, peu communs : il a d'ailleurs fallu que je me restreigne pour choisir des passages du récit car ils me semblaient tous pertinents et essentiels. C'est une grande auteure que nous avons là, je crois.

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  • Je retrouve ici toute la beauté et la grandeur des romans russes lus dans ma jeunesse. L'écriture est magnifique, poétique, extrêmement détaillée et documentée. L'évocation de la nature est d'une rare élégance. Le lecteur découvre les sons et les parfums des steppes jaunes et des marais bleus...
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    Je retrouve ici toute la beauté et la grandeur des romans russes lus dans ma jeunesse. L'écriture est magnifique, poétique, extrêmement détaillée et documentée. L'évocation de la nature est d'une rare élégance. Le lecteur découvre les sons et les parfums des steppes jaunes et des marais bleus des rives de la Volga, entourés de mousse et de tourbe.
    Ce pourrait être un conte où rêve et réalité se côtoient, parsemé de touches fantastiques. (les contes ont ici une importance) Mais il s'agit d'une histoire vécue dans la Russie de Lénine et Staline .
    Catherine II de Russie à la fin du XVIIIème siècle avait permis à une communauté allemande de s'installer sur les rives de la Volga.
    L'auteur dresse un portrait de cette communauté après la révolution de 1917 dans les premières années de L' URSS à travers l’histoire de
    Bach un instituteur. Il tombe amoureux de Klara, une jeune fille à qui il donne des cours particuliers. Ils vivent quelques années paisibles, emplies de joies minuscules, dans une ferme au bord du fleuve.
    Après un évènement désastreux, la petite Anntche naîtra et Bach, lui l'amoureux des belles lettres, ne parlera plus jamais.
    Pour nourrir la petite fille, il écrit une multitude de contes au profit du secrétaire du parti. Il assemble les mots "comme on fait de la dentelle" Mais il doit éliminer de ses textes les croyances séculaires et vanter les bienfaits de la révolution.
    Comme Bach est muet et vit à la lisière d'une forêt isolée, la petite fille, bien que très vive, ne sait pas parler. Elle siffle, chantonne, imite les sons des animaux et parvient à communiquer avec son père, le seul humain qu'elle côtoiera longtemps .
    Un autre évènement bousculera leur quotidien: l'arrivée d'un petit orphelin, Vasska un vagabond affamé. Ce dernier, effronté et débrouillard, a un don pour les langues. La petite Anntch entend alors avec bonheur les premiers mots d'une voix humaine. Bach leur fera découvrir la musique, des poèmes et des textes de Goethe sur son vieux gramophone. Ils ne comprennent pas la langue mais s'en émerveillent.
    Les années de famine suivies des purges et des déportations de Staline permettront-elles à Bach et aux siens de vivre sereins ?
    D'autant que du côté allemand la montée d'Hitler n'arrange pas les relations entre les deux pays.
    Que deviendra cette communauté allemande qui avait si bien su s'intégrer et développer les rives de la Volga.
    Ce roman puissant, magique, emporte le lecteur sur les rives de ce fleuve magnifique qui dans les tourments de l'Histoire est tour à tour
    "empli de vie ou débordant de cruauté ".
    Oui le fleuve est à lui seul un personnage du roman !

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  • Je suis perplexe ! Difficile de dire si j’ai aimé ou pas ! Mon intérêt a fait le yoyo tout le temps de la lecture. Un style étrange qui oscille entre le merveilleux comme un conte et le sinistre comme la réalité !

    Il s’agit de la vie de Bach, pas le musicien, mais un instituteur, allemand...
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    Je suis perplexe ! Difficile de dire si j’ai aimé ou pas ! Mon intérêt a fait le yoyo tout le temps de la lecture. Un style étrange qui oscille entre le merveilleux comme un conte et le sinistre comme la réalité !

    Il s’agit de la vie de Bach, pas le musicien, mais un instituteur, allemand de la Volga, dans une des colonies installées par Catherine la Grande, le long de la Volga. Etrange homme avec une étrange vie dans un monde étrange !

    Dans le roman nous suivons sa vie et celle de la Russie depuis la guerre civile jusqu’en 1938 ; ponctué par des jalons historiques qui, pour nous, le raccroche à la réalité !

    La nature est un personnage à part entière et ses sautes d’humeur régissent tous les humains qui gravitent autour de la Volga au rythme des contes que Bach se remémore.

    Entre rêve et cauchemar il faut malgré tout avoir un minimum de connaissances sur la Russie du début 20ème siècle, mais je pense être assez hermétique à ce genre de littérature qui ne sait pas se situer dans un genre.

    Je vais apprécier d’avoir les avis d’autres lecteurs, j’ai la nette impression d’avoir raté plein de choses !

    #LesenfantsdelaVolga #NetGalleyFrance #rentreelittraire2021

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  • Dépaysement garanti à la lecture des premières pages.
    Le lecteur se retrouve sur les bords de la Volga, en Russie, à Gnadenthal, dans les années 1920. Il suit la vie de la communauté allemande qui vit en autarcie et particulièrement celle de son instituteur, Bach, introverti et amoureux de la...
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    Dépaysement garanti à la lecture des premières pages.
    Le lecteur se retrouve sur les bords de la Volga, en Russie, à Gnadenthal, dans les années 1920. Il suit la vie de la communauté allemande qui vit en autarcie et particulièrement celle de son instituteur, Bach, introverti et amoureux de la poésie allemande.
    Sa vie repliée sur lui-même, sur sa passion pour les orages et la littérature, va basculer d’un seul coup, quand le père de Klara lui demande d’enseigner l’allemand à la jeune fille. Ils habitent sur l’autre rive de la Volga, dans une ferme isolée.

    Bach devient amoureux fou de Klara, celle-ci ne connait rien de la vie, elle est naïve, et ils s’installent tous les deux dans l’isba au départ précipité du père et de sa gouvernante. Un jour, Klara est violée par trois hommes qui pénètrent dans la maison, elle donne naissance à une petite fille nait, Anntche, et Bach perd l’usage de la parole. Il va bientôt devoir s’occuper seul de l’enfant, la nourrir et la choyer. Reclus, coupé de tout, il rejoint Gnadental - sur l’autre rive - pour récupérer du lait pour le bébé.
    Il écrit des contes, la nuit, qu’il troque à Gnadenthal contre du lait.
    Et : « ce qu’il écrivait se réalisait. Ce que Bach griffonnait au crayon sur un mauvais papier fibreux avait lieu à Gnadenthal. (… ) Il suffisait que Bach écrive une légende sur des cerises enchantées, préservées des vers et de la sécheresse par une formule magique, et les cerisiers de Gnadenthal croulaient sous l’abondance des fruits lourds. »
    La réalisation de ses récits dans « la vraie vie » apporte un côté magique au roman, accentue cet aspect d’une communauté, en dehors du temps, portée par le rythme du fleuve.

    Bach ne vit que pour Anntche, qui ne parle pas, ne connait personne d’autre que lui. Leur vie va changer radicalement lors de l’apparition d’un autre enfant, Vasska, un gamin perdu, habitué à se débrouiller tout seul, insolent et grossier.

    Une atmosphère particulière, prenante où la nature, et surtout la Volga, personnage central au même titre que Bach et Klara, est omniprésente.
    Les personnages sont bien campés et crédibles : celui de Vasska est savoureux, celui de Bach, homme chétif et peureux, prêt à tout pour sa fille, est émouvant dans l’amour exclusif et total qu’il porte à sa fille. A la manière d’un Père Goriot.
    Une analyse psychologique très fine qui rend les personnages attachants.

    De nombreux thèmes sont abordés : la peur est au centre du roman, celle de Bach, celle de certains habitants allemands, celle de Staline. L’amour paternel, absolu et farouche de Bach envers Anntche, aussi entier qu’il l’était pour sa femme Klara. La beauté de la Volga, généreuse et hostile, addictive pour tous ceux vivent aux alentours.
    Les événements historiques ne sont pas oubliés avec un portrait au vitriol de Staline et la vie de la communauté allemande jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

    L’auteure tient son lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages.
    J’ai découvert Gouzel Iakhina et adoré son roman.

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  • Explo 2021
    Avec Les enfants de la Volga,Gouzel Iakhina nous transporte sur les bords de la Volga près de la ville de Saratov, dans une colonie d'Allemands installés en Russie depuis le XVIIIe siècle. Ces colons ont gardé la langue et les coutumes de leur pays d'origine.
    Auprès de Bach, un...
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    Explo 2021
    Avec Les enfants de la Volga,Gouzel Iakhina nous transporte sur les bords de la Volga près de la ville de Saratov, dans une colonie d'Allemands installés en Russie depuis le XVIIIe siècle. Ces colons ont gardé la langue et les coutumes de leur pays d'origine.
    Auprès de Bach, un instituteur rêveur et grand amateur de poésie, l'auteure nous fait vivre avec force détails, la vie calme de la fin des années 1910, puis la campagne de dékoulakisation jusqu'aux exterminations staliniennes des années 1940.
    Un été, Bach donne des cours à une jeune fille, Klara, qu'il n'a pas le droit de voir. Et bien-sûr cette interdiction ne fait qu'exacerber le sentiment d'amour naissant entre le candide instituteur et la jeune ingénue. A partir de là sa vie est toute chamboulée. Devenu mutique, il écrit des contes qui se réalisent. Klara décède en donnant la vie à une fille, Anntche, qui devient le centre de la vie de Bach, puis arrive un jeune vagabond, Vasska, qu'il apprivoise.
    J'ai été emportée dès les premières pages de ce foisonnant roman. La nature y est omniprésente avec les saisons qui rythment la vie, l'hiver glacial et interminable, le fleuve, les travaux agraires. C'est un conte poétique, onirique, je dirais même philosophique sur un fond historique très bien documenté. Bach y joue le rôle du naïf sur lequel le sort semble s'acharner. Les personnages se côtoient sans jamais se comprendre, ils restent dans leur solitude avec leurs non-dits. L'auteure raconte mais ne juge pas, à nous de nous faire notre propre avis.
    Ce long roman est bien dans la tradition de la littérature russe. L'ambiance, les paysages, les personnages sont très slaves bien que ces derniers soient de culture allemande. Pour ceux qui, comme moi, ne connaissaient pas l'existence de ces colonies allemandes en territoire russe, c'est une véritable page d'histoire. Le parti-pris de retracer sous forme d'un conte les très sombres faits historiques de cette période soviétique les rendent accessibles à tous.
    L'écriture de Gouzel Iakhina est poétique et fluide. Son récit laisse une large place à l'humour, humour souvent acide. Les passages sur "le guide des peuples" sont à la fois truculents et glaçants. Le burlesque voyage de Staline en train et sa visite à l'usine de fabrication de Nains (petits tracteurs) est particulièrement amusant mais grinçant.
    Gouzel Iakhina possède un réel talent de conteuse et ce roman dépaysant est une très belle découverte. Une auteur que je vais suivre!

    Avis page 100
    Jusqu'à présent c'est comme un conte russe et j'adore, moi qui, pourtant, n'aime pas les contes. L'ambiance, les paysages, les personnages sont très slaves bien que ces derniers soient les descendants d'Allemands installés au XVIIIe siècle sur les bords de la Volga. Ils ont gardés leur langue et leurs coutumes. Bach est un instituteur bien godiche, Klara, une jeune fille bien naïve. Ces deux solitaires qui ont du mal à extérioriser leurs sentiments étaient faits pour se rencontrer. Pour moi ce roman est totalement dépaysant et j'ai hâte d'en poursuivre la lecture.

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  • Avis de la page 100: les explorateurs de la rentrée littéraire

    Littéralement envoûtée par la plume de Gouzel Iakhina durant ces 100 premières pages.
    Je suis embarquée sur les rives de la Volga dans les années 1920 au près de Bach et de Klara.
    Hâte de retourner dans ma lecture afin de...
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    Avis de la page 100: les explorateurs de la rentrée littéraire

    Littéralement envoûtée par la plume de Gouzel Iakhina durant ces 100 premières pages.
    Je suis embarquée sur les rives de la Volga dans les années 1920 au près de Bach et de Klara.
    Hâte de retourner dans ma lecture afin de connaître le destin que leur réserve l'autrice.
    Une lecture à la mélancolie slave que j'aime beaucoup pour l'instant.

    AVIS DEFINITIF

    L’histoire de « Les enfants de la Volga » démarre dans la Russie des années 1920 au bord de la Volga dans une colonie allemande. On y fait la connaissance de Bach, le maître d’école bègue de la colonie qui se trouve mandaté pour instruire Klara, une jeune fille extrêmement belle de l’autre côté du fleuve, recluse dans une ferme au milieu des bois.

    Cette rencontre entre ces deux personnages initie une très belle histoire qui va entrer en résonnance avec l’Histoire de la Russie du début du XXème siècle.
    Ce roman aurait pu commencer par l’expression ‘Il était une fois’, puisque en effet c’est un conte russe qu’il m’a été donné de lire.

    Littéralement envoûtée par la plume de Gouzel Iakhina dès les premières pages de ce roman, je me suis laissée embarquer sur les rives de la Volga auprès de Bach et de Klara et ce fut l’un de mes plus beaux voyages littéraires.

    Un voyage dans le temps et dans l’espace grâce au talent d’une autrice russe que je ne connaissais pas et dont c’est le second roman traduit en français. Le premier étant « Zouleikha ouvre les yeux » paru en 2017 que je me suis déjà procuré.

    Les passages sur les rencontres entre Bach et Klara dans lesquels ces deux personnages font connaissance sont superbes, emprunts de délicatesse.

    Les scènes entre Bach et les enfants Anntche et Vasski sont magiques et superbement écrites.
    La rencontre de Vasski avec Bach et sa fille Anntche m’a fait penser à Boucle d’or et les trois ours.
    Les passages avec les enfants sont tendres et émouvants, la façon de communiquer entre Bach qui a perdu l’usage de la parole et Anntche sont d’une beauté incroyable.

    Tout comme les contes russes que Bach réécrits pour la propagande du parti de Hoffman, les scènes du roman de Gouzel Iakhina semblent prendre vie sous les yeux du lecteur offrant à ce dernier de vraies émotions. Gouzel Iakhina possède un grand talent de conteuse.

    Le fleuve la Volga est un personnage à part entière du roman tout comme la nature environnante qui sont si bien décrits et semblent prendre corps sous la jolie plume de l’autrice russe.
    Un magnifique roman à la mélancolie slave pour lequel j'ai eu un immense plaisir de lecture, une très belle découverte, un voyage au cœur de la Russie dans les années 1920 avec des personnages attachants que j’ai eu beaucoup de tristesse à quitter.

    Un roman excellent que je recommande à tous les amateurs de belle littérature. J’espère que ce roman et cette autrice qui mérite de figurer parmi les plus grands va connaître le succès qu’il mérite.

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  • Avis à la page 100
    Je ne connaissais ni l'auteure, ni le contexte historique de ce livre. L'histoire des colons allemands venus s'installer le long de la Volga au 18° siècle est une découverte au même titre que le décor des rives du grand fleuve. Me voilà donc en Terre inconnue et le début de...
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    Avis à la page 100
    Je ne connaissais ni l'auteure, ni le contexte historique de ce livre. L'histoire des colons allemands venus s'installer le long de la Volga au 18° siècle est une découverte au même titre que le décor des rives du grand fleuve. Me voilà donc en Terre inconnue et le début de ce roman est passionnant. Le style, très poétique, les personnages si particuliers, l'atmosphère envoûtante, me font penser aux grands romans russes du 19° siècle. Je m'emballe peut-être prématurément, mais je suis totalement séduit.

    Avis final

    1917. Jacob Bach est l'instituteur du village de Gnadenthal situé sur la rive gauche toute plate de la Volga inférieure. Dans cette région du sud-ouest de la Russie, résident des colons allemands depuis 150 ans. Bach mène une vie routinière égayée par la lecture de la poésie allemande et les promenades alentour. Des cours particuliers lui permettent de rencontrer la jeune et belle Klara Grimm, cloîtrée par son père dans une ferme isolée sur l'autre rive montagneuse du fleuve. Un amour réciproque les unit rapidement. Ils décident de mener une vie à deux mais sont contraints de résider loin du monde, au milieu de la nature dans la ferme Grimm. Mais l'intrusion de trois rodeurs, puis la mort en couches de sa femme vont bouleverser à jamais le destin de Bach. D'autant qu'avec la révolution d'octobre, la Russie devenue l'URSS va connaître des temps difficiles pour ne pas dire tragiques.



    Quel immense livre ! J'ai tout de suite aimé la prose poétique de l'auteure, pleine de sensualité (faisant la part belle aux cinq sens), son imagination débridée, ses héros qui évoquent des personnages de contes, leur histoire dramatique entrecoupée d'intermèdes historiques caustiques dans la veine du Dictateur de Chaplin. Par son originalité, cette œuvre se distingue de tout ce que je lis d'ordinaire. Elle est à la fois un roman d'aventures (l'instituteur et sa famille traversent des épreuves au cours desquelles j'ai craint pour leurs vies), un roman d'apprentissages (éducation à la vie sauvage, Bach devient écrivain), un roman d'amour (pour Klara, pour sa fille Anntche, pour Vasska le fils adoptif), un roman historique (réquisitions, collectivisations, famines et purges orchestrées par Lénine puis Staline) et un roman fantastique(scènes oniriques, plongées dans l'inconscient).

    L'auteure parvient à changer de registre avec une aisance fascinante. Son style vif, riche et précis, admirablement rendu par la traductrice Maud Mabillard, fait surgir des images qui s'enchaînent les unes aux autres comme dans un film. La bande sonore n'est pas en reste avec la description de tous les bruits découverts par sa fille lors de leur première sortie en ville. Elle m'a fait sentir les odeurs printanières dans la prairie, le souffle du vent sur la peau," le goût doux et aqueux de la mûre arctique". L'auteure est également facétieuse. Elle s'amuse en donnant à ses Allemands des noms comme Haendel, Gauss, Hoffmann, Benz, Dürer, Becker, Brecht…A maintes reprises elle tourne en ridicule "le petit père des peuples", tyran paranoïaque et sanguinaire.



    Gouzel Iakhina dépeint avec beaucoup d'acuité la vie intérieure et la psychologie de son instituteur "brulé par l'amour de la poésie". Cet enseignant émotif, méfiant et introverti va changer par la force des circonstances. Avec l'aide de Klara, il deviendra expert dans tous les travaux manuels d'un paysan. Par un étrange renversement, il sera son élève et écoutera aussi ses chansons et ses contes. Pour nourrir sa fille, il traversera régulièrement la Volga, oubliera ses appréhensions et ira au devant des villageois. Il s'ouvrira au monde progressivement et rédigera des proverbes, puis des contes en échange de lait et finira, une fois sa mission de père remplie, par se libérer de toutes ses peurs.



    Ce roman est de ceux que l'on ne peut oublier. Il mérite d'être relu pour mieux en savourer les richesses et aussi d'être feuilleté comme un recueil de poésies.

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