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Les aubes écarlates

Couverture du livre « Les aubes écarlates » de Leonora Miano aux éditions Pocket
  • Date de parution :
  • Editeur : Pocket
  • EAN : 9782266200585
  • Série : (-)
  • Support : Poche
Résumé:

Au Mboasu, petit état d'Afrique équatoriale, vieux dictateur et enfants soldats se disputent le pouvoir en déchirant le pays. Pendant ce temps, comme le fait Ayané dans un orphelinat de guerre, les femmes s'échinent à recoller les morceaux. Portées par le verbe des morts et des disparus, elles... Voir plus

Au Mboasu, petit état d'Afrique équatoriale, vieux dictateur et enfants soldats se disputent le pouvoir en déchirant le pays. Pendant ce temps, comme le fait Ayané dans un orphelinat de guerre, les femmes s'échinent à recoller les morceaux. Portées par le verbe des morts et des disparus, elles renforcent le lien entre l'Afrique d'hier et celle d'aujourd'hui. C'est par elles que ce continent construira son avenir.

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Avis (2)

  • Les aubes écarlates sont le dernier volet d’une trilogie sur le pays de Mboasu, lieu imaginaire situé en Afrique subsaharienne dont le nom signifie en Douala, langue du littoral camerounais, notre pays. Comme l’indique le terme Mboasu, tout l’objet du roman est panafricain. Les personnages du...
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    Les aubes écarlates sont le dernier volet d’une trilogie sur le pays de Mboasu, lieu imaginaire situé en Afrique subsaharienne dont le nom signifie en Douala, langue du littoral camerounais, notre pays. Comme l’indique le terme Mboasu, tout l’objet du roman est panafricain. Les personnages du récit rêvent d’unité et d’identité culturelles, mais se sont égarés en chemin, emportés par la voie violente qui ensanglante l’Afrique : dans le roman, les rebelles à la vieille dictature sont incapables de sortir de l’ornière du sang et de la terreur. Les enfants-soldats commettent des atrocités que la population terrifiée et résignée endure sans réagir, espérant préserver la vie par la soumission.

    Selon l’auteur, si les Africains subsahariens subissent tant l’emprise de la violence, c’est qu’ils n’ont pas encore pu faire la paix avec le passé : ni avec les fantômes de la traite négrière, ni avec les cicatrices de la colonisation. Ne subsistent que honte et perte d’identité, une atteinte si grave qu’elle compromet l’humanité-même des populations.


    Le mythique oiseau Sankofa du titre, qui, un œuf coincé dans le bec, vole la tête tournée vers l’arrière, illustre cette impossibilité de construire l’avenir sans réconciliation avec son passé. Ce n’est qu’en affrontant ses traumatismes que l’Afrique d’aujourd’hui pourra se reconstruire et considérer un avenir enfin exorcisé des vieux démons qui la hantent.


    L’écriture de Léonora Miano est profonde, mais difficile. Pas seulement parce que certaines scènes sont atroces. Toute la structure du récit, plus fable que roman, est déconcertante : tandis que les esprits s’adressent directement au lecteur, c’est au travers d’une femme aux pouvoirs de chamane que le village au coeur du roman retrouve la paix. Ce livre, court mais dense, mérite l’effort de sa lecture. Il m’a ouvert de nouvelles pistes de réflexion.

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  • Léonora Miano, écrivaine camerounaise, après les succès de sa trilogie africaine « Red in blue », nous offre cette fois « Les Aubes écarlates ». Elle frappe les trois coups et elle frappe fort. Son inspiration lui est venue des « marrons », des esclaves ayant réussi à fuir leurs maîtres.
    Femme...
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    Léonora Miano, écrivaine camerounaise, après les succès de sa trilogie africaine « Red in blue », nous offre cette fois « Les Aubes écarlates ». Elle frappe les trois coups et elle frappe fort. Son inspiration lui est venue des « marrons », des esclaves ayant réussi à fuir leurs maîtres.
    Femme de lettres franco-camerounaise, Léonora était venue s’installer en France pour étudier la littérature américaine. Elle vit actuellement à Paris.

    Ici, elle reste dans le domaine de la fiction mais le sujet est bien réel en ce qui concerne le Continent Africain et tous les crimes qui y ont été commis.
    Le titre original du livre est « Sankofa cry ». A l’origine, il s’agit d’un oiseau mythique qui vole avec un œuf dans son bec. Il est le symbole de la croyance que le passé est un guide pour préparer le futur, ou encore « la sagesse qui permet de tirer les leçons du passé construit l’avenir. »
    En page 117, on trouve aussi ceci : « Nous sommes le cri de San Ko Fa, qui dit que le passé le plus amer ne peut être ignoré. » Tout cela est bien compatible mais venons-en à l’ouvrage :

    Au Mboassu, un petit État imaginaire de l’Afrique équatoriale, un jeune garçon, Epa, est enrôlé de force dans l’armée d’Isilo, un chef de guerre sanguinaire. Ecoeuré devant toutes les atrocités commises par ce groupe, Epa réussit à s’enfuir, grièvement blessé, et c’est une femme très attentionnée, Ayané qui va le soigner et l’aider à se reconstruire. Ayané, également surnommée « La fille de l’étrangère » à Eku car sa mère venait de Losipotipé, une autre tribu,Elle travaille dans une association « La Colombe » qui appartient à une femme blanche mais qui se dévoue pour les Africains. On pourrait d’ailleurs dire « blanche de peau et noire de cœur .

    Avec ce quatrième roman, Léonora Miano relate deux tragédies du Continent Africain : celle actuelle des enfants-soldats et celle, plus ancienne, de la traite négrière.
    Nous lisons ainsi tous les terribles événements qui gangrènent ce pays. Des retours sont faits sur le passé que l’on ne peut pas ignorer. Ce sont des récits à plusieurs voix sur un pays où le gouvernement est régi par des voleurs et pire encore car ils sont, eux aussi, des assassins.

    Outre les nombreuses guerres intestines, c’est également l’histoire du déracinement car Ayané va rester longtemps cette « Fille de l’étrangère » mais cela ne l’empêchera pas de se dévouer corps et âme à tous les blessés dont la liste est longue.
    Avec cette fiction d’un pays imaginaire (où il m’est impossible de parler, ne serait-ce qu’un peu de toutes les atrocités), l’auteure nous fait comprendre comment et pourquoi, la population ne peut pas vraiment agir : elle subit surtout.
    Avec ce titre « Les Aubes écarlates », cela signifie pour moi que ces « aubes » sont devenues « écarlates » à cause de tout le sang versé, trop de sang.

    C’est un livre magnifique où l’on entend les voix des disparus qui n’ont pas trouvé de sépulture mais qui ont recouvert le Continent noir de leur linceul. Ce sont les esclaves disparus en mer, de ceux qui ont réussi à s’expatrier sur d’autres continents. Et l’Afrique a été plongée dans un maelstrom de sang et de honte occasionné par des guerres civiles.

    En guise de conclusion, j’ai voulu retranscrire les dernières lignes de cet ouvrage qui sonnent comme une mise au point : « A ceux qui se demandent en quoi cette question intéresse d’autres que les Africains et leur diaspora, nous rappelons simplement que toute violence faite à l’autre est une violence faite à soi-même. Et comme le dit Édouard Glissant, « … ce gouffre est un non-dit des cultures mondiales : toutes les humanités sont filles de ce gouffre-là. Tant que l’on n’aura pas établi la réalité de cet immense cimetière qu’est l’Atlantique, il manquera quelque chose à l’imaginaire des humanités. » C’est donc l’humanité dans sa globalité qui a été offensée, et qui le demeure, tant que le silence pèse. Les exhalaisons des transbordés sont l’air que nous respirons, nous tous, tant que nous ne leur avons pas fait droit. ».
    Cela peut paraître un peu long mais je n’ai pas trouvé l’occasion d’y faire une coupe et j’ai donc préféré relever intégralement les derniers mots de ce livre de Léonora Miano.

    J’ai toute de même remarqué une jolie critique de « Madame Figaro «  « Jeanne de Ménibus » : « Est-ce parce qu’elle parle aux esprits que son propos nous parvient si limpide ? Une chose est sûre : son magnifique roman a la puissance d’un exorcisme. »

    Je crois qu’à présent tout est dit ou presque.

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